Ibidem, p
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avait déjà indiqué à Campanella cette double nécessité, soit en affirmant, dans sa préface du De Rerum natura juxta propria principia, son indépendance vis-à-vis de toute secte philosophique, soit en constituant dans le livre VIII de cet ouvrage une théorie empiriste de la connaissance qui lui paraissait s'imposer pour justifier l'emploi exclusif de la méthode expérimentale dans les spéculations sur la nature.
Pourtant, si la lecture d'ouvrages tels que le De sensu rerum et magia, où s'entassent des faits d'ailleurs admis sans critique, donne néanmoins de temps en temps une impression toute différente de celle que l'on ressent en parcourant les dissertations abstraites d'autres philosophes contemporains, de Cremonini par exemple, il faut avouer que la. plupart des écrits de Campanella ne témoignent nullement du souci dominant de l'observation. Alourdis de longues polémiques, encombrés du pesant appareil des discussions scolastiques, résolvant maintes fois les questions de fait par des déductions arbitraires fondées sur des principes a priori, ils ne différent nullement en général, pas même par la forme extérieure, des traités de philosophie naturelle du moyen-âge ^ On pourrait souvent en dire autant des livres de Télésio, et dès lors, ce que Campanella a pu emprunter à ce maître, c'est plutôt, outre des principes de physique et une théorie empiriste très précise de la connaissance, une tendance générale à chercher l'explication des phénomènes naturels non au-dessus, mais à l'intérieur même de la nature, considérée comme un tout qui se suffit à lui-même, et qui est gouverné par des lois propres. Cette tendance, visible déjà, nous l'avons dit, chez Nicolas de Cusa, et plus encore chez Pomponace, et qui s'affirme d'une manière éclatante pendant les trente dernières années du XVP
1. Galilée blâmait cette méthode de Campanella, ainsi qu'en témoigne la note suivante, écrite de sa main, où son esprit positif s'oppose nettement à l'esprit Imaginatif et aventureux de notre philosophe : « Al P[adre] Camp[anella]. lo stimo più il trovar un vero, benchè di cosa leggiera, che'l disputar longamente délie massime questioni senza conseguir verità nissuna ». (Le Opère di Galileo Galilei, vol. IV, ediz. nazionale, p. 738). — Trad. : « J'estime plus la découverte d'une vérité, même sur un objet de faible importance, que de longues disputes sur les plus grandes questions, sans jamais atteindre aucune vérité ».
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siècle dans les écrits de Giordano Bruno, domine aussi à la même époque le système de l'auteur du De rerum natura, et c'est la lecture de cet ouvrage qui a converti Campanella au naturalisme et à l'empirisme.
Le fait se place sans nul doute en 1587, et surtout l'année suivante, qui est l'année même de la mort de Télésio. A cette date, Campanella avait déjà écrit le De investigatione rerum, ouvrage non publié, dans lequel il avait classé en neuf catégories les objets sensibles, et démontré que la déflnition, au lieu de se placer au commencement de la science, n'en pouvait ère que le courronnement \ L'esprit ainsi préparé par cette théorie à recevoir un enseignement plus nettement empiriste, il dispose en 1588 de tout le grand ouvrage de Télésio, dont les deux premiers livres seulement avaient parus en 1565 ^ et en 1570^, mais qui venait d'être édité en entier en 1586 par un libraire de Naples*. La rédaction de la Philosophia sensihus demonstrata qu'il écrit en 1589 à Altomonte pour défendre les idées de son maître contre le péripatéticien Jacopo Antonio Marta, auteur du Propugnaculum Aristotelis adversus principia Bernardini Telesii ^, témoigne de la passion avec laquelle il avait embrassé le naturalisme du philosophe de Cosenza. Combien de temps cette influence devait-elle s'exercer d'une manière prédominante sur le développement de sa pensée, c'est ce qu'il importe maintenant de déterminer.
En confrontant le texte du Compendium de rerum naturâ, publié en 1617 sous le titre de Prodropius philosophiae instaurandae, avec le texte identique d'un manuscrit daté