Met., pars III, p. 274, lib. XVJII, epilogus
2. Voir plus haut : Première Partie, chapitre cinquième, III : L'unité de la pensée sociale et religieuse de Campanella. Ses deux politiques et leur conciliation dans son esprit.
sont la force corporelle dans le monde des corps bruts, la sagesse chez les hommes et chez cerl<iins animaux, et l'amour chez les hommes seulement ^ La possession de la sagesse et de la bonté confère donc un droit au gouvernement des peuples, et le monarque doué de ces qualités est légitime, mêm.e s'il a acquis le pouvoir par guerre, succession liéréditaire, donation ou achat, titres de domination dépourvus au contraire de toute valeur lorsqu'ils sont invoqués par des ignorants ou des impies ^.
Il s'ensuit que la monarchie est la meilleure forme de gouvernement, et que la royauté élective est plus conforme à la nature que la royauté héréditaire ^ On trouve plus facilement en effet un seul homme savant que plusieurs, et il est désigné plus sagement par l'élection que par l'héréchté. D'autre part, s'il jouit seul du pouvoir suprême, sa décision sera plus rapide ; enfin l'on observe que les républiques finissent toujours en dictatures, faute de disposer d'un nombre suffisant d'hommes de mérite.
La religion étant l'âme de la société, et le lien politique ayant pour fondement l'adhésion commune des sujets aux mêmes croyances collectives, le chef de l'Etat devra être à la fois un chef spirituel et temporel ; la réunion de ces deux pouvoirs en une seule miain garantira le royaume contre toute tentative de rébellion intérieure, dont l'origine est toujours !!ne innovation religieuse, une hérésie. Elle est conforme du reste à la loi naturelle : dans le groupe social primitif, la puissance paternelle, l'autorité politique et les fonctions sacerilotales étaient confiées au môme individu *.
En vertu des mêmes preuves, l'unité de religion doit entranier l'unité polilique : les peuples n'ont plus de raison
1. On rfconnaîl ici la distinction dos trois Primalités : Pnissance, Sagesse, Amour.
2. Monarchia Mcssiac, Aesii, apnil Grcgorinm Arnazzinuni, MDCXXXIII ; — caj). I, p. .S sqq.
3. Op. cit., p. 9 : Majïis sccundum naluram est prinoc]»s unus per ( l'-ctioncm quam per successioneni.
i. Op. cit., cap. II, p. 11 : Item neqne rebellio oritur absque lopis novitatc. Nimquam cnini arma snfficinnt e.vpugnarc Sacerdotium atqnc lleligionem armalam, nisi per aliani Rcligionem, aut meliorem, aut magis armatam.
d'obéir à des monarques différents s'ils sont tous unis dans la même foi, et c'est le représentant de Dieu sur la terre, le pontife de la religion naturelle (Campanella dit : du catholicisme) qui est nécessairement le seul roi légitime de l'humanité tout entière. — Cette fusion des nations, à l'aube du siècle d'or S procurera d'ailleurs aux hommes non seulement la béatitude spirituelle, mais le bonheur matériel. Les guerres cesseront, grâce à la suppression des nations distinctes, opposées les unes aux autres ; les famines aussi, grâce au transport rapide et à l'échange universel des denrées d'un bout à l'autre du territoire. Le progrès des sciences sera accéléré parce qu'il ne rencontrera plus des obstacles tels que la diversité des langues et des opinions, ou la pénurie des observateurs et des moyens d'observation dans certaines contrées ^.
A cette monarchie universelle de l'âge futur Campanella donne le nom de « Monarchie du Messie », et c'est donc au Pape romain qu'il propose d'en confier le sceptre. Mais nous savons déjà ce que signifie ce choix : le philosophe avait caressé l'espoir chimérique de ramener le christianisme à la stricte religion de nature, et le pape dont il parle, c'est le pape de cette religion de l'avenir. La pensée de l'insurgé de Calabre n'était vraisemblablement pas très différente. Seulement, en 1603, — comme déjà en lo9o dans le Del Governo ecclesiaslico, — il offre au chef de l'Eglise romaine le pouvoir qu'il n'a pas réussi à conquérir pour lui-même. Il s'ensuit que la cité du Soleil est au fond identique à la monarchie du Messie, sauf quelques modifications. Chez les Solariens, le Pape prend le nom du Métaphysicien : Hoh ou 0. Mais il est, lui aussi, un monarque électif ; il est le meilleur et le plus sage ; il est le pontife de la religion naturelle, et il préside au bonheur et à la perfection du siècle d'or. Entrons donc dans la cité du Soleil pour en examiner de près l'organisation politique et sociale, les mœurs et les institutions.
1. Op. cit., cap. IV, p. 19 ; cap. III, p. 14 : Felicitatem Saeculi aurei existere, si totius mundi unus sit modo Princeps Sacerdotalis, absqud Superiori, et unica Rcligio erga unum Deum, sicut fuit ab initie, et sub Messia esse débet.