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et la Civitas Solis sont édités pour la seconde fois, le premier en 1637, avec un écrit encore inédit : la Defensio libri De sensu rerum, le second la même année, dans les Disputationes.
A Paris aucun événement ne vient modifier notablement ni l'attitude de Campanella vis-à-vis des dignitaires de l'Eglise et des pouvoirs laïques, ni l'opinion des théologiens romains sur la valeur de ses doctrines. Avec une obstination inlassable, en dépit de l'indifférence de la cour de Rome à ses requêtes et à ses plaintes, il proteste dans ses lettres au Pape et aux cardinaux de la pureté de sa foi et de ses intentions ^ Toujours fasciné par l'idée de sa haute mission, il emploie tout son zèle à convertir des huguenots, et pour mieux y réussir, il tente naïvement, sans succès bien entendu, d'obtenir de l'Eglise ce qu'elle avait refusé à Luther et à Calvin : des mesures contre l'abus des images, la messe en langue vulgaire, la communion sous les deux espèces'. Il multiplie les lettres aux cardinaux Francesco et Antonio Barberini pour faire lever l'interdit qui pèse sur ses ouvrages, imprimés ou manuscrits, et pour se plaindre des tracasseries ou des réelles persécutions qui lui sont encore infligées. Il dénonce avec âpreté ses ennemis ou ses calomniateurs, notamment le Père Mostro l
Cependant à Rome sa théologie est toujours réputée dangereuse. Le Secrétaire d'Etat du Pape, dans sa correspondance avec le nonce Mgr Bolognetti et avec Mazarin, envoyé extraordinaire en France, ne cesse de les mettre en garde contre
1. Ces lettres au Pape et aux cardinaux Francesco et Antonio Barberini ont été publiées par Domenico Berti, Lettere inédite di T. Campanella, Roma, 1878.
2. Amabile, Cast., t. II, p. 84, p. H7-118. Voir la correspondance de Campanella avec le cardinal Ingoli, secrétaire de la Congrégation De Propagandâ Fide, dans Amabile, Cast., t. II, doc. 338-343, p. 283-291.
3. Amabile, Cast., t. II, p. 36 à 43, p. 129. L'opiniâtreté avec laquelle Campanella continue, jusqu'à la dernière heure de sa vie, à affirmer le caractère divin de sa mission, n'est nulle part plus visible que dans ces passages de deux lettres qu'il adresse aux cardinaux liarberini, la première le 3 juillet 103o, la seconde le 1^'' février 1039, quelques mois seulement avant sa mort : « E l'opinion mie son di Padri e délia natura ; e che tutti Santi. Agostino, Hieronymo, .\tanasio, Crisostomo, etc. passaro per il medesimo camino ; c quanti apportaro miglioramento al
Campanella, ses hérésies et ses intrigues. Il leur recommande de le discréditer activement auprès de Richelieu et de la Cour, d'entraver ses plans religieux et politiques et de s'opposer à la publication de ses œuvres'. Oublié par Urbain VIII, le vieillard reçoit irrégulièrement, puis ne reçoit plus du tout la pension qui lui a été octroyée à Rome 2. Enfin, par une lettre qu'elle demande au cardinal de Lyon de vouloir bien écrire à son frère Richelieu, la Congrégation de la Propagation de la Foi s'efforce de contrecarrer son œuvre de conversion des protestants, qui est alors sa préoccupation dominante^.
Et pourtant ses robustes illusions de prophète ne s'affaiblissent pas un seul instant. Les paroles aimables de Louis XIII *, le bienveillant accueil de Richelieu, qui le con suite en conseil du roi sur les affaires d'Italie^, le libéralisme de la Sorbonne à son égard et la réputation acquise auprès des seigneurs de la Cour et des érudits sont pour lui vraisemblablement autant de signes des temps, et viennent confirmer dans son esprit les prévisions astrologiques suivant lesquelles la fille aînée de l'Eglise est prête, selon sa
mondo fur'crucifissi, e poi resuscitaro tanto profeti quanto filosofi quanto dottori... Il secolo future giudicarà di noi, et al fine Dio. » (Berti, Lettere inédite, p. 44, p. G" ; — cf. Amabile, Cast-, t. II, p. C7, 68, 144).
1. Voir la correspondance du Nonce Bolognetti avec le cardinal Francesco Barberini et celle de Mazarin avec les cardinaux Antonio et Francesco Barberini, dans Amabile, Cast., t. II, doc. 25o à 274, p. 218-223, et doc. 273-298, p. 223-232. ^
2. Amabile, Cast., t. II, p. 27, 80, 98-99. Campanella avait aussi obtenu une pension du gouvernement français, mais il n'en recevait que des subsides irréguliers qui bientôt même ne lui furent plus payés.