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Fig. 80. — Gkzeu. L'autel cananéen devant les niassébôth. Pliot. autorisée par M. Macalister.
les massébôth a ^"^^ïh- de largeur moyenne et une épaisseur courante de 0",30 environ. De l'extrémité septentrionale où elle est le plus large, autour dun" VIII (1), elle se rétrécit graduellement vers le sud, s'échancre très régulièrement au bord occidental à la hauteur des n^" VI et V pour encadrer un bloc qui va être décrit à son tour, s'interrompt après III et ne reparait qu'autour de I. Au delà, elle se termine quasi en pointe contre un pan de muraille.
même nous échappe en grande partie, aient été pratiqués dès l'origine pour se perdre ainsi au flanc de ia colonne.
(1) L'angle nord-est semble avoir été échancré pour l'éreclion de la colonne dont il reste un tronçon. Comparer d'autre part celte plate-forme avec la ligne de pierres brutes entre les stèles d'es-Sâfy.
LES LIEUX DE CLLTE EN CANAAN. Mo
A peu près à 0"',30 au-dessous de cette maçonnerie qui la recouvrait en partie et peu au sud du premier mégalithe, gisait une colonnette non sans similitude avec le n' II décrit plus haut. Elle a l'^jSS de long. Redressée au niveau même où elle était couchée, c'est-à-dire sur la mince couche de sol vierge couvrant le rocher en ce point, son sommet serait sensiblement de niveau avec celui du n*" II (cf. fig. 77, a). MacaHster en infère, très justement semble-t-il, que ces deux massébôth ont constitué à elles seules un premier stage du sanctuaire. La différence de niveau entre leurs bases et la déclivité du sol impliquée peut-être par ce dénivellement, 0"',33 sur une distance qu'on peut évaluer à 4°^, 30, ne s'opposent guère à sa théorie, qu'appuient d'ailleurs de solides indices à examiner plus tard.
Dans l'échancrure de la plate-forme signalée tout à l'heure en face des mégalithes V et VI est casé le pied d'un volumineux cube de pierre équarri avec le plus grand soin (fig. 80). Il a l^'jSSô de long, 1"', 525 de large et 0°',763 de haut. Au centre de la face supérieure une cavité rectangulaire mesure 0°',805 x 0"\585, avec une profondeur de 0"',407. Les faces extérieures du bloc, d'un calcaire à grain fin et résistant, parfaitement dressées, ont gardé leurs arêtes vives, à peine émoussées ou écornées par endroits; les parois intérieures de la grande cavité sont au contraire d'un travail un peu moins parfait, comme si elles n'eussent pas dû demeurer apparentes. On n'y constate au surplus nul vestige d'enduit. Une rigole sinueuse, et sans communication avec le trou central, est pratiquée sur le bord supérieur de la table à l'opposé des massébôtb devant lesquelles on l'a érigée sans l'y appuyer toutefois. On n'a pu saisir sur ce bloc aucun vestige de fumée ; il ne porte non plus nulle autre entaille, ni trace de contact avec quoi que ce soit.
Au niveau supérieur de la plate-forme de blocage entourant le pied des mégalithes, correspond un niveau marqué par une couche de gravats, sur une surface mal déterminée, car aucun mur (1) ne parait l'avoir délimitée. On peut l'évaluer en gros sur le plan à une cinquantaine de mètres de longueur nord-sud, sur trente à trente-cinq mètres de largeur d'est en ouest (2). Au-dessus de ce niveau des fondations de multiples murailles qui se recoupaient en divers sens avaient d'abord été interprétées comme ruines de logements, magasins ou trésors annexés au sanctuaire. La difficulté d'y démêler un plan quel
(1) Le mur d'enceinte que Macalister avait soupçonné d'aborvl {Quart. Stat., 1903, p. 35) au début de la fouille apparlient en réalité à une enceinte très postérieure de la ville ainsi que l'a fait constater le déblaiement ultérieur.
(2) QS., iy03, pl. III, face p. 221 ; mais l'évaluation est approximative.
conque à raccorder à l'alignement des pierres levées devait provoquer une enquête aussi minutieuse que possible à leur sujet. La conclusion eu a été que ces débris tout profanes n'avaient envahi que fort tardivement l'enceinte sacrée, cinq ou six siècles au moins après l'époque où celle-ci avait été constituée (1). En un moment où la population devenait plus dense sur la colline de Gézcr, où d'autre part ou n'attachait plus la même vénération aux massébôth alignées, sans oser encore porter contre elles une main audacieuse, on empiétait sur le domaine divin pour créer de nouvelles habitations.
Dans les quatre-vingts à quatre-vingt-dix centimètres de ruines et de sol vierge entre le rocher et le pied des massébôth, on devait réaliser les plus importantes trouvailles. Ce sous-sol du sanctuaire était une véritable nécropole, où des enfants à peu près uniformément en très bas âge, presque des nouveau-nés (2), avaient été ensevelis en des jarres de la singulière façon que nous aurons à décrire ailleurs. Le plus grand nombre des jarres gisait à l'orient des massébôth ; quelques-unes situées k l'ouest montrent cependant que le choix du lieu n'était pas autrement déterminé ; on en peut même voir une indiquée au nord et une autre au sud sur le plan général du haut-lieu. C'est à l'ouest qu'étaient aussi deux sépultures d'enfants plus âgés, signalées près de celles des nouveau-nés; là encore qu'a été découvert, isolé de tout autre ossement, le crâne d'un homme d'âge avancé (3).
Toujours sur ce même côté, à 4'", 50 environ de la plate-forme, en face des derniers mégalithes septentrionaux, une construction ronde (visible en partie sur la phot., fig. 75) en maçonnerie primitive et fort négligée constitue comme un bassin dont les parois, intérieures s'évaseraient par enhaut. Le moyen diamètre est de ^"^,60, et la plus grande profondeur actuelle de l^'jSS. Un pavé analogue à celui de la plateforme et au niveau exact du pied des massébôth fait le sol de ce ré-
(1) Macalister remarque expressément (op, /., p. 32) qu'en cet endroit les décombres postérieurs auxi\e siècle av. J.-C, se superposent immédiatement à ceux de l'époque troglodyte, presque sans mélange de culture intermédiaire.
(2) (( Certainement aucun n'était âgé de plus d'une semaine », dit M. Macalister, Quart. StaL, 1903, p. 33, des premiers cas constatés. A la suite du déblaiement total il note (op. l., p. 223) que cette règle n'a que deux exceptions pour des enfants ugés d'environ six ans, dont les squelettes gardent des traces de feu évidentes.
(3) M. Macalister lui assigne environ 70 ajis. 11 avait cru d'abord reconnaître dans ce crâne une nuance physiologique permettant de l'attribuer à une race un peu difl'érente de celle qui peuplait alors Gézer {op. L, 1903, p. 224). L'examen technique plus compétent de M. le prof. A. Macalister {op. l., 1903, p. 323) établit au contraire l'identité de race et cela ne diminue en rien la valeur de l'hypothèse proposée par l'explorateur. Il considère en effet ce crâne comme celui de quelque ennemi fameux, dont la tôle tranchée aurait été affichée en trophée dans le sanctuaire national.
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duit, dans lequel était amoncelée une extraordinaire quantité de tessons, trop menus pour permettre de reconstituer une pièce, mais à peu près tous caractéristiques de cette poterie élégante et fine, tenue pour « phénicienne » depuis M. Pétrie et qui correspond à celle que nous avons nommée « israélite ».
Mêlée à ces débris une curieuse lamelle de bronze, longue d'à pou près quinze centimètres, représente manifestement un serpent, dont la figuration ne laisse pas que d'être expressive pour l'époque très reculée à laquelle doit appartenir l'objet.
Les vestiges d'une autre construction circulaire qui aurait fait pendant
Figs 81. — GÉzEu. Serpent de bronze. D'après Macalister, QS., 1903, p. 222, lig. 13.
à celle du nord sont signalés au sud, en face des premiers mégalithes; ils sont trop insignifiants pour qu'on en puisse saisir la destination; à peine reconnait-on le pavement, ou une plate-forme, sans aucune paroi. Quelques bassins dans le roc, un peu plus loin vers l'extrémité nord-ouest de l'aire sacrée, ont dû servir de réservoirs. Un réservoir analogue, plus grand, a été aménagé à l'extrémité opposée, dans l'angle sud-est, en une ancienne caverne de troglodytes.
A l'orient des pierres levées et presque sur la longueur entière de leur alignement, se développe une double caverne dans le roc (fig. 82) (1). Avant qu'on les ait fait communiquer par un passage étroit et sinueux, chacune de ces excavations avait son entrée indépendante, avec quelques marches d'escalier disposées à la façon de toutes les entrées de cavernes troglodytiques. C'est bien du reste à cette vieille culture néolithique, d'où le métal était encore tout à fait absent, qu'appartenaient les objets recueillis dans les quelques pieds de décombres qui couvraient le sol des cavernes au moment où on en changeait la destination pour les adapter au sanctuaire.
A la surface de ces débris antiques un squelette d'enfant nouveauné gisait étendu sur une pierre et immédiatement au-dessus, à même
(1) La descriplion très précise en est donnée par M. Macalisteu, QS., 1903, plan détaillé et croquis ; cf. p. 24 s.
20 ss., avec
lo rocher, reposait une des jarres-sépulcres signalées plus haut. Ce fait seul eût autorisé à rattacher les pièces souterraines à la nécropole d'enfants et aux masséhoth. On verra bientôt que la forme même du couloir par lequel on les a unies à ce moment accentue davantage encore leur relation avec le lieu de culte.
Aussi bien ne paraîtra-t-il douteux à personne que Fensemble des monuments qui viennent d'être énumérés constitue un lieu de culte cananéen. Il faut signaler encore, comme liaison possible entre le
Fig. 82. — GÉZER. Plan des cavernes sous le haut-lieu. D'après Macalister, QS., janv. 1903, pi. V.
sanctuaire néolithique primitif et Tinstallation religieuse de la race nouvelle, la présence de nombreuses cupules dans le roc sur toute l'aire décrite, distante seulement au surplus d'une trentaine de mètres du haut-lieu néolithique. Mais le majestueux sanctuaire, avec son ordonnance relativement compliquée, ne fut pas substitué du jour au lendemain au modeste monument*primitif, quand les Cananéens ayant triomphé des populations indigènes les contraignirent de leur céder l'espace. Il convient de rechercher maintenant, à la suite de M. Macalister, le développement historique attesté par la structure même du haut-lieu et par les ruines sous lesquelles il a été si heureusement protégé jusqu'à nos jours.
si; 2. Signification et évolution du sanctuaire cananéen de Gézer.
Le plus sérieux indice d'époques successives est dans la diversité des mégalithes, dans la construction de la plate-forme qui entoure leurs bases et dans les variations de niveau. Dès qu'on les examine en effet avec quelque attention, les colonnes révèlent de considérables nuances ; et il ne s'agit pas seulement ici du volume, ni des formes générales, mais surtout de particularités plus frappantes : les cupules sur les n"** I, II, III, VIII, les deux pointes de I, la rainure de VII et son origine étrangère impliquée par la nature même de la pierre, d'autres détails plus minutieux qu'on trouvera exposés par M. Macalister. La première suggestion, au sujet de l'évolution, parait due au Révérend J.-P. Peters, l'éminent et sympathique directeur de la mission américaine en Babylonie, pendant plusieurs années, dont le nom est aujourd'hui bien connu dans les cercles de palestinologues, depuis sa brillante découverte des hypogées peints de Marésa. Visitant les tranchées aux premiers jours du déblaiement et frappé de la disproportion étrange entre la deuxième stèle et tout le reste de Faligneinent, il avait pensé que « cette pierre, insignifiante comparée aux autres, était le bétyle primordial du temple, et que ses voisines massives ne lui étaient que de pures additions honorifiques (1) ». Le poli extraordinairement fm de cette pierre tendait à justifier la vénération spéciale que lui attribuait M. Peters, et l'hypothèse devait prendre une tout autre consistance après l'étude complète de }\, Macalister.
Il observe en effet que l'interruption de la plate-forme autour de ce bloc lui donne manifestement un caractère à part. On ne concevrait d'ailleurs pas facilement la raison de creuser pour cette petite stèle un fondement plus profond que pour les grands mégalithes, si elle eût été érigée en même temps, avec le même rôle et par les mêmes hommes. Le fait d'être engagée plus bas, dans un strate de débris plus archaïques, conduit normalement à lui assigner une date d'érection plus reculée. La découverte d'une stèle analogue, précisément en ce même strate de ruines, avec des proportions qui permettent de les mettre en relation l'une avec l'autre malgré la légère différence de niveau à la base, parait décisive en faveur d'un premier état du haut-lieu dans lequel il n'y aurait eu que ces deux stèles. Avaient-elles toutes deux la même signification religieuse? ou bien le bloc abandonné plus
(1) D'après le récit de M. Macamstkh, Q.S., 1903, p. 28.
tard et enfoui sous les décombres n'était-il déjà qu'un accessoire auprès de la stèle plus typique conservée dans le nouvel alignement? il serait téméraire et du i*esle assez vain de prétendre le rechercher ( 1 ) .
En décrivant plus haut la relation de ces deux massébôth, nous avons omis une indication qui devait trouver mieux ici sa place. Le compte rendu des fouilles mentionne, « juste au sud de la pierre renversée », une « cavité circulaire... taillée dans une dépression naturelle du roc, apparemment avec l'intention non réalisée de faire une citerne (2) ». Les plans actuellement publiés ne mettent pas assez en évidence la situation de ce trou rond, creusé presque au pied de la stèle (3). Il ne serait pas non plus sans intérêt d'en connaître les proportions. Au lieu d'y voir la tentative abandonnée de creuser une citerne, serait-il impossible, étant donné le caractère sacré du lieu, de l'interpréter comme une façon d'autel, ou plutôt de fosse à offrandes, d'après les analogies recueillies en terre mycénienne, au palais de Tirynthe par exemple, et dans le célèbre hypogée de Mycènes (4-). Plus décisif encore serait en ce sens le rapprochement avec une découverte de M. Schumacher à Megiddo. Dans les plans du « temple », sur lesquels nous reviendrons en son lieu, il signale en plusieurs points des fosses, en relation parfois avec des massébôth ou des autels, et qu'il désigne par le terme précis à'Opfergriibe, fosse à offrandes, voire quelquefois par celui à' autel (5).
Une telle attribution, si elle pouvait être confirmée, serait d'une réelle importance pour la notion religieuse impliquée dès lors chez le peuple qui pratiquait son culte en ce lieu, plus tôt que le commencement du deuxième millénaire avant notre ère.
(1) Les divergences, quoique réelles, entre les deux pièces ne sont pas assez spécifiques pour les nuancer avec précision. D'autre part, la possibilité demeure d'un plus grand nombre de massébôth érigées dans cet état primitif du haut-lieu, d'où elles auraient pu accidentellement disparaître. Sans entrer plus avant dans l'examen de cette hypothèse, on la tiendra apparemment pour moins vraisemblable.
(2) QS., 1903, p. 31.
(3) Peut-être est-ce lui qui est indiqué par un petit cercle sans aucun repère dans le plan général du QS., 1903, pi. III, p. 220. 11 est difficile, à l'échelle de ce plan, d'évaluer la distance précise par rapport à la stèle tombée, ou les dimensions de la cavité. Dans la coupe longitudinale du haut-lieu, QS., 1903, p. "ïQ, pi. VII, une autre excavation artilicielle au fond d'un creux naturel du rocher, juste en face du mégalithe II, à l'orient, doit n'être qu'une « cup-mark « ordinaire.
(4) Cf. SCHUCHHARDT, SckUeniann's Ausgrabungen-..., p. 134, 186 s., etc. Voir aussi Pebrot et Chipiez, Histoire..., t. VI, 283 s., 323, 343 s., 571, 1012, avec références bibliographiques pour la description de monuments similaires.
(5) C'est aussi le cas de se remettre en mémoire l'énigmatique hémicycle de Tell es-Sàfy, constituant par rapport à l'esplanade une véritable fosse, quoi qu'il en soit de sa forme.
L'accumulation des décombres autour de la stèle II dans l'alignement actuel, l'enfouissement de sa compagne primitive au moment où sont érigées les grandes massébôth, constituent des faits indiscutables, quoique d'une explication difficile. On comprend assez mal en effet de prime abord l'évolution religieuse au sein d'une même race modifiant un sanctuaire au point d'en laisser perdre quelques éléments primordiaux. En tout cas, la transformation ne s'est produite ici qu'après un laps de temps considérable. Les premiers débris superposés à la plate-forme actuelle appartiennent à un strate daté avec assez de précision du xiv*' siècle avant Jésus-Christ ; c'est donc un intervalle d'au moins six siècles, peut-être de sept, de huit et plus, qui sépare l'installation définitive du haut-lieu de l'érection des premières et plus humbles stèles. Sur cette durée, on ne trouvera pas invraisemblable l'hypothèse de quelque incident — cataclysme naturel, luttes dedans, siège de Gézer, d'autres à l'avenant, — capable de justifier l'envahissement des ruines et la disparition d'une massébàh. Sans même recourir à une telle hypothèse, ne pourrait-on concevoir que le seul désir de faire grand eût amené à substituer aux petites stèles d'antan les colonnes énormes qu'on sait? La conséquence serait, il est vrai, que le petit mégalithe, oublié ou volontairement négligé, n'avait pas à l'origine la même portée religieuse que le bétyle dont on faisait le point de départ, comme la raison d'être, du nouvel alignement. Nous allons tenter d'établir précisément la même distinction entre les stèles de ce nouvel alignement ; on ne l'estimera donc pas a priori impossible dans le stage plus archaïque du haut-lieu.
La disproportion entre le mégalithe II et tous les autres, jointe aux diverses particularités propres à celui-ci, ne laisse apparemment pas lieu d'hésiter à lui accorder une valeur religieuse spéciale. Aussi bien, s'il n'avait d'autre titre que son antiquité à être conservé debout, n'eùt-il pas offert plus de titres que son voisin abandonné dans les décombres. Si par ailleurs on prétendait, en dressant à ses côtés de plus gros blocs, lui donner toute une série d'équivalents stricts mais amplifiés, il ne se présente aucun motif plausible de n'avoir pas modelé sur lui tous les nouveaux blocs et de ne l'avoir pas enserré, à l'instar de ceux-ci, dans la plate-forme en maçonnerie.
La relation de cette plate-forme avec les massébôth suggère qu'elle a été construite d'une seule venue, quand déjà toutes étaient érigées, soit qu'on ait voulu pourvoir à leur stabilité plus ou moins longtemps après leur érection simultanée ou successive, soit que toute l'installation ait été faite en même temps. Il y a là, on le voit, une série de points de vue différents dont on ne saurait faire abstraction, mais
qu'il suffira tVindiquer, puisque les éléments font encore défaut pour la détermination objective de l'origine cherchée.
En faveur de la simultanéité (Forigine de tous les mégalithes surajoutés au vieux ])étyle et de la petite esplanade, on pourrait alléguer peut-être l'unité approximative de niveau et, plus douteusement encore, le symbolisme du nombre. A les compter tous, bétyle compris, on a une série de dix unités : chiffre retrouvé à Ta'annak dans un alignement de prétendues massébôth, et dont le symbolisme pouvait être entendu de diverses faeons (1). Le bétyle, n^ II, mis à part, on réaliserait encore le même total en supposant la complète disparition d'une stèle entre le n° VII et le tronçon (|ui subsiste d'une stèle brisée, avant le n'avili. L'absence de tout vestige de cette massébàh complémentaire à l'endroit indiqué rend son existence extrêmement problématique. Si Ton tient compte de la forme très réaliste du n° VIII, érigé seul dans un socle de pierre, encadré de deux acolytes formant avec lui un groupe isolé, à l'extrémité de l'alignement, on admettra plus volontiers, comme le veut M. Macalister, qu'il y a là une addition relativement moderne, sans que l'extension de la plate-forme jusqu'autour de ces blocs entraîne la nécessité de sa construction tardive. Elle pouvait exister ainsi développée de vieille date, ou il demeurait facile de la prolonger au nord de la quantité voulue en raccordant la nouvelle structure à l'ancienne, dont on imitait l'exécution rudimentaire.
En ce même sens il faut tenir compte aussi de l'étrangeté du mégalithe n° VII apporté probablement des environs de Jérusalem dans un but quelconque, peut-être comme un trophée conquis sur un ennemi vaincu (2). Il est vrai que son insertion dans l'alignement lui donne
(1) On a dit plus haut, p. 67, à propos de l'architecture, comment cette double rangée de petits piliers devait représenter des supports de colonnes en bois plutôt que des pierres cultuelles.
(2) L'hypothèse est de M. Macalister, QS., 1904, p. 196. 11 considère le transfert de cette « pierre sacrée de quelque autre cité ou tribu » dans le sanctuaire de Gézer comme analogue à celui de l'arche de lahvé dans le temple deDagon ([Sam., 5, 2). Véditenr de la revue (M. S. A. Cook) rapproche en note le passage épigraphique où Mésa se vante d'avoir capturé au Nébo et traîné devant son dieu Camosles niH^ ''S**^ =? ''S[{<1]X, autels ou foyers d'autel de lahvé. Le rapprochement est en somme inopportun, d'abord parce que la lecture du passage est fort sujette à caution (cf. Lagrange, RB., 1901, p. 523, lig. 17-18 de l'inscr,, p. 526 et 534) et aussi parce que, s'agit-il réellement d'autels, il n'y a guère parité avec la pierre sacrée en question. Que si on accorde à M. Macalister ce caractère de pierre sacrée ou de fétiche, l'analogie invoquée demeure vague. Les Philistins déposent l'arche comme un trophée dans le temple de leur dieu — Mésa fait de même avec ses captures — ; mais on ne voit pas que l'arche fasse désormais partie intégrante du culte philistin en ce lieu, ni qu'elle devienne proprement un meuble sacré de Dagon. La tendance à adopter les dieux ou les cultes des vaincus semble étrangère à l'antiquité sémitique et n'existe que dans le syncrétisme ultérieur. Les répondants plus exacts du procédé des Philistins et de Mésa sont à chercher dans la pratique constante des monarques assyriens qui, en s'emparant des dieux
tout Tair d'avoir été traité sur le même pied que les autres massébôth. Il revêtait en conséquence un caractère religieux identique au leur et cessait donc de personnifier le dieu vaincu dont on voudrait qu'il eût précédemment incorporé la substance. Cette transformation sera jugée trop précaire; et môme en concédant la provenance des abords de Jérusalem et — ce qui demeure tout problématique — la capture comme butin dans un combat, la pins admissible théorie pour justifier son remploi sera de lui attribuer le rôle d'un symbole ou d'une commémoraison peu éloigné de celui qu'il remplissait dans le premier sanctuaire d'où on Fa arraché. En tout cas le bloc pouvait avoir été apporté d'assez vieille date à Gézer pour qu'il y fût dressé en même temps que les grands mégalithes, dont il portait le nombre à sept, si le bétyle est inclus dans le comput. A le supposer exclu au contraire, on serait enclin à admettre avec Macalister (7. /.) que la massébâh étrangère n'est survenue qu'après coup et le haut-lieu n'eût compté alors que cinq stèles, autre chiffre suggestif dans la mesure où il serait ferme (1).
Pour le développement progressif d'une stèle après l'autre, qui paraît plus volontiers admis par l'éminent directeur des fouilles, on ne voit pas d'indice bien solide, une fois qu'on a isolé les trois stèles septentrionales. L'addition du prétendu trophée hiérosolymitain, sur laquelle il insiste, n'a rien de décisif, puisque la capture, avons-nous dit, pouvait être antérieure à l'aménagement du haut-lieu dans sa nouvelle forme; d'autant que, môme concédée, cette additionne prouverait rien contre l'érection simultanée des cinq premiers mégalithes juxtaposés au bétyle.
Plus compliquée encore que ce problème de date et de nombre est la question de forme; plus intéressante aussi, car elle touche à la question fondamentale de la nature de ces stèles.
Piliers quadrangulaires aux arêtes plus ou moins mousses, colonnes frustes ou régulièrement arrondies, toutes les stèles du haut- lieu considérées en gros offrent ce trait commun qu'elles se terminent en
(lu pays conquis pour les convoyer chez eux, prétendaient simplement enlever un butin analogue à toutes les autres prises de guerre, femmes, enfants, esclaves, trésors; cf. Schrader, KB., II, 67, le bulletin de victoire de Sargon sur Israël. Ibid., p. 209 s., Assourbanipal raconte avec emphase comment il a pu reconquérir la déesse Nànâ, enlevée jadis et retenue prisonnière seize cent vingt ans chez les Élamites, où elle avait dû sans doute faire l'ornement de quelque musée royal.
(1) On ne s'arrêtera certainement pas à l'idée de compter douze massébôlh, en faisant unité de la stèle renversée et enfouie sous l'esplanade, en mettant le n» II sur le même rang que les autres et en reprenant l'hypothèse d'une stèle disparue après le n' VII. Ce serait méconnaître les indices d'évolution signalés, pour rechercher un nombre total dont le symbolisme ne paraît rien offrir de bien spécifique.