I. — LE SANCTUAIRE INDIGENE D ÉPOQUE NÉOLITHIQUE
Il est à peine besoin de noter que nous ne connaissons aucun vestige d'un sanctuaire quelconque à rattacher aux pratiques religieuses des populations paléolithiques en Palestine. Un curieux monument retrouvé à Gézer parait bien au contraire avoir été, dans Fàge suivant, un centre de culte officiel. M. Macalister, d'abord hésitant sur le véritable caractère de sa découverte (1), alors que le déblaiement était encore en cours, ne l'a bien mis en relief qu'à la suite des éclaircissements fournis par le progrès des travaux.
Ce « lieu de culte des aborigènes néolithiques », selon la désignation aujourd'hui précise du savant explorateur (2), est situé dans la « vallée centrale » du Tell et presque en son milieu. Il consiste en une aire de rocher développée sur 27°", 50 du nord au sud et 24'", 40 de l'est à l'ouest, criblée de cavités et de cupules et couvrant un réseau de très originales cavernes (fig. 63 s.). Apparemment aucune clôture primitive ne ceignait ce liaram : l'unique pan de nmr conservé qui doive être tenu pour contemporain protégeait l'entrée d'une caverne. La couche de décombres relativement épaisse qui isolait ce rocher des constructions supérieures ne contenant que des débris nettement associés ailleurs à la culture des troglodytes, on voit à quelle haute époque est reportée l'installation qui va être décrite.
(1) QS., 1903, p. 317 ss. et 1904, p. 112 s.
(2) QS., 1904, p. 113.
Dans cette surface de 670 mètres carrés, irrégulière comme la nature Ta faite, on ne compte pas moins de 83 cupules. A Texception d'une seule peut-être, toutes sont manifestement artificielles, de forme ronde, parfois rectangulaire; en ce dernier cas les grands
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côtés sont verticalement dressés, tandis que les deux petits s'infléchissent vers le centre de la cavité. Les plus grandes ont jusqu'à 1™,85 de diamètre, il en est même une qui atteint 2", 44 avec 0'",23 de profondeur; les plus petites n'ont guère plus de 0™, 15 sur 0™,12 en profondeur. Quelques-unes sont groupées avec une évidente intention, d'autres reliées par des canaux sans offrir de symétrie. Deux cavités de dimen-
sion moyenne (0^,915]
Fig. Gi.
présentent cette particularité remarquable
d'être entourées encore en grande partie d'un cercle de petites pierres levées ajustées avec de la houe. Un débris de structure analogue autour de Tunique cavité sûrementnaturelle atteste qu'elle aussi a été utilisée pour le même but que les autres.
Plus suggestif encore est le détail suivant. Non loin des
GÉzER. Dans le sanctuaire néolilliique. D'après une pliot. de Macalisler; cf. QS., 1904, p. m, fig. i.
cavités à enceinte microlithique, une sorte de canal long de 1"',37, large de O'^jGG, conduit à un orifice de 0'",854 de diamètre, creusé en segment de cylindre et débouchant à une profondeur de l'^jOT, dans la partie la plus retirée d'une caverne irrégulière qui mesure 9™, 76 dans sa plus grande longueur et 6", 10 en sa plus grande largeur, avec une étroite entrée en plan incliné dans sa paroi orientale, et une autre petite ouverture percée sous le plafond et facile à dissimuler. M. Macalister est disposé à croire (1) que l'entrée orientale aurait été pratiquée à une date postérieure, et qu'à l'origine la caverne était accessible seulement par Tespèce de cheminée secrète dont il n'y avait pas grand'- "i peine, si le besoin s'en faisait sentir, à boucher complètement l'orifice. D'où il infère la possibilité d'un ad%jtum ayant pu servir à quelques manifestations artificielles de la divinité, par le subterfuge plus ou moins rudimentaire du personnel desservant. Quelque valeur que l'on croie devoir accorder à sa déduction, il faut retenir avec soin la mention très précise que des os de porc ont été trouvés en abondance parmi les débris accumulés dans la caverne.
Une autre plus petite excavation sous le rocher à cupules ne présente aucune particularité bien notable. Une troisième au contraire^ divisée en plusieurs pièces assez spacieuses, est déclarée « vraiment extraordinaire » (2) par M. Macalister qui la décrit minutieusement
(2) L, l., p. 319 : « A very extraordinary excavation ».
et la rapproche d'une caverne analogue de T. Sandahannah. Kelevons seulement dans cette description, pour le but qui nous occupe, la mention de quelques signes, peut-être épigraphiques, en forme d'X et de V, tracés sur les parois avec les mêmes instruments de bois, de silex ou de corne qui ont été seuls employés pour l'excavation de ces chambres dans la roche molle qui fait le noyau du Tell. ~^ Il convenait de signaler tout d'abord le monument de Gézer parce qu'il est le plus complet du type, le plus clair, le plus facile aussi à dater. Mais il n'est assurément pas isolé. Parmi les analogies que lui fournissent les découvertes contemporaines, il en est une fort précise à T. Djedeideh (1). Dans une aire un tiers plus considérable que celle décrite ci-dessus (VS^^jâS X 36"'), il y a une large centaine de cupules
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Fig. 05 (A). — Uoclier à cupules à I. es-Sàly. D'après BLiss-MACALisïEr., Ecccav., p. 194. Fig. ()6 (B). — Rocher à cupules à T. Djedeideh. D'après Bi.iss-Macauster, Excav., pi. 89.
de dimensions variables, isolées, groupées en nombre indéterminé, ou mises en communication par des canaux. A l'une des extrémités de l'aire un bloc sans forme spéciale d'ailleurs n'en contient pas moins de 25, petites ou grandes (fig. 66). Il évoquait à M. Macalister le souvenir des autels de roc où l'on peut faire des offrandes et répandre des libations dans l'histoire de Manoé ou celle de Gédéon (2), bien que l'interprétation religieuse du monument demeurât alors douteuse. Aussi bien, si toute recherche de sépultures dans le voisinage était demeurée vaine, on n'avait pas non plus d'indices de sacrifices comparables à ceiux du sanctuaire de Gézer, pas de cercles de pierres levées, point à'adytiim ou de caverne inférieure. La destination cultuelle de cet aménagement un peu modifié parait toutefois impliquée par l'analogie indéniable avec Gézer et pourrait être confirmée
(1) Bliss-Macalisteh, Excavations..., p. 195 et planche 89.
(2) Juges, 6, 20 ; 13, 19.
dans une certaine mesure par l'impossibilité de lui assigner un autre but pratique.
Les fouilles de Zakariyâ et d'es-Sâfy ne semblent pas avoir fourni d'équivalents stricts, quoique les cupules, isolées ou groupées sur de plus petites surfaces, y aient été découvertes en très grand nombre (fig. 65). Macalister avait cependant fait à ï. Sandaliannali une constatation intéressante sur une trouvaille qu'il estimait unique de son genre dans la Palestine occidentale. Parmi les débris d'un dolmen érigé sur une tombe, un bloc présentait dans sa face supérieure une cupule artificielle, large de O'^jlTS et profonde de 0"',152, évidemment associée à la sépulture dans un but religieux (1). A titre de simple indication de monuments analogues dans la Palestine cisjordane on peut citer les cupules en relation avec des structures mégalithiques près de Beitin (Béthel), aux environs d'Anathot, ou aux fameux Qobour Israîl près de Hizmeh (2); l'induction religieuse faite par M. Macalister en sera fortifiée d'autant.
Gézer a fourni encore le meilleur contrôle aux indices recueillis ailleurs. A 1°',50 environ de l'escalier qui descend dans la caverne primitive à incinération, une excavation circulaire large de 0"',33 avec 0'",356 de profondeur a été pratiquée dans le rocher. Aucune trace de canal n'est signalée la mettant en communication avec la sépulture. Le fait toutefois que dans la période suivante les rites religieux associés à l'ensevelissement sont indiqués par plusieurs mai^i^ébôth dressées, à un niveau plus élevé, aux alentours de la cupule, corrobore pour elle aussi le caractère rituel plus archaïque suggéré par d'autres données.
Les fouilles de Megiddo ne pouvaient manquer de livrer un monument analogue à celui de Gézer, s'il y a quelque fondement à l'hypothèse émise que ces installations de cupules dans le roc, en relation avec des cavernes, représentent le lieu de culte des plus anciennes populations. Or pour autant que la publication fort lente nous fasse connaître déjà les résultats acquis, on peut voir que ce contrôle n'a pas fait défaut (3). Sur une petite terrasse en contrebas, de l'acropole à l'extrémité septentrionale du Tell, M. Schumacher signale une surface de rocher criblée de trous ronds et ovales, et de cupules qui ont de 0'",10 à 0'",40 de diamètre et 0"\15 à 0^,60 de profondeur, à section généralement triangulaire. Quelques-unes de
(1) Bliss-Macalister, Excavations..., p. 192.
h) Voy. RB., 1901, p. 278 ss. ; plan B, et p. 28G surtout. Le sujet sera repris avec plus de détail à propos des morts et des sépultures. (3) MuNDPV., 1906, p. 12 S. : compte rendu des trouvailles de 1904; cf. p. 65 s.
Fig. G". — Megiddo. Un sanctuaire d'époque néolithique. D'après Sciumaciieu, MuN., 1906, fig. 10; cf. fig. G3.
ces cavités, dont le caractère artificiel semble hors de doute, ont suggéré à M. Schumacher l'idée de trous préparés pour planter des pieux sacrés [asérîm), ou pour recevoir des vases d'offrandes; mais la plupart seraient des cupules à libations et il rappelle avec à propos le passage biblique / Samuel, vu, 6, où l'armée d'Israël réunie à Maspha fait des libations d'eau à lahvé pour se le rendre propice. Sous cette plate-forme à cupules se trouve, là aussi, une excavation dans le roc, sépulture ou habitation, incomplètement décrite encore et dont il y a lieu de penser qu'elle est en communication avec l'une ou l'autre des cupules aménagées sur son plafond (fig. 67).
Ta'annak a livré aussi sa contribution en ce même sens (1), quoique le procédé de recherches par simples sondages n'ait pas permis de préciser assez la disposition ni l'étendue de la plate-forme de roc à cupules et sa relation exacte avec une caverne indiquée toutefois dans un très proche voisinage, déblayée en partie et estimée tout à fait archaïque (2). Mais s'il est inopportun de spéculer sur ces données incomplètes pour conclure à l'existence d'un lieu de culte néolithique en ce point de Ta'annak, on peut poser plus sérieusement la question pour une autre installation quelque peu analogue, quoique plus développée déjà, dans la même ville. Le compte rendu général de Sellin en décrivant la forteresse d'Istarwassur signalait au-dessous de la construction, datée du xv® siècle avant notre ère par les tablettes cunéiformes découvertes dans ses ruines, un curieux système de souterrains creusés dans la roche vive (3). Huit marches conduisaient à un palier de 2"", 70 sur 1"',70, où s'ouvraient deux chambres spacieuses : l'une à peu près rectangulaire, longue de 6'", 80 sur une moyenne largeur de 4 mètres, était en contrebas d'un mètre à peu près sur le palier; le sol
(1) Sellin, Eine Nachlese..., p. 20-22; fig. 25.
(2) Sellin, op. L, p. 22.
(3) Tell Ta'annek..,, p. 37 ss. ; cf. Eine Nachlese..., p. 7 ss.
paraissait avoir été enduit et une banquette surélevée de 0™,/i^0 avait été réservée dans le fond de la pièce. L'autre, de forme elliptique, mesurant environ G"", 50 X 3"\50 sur ses principaux axes, avait manifestement été utilisée comme citerne, quoique Taménagement général indiquAt sans doute une destination première différente (fig. 68 s.). Sellin avait d'abord songé, pour l'écarter, à l'hypothèse d'un « mausolée cananéen » ; il s'arrêtait de préférence à celle d'une caverne troglo- (ly tique adaptée en magasin ou cachette lors de l'érection du château, employée finalement comme citerne, puis perdue complètement de vue. Le détail le plus remarquable de toute cette installation était
Fig. G8. ■— Ta'annak. Plan des cavernes dans l'édifice d'Istarwa^sur. D'après Sellin, T. Ta'annek, fig. 35.
un canal ménagé dans une paroi de la cage d'escalier et se ramifiant dans les deux chambres, d'une manière assez étrange s'il se fût agi d'une banale rigole à diriger l'eau dans les réservoirs (1). Le déblaiement complet des souterrains accompli durant l'été de 1904 a permis de les examiner en entier et surtout d'étudier la prolongation du canal jusqu'à la surface primitive hors de Tescalier. La description finale (2) fait savoir que ce canal s'amorçait sur un rocher aplani, insuffisamment décrit. L'explorateur, abandonnant toute son ancienne théorie prématurée, conclut aujourd'hui que « l'ensemble doit avoir été bien plutôt une installation pour le sacrifice [Opferanlagê] par où le sang coulait dans les deux cavernes, que celles-ci aient servi
(1) Tell Ta^annek..., l. L, surtout les fig. 35, 36, 38.
(2) Eine Nachlese..., p. 7 ss., et fig. 2, 3, 9. 11 manque pour la clarté un croquis de plan.
de grottes funéraires, ou qu'elles aient été simplement des cavernes sacrées comme celles de Hiérapolis, de la Mecque, de Jérusalem, etc. » (1). L'existence de cupules près de la bouche du canal ou en relation avec lui eût été assurément plus décisive en faveur de rinterprétation proposée.
Les détails fournis sont néanmoins suffisants, on en conviendra, pour attester le caractère cultuel de quelques-unes des installations décrites. Le monument de Ta'annak déjà plus perfectionné que celui de Gézer, plus ancien toutefois lui aussi que le xv^ s., puisqu'on en modifiait alors la nature, se placerait, sans trop de difficulté semble-t-il, dans une période antérieure à l'occupation sémitique et plus ou moins contemporaine du sanctuaire néolithique de Gézer. Peut-être a-t-oii trouvé en celui de Megiddo quelque indice de nature à serrer davantage la première date
de ces centres cultuels. Les recherches ultérieures nous éclaireront probablement avec une plus grande précision; mais nous devons déjà aux trouvailles contemporaines de pouvoir parler avec une très sérieuse vraisemblance des sanctuaires indigènes de la Palestine entre 3000 environ et 2000 avant notre ère. Pour simplifié qu'il soit encore, c'est déjà le haut-lieu, cette vaste surface de roche nue, la plupart du temps laissée brute, avec les multiples petits bassins où coula jadis le sang des premières victimes, et la première libation répandue en hommage à la divinité. Avant de suivre les transformations de ce primitif établissement cultuel, il importe de noter expressément qu'on serait aussi mal venu de nier la nature religieuse et l'archaïsme des installations décrites ci-dessus parce qu'on rencontre un peu partout des rochers à cupules parfois de très basse
(1) Eine Nachlese..., p. 10 s., 32 ss. Le monument de Jérusalem auquel fait allusion ici M. Sellin est la caverne dite aujourd'hui le Puils des âmes, sous la Sakhrah, avec l'orifice circulaire du plafond qui la fait communiquer avec la plate-forme supérieure de la Roche.
Fig. 69. — Ta'annak. Les souterrains de l'édifice d'Islarwassur. coupe transversale, d'après Sellin, Tell Ta'annek, fig. 3G.
époque et d'usage profane indubita)3le, que d'en déduire un système sur le rôle religieux ou l'antiquité de toutes les cupules et de n'importe quel godet aperçu dans un banc de roclie, ou sur un IjIoc isolé. Ces généralisations sont toujours infiniment délicates et invariablement dangereuses en archéologie. Trop de menus détails doivent concourir à préciser la nature d'un monument pour qu'il soit loisible de théoriser hâtivement sur de vagues similitudes. On ne peut que s'en tenir, jusqu'à plus ample informé, aux remarques très judicieuses de M. Macalister sur ce sujet (1). Il va en efïet de soi que le même procédé usité pour adapter un site en lieu de sacrifice ou d'offrande ait servi, contomporainement ou beaucoup plus tard, à créer de tout autres installations : petits pressoirs, abreuvoirs pour les troupeaux au voisinage d'une fontaine et nombre d'usages analogues, auxquels chacun pourra songer. Et jusque dans les cas d'usage religieux très probable, il y aura lieu de compter avec les survivances qui perpétuent si fréquemment en des civilisations fort disparates et à des époques très éloignées de la première origine des usages ou des formes immuables (2).
C'est encore un monument religieux de même période, ou si l'on veut de même race en un stage un peu plus développé, que nous verrions volontiers dans le tempos de la colline orientale à Gézer (3). Un mur en blocage de pierres braies, épais en moyenne de 0'", 76, déli-
(1) Dans BLiss-MAnALiSTER, Excavat., pp. 189-196. Cf. à propos des blocs isolés la remarque un peu sceptique de M. S. Reinach, Chroniques d'Orient, I (1891), p. 440, sur ces « pierres à écuelles, répandues dans l'ancien monde depuis l'Inde jusqu'en Ecosse, pour le tourment des archéologues qui ont vainement cherché à les expliquer ». A maintes reprises aussi des hommes très compétents, M. Alex. Bertrand par exemple, ont mis en garde contre les spéculations trop hâtives à propos de rochers à cupules.
(2) Nous avons relevé à mainte reprise en Palestine des cupules sur des milliaires romains, ou sur des montants de pressoir peu archaïque. Un cas d'installation très profane rappelant beaucoup celle d'un « sanctuaire indigène néolithique » serait celui des petits bassins aménagés dans le roc aux abords du Bîr Ayoub, au sud de Jérusalem, à proximité d'une caverne aujourd'hui obstruée. Le Révérend Hanauer qui les décrivait naguère {QS., 1900, p. 361 ss.) proposait d'y voir un atelier de foulon et expliquait par là l'origine du nom biblique Rogel. Il se peut que son interprétation soit juste; l'observation des procédés contemporains pour le blanchissage du linge aux abords des sources dans les villages palestiniens tendrait en effet à la justifier. Il faut reconnaître cependant que les blanchisseurs qui auraient créé ces lavoirs auraient pu les installer plus commodément en surface plus plane, un peu en contrebas. Le voisinage de la grotte, sans but dans l'hypothèse de M. Hanauer, fait apparemment pencher la balance en faveur de l'origine religieuse: l!eau toute proche est un élément bien en situation et sans entrer en de plus longs développements, qu'il suffise de rappeler la désignation du rocher Zohéleth en cette même région. Ceci du reste n'empêche pas l'adaptation postérieure en atelier de foulon.
(3) Découvert et décrit par M. Magalister, QS., 1902, p. 321 s.; voy. ses planches 1 et 2.
LES LIEUX DE CLl.TE EN CANAAN.
Fig. 70. — ].e téménos archaïque de Gézer. D'après Macalistek, QS., oct. 190-2, pi. 2.
mite sur quatre cotés raccordés eu fausse équerre et avec des angles arrondis une surface d'environ 190 mètres carrés. Des chambres fort irrégulières occupent la moitié occidentale de ce petit liaram (fig. 70). En front de ces réduits, dans la section orientale, vide absolument par ailleurs, des blocs frustes {a) hauts en moyenne de 0"',458 sont dressés sur une plateforme en terre battue, à 0™,30 audessus du roc et juxtaposés avec de la boue (1) de manière à constituer une enceinte circulaire. A peine quelques blocs avaient-ils été dérangés par Tenvahissement des décombres de l'alignement primordial (2). La circonférence qui peut avoir l'",85 de diamètre n'était cependant pas complète : un tiers environ n'a visiblement jamais été fermé et la structure serait plus exactement comparée au tracé d'une abside. Le feu a laissé sur la plupart de ces pierres d'évidentes traces de son action prolongée, en les noircissant et les faisant même éclater par endroits. Nulle intention saisissable d'orientement déterminé, ni pour le cercle, ni pour son enceinte^^^
Ce qui paraît avoir fixé pour M. Macalister le caractère religieux de cet édifice est l'analogie qu'il lui trouvait avec un sanctuaire indiscutable précédemment découvert à T. es-Sâfy, qui consiste essentiellement en une enceinte quadrangulaire, avec chambres, alignement de pierres levées, absides dans les murs. On verra en son lieu que les analogies très vagues de quelques détails ne peuvent impressionner au point de faire assimiler deux édifices à physionomie générale si diverse (3). Retenons toutefois la possibilité d'une valeur religieuse
(1) Cette analogie de procédé technique avec les cercles microlithiques entourant les cupules du haut-lieu décrit ci-dessus peut n'être pas fortuite. Elle tendrait à confirmer le rapprochement proposé. L'observation de M. Macalister (/. Z., notel), que ce mortier de boue a pu être usuel dans la construction des dolmens et des cercles de pierres, est plausible, mais peu appuyée, du moins en ce qui regarde les dolmens.
(2) Durant un chômage du chantier le cercle a été en partie détruit par un berger désœuvré qui promenait son troupeau surle Tell {Quart. Stat., 1903, p. 124). Les relevés et photographies de M. Macalister n'en ont que plus de valeur aujourd'hui. Cette destruction accidentelle a permis de pousser les sondages sous l'aire même du cercle, sans aucune découverte du reste.
(3) Le haut-lieu d*es-Sùfy appartient à la période et à la race suivantes et sera étudié plus loin ; cf. p. 103 ss.
d02 CANAAN.
rendue vraisemblable par la comparaison du petit cercle de pierres levées avec les cercles entourant quelques-unes des cupules dans le haut-lieu. L'hypothèse d'un foyer ne pourrait guère être mise en avant pour expli([uer les traces de feu : d'abord parce qu'il n'y a rien là de comparable aux foyers nombreux ailleurs dans les habitations les plus archaïques sur le Tell; ensuite parce que ce cercle est à air libre et n'a jamais été couvert par une hutte.
Un détail toutefois semblerait rattacher cette singulière installation à la période cananéenne qui va suivre : c'est la mention de petits piliers de pierre, découverts en quantité considérable en même temps qu'elle, à dilférents niveaux. Aucun n'ayant été localisé sur le plan, on peut se demander s'il s'en est rencontré in situ, en relation certaine avec le monument qui nous occupe. A défaut de renseignements plus développés à son sujet, il convient de ne point urger sur son attribution ni sur sa date, quoique l'une et l'autre, dans le sens indiqué, paraissent résulter de la confrontation avec les vestiges mieux définis de la culture néolithique (1).