‹ CampanellaChapitre 32 sur 300 · Amabile, Cast., t. II, p. 288, doc. 341, et note b · texte numérisé non relu

Amabile, Cast., t. II, p. 288, doc. 341, et note b

4. Campanella raconte son entrevue avec le roi dans une lettre à Peiresc du 9 mars 1635, et une autre lettre au chevalier Cassiano del Pozzo, du 14 mars (voir Amabile, Cast., t. II, doc. 30o, p. 236 et doc. 332, p. 275).

5. C'est du moins ce qu'affirme Christophe Forstner, ambassadeur en France du duc de Wurtemberg : « In aula Gallica vidi aliquoties, dura apud Cardinalem Richelium Ludovicus Rex in consilio esset, Thomam Campanellan, fama super aethera notum, accitum, deque rébus Italicis sententiam rogatum fuisse. Mimirum in lis quisque negotiis adhiberi débet, (juibus [»ar est. » (Kvacala, Th. C. und Fcrd. II, Beilage 16, s. 45).

demande, à prendre en main la grande cause de l'unité religieuse et de la théocratie universelle. Cette espérance, maintes fois exprimée dans les dédicaces de ses œuvres au chancelier Séguier, au surintendant des finances Bullion, à Louis XIII, et surtout au cardinal de Richelieu ^, à qui il propose de fonder la Cité du Soleil 2, devient pour Campanella une certitude après la naissance du dauphin, le futur Louis XIV, dont il tire lui-même l'horoscope^. Le jour où s'est produit cet événement prodigieux, inespéré de tous, mais annoncé par l'astrologie, le soleil s'est approché de la terre jusqu'à une distance de 33.000 lieues. N'est-ce pas là le signe avant-coureur de l'âge d'or qui doit précéder l'embrasement du monde ? La destinée glorieuse de l'enfant nouveau-né sera de soumettre les peuples au gouvernement de Dieu, après les avoir rassemblés en un seul faisceau dans l'unité de la religion chrétienne régénérée. Et cette République idéale, préparée par l'exécution des plans politiques des Monarchie délie ISazioni, cette société parfaite déjà annoncée à Richelieu dans la dédicace du De sensu rerum et magia, ce sera la véritable

1. Campanella dédie à Louis XIII VAtheismus triumphatus (1636), au chancelier Séguier les Disputationes (1637), à Richelieu le De sensu rerum (1637), aux deux frères de Noailles la Philosophie rationalis (1638), à Bullion la Métaphysique (1638).

2. Dédicace du De sensu rerum et magia, édition de 1637, in fine : « Et Civitas Solis per me delincata, ac par Te aedificanda, perpétue fulgore nunquam eclipsato, abs Tua Eminentia splendescat semper ».

3. L'horoscope n'est pas flatteur ; à certains égards il est prophétique. Campanella le tira après avoir examiné le jeune dauphin tout nu, à deux reprises. Il avait été appelé au Palais par Richelieu, sur la demande d'Anne d'Autriche qui voulait connaître l'avenir de son fils (Amabile, Cast., t. II, p. 132-135). Il aurait dit : « Erit puer ille luxuriosus, sicut Henricus quartus, et valde superbus. Regnabit diu, sed dure, tamen féliciter ; desinet misère et in fine erit confusio magna in Religione et in Imperio ». Cet horoscope a été copié par Barrière {Mémoires inédits de Louis Henry de Loménie, comte de Brienne, 2 vol., Paris, 1828, t. I, p. 345, note c), sur une estampe de 1638, conservée à la Bibliothèque Nationale à Paris (Cabinet des Estampes, volume de l'année 1638-1639). — Préalablement le philosophe aurait prévu la naissance inespérée de Louis XIV, qu'il appelle une « portentosam nativitatem » : « En France il fit plusieurs actes d'astrologue ; consulté par le cardinal de Richelieu si Monsieur monterait sur le trône, il lui répondit : Imperium non gustabit in aeternum ». {Saudaeana, PMis, Florentin et Delaulne, 1701, p. 4 et 5).

Cité du Soleil, un peu moins païenne, semble-t-il, que la première, mais conservant néanmoins de celle-ci tous les traits fondamentaux : mise en commun des biens„ attribution des fonctions suivant le degré de savoir, répartition équitable du travail, même manuel, entre tous les citoyens, confusion du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel ^. ...Redeunt Saturnia régna, Et nova Progenies Cocio dcmittitur alto^. La mort surprit Campanella tandis que, revivant en imagination les années de sa jeunesse, il s'enchantait encore dans sa misère de ces utopiques espoirs. — L'astrologie, qui avait fondé sa renommée, et attiré sur lui tour à tour la dérision et gloire, la prospérité et le malheur, devait présider à ses derniers instants. Pour conjurer le destin astral, suivant les principes du De fato siderali vitando (livre septième des Astrologica, chap. IV, art. VII) ^, il fit tendre de draperies blanches et orner de plantes vertes la cellule qu'il occupait au couvent des Dominicains de la rue Saint-Honoré. Il alluma deux flambeaux et cinq torches, représentant les sept planètes. Il aspergea de vinaigre de rose sa chambre où flambaient des bois aromatiques : laurier, myrte et romarin. Il y fît retentir les accents d'une musique joyeuse et caressante. C'est ainsi qu'entouré d'amis, suivant le rite, et aussi de pierres, de plantes, de couleurs, de parfums, de sons et de mouvements liés à chaque astre par une correspondance symbolique, il espérait éloigner de lui les influx malins, et capter en sa faveur les influences bénignes du ciel. — Mais Campanella avait 71 ans, et il mourut pieusement le 21 mai 1639. Ses funérailles, qui furent solennelles, eurent lieu le lendemain, au milieu d'un grand concours de nobles et de savants*.

1. Voir VEcloga Christianissimis Régi et Reginae in Portet^tosam Delphini, orbis Christiani summae spei ^ativitatem, écrite en 1638 et publiée en 1639 : Parisiis, apud loannem Dubray, 1639 (Voir les « Poésie », ediz. Gentile, p. 193-207). —

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