Ath. ir., 1G36, cap. X, p
Un rôle important est attribué au roi d'Espagne et au roi de France dans la Monarchia di Spagna et dans les Monarchie délie Nazioni, mais même dans ces deux traités, Campanella ne cache pas son désir de subordonner le pouvoir laïque à la hiérarchie ecclésiastique. Le roi d'Espagne devra confesser ouvertement sa dépendance vis-à-vis du Pape. II fera gouverner le Nouveau-Monde et les Flandres par des prélats qui seront placés au-dessus des gouverneurs militaires. Tout chef de colonne aura pour conseiller un membre du clergé. Les évêques ne sont-ils pas appelés par Constantin « Les anges de Dieu et des dieux terrestres » ? Les causes laïques elles-mêmes devront être évoquées en dernier ressort devant les tribunaux ecclésiastiques ^ Le Pape aura le droit de déposer les princes hérétiques. Il reprendra au roi de France le privilège qu'il lui a sottement abandonné de conférer lui-même les bénéfices. L'auteur des Discorsi politici ai Priricipi d'ItaUa refuse même aux rois l'autorisation de déclarer la guerre sans l'avis d'un conseil siégeant à Rome, et composé des représentants de l'Eglise et des princes, mais oîi prévaudra l'avis de la Papauté 2.
En général les monarques devront se souvenir toujours qu'ils ne sont que les instruments de Dieu. Si le Roi Très- Catholique jouit d'un pouvoir immense et s'il y a droit, c'est que le temps est venu oii par son œuvre tout devra être soumis aux Saints et à l'Eglise, une fois disparues les monarchies, et mort l'Antéchrist qui durera trois semaines et demie, selon Lactance, Irénée, Tertullien, Origène, Victorien, Saint- Bernard, l'abbé Joachim, Dante, Pétrarque, et les autres théologiens, prophètes et poètes ^. La puissance de l'Espagne, au moment où la rénovation du monde est imminente, c'est le secours apporté par Dieu à la chrétienté contre les hérétiques et surtout les Turcs qui de toutes parts l'enserrent et la menacent \ pt dès que l'observation des astres et du cours des
1. Mo7i. di Sp., cap. V et YI ; Dp Mon. Hisp., éd. cit., p. 48, oo, 60-62.
2. Discorsi politici aUi Principi d'Italia, discorso 11°, ediz. D'Ancona, Opère, vol. 2°.
3. Mon. di Sp., cap. IV ; — De Mon. Hisp., éd. cit., p. 22, 23, 27.
4. Mon. di Sp., ibidem et cap. XXX ; — De Mon. Hisp., éd. cit., ibidem et p. 385 sq.
événements politiques aura démontré que cet Etat a failli à sa mission, il sera juste de la confier à un bras moins débile. En s'adressant au roi de France et en affirmant, sincèrement sans doute, que les influx' célestes favorisent désormais la dynastie du Roi Très-Chrétien \ Campanella, comme le répète justement M. Dejob, après M. Falletti, a changé non de parti, mais d'instrument-.
Les volontés de Dieu se réalisent-elles dans le monde par son action immédiate, jointe à la seule sagesse des princes qu'il a choisis pour exécuteurs de ses desseins? — Nullement, car l'occasion joue un rôle important, concurremment avec Dieu et avec la sagesse, dans les événements politiques. Les souverains devront donc capter en leur faveur l'influence des événements fortuits. Une de leurs méthodes principales consistera à utiliser contre les monarchies qu'ils voudront abattre les dissensions intérieures dont elles sont travaillées. Ainsi, pour vaincre l'Angleterre hérétique, il conviendra d'offrir le royaume au roi Jacques d'Ecosse, afin d'obtenir le libre accès dans ses ports, de promettre au contraire par serment une République constitutionnelle aux nobles du Parlement anglais, et en même temps de se concilier le clergé presbytérien, et de l'exciter contre les Stuarts ^.
Ici réapparaît tout le machiavélisme que Campanella prétendait exclure de ses maximes *. — Sa politique s'écarte ainsi du droit naturel et du christianisme rationnel au moment même où sa philosophie tente de ramener les dogmes révélés aux enseignements de la raison et de la nature.
1. Le Monarchie délie Nazioni, Amabile, Cast., t. II, doc. 346, p. 304 et 319-320.