‹ CampanellaChapitre 45 sur 300 · Poésie, ediz. Gentile, n» 73, p · texte numérisé non relu

Poésie, ediz. Gentile, n» 73, p

2. « Le peuple de Florence n'est pas bête, auquel néanmoins F. Hiérôme Savonarole a bien fait croire qu'il parlait à Dieu. Il n'y a pas plus de soixante ans que Guillaume Postel voulut faire de même en France et depuis peu encore Campanelle en la haute Calabre, mais ils n'en purent venir h bout, non plus que les précédents, pour n'avoir pas eu la force en main ; car, comme dit Machiavel, cette condition est nécessaire h tous ceux qui veulent établir quelque nouvelle religion... Et lorsque Campanelle eut dessein de se faire Roi de la haute Calabre, il choisit très à propos pour compagnon de son entreprise un frère Denys Pontius, qui s'était acquis la réputation du plus éloquent et du plus persuasif homme qui fut de son temps ». {Considérations politiques sur les coups (i'Eslat pnr Ciahricl .\au(h', Parisien, Sur la copie de Borne, MDCLXVII ; — ch. IV, p. 249 et 2G3). —

3. Lettre de Gabriel Naudé à Peiresc, du 28 septembre 1635, Amabile, Cast., t. Il, Doc. 327 e, p. 2fi4-26î>.

ment que Campanella a voulu en 1599 fonder une République idéale identique à la Cité du Soleil, et une religion nouvelle dans laquelle une morale naturelle et une métaphysique déiste se substitueraient au dogme chrétien, mais encore que malgré ses protestations d'orthodoxie, le philosophe persiste à professer après son incarcération ces mêmes opinions pour lesquelles il a été poursuivi. Or, pour contester ces deux points, et surtout le second, les critiques qui soutiennent l'hypothèse de la sincérité du catholicisme de Campanella s'appuient sur un argument en apparence très solide : toute sa vie, mais surtout à partir de son emprisonnement, l'auteur du Dialogue contre les luthériens, de la Monarchie d'Espagne, de la Monarchie du Messie et des Monarchies des Nations s'est posé en défenseur ardent et intransigeant du catholicisme, du pouvoir pontifical, et de la théocratie ; il a été le champion de la Contre-Réforme et l'apôtre de la Propagation de la Foi. De plus, s'il a reconnu loyalement s'être écarté parfois sur certains points de la doctrine de l'Eglise, au moins, dira-t-on, n'a-t-il jamais avoué complètement les pensées déistes et l'esprit de révolte que lui prêtaient ses accusateurs. Pour établir notre thèse, nous devons donc maintenant faire voir dans les affirmations orthodoxes de Campanella des nécessités imposées par les circonstances de sa vie, et en outre produire la preuve décisive non pas de demi-aveux, mais d'une confession complète, qu'il s'est décidé à faire à partir du moment où il a constaté l'inefficacité de ses promesses de miracles, et l'impossibilité d'obtenir sa libération par des protestations d'innocence auxquelles personne n'ajoutait foi.

A l'exception de la Philosophia sensibus demonstrata, les écrits de notre philosophe, aux prises toute sa vie avec l'autorité ecclésiastique, visent à deux buts qui, la plupart du temps, se confondent : présenter l'apologie de ses actions et de ses doctrines, et persuader l'Eglise et les princes catholiques de son authentique et éminente vocation religieuse. Il ne lui a donc jamais été donné d'exprimer librement et franchement sa pensée, et il ne faut pas s'étonner par suite si même dans les livres où il expose des théories marquées au coin du plus pur naturalisme panthéistique, il s'efforce, pour

compenser l'effet produit, d'y juxtaposer l'affirmation du catholicisme le plus fervent et le plus strict. Seulement, quand au lieu d'examiner les éditions imprimées d'ouvrages tels que VAtheismus triumpliatus, le De sensu rerum et magiâ, et la Civitas Solis, on se reporte aux rédactions manuscrites primitives, on s'aperçoit que celles-ci contenaient des idées bien plus hardies, dont l'expression a dû être ensuite atténuée ou retranchée par l'auteur. La démonstration complète du fait exigerait une confrontation étendue de très nombreux manuscrits, ou bien la possession d'éditions critiques qui malheureusement n'existent pas encore. Aussi nous contenterons-nous d'analyser et d'interpréter les résultats obtenus par les critiques qui ont déjà mené à bien ce travail : Struve pour VAtheismus triumphatus^, Edmondo Solmi pour la Civitas Solis ^, et M. Giovanni Gentile ^ pour le De sensu rerum et magiû. Nous y ajouterons, pour le second de ces trois livres, une comparaison du manuscrit italien de la Vaticane publié par M. Kvacala avec les éditions latines de 1623 et de 1637.

La comparaison entre le manuscrit italien primitif du De sensu rerum et magiâ et les éditions de 1620 et de 1637 révèle deux catégories principales de modifications : les unes ont pour but d'appuyer sur des autorités théologiques la doctrine de l'âme des choses et l'affirmation du panpsychisme ; les autres d'imprimer un caractère plus violent et plus agressif à la polémique contre Aristote ^, mais toujours elles se rattachent au système de justification personnelle adopté par l'auteur vis-à-vis de l'Eglise à partir du jour où il a l'idée

i. Struvius, Collectanea manuscriptorum , Jenae, 1713,

2. La Città del Sole di Tommaso Campanella édita per la prima rolta nel testo originale con introduzione e documenti da Edmondo Solmi, Modena, 1904, Tipo-lit Délia « Provincia » di L. Rossi. L' « Introduzione n (p, VIT sqq.) est une étude remarquable de la pensée de Campanella ; — voir notamment p. 7, 20, 29-30, 40, 41 h 4G.

3. Giovanni Gentilc, Le varie redazioni del De sensu rerum di T. Campanella, con un saggio del testo italiano inedito, Napoli, 1900. L'auteur confronte les chapitres 22, 2f> et 30 du livre II, publiés dans le texte italien d'après deux manuscrits de Naples et de Rome avec les éditions latines de 1620 et de 1G37, et il prouve que la version primitive de l'ouvrage était en langue italienne.

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