Giovanni Gentile, Bernardino Telesio, p
dans l'homme et dans le monde, restaure par les dogmes de la rédemption et de la charité la véritable notion de la valeur propre de l'homme, de la connaissance et de la vertu humaine ^ Mais il n'apporte encore qu'une foi, et la vision immédiate de la vérité qu'il fournit à l'homme ne vient pas s'intégrer dans le système de la pensée spéculative. Celle-ci donc, au lieu de s'affranchir de la logique de la transcendance, reste pendant tout le moyen-âge enchaînée à la métaphysique aristotélicienne. Regardant plutôt vers Dieu le Père que vers Dieu le Fils, elle conçoit toujours ce principe suprême de la réalité comme un moteur immobile qui, étant seulement la pensée de soi, et non d'autre chose, demeure étranger au réeP, et c'est en vain par suite qu' « elle s'efforce de combler l'abîme entrg Dieu et la nature, entre la cause du mouvement qui n'est pas un mouvement, et le mouvement qui n'a pas en lui-même sa propre raison suffisante, entre le principe du devenir, qui par conséquent ne devient pas, et la nature qui n'a pas en elle-même la raison de sa perpétuelle génération et corruption, entre l'âme et le corps, entre l'âme qui comprend, et qui est l'intelligence elle-même en acte, et d'autre part l'âme naturelle qui n'est qu'un intellect possible, incapable de comprendre réellement par lui-même, enfin en général entre la matière, puissance et seulement puissance de tout, et la forme, réalisation du tout, et pour ainsi dire entre l'aspiration à la vie et la vie même » ^.
Ainsi, malgré les efforts puissants de Saint-Thomas d'Aquin pour soulever « le couvercle de plomb » posé sur la pensée humaine par les conséquences déduites de la philosophie antique, le moyen-âge ne réussit pas à établir une harmonie entre les tendances du mysticisme d'une part, qui affirme la présence immédiate de Dieu et de la vérité dans l'esprit humain, mais « nie la science, et la connaissance qui est développement et système, en même temps que toutes les formes auxquelles donne lieu le développement de l'esprit dans la science et dans la vie, et d'autre part les tendances de la philosophie
intellectualiste qui, présupposant une réalité en dehors de l'esprit qui la recherche, donne tous ses soins à une construction formellement riche, et substantiellement vide, de ce qui ne peut pas être la vérité » ^
La tâche jemplie par la pensée de la Renaissance, ou du moins la tâche qu'elle s'est imposée, devient alors aisée à définir. Elle a consisté, suivant M. Giovanni Gentile, à dissoudre la logique, la psychologie et la physique scolastique, et à rétablir dans leurs droits au sein de l'âme humaine la vérité, fille du temps et des efforts de l'esprit, la vertu et la perfection, enfin d'une manière générale à affirmer l'autonomie et la valeur absolue de la nature et de l'humanité 2.
Entre ces deux interprétations, la différence semble porter beaucoup moins sur la conception de la pensée de la Renaissance que sur celles de la philosophie antique et de la scolastique, et surtout sur celle du rôle joué par le christianisme dans l'histoire des idées. Ainsi, alors que Francesco Fiorentino présente la philosophie déjà presque naturaliste de Pomponace comme opposée par essence au dogme et à l'esprit chrétien, M. Giovanni Gentile la considère plutôt, dans sa morale comme dans sa psychologie, et en la rapprochant de cel)e de Marsile Ficin et de Pic de la Mirandole, comme une philosophie grecque pour ainsi dire recréée par le souffle spirituel du christianisme^. <( La nouvelle philosophie en fait se dit platonicienne et aristotélicienne, et elle est chrétienne, encore que mal vue et condamnée par les représentants officiels du christianisme » ^ — Cependant les deux théories s'accordent sur un point : c'est qu'il y a dans la pensée philosophique de la Renaissance un effort incontestable tenté pour éliminer la transcendance, et pour replacer au sein même du devenir historique de l'humanité les valeurs suprêmes de- la vie : vérité théorique, i)erfeclion morale, et intuition religieuse". Cette vue générale est-elle confirmée par l'histoire des systèmes.^ c'est ce que nous devons examiner brièvement.
Tout d'abord, malgré sa tendance à résumer en des for-