De rerum naturae, p. 280 et
168 LA NOUVELLE DOCTRINE DE l'aME
de sa santé, ce n'est pas le même principe psychique qui produit et la soif et la volonté de ne pas boire : c'est l'âme sensitive qui désire la boisson, et c'est l'âme raisonnable qui commande au malade de s'en abstenir. — Pareillement le ©ui^i; est distinct de l'âme sensitive puisqu'on peut, par courage, résister à la violence d'une émotion, comme Léonce, fils d'Aglaïon, qui se contraignait à regarder des cadavres d'aspect répugnant. — Enfin la raison est distincte du ©uij.iç puisque les enfants qui ne la possèdent pas encore sont déjà très sujets à l'emportement ^ — De semblables vues sont exposées par Galien, et Télésio, comme plus tard Campanella, réfute ensemble les deux doctrines, dont l'esprit lui semble identique à celui qui inspire la théorie d'Aristote.
Les arguments tirés des conflits intérieurs des sentiments sont retournés avec finesse par l'auteur du De rerum natura contre la thèse de la division de l'âme. Selon lui, le fait qu'il y a décision prise et action accomplie prouve l'identité de substance de l'âme sensitive, de l'âme irascible et de l'âme raisonnable. Cette identité n'est pas compromise, dans le cas de l'injure reçue, par l'opposition de la raison au courroux de l'âme irascible : ce courroux en effet ne va pas sans une connaissance de l'âme raisonnable, et le motif qui nous pousse à la vengeance est moins le mal souffert, envisagé en lui-même, qu'un sentiment élevé, et pénétré d'intelligence, qui est le sentiment de la dignité personnelle ^.
Mais il y a ,des preuves d'une portée autrement générale en faveur de l'unité de l'âme. Avant tout l'âme est un principe d'action, de mouvement. Sa fonction est de conduire les êtres vers ce qui leur est utile, et de les détourner de ce qui leur est nuisible. Elle doit donc les mettre en rapport par la sensation avec les objets qui les environnent, pour déterminer ensuite leur conduite vis-à-vis de ces objets. La sensation est ainsi la cause directe des mouvements par lesquels les êtres réagissent aux impressions reçues. Or, comment concevoir ces réactions, qui ne peuvent consister qu'en des mouvements, si la sensation elle-même n'en est pas un ? Et com-