Ath. tr., cap. X, p. It4 et p
il le soutient, il l'a écrite à Stilo ^ Ses écrits antérieurs indiquent assez en effet que, depuis bien longtemps, il construisait des plans de théocratie unitaire dont il entendait confier l'exécution aux monarques de la maison d'Autriche.
Ici pourtant nous rencontrons une difficulté. Gomment l'idée i inspiratrice de la révolte de Calabre, c'est-à-dire le rêve I de la Cité du Soleil, se conciliait-il dans la pensée de Campa- f nella, avant et après son emprisonnement, avec le projet i autrement vaste et grandiose de rassembler tous les peuples du monde sous le sceptre d'un monarque unique ? Lorsqu'il appelle aux armes les seigneurs, les moines et le peuple de Calabre, peut-il songer sérieusement, quel que soit le vertige ambitieux dont son imagination est saisie, à devenir le chef, temporel et spirituel de l'humanité tout entière, régénérée par la vertu de la religion naturelle ? Et lorsqu'à demi guéri de sa folie, il revient à sa première idée de faire appel à l'Espagne, quel genre de rapports conçoit-il entre la Répu-
1. Luigi Amabile {Cong., t. I, p. 146-147, t. II, p. 98) admet que Canipanella a composé l'ouvrage en décembre 1598 pour se couvrir par avance contre le reproche de rébellion contre l'Espagn*, puis l'a recommencé dans sa prison pendant le second semestre de 1600 et le premier de 1601. Il est certain que la Monarchia di Spagna, telle qu'elle nous est parvenue dans les diverses éditions imprimées ou même manuscrites, contient de nombreux passages d'apologie personnelle et d'allusions indirectes à la conjuration qui ne sauraient s'expliquer par une justification anticipée de l'entreprise de Calabre. La date du remaniement du livre est donc vraisemblablement celle qu'a proposée Amabile. Quant à celle de la première rédaction, elle est placée par M. Kvacala en lo99, sur la foi d'un manuscrit de la bibliothèque Sainte-Geneviève (3343), corrigé et daté de la main même de Campanella : « Hier finden Wir am Schluss des Proemio nach den Worten alli particolari die Bemerkung Campanellas : e scni-ô cio nell'Anno 1599. Damit ist die Frage des Entstehungsjahres wohl cndgijltig entschieden ». (Kvacala, Gen., p. 29). — Ajoutons qu'un témoin très renseigné sur les faits et gestes du philosophe, Gabriel Naudé, affirme qu'il a composé cet ouvrage en prison : « Campanella fit son livre de Monarchia Hispanica, dans lequel il donne au Roy d'Espagne le moyen de devenir Maître de l'Europe, pendant qu'il était prisonnier à Naples oii il resta vingt-huit ans ». {Naudaeana et Patiniana, Paris, Florentin et Pierre Delaulne, 1701 ; — page 4). De toute manièi'e donc l'hypothèse d'une première rédaction faite en lîi99 ne doit aucunement exclure celle d'un remaniement postérieur. —
blique idéale qu'il rêve et l'immense empire chrétien dont il propose la fondation au roi catholique?
Pour résoudre la difficulté, il suffit de montrer qu'après avoir construit la Cité du Soleil, Campanella n'entendait pas s'arrêter en si bon chemin. Aussi naïf que tous les autres utopistes, et convaincu du caractère divin de sa mission, peut-être comptait-il d'abord sérieusement, comme il l'a affirmé mainrîes fois pendant son procès, obtenir pour son projet de Répu- ' blique idéale l'adhésion du Pape et du roi d'Espagne, et les séduire ensuite par la perfection des institutions et de la vie des Solariens. En 1599 pourtant, il est contre eux en état de révolte ouverte. Triomphera-t-il de leurs forces coalisées ? Il l'espère sans doute, puisque dans sa pensée la cité parfaite possède une telle puissance d'attraction et d'expansion qu'elle doit englober petit à petit les bourgs et les campagnes qui l'environnent, puis les agglomérations urbaines plus importantes, de manière à devenir peu à peu un très grand empire ^ Entouré de royaumes qui le jalousent, l'Etat solarien ne cherchera pas tout d'abord à s'étendre au-delà de ses frontières primitives. Seulement, les peuples des états limitrophes, qui envient son bonheur, sont tout prêts à se révolter contre leurs tyrans ; la première guerre déclarée par ceux-ci à la Cité du Soleil, sous un prétexte quelconque, leur fournira l'occasion désirée de s'émanciper d'un joug odieux, et ils accueilleront en libérateurs les soldats de la Piépublique^. C'est ainsi que progressivement celle-ci grandira en absorbant les Etats voisins, dans lesquels elle établira immédiatement des institutions communistes semblables aux siennes '.