c, lib. I, cap. M, p
LE PANPSYCmSME DE CAMPANELLA . 157
est l'esprit vital (spiritus) de l'univers qu'il féconde et anime (le sa chaleur. Néanmoins, attribuer à l'influence de l'âme universelle toute opération naturelle, ce serait nier la spontanéité merveilleuse qui éclate dans les actions des créatures individuelles, et oublier que la prodigieuse diversité des phénomènes est due précisément à la diversité des êtres singuliers et aux conflits nés de leur mutuelle contrariété.
Il n'est donc aucune réalité qui ne jouisse de sa vie propre, en harmonie avec toutes les autres vies et avec celle de l'Ame du Monde : chacune, pour remplir sa destinée et pour l'accorder avec les fins de l'univers, possède une conscience plus ou moins claire, suivant le degré et le rang qui lui ont été assignés dans la hiérarchie des existences ^ Une mystérieuse chaîne unit les pierres aux végétaux, ceux-ci aux animaux, les animaux à l'homme, la terre au ciel, le froid et la chaleur à la matière, et toute réalité à l'espace. Ainsi, en même temps que le mouvement, transmis des régions les plus lointaines du ciel avec la chaleur et la lumière, se propage par larges et puissantes ondulations, et baigne de ses effluves toutes les réalités sublunaires, en même temps la pensée du monde, la loi de l'avenir, se révèle à l'astrologue attentif. Et de même l'air animé, tendu comme un immense réseau de cordes vibrantes au-dessus de la terre, communique à celui qui sait écouter les pensées inscrites dans la forme de ses vibrations par les mouvements, les gestes ou les voix des êtres les plus éloignés 2. Car tel est le double aspect de l'interaction universelle : expansion infinie des mouvements, incessante communication des pensées. Le secret apparent de la vie intérieure se dévoile par la transmission aérienne de l'agitation de l'esprit vital contenu dans chaque substance individuelle, animal, végétal ou minéral, à des degrés différents de ténuité, de mobilité et de température. Cet esprit, principe de mouvement engendré par la chaleur solaire, trans-
1. 0. c, lib. II, cap. XXXII, p. 113: Num Anima Mundi existât. —P. 115: Mundusque habet spiritum qui est cœlum, crassum corpus quod est terra, sanguinem qui est mare ; mentem isthanc .\nimam [.\nimam Mundi]. — Voir le titre de l'ouvrage (édition de 1637). —
2. De sensu, 1637, lib. III, cap. VII. p. 128 et 129 ; — cap. VIII, p. 131, 132 ; et cap. IX, p. 133. —
mis directement au minéral, et concentré avant la naissance dans le germe du végétal ou de l'animal ^ ne peut façonner artistement les formes de l'être, diriger sa croissance, et commander ses opérations, sans révéler par son action externe la pensée qui a présidé à cette organisation et déterminé ces mouvements. Le mage, le visionnaire, l'astrologue, le prophète lisent cette pensée dans les formes, les sons, les déplacements, dans toute la riche variété des phénomènes naturels. Leur science n'est au fond que physiognomonie, céleste ou humaine, végétale ou animale, et le fil d'Ariane qui les guide, c'est la croyance à l'unité profonde de signification du texte interprété : dans le vaste organisme de l'univers, nourri et vivifié par l'Ame du Monde, une pensée identique circule, et par elle s'expliquent l'analogie des formes organiques, le retour régulier des périodes astrales, la fixité des lois qui lient aux mêmes tempéraments les mêmes destinées.
La physique elle aussi est une interprétation de la pensée des corps bruts. Leurs mouvements en effet expriment leurs désirs. Ils se plaisent à se sentir mutuellement en contact, et il faut bien que l'espace lui-même soit doué de vie et possède un sens attractif pour inspirer aux corps qui l'occupent une telle ambition de l'occuper tout entier, par une expansion jalouse de leur nature et une résistance obstinée à la pénétration des corps voisins ^. Et pourtant l'espace n'est pas une force active, et Télésio ne lui avait attribué aucune faculté de sentir. Mais l'attraction qu'il exerce sur les corps ne se comprend pas sans une passion qu'il éprouve à leur contact, c'est-à-dire sans une sensation : si le mouvement est révélateur de la conscience, ce n'est pas en tant que mouvement, c'est en tant que signe d'une préférence ou d'une aversion, et par suite d'une action exercée du dehors qui est passion et sensation chez l'être qui la reçoit. L'espace donc possède la faculté de sentir, et avec lui la matière, qui attire à elle les formes comme il attire à lui les réalités corporelles.
Enfin, si des principes constitutifs du monde on passe aux phénomènes particuliers, on découvrira de midtiples affinités, des correspondances inattendues, et d'étranges sympathies et