Mabilleau, o. c, p
LA NOUVELLE DOCTRINE DE l'aME 167
Une telle complication d'hypothèses auxiliaires entraînait nécessairement et irrémédiablement la ruine de toute la doctrine. Le mérite de Télésio est justement dans la lucidité avec laquelle il découvre dans les principes les plus généraux de la théorie aristotélicienne de l'être et de la connaissance la racine même des difficultés auxquelles averroïstes et alexandristes s'efforçaient en vain d'échapper.
Le premier de ces principes, c'est qu'il n'y a de science que du général, tandis que toute existence est individuelle : il fait éclater une insoluble antinomie entre les conditions du savoir objectif et les conditions psychologiques de la pensée, entre la sensation, qui appréhende la réalité particulière mais qui n'est pas la science, et la connaissance de l'universel qui est la science, mais qui ne saisit pas une réalité véritable \
Le second principe, c'est que la sensation consiste dans l'acte commun du sujet sentant et de l'objet sensible, dans la communication au sujet de la forme de l'objet, et, pour ainsi parler, dans son « information » par l'objet^. De ce principe résultent toutes les difficultés rencontrées par la théorie de l'intellect agent et du « sensus agens ».
Enfin Télésio s'attaque à la division même de l'âme en trois parties distinctes qui selon lui rend inintelligible, en même temps que la dépendance de la pensée vis-à-vis de la sensation, le rôle actif de l'esprit dans la vie biologique. Ici, c'est contre Platon et Galien qu'il argumente, en même temps que contre Aristote.
Au quatrième livre de la République. Platon a posé en principe que la même réalité ne peut produire en même temps sur le même objet deux effets opposés. En conséquence, croyaitil, de même qu'un archer ne saurait à la fois attirer à lui la corde de son grc et la repousser, de même dans l'âme du malade qui a soif et qui ne veut pas boire, dans l'intérêt
1. Aussi, pour échapper à la difïîculté, Aristote, suivant Télésio, s'estil souvent contredit : « Ipsimet Aristoteli sensus universale componit percipitque et intellectus singulare intelligit. » {De rerum natura, p. 326 et 327). — Cf. Campanella, Met., lib. XIII, cap. II, art. IV, pars III, p 113. —