Art. cit., p
S'il en est ainsi, l'examen des écrits rédigés par Campanella pour se justifier doit nous mettre en présence d'une méthode d'apologie qui diffère singulièrement d'une palinodie et d'un reniement de ses plus chères convictions. Et c'est bien en effet ce que nous constatons. Dans ses lettres de 1606 et de 1607 au Pape et aux cardinaux, le philosophe ne reconnaît nullement s'être trompé. Toutes ses actions avaient en vue le bien du christianisme et du genre humain. La religion naturelle qu'il prêchait est la seule qui, selon lui, réponde vraiment aux besoins d'une époque où « le soleil de l'Eglise s'est éclipsé », où « l'on est chrétien par parenté et commodité » ^ où « il faut croire ou bien aller en prison », où « les fidèles reçoivent les dons du Saint-Esprit d'une façon si glacée qu'ils semblent ne pas opérer » -. Ses prophéties, les guérisons qu'il opérait en Calabre, et qu'il ose rappeler à Gaspard Schopp ', et même au cardinal Farnèse *, les miracles qu'il promet d'accomplir à nouveau et qui seront plus stupéfiants que ceux de Moïse lui-même^, ont été ou vont être d'éclatantes preuves de sa vocation messianique que l'on n'a pas voulu reconnaître. Pierre et les apôtres dorment. Indulgentes pour les puissants, les lois de l'Eglise se font dures contre les malheureux, et lui, qui est un nouveau Jean-
1. Lettre au pape Paul V, p. 39 et 40 de l'ouvrage de L. Araabile : // codice délie Lettere del Campanella, Napoli, 1881.
2. « Vedendo che ogni setta difende la sua opinione a dritto e torto, et ogn'una si vanta haver miracoli e martiri ia sua difesa, et che oggi li Christlani han li doni dello Spirito Santo gelati, che par che non oprino, e che bisogna creder' o andar priyione, ...perô mi spinsi ad esaminar l'Evangelio con l'altre sctto e scienze... » (Lettre de Campanella au pape Paul V, du 13 août IGOO, publiée par Centofanti, art. cit., Archivio Sto7ico Italiano, 18GG, IV, p. 24 sq ; — Amabile, Cast., t. I, p. 23).