‹ CampanellaChapitre 58 sur 300 · De Politicis Quaestio IV, Ad 4, p · texte numérisé non relu

De Politicis Quaestio IV, Ad 4, p

2. Città del Sole, cod. Vat., Kvatala, Gen., p. 5o, lignes 21 à 44 ; — ligne 30 : 0 pure sono chiamati [Solari] da alcune Città tiranneggiate corne liberatori. — Trad. .Ou même ils [les Solariens] sont appelt^s comme des libérateurs par quelques cités tyrannisées. — Cf. Civitas Solis, édition de 1623, p. 438 ; — éd. de 1637, p. 156.

3. 0. c, p. 56, 1. 48, et p. 57, 1. 1, 2, 3: Le città superate o date a loro subito mettono ogni havcre in commune, et ricevono gl'uffitiali Solari, e la guardia, e si vanno sempre acconciando all'uso délia Città del Sole maestra loro. — Trad. : Les cités qu'ils ont subjuguées ou qui

Si la conciliation est possible entre la Cité du Soleil et le projet de monarchie universelle, elle l'est a fortiori entre cette utopie et la politique concrète et positive de la Monarchia di Spagna et des Monarchie délie Nazioni : en restaurant dans le monde entier l'unité religieuse et politique, les armes du roi d'Espagne ou du roi de France assureront le triomphe universel des institutions de la République parfaite. Nulle part, sur ce point, Campanella n'a mieux précisé ses vues que dans VEcloga in portentosam Delphinî Nativitatem, où la pensée politique et sociale de la Città del Sole, reprise et développée de nouveau, vient s'amalgamer étroitement à celle de la Monarchie d'Espagne et des Monarchies des Nations. — Le futur Louis XIY après avoir conquis le monde, et travaillé à la conversion de tous les peuples à la vraie religion, se soumettra au pouvoir de l'Eglise, réformée de ses abus, et déposera sur les autels du Christ les sceptres des royaumes subjugués :

« Cantahit Gallus, sua Petnis corriget vitro : Cantabit Petrus, Gallus super evolat orbem, Subjicit et Petro, et Pétri aurigatur habenis » ^

« Le Français chantera ; Pierre corrigera de lui-même ses abus. Pierre chantera ; le Français vole au-dessus du monde entier. Il le soumet à l'autorité de Pierre, et son char est dirigé par les rênes de Pierre. »

Telle est la part de la politique unitaire et théocratique. Et voici maintenant celle de l'utopie sociale. Le nouvel Etat, par ses institutions, ses mœurs et ses usages, sera en tous points semblable à la Cité du Soleil, dont il prendra même le nom. Le pouvoir temporel y sera confondu avec le pouvoir spirituel. La répartition amicale des tâches y fera du travail un jeu et, grâce à une instruction commune, l'attribution des fonctions y pourra être réglée d'après les aptitudes, sans aucune distinction entre le peuple et les grands. La couleur blan-

se sont données à eux mettent immédiatement tou.*? leurs biens en commun, et reçoivent des fonctionnaires Solariens, et une garde, et elles s'adaptent chaque jour de mieux en mieux aux usages de la Cité du Soleil, leur suzeraine. Cf. Civitas Solis, éd. de 1637, p. 157-138. 1. Poésie, ediz. Gentile, p. 201, v. 211-213 de VEcloga.

che y sera adoptée pour les vêtements. Un amour fraternel régnera entre tous les hommes ; tous enfin reconnaîtront un seul Père et un seul Dieu^ — Telle est la dernière pensée de Gampanella, moins d'un an avant sa mort. En l'étudiant, on voit que les événements de sa vie personnelle et de celle de l'Europe ne l'ont pas distrait un seul instant de ses rêves messianiques.

IV. — Pourquoi Gampanella est-il resté dans l'Eglise ? La psychologie du « moderniste ».

Avons-nous pour cela résolu complètement le difficile problème d'interprétation posé par la double attitude ae notre philosophe, déiste dans sa morale et sa métaphysique, catholique et théocrate dans sa politique ? Il s'en faut certes de

(1) 0. c, Ecloga, p. 201, 202:

ISam labor est jocus, in multos partitus amice,

Quippe unum agnoscent omnes patremque Deumque.

Conciliabit amor fraternus cognitus omnes...

Convenient reges, populorumque agmina in urbem

((( Heliacam » dicent), quam construet inclytus héros...

Sceptraque regnorum Christi deponet ad aras,

Iliaque jura dabit, quae olini docuere prophetae :

« Divini cultus reges decet esse ministros :

Fas erit et pax, si plebs inferiora capessit.

Plebem animo dico : studiosi coetera norunt. »...

Cui non aurea saecula, quae aurea lilia monstrant,

Purpureae vestes, quae mutabuntur in albas,

Forte repugnabunt, si quis bene mystica sentit. Traduction : Car le travail est un jeu, quand il est réparti amicalement entre beaucoup d'hommes. Et en effet tous reconnaîtront un seul père et un seul Dieu. L'amour connu qui lie des frères les unira tous... Les rois et de grandes masses de peuples se rassembleront dans une ville qu'ils appelleront Héliaca, la ville du Soleil, et qui sera édiOée par le héros illustre... Pour lui, il déposera sur les autels du Christ les sceptres des royaumes conquis, et il leur donnera les lois enseignées autrefois par les prophètes : « Le droit régnera, ainsi que la. paix, si le peuple assume les fonctions inférieures : j'entends parler de ceux qui sont peuple par l'esprit, car ceux qui sont aptes à l'étude ont acquis toutes les autres connaissances... » Celui à qui ne répugne pas le siècle d'or, annoncé par les lys d'or, verra peut-être avec dégoût — si l'on a un sens juste des choses mystiques — les habits de pourpre, qui seront changés en vêtements blancs.

beaucoup. Seulement la difficulté que l'étude des textes et de la vie de Campanella laisse encore subsister n'est peut-être . plus qu'une difficulté d'ordre psychologique. Comment l'auteur de la Città del Sole pouvait-il concevoir l'espoir de rallier au déisme et à la morale naturelle les papes de la Contre- Ivéforme ? Ou bien, pour reprendre les termes excellents dans lesquels M. Benedelto Crooe a posé la question, « cette idée d'un pape rationaliste ou déiste, grand pontife de la religion naturelle, ne ressemble-t-elle pas à une ironie ? De deux choses l'une : ou bien Campanella, en imaginant la possibilité de cet accord, dissimulait, et on revient alors à la thèse d'Amabile, ou bien il ne dissimulait pas, et alors reste ce problème d'ordre psychologique plutôt que logique; comment pouvait-il s'imaginer que la théocratie qu'il rêvait était quelque chose de substantiellement identique à la papauté, institution historique ? Comment n'y avait-il pas opposition dans son esprit entre deux choses qui dans la réalité étaient certainement en opposi'iion ? » ^

La confiance naïve de notre philosophe dans son pouvoir de persuasion autant que dans ses dons de prophète et d'astrologue, nous donne de ce fait une première explication. L'esprit critique, le bon sens et le jugement sont les qualités qui lui manquent le plus. Diodati lui attribue comme une vertu une grande (( candeur de nature » pour laquelle il le chérit-. Naudé est plus précis et moins bienveillant, et il écrit à Peiresc : « ...Il n'y a homme qui croie si facilement que lui toutes sortes de contes qu'on lui puisse faire, et qui examine les choses qu'il croit être de jacto avec moins de jugement... Aussi était -il besoin à Rome que deux siens s'erviteurs le conduisissent comme un enfant en tout ce qu'il devait faire, et lui fissent quelquefois des réprimandes terribles pour avoir maltraité ou agi avec les tiers et le quart, quand il parlait de ses affaires et intérêts » ^.

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