Prodr. Comp., p. 54-55; p
ciens, s'il n'y avait pas de contrariété. D'autre part, si l'un des deux contraires ne sentait pas que l'autre lui est contraire, il ne combattrait pas contre lui. Donc tous les êtres individuels sont doués de la faculté de sentir » ^
Au reste, s'ils ne possédaient pas cette faculté, le monde serait un chaos. Des lois rigoureuses fixent en effet pour chaque réalité sa place naturelle dans l'univers, et c'est pour la gagner qu'elle se meut. Ces lois seraient violées si le feu ne se dirigeait pas vers le haut, les pierres vers lé bas, l'eau vers la mer. Mais si les objets sensibles ne percevaient pas, ne pressentaient pas la destruction qui les attend parmi les êtres contraires, ils resteraient à la place oii ils se trouveraient d'abord 2. Le mouvement local, aussi bien que la génération et la corruption, est donc pour Campanella comme pour Télésio, l'indice, le signe révélateur d'une tendance, et par suite de la conscience d'une fin, et de ce qui s'oppose à la poursuite de cette fin.
Cette conscience réside dans l'êire individuel, puisque c'est à lui qu'appartient l'activité constatée. En dehors de cette hypothèse, on devrait recourir à l'action immédiate de Dieu ou de l'âme du Monde. Or, si en elle toute opération était l'acte d'un Dieu transcendant, la nature ne serait plus un tout agissant qui se suffit à lui-même et se gouverne par des lois inhérentes à sa constitution. La croyance à la perfection de l'Etre divin nous oblige donc à considérer le monde comme une statue, une représentation vivante de la divinité : « L'œuvre du Créateur ne serait pas parfaite s'il n'avait pas fait don aux êtres créés de toutes les facultés nécessaires à leur conservation, et surtout de la plus indispensable de toutes au milieu d'une si grande variété d'objets : celle de reconnaître les forces semblables par lesquelles ils conservent leur vie et les forces contraires qui peuvent la détruire » ^. Quant à l'Ame du Monde, elle exerce une action réelle et même prépondérante sur la vie du Cosmos : la terre est comme le corps du monde, et le ciel, dont les mouvements déterminent le cours des événements physiques et des révolutions humaines
\.De sensu, 1637, lib. I, cap. V, p. 10.