Ath. tr., 1636, cap. X, p
2. Cod. Urbin. 818, p. 400 sqq : Fagguaglio de' movimenti suscitati in Calabria da Fra Tomasso Campanella, publié par M. Kvaèala, Ferd., p. 29-32
3. Cf. Tocco, Pubblicazioni, p. 609-622. — Ragguaglio, in fine : « Questo è quanto occorre alla présente giornata ».
tembre, le banquet de Stilo tenu le 3 du même mois, le projet attribué à Maurizio di Rinaldis d'assassiner Campanella, une fois le complot dénoncé, la découverte dans une vigne du cadavre d'un des conjurés, mort étouffé, probablement par ses compagnons, l'arrivée des trente galères ottomanes, enfin l'arrestation du philosophe près de La Roccella, de Maurizio et de fra Dionisio Ponzio à Monopoli.
Or, par cette chronique qui, on le voit, mérite la confiance que lui a accordée M. Kvacala, nous apprenons que Campanella, considéré comme le chef de la conjuration, eut avec l'envoyé spécial du vice-roi, après son incarcération en Calabre, une entrevue qui fut pour lui l'occasion de déclarations singulièrement audacieuses. Comme Carlo Spinelli en effet lui faisait sentir combien il était indigne de sa profession de chrétien catholique d'enseigner des opinions aussi fausses, et comme il s'étonnait qu'un lettré de sa culture et de son esprit, membre d'un ordre religieux qui avait toujours été la terreur des hérétiques, se soit laissé entraîner dans des hérésies qui jamais n'étaient venues à la pensée d'Arius, de Sabellius et, plus récemment, de Luther et de Calvin, « le frère répondit hardiment qu'il s'étonnait que le seigneur Charles vienne le comparer à de semblables ignorants, qui n'avaient jamais su faire autre chose que proposer quelques gloses sur l'Ecriture, ou fournir à quelques passages une interprétation à leur façon, en torturant à leur guise le sens des phrases ; ses pareils à lui en effet ne visaient pas à ce but : ils prétendaient faire de nouvelles lois par eux-mêmes, et instituer de nouvelles règles de vie, comme c'était le propre des grands hommes et surtout de lui-même, venu au monde comme un nouveau Messie pour le salut de l'humanité » ^ On devine en lisant ces paroles
1. Ragyuar/lio, Kvacala, Ferd., {>. 30. — On pourrait s'étonner à bon droit que ces paroles, si elles ont été réellement prononcées, n'aient pas coûté plus cher à Campanella. Il importe donc de remarquer que ces aveux du i)hilosophe sont faits en dehors de l'instruction pénale régulière, et antérieurement à la constitution officielle de tout tribunal. En outre, ils portaient non pas sur la question du crime politique, mais sur le grief d'hérésie, qui échappait à la compétence du fonctionnaire du vice-roi. La chronique (p. 30) ajoute du reste que la réponse de Campanella confirma Carlo Spinelli dans l'opinion qu'il avait affaire à un fou.
90 LA VÉRITABLE PHYSIONOME DE GAMPANELLA
quelle avait été pendant la révolte la surexcitation du sentiment et de l'imagination dans l'esprit de Campanella ^
Le second aveu du philosophe se place en 1618, dans le Mémorial écrit pour le pape^ et surtout dans le Reminiscentur, ouvrage qui fut dédié successivement à Paul V, Grégoire XV et Urbain VIII. En examinant un manuscrit de ce livre conservé à la Vaticane et qui, pourvu de toutes les approbations théologiques nécessaires, semble avoir été le manuscrit même destiné à l'impression', M. Kvacala a découvert une longue confession*, développée sous forme de prière, et dans laquelle le philosophe, s'adressant à Dieu, demande le pardon de ses fautes et présente son projet de missions, fruit de son repentir, comme le moyen de les racheter. Or, malgré l'obscurité inhérente au style théologique ampoulé qui est de règle en pareil cas, il est facile de déterminer le contenu des aveux de Campanella. Il s'est livré, spontanément vaincu, à l'ennemi de l'homme : le démon, comme à un ami, et il est devenu l'esclave des désirs orgueilleux et des plus impures
1. Suivant la même chronique {Ragguaglio, Kvacala, Ferd.., p. 32), Campanella, au moment de son arrestation et dès après son emprisonnement, aurait prononcé d'autres paroles tout aussi audacieuses : « Habbiate preso un huomo, ma non perciô restera di esseguire quanto havrà da succedere oltre ». Già si trova carcerato e dice : « Almeno da questo impareranno li Signori a governare bene li vassalli, e non eccederanno mentre vedranno, che 11 popoli si risentono », lasciandosi intendere di più col S"'' Carlo, ch'era più ispediente, cli'esso ragionasse col suo Re, che non era tenerlo carcerato ». — {Trad. : « Vous avez pris un homme, mais cela n'empêchera nullement d'exécuter ce qui devra arriver par la suite ». Se trouvant déjà en prison, il dit : « Par là au moins les seigneurs apprendront à bien gouverner leurs vassaux, et ne dépasseront pas la mesure puisqu'ils verront que les peuples se fâchent », laissant entendre en outre au seigneur Charles qu'il ferait mieux de conférer avec son roi que de le maintenir, lui, prisonnier »).
2. KvaCala, Gen., p. 7. Il s'agit du mémorial italien de 1618, publié par Eyssenhardt en 1887 {vide supra, chapitre troisième).
3. Bibl. Vaticana, Codex Vat. 7069 : Th. Campanella, Volumen Quadripartitum : Qiiod reminiscentur, etc., p. 15 sqq. — Voir Kvacala, Ferd., p. 28.
4. Oratio ad Deum Deorum, etc., cap. II, art. I (Kvacala, Ferd., p. 32- 36). — Notons que la date de cette confession est nettement indiquée par la phrase suivante (p. 33) : « Tormenta saevissima diuturnaque et annos 19 in profundo lacu... tribuisti ». (1599-f-19= 1618).
voluptés ^ Il a cessé d'obéir à ses supérieurs et a tenté de s'élever au-dessus d'eux 2. Cela n'est rien encore, mais voici qui est plus grave. Il a tourné la religion en dérision, et dévasté l'Eglise par le scandale. Il s'est efforcé de devenir le maître de tous les hommes, en sorte que maintenant il doit devenir leur esclave, s'il aspire désormais, avec l'aide de la grâce divine, à réparer les funestes effets de sa faute ^. — Son devoir, dit-il, est de rappeler à Dieu autant d'âmes qu'il en a détournées de la voie du salut par son exemple et par des paroles qui furent les causes de leur chute *.
Sur les dogmes qu'il avait rejetés, ou les croyances morales auxquelles il avait renoncé, Campanella ne donne malheureusement dans sa confession que des indications insuffisantes. Pourtant on peut voir dans l'insistance avec laquelle il s'accuse d'avoir péché contre la chasteté une allusion à son idée de la communauté des femmes. En outre, il reconnaît indirectement avoir mis en doute le mystère de la Sainte-Trinité : « C'est un bien aussi. Seigneur, que tu m'aies humilié .Par là en effet je me suis ramené, converti, à ta science. Je conçois maintenant les dogmes très divins relatifs à la Très-Sainte Trinité » 5. Enfin le passage qui suit se rapporte manifestement à l'immatérialité et à l'immortalité de l'âme, et peut-être à l'extase : « Par là mon âme s'est reconnue elle-même ; elle a
1. Reminiscentur, Oiatio ad Deum Deorum (Kvacala, Ferd., p. 33) ; Confiteor tibi... quod abjecto clypeo protectionis tuae, et gladio verbi tui, me hosti ignoto, tanquam amico nescio quomodo, victum sponte dedi, nihilque antiquius mihi videbatur, quam tumidi* servire desideriis, et de voluptatibus inipurissimis ei congratulari.