‹ CampanellaChapitre 53 sur 300 · III. — L'l'mté de la pensée sociale et religieuse · texte numérisé non relu

III. — L'l'mté de la pensée sociale et religieuse

DE Campanella. Ses deux politiques et leur conciliation

dans son esprit

Maintenant nous ne nous dissimulons pas qu'un problème très difficile nous reste à résoudre. C'est un fait que pendant toute sa vie, mais surtout à partir de l'an 1600, Campanella a attaqué la libre-pensée, combattu ou converti les protestants, revendiqué en faveur de la Papauté la plénitude de la domination spirituelle et temporelle, exercée sur tous les peuples, au sein d'une théocratie chrétienne universelle. — Comment dans notre hypothèse interpréter une telle conduite ? Faudrail nier absolument la sincérité des pensées qu'il expose dans les deux tiers de ses ouvrages, et par exemple ne voir dans la Monarchia di Spagna, dans le traité Del governo ecclesiastico, dans la Monarchia Messiae et dans les Monarchie délie Nazioni, que des écrits d'occasion, rédigés soit pour obtenir une libération qui se fait attendre, soit en vue de parvenir par la flatterie aux plus hautes fonctions de l'Eglise ? — Nous nous heurterions alors aux pressantes objections de M. Dejob. Campanella « aurait alors menti non pas un jour et entre les griffes d'un tribunal, mais toute sa vie, sans qu'on voie pourquoi il s'y serait obstiné. Car, avant et après sa longue prison, qui l'empêchait de disparaître P Simple moine il n'avait aucun intérêt à ménager en Italie. Homme d'un vaste savoir et philosophe original, il eiît trouvé à Genève, en Angleterre, en Hollande, dans l'Allemagne du Nord, toutes les portes des Universités ouvertes et, s'il avait abjuré, on l'aurait porté en triomphe... Les pays protestants ne demandaient aucun sacrifice aux catholiques pour leur donner la liberté de la spéculation philosophique on scientifique ; Dcscartes vivait en paix en Hollande et on y offrait à Galilée un asile » '.

Page 1