Dejob, art. cit., p
Mais il y a plus. On peut appliquer à la Monarchia di Spa- (jna, au traité Del Governo ecclesiastico, et aux Monarchie délie Nazioni, un critère interne qui permet de reconnaître si vraiment les écrits de Campanella n'ont pas d'autre but que de servir ses desseins personnels de libération et d'influence politique. Par une analyse serrée du contenu de ces livres, M. Dejob a montré que jamais leur auteur ne s'abaisse aux flagorneries usitées en pareil cas : le langage qu'il tient aux papes ou à Philippe III n'est pas celui d'un prisonnier qui loue et qui flatte ses geôliers, c'est celui d'un conseiller inspiré, d'un politique qui viso avant tout au triomphe de ses conceptions, et qui ne craint pas de tancer rudement les monarques auxquels il s'adresse quand ils lui paraissent s'en écarter trop sensiblement ^. — Il nous faut donc reconnaître que Campanella parle sérieusement lorsqu'il propose d'établir dans le monde, au profit de l'Eglise, et par les armes du roi d'Espagne ou du roi de France, l'unité de religion et la monarchie universelle. Seulement, si l'argumentation de M. De^| job réfute d'une manière décisive la thèse de l'insincérité absolue de Campanella, — thèse qui n'a jamais été soutenue même par Amabile, pourtant enclin à exagérer l'hostilité du philosophe contre le catholicisme, — en revanche elle n'établit nullement le caractère rigoureusemnt orthodoxe de son entreprise religieuse, et elle n'enlève aucune valeur aux preuves que nous avons fournies du caractère déiste ou naturaliste de ses conceptions.
Il importe en effet de bien comprendre la signification des nombreuses apologies par lesquelles le prisonnier, accusé d'hérésie et de rébellion, essaye de se justifier et d'obtenir sa grâce. Jamais il n'y vient totalement à résipiscence, même dans le Reminiscentur. N'abandonnant aucune des idées qui ont inspiré sa révolte contre l'Eglise et le pouvoir laïque, il se contente de mettre une sourdine à ses opinions les plus hardies, et, puisqu'il a échoué lui-même dans l'entreprise, d'inviter maintenant le Pape à réaliser, avec l'appui de l'Espagne, puis de la France, ce rêve d'une religion naturelle dont il s'était proclamé en 1599 le prophète et le pontife.