‹ CampanellaChapitre 259 sur 300 · I. — Religion et politique. La Monarchie du Messie · texte numérisé non relu

I. — Religion et politique. La Monarchie du Messie

Cet universel mouvement de retour à Dieu qui est la religion doit, pour Campanella, se manifester par une transformation politique radicale. Gouverné par une loi qui est inscrite dans le cours même des choses, il tend en effet à supprimer cette division de l'humanité en nations et en peuples/ distincts et cet émiettement du pouvoir qu'il faut considérera comme les causes de la multiplicité des confessions religieu- 1 ses, du machiavélisme, et de l'effacement progressif des dog- ; mes naturels devant le triomphe des croyances artificielles et surajoutées. Aussi bien dans l'ordre social que dans l'ordre des phénomènes physiques, il vise ainsi à réunir la partie au tout et à combattre la division, la dispersion, l'opposition et l'individualisme anarchique qui sont dans le monde des effets du non-être. Le principe de toute réalité, c'est l'être, et c'est Dieu. En revenant à ce principe, l'humanité revient à son unité originelle. Le terme initial de son évolution en est aussi le terme final : après la transformation de toutes les sectes religieuses, de toutes les formes de gouvernement et d'Etat les unes dans les autres, il est nécessaire que l'humanité revienne à l'état naturel, primitif et divin, à l'Age d'or qui précédera le jugement dernier, et dont la caractéristique politique sera l'avènement de la monarchie universelle, par le gouvernement d'un chef unique, à la fois roi et prêtre, assisté d'un sénat de dignitaires qui l'aura élu de son sein. Ainsi le veulent les lois du (( circulus » physique cl les prophéties, appuyées sur les pronostics astrologiques (ex ])rophetia et rerum circula) ^

I. Ileal. Phil. epilog., 1623, Politica, cap. VIII, p. 393 : Postquani omnes sectao immiitalae fuerint, roligioncsquc, et formac omnos princi])atnuni

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« Toutes clioses reviendront à leurs origines, des siècles d'un ordre meilleur suivront immédiatement quand le temps aura été changé et se sera absorbé dans l'éternité. Et eril omnia in oumibus agnitus vents benedictus Deus » ^

Comme on le voit, la conception politique de Campanella est d'une extrême simplicité. Et malgré les apparences, elle n'a pas subi de variation notable depuis le De monarchia Clviistianonau, le traité Del Govcrno ecclesiastico et les Discorsi alii Principi d'Ilalia (1594-lo9o) jusqu'aux Monarchie délie Nazioni (103o) et jusqu'à VEcloga in portentosam Delphini nativitatem (1638). Entre les plans théocraliques exposés dans les premiers de ces ouvrages et le rêve idyllique de la Città del Sole, comme entre celui-ci et les projets de monarchie universelle dont le détail est contenu surtout dans la Monarchia di Spagna et les Monarchie délie Nazioni. il n'existe, nous l'avons vu, aucune différence proprement philosophique-: la convergence des fins est manifeste, si l'opinion de l'auteur sur les moyens a dij s'adapter aux circonstances changeantes de sa vie personnelle et de la vie des Etats européens. Il est donc possible d'examiner en bloc tous les écrits politicfues de Campanella, en séparant seulement l'étude du but idéal et des principes de celle des moyens. Pour la première, nous nous reporterons surtout à la Monarchia Messiae et à la Città del Sole, et pour la seconde à la Monarchia di Spagna et aux Monarchie délie Nazioni.

I L'auteur de la Monarchia Me.<>siae se pose le problème du pouvoir souverain, du « dominium ». Suivant les principes de

5 la religion naturelle, ce pouvoir ne saurait appartenir qu'à Bien, et à l'homme seulement en tant que lieutenant de Dieu sur la terre. En fait, les trois fondements du droit de dominer

et ]'eiMinii)iil)licaruni in omnes, oportet ail priniura statum naturalcm (livinumqnc revcrti, ubi regnet rex unus, idomque saccrdos cum senatu optiroatum, ab optimatibus electus ex conimdem numéro... Convcrtemur enim ad slalum innocentiac aureum ; ex quo ad Coelum Judex ultimae appellationis nos transferet. — Cf. Disputationes, 1637, Politica, cap. X, art. 21, p. 133.

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