‹ CampanellaChapitre 261 sur 300 · II. — Description de la Cité du Soleil · texte numérisé non relu

II. — Description de la Cité du Soleil

La ville des Solariens, étagée sur les flancs d'une colline, se compose de sept grands cercles concentriques, correspondant aux sept planètes. Ils sont délimités par d'énormes murs surmontés de terrasses en corniche oii l'on peut se promener, et l'on va de l'un à l'autre cercle par quatre portes placées aux quatres points cardinaux.

Attardons-nous quelque temps à contempler la décoration intérieure et extérieure de ces murs. Tous les objets de toutes les connaissances humaines s'y trouvent représentés en des peintures merveilleusement exécutées par de" savants et habiles artistes. C'est là que les professeurs conduisent les enfants pour leur donner leurs leçons, et ainsi ces derniers, par le seul usage de leurs sens, apprennent presque toutes les sciences et leur histoire avant l'âge de dix ans, sans fatigue et presque en se jouant.

On voit sur le mur intérieur du premier cercle les figures mathématiques avec leurs définitions et l'énoncé des théorèmes ; sur le mur extérieur, la carte de la terre, la représentation des usages, des mœurs, des lois, des provinces avec un abrégé en prose de leur histoire, l'alphabet de chaque nation et celui de la cité. Sur le mur intérieur du second cercle on contemple des images et même des fragments véritables des pierres, des métaux, et en général des minéraux, avec une courte explication de leurs propriétés. A l'extérieur, on voit la peinture des mers, des fleuves, des lacs, des sources ; — des flacons conservés dans des niches contiennent des échantillons des divers liquides : vins, huiles, liqueurs. Le mur intérieur du troisième cercle est consacré au règne végétal ; (les vases qui ornent la corniche extérieure en renferment Ips principales espèces, et des inscriptions indiquent leurs contrées d'origine, leurs propriétés, leurs innombrables rapports avec les métaux, les astres, et les parties du corps de l'homme. Les peintures du mur extérieur nous initient aux fornu^s et ;") la vie cachée des êtres marins, et aux mystérieuses analogies d'aspect on de couleur qu'ils présentent avec les autres êtres

de la nature et avec les objets de l'art. En Jelant nos regards sur le mur intérieur du quatrième cercle, nous apprenons l'histoire naturelle des oiseaux, celle des reptiles et celles des insectes. Les animaux terrestres, surtout les plus parfaits, n'apparaissent que sur le mur du cinquième cercle, à l'intérieur et à l'extérieur.

Ainsi, en suivant de cercle en cercle et de degré en degré l'ordre admirable des réalités naturelles, depuis les objets mathématiques jusqu'aux animaux, nous arrivons enfin aux images qui représentent la civilisation humaine. Le mur du sixième cercle nous offre, sur sa j)aroi intérieure, la vision des instruments et des travaux relevant des divers arts mécaniques, rangés suivant leur dignité. A l'extérieur, nous voyons les portraits des. grands hommes: savants, inventeurs, gêné raux, et des législateurs de toute nation : César, Alexandre, lîannibal, etc., — et de toute religion : Moïse, Osiris, Lycurgue, Mahomet, Jésus-Christ, etc. ^ — L'histoire et la géogra- ' phie, les coutumes et les institutions, les langues et les religions de tous les peuples sont connues dans cette cité, grâce aux explorateurs et aux ambassadeurs qu'elle envoie dans chaque Etat, pour faire servir toute cette science à sa politique -.

Car c'est bien là la première caractéristique de la République de Campanella : le gouvjernemen t d.e la science. Mais nous allons mieux nous rendre compteSeTa nature de cette ^science et de son rapportavec la religion. Montons sur le vaste plateau qui domine le septième cer'cîîr'ënâ^ville entière, et pénétrons dans le temple circulaire, supporté par de hautes colonnes, et formé de deux dômes superposés, l'un grand, l'autre petit. Sur l'autel, nous ne voyons qu'un vaste globe, sur lequel est peint le firmament, et un autre globe plus petit, représentant la terre. A l'intérieur du grand dôme sont représentées toutes les étoiles, de la première à la sixième grandeur ^. Sept lampes d'or, qui portent les noms des sept pla-

1. Cilla iM Sole, cod. Vatic, Kvarala, Gcn., p. 47 ; — cdiz. D'Ancona (Campanella, Opère, vol. 2", Torino, Cugini Pomba, iSM), p. 241-242 ; — Civitas Solis, éd. de 1623, p. 421-422 ; éd. de 1G37, p. 148-149.

Page 1