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Fig. 102. — Gkzek. Astarlé ogyplisante. D'après Ma- CALISTEH, QS., 1904, p. 15, iig. 3.
une corbeille ou un vase (1), il est difficile d'y voir autre chose qu'une imitation locale du type étranger dont elle ne reproduit qu'imparfaitement le galbe. Telle Astarté égyptisante de (lézer (fig. 102), qui impressionne au contraire A première vue par le déploiement outré d'attributs égyptiens dans sa parure, trahit son imitation par sa pose : au lieu de s'étaler ainsi de face, l'image égyptienne serait posée de profil, quitte à offi'ir son visage de trois quarts ou de face, par une inconséquence dont l'artiste n'avait pas toujours cure. Un relief de Tell es-Sâfy qu'on croirait bien venu des bords du Nil en vertu de cette anomalie de pose, et aussi par le profil de la figure, inspirée d'une Sekhet, est sûrement aussi de composition cananéenne syncrétiste : les astres symboliques babyloniens s'unissent ici à des emblèmes de fantaisie pour compléter la représentation pseudo-égyptienne (fig. 103). Ce sera le fait d'un examen autorisé et précis, appuyé sur des confrontations sévères avec des types nationaux authentiques, de classer les Astartés cananéennes en familles artistiques. Les attributions faites déjà ont en réalité besoin d'un contrôle strict. Certains détails de coiffure, comme les boucles de cheveux s'enroulant au-dessus des épaules, ou les tresses lourdes qui retombent le long du visage où l'on a vu parfois une empreinte égyptienne, se retrouvent sur les figurines chaldéobabyloniennes du meilleur cru (2).
Ailleurs, au contraire, un échantillon ^'s- io3. -t. es-sàfy. Astarté-sekuet. D'après
' ... Bliss-Macalisteiî, Excav., pi. 67, 15.
traité comme tout à fait ordinaire
présentera quelque particularité digne d'attention et indice vraisemblable d'influence étrangère. Voici la tête d'une Astarté de Ta'annak
(1) Cf. les statuettes de Megiddo (SCHUMAGiiicR, 3/î/A^, 1905, fig. 15; 1906, fig.43), dinfluence chypriote manifeste. On trouvera quelques bons équivalents chaldéens dans Helzey, Les origines orientales..., I, p. 4, fig. 2; p. 5 s., fig. 3.
(2) Voir du reste à ce sujet les observations de M. L. Helzey, Les origines orientales..., 1, 3.
Fig. 104. — Astarté coiffée d'une tiare.
(fig. 104), déclarée très commune par M. Sellin (1). La haute tiare striée dont elle est coiffée ne s'imposait manifestement pas d'elle-même à la pensée du modeleur, qui a pu au contraire en trouver l'inspiration dans quelque figurine chaldéenne comme celle publiée par M. lïeuzey (2), qui porte une tiare à peu près identique agrémentée seulement d'un petit « emblème en forme de cercle, avec point central », posé juste au-dessus du front. Or cette pièce a été
ramassée dans une couche profonde parmi les ruines du fort occidental détruit au XV® siècle par l'invasion égyptienne. Antérieure par conséquent à l'ère historique d'influence égyptienne, cette figurine peut sans difficulté être rattachée à une tradition plastique reçue de Baby-
lonie, ou être considérée, dans les deux contrées, comme l'expression d'un concept de divinité chez une même race. Ce type une fois établi et fréquent à Ta'annak dans les ruines causées par les conquérants égyptiens de laXVIIP dynastie, persistera jusqu'au bout de l'évolution religieuse cananéenne, en dépit des nouvelles influences à Tœuvre dans le pays. C'est ainsi que M. Sellin a pu le constater encore jusqu'au cœur de la monarchie israélite à la fin du ix*' siècle. Tout au plus la mode introduite par les nouveaux suzerains se révélera-t-elle en quelque modification très accidentelle du type ancien, comme l'emblème apparemment imité de Vuraeiis des statues égyp-
Fig. 105. — Aslariés cananéennes à emblèmes égyptiens.
(1) Tell Ta^anneJi..., p. 45 et fig. 47 : « Gewohniicher Astartetypus ». La pièce intacte n'offre par ailleurs aucun intérêt spécial : nudité totale, moins un collier et des anneaux aux chevilles; formes plantureuses, quoique sillonnées de quelques plis fatigués. M. Sellin y voit l'Astarté particulière de Ta'annak (op. L, p. 106). Cf. la même coiffure, ibid., fig. 61.
(2) Les origines orientales..., p. 10, fig. 6.
tiennes, mis au front de plusieurs Astartés d'épo([ue imprécise mais postérieure à l'établissement de la suzeraineté égyptienne (fig. 105) (1).
A Gézer, au contraire, les Astartés ont une nuance décidément égyptienne dans leur accoutrement ou leurs attributs. M. Macalister signale leur apparition et leur fréquence dans ce strate des ruines qui correspond à l'installation cananéenne définitive (2). A peu près toutes les variantes du type sont mêlées dès le début : déesse nourrice, déesse de la fécondité, déesse aux fleurs de lotus; mais exception faite pour une pièce mal conservée (3), aucune de celles publiées n'est coifî'ée de la tiare signalée tout à l'heure, qui ne se retrouve non plus ni à Làchis ni à travers la Ghéphélah. Les indications déjà fournies ne sont pas suffisantes pour qu'on soit à même de suivre avec quelque précision l'évolution numérique et plastique du type à travers la Palestine méridionale. On voit seulement que là, comme parmi les décombres de IVannak, la petite idole d'Astarté mise en circulation par les Cananéens se multiplie à profusion entre le xvii*^ et le XII® siècles, et se nuance avec une assez sensible originalité dans les centres divers où fleurit le culte de la déesse. Le type devient plus figé durant les premiers siècles de la domination Israélite, mais ne disparaît que progressivement, si tant est même qu'il disparaisse quelque part sans laisser de traces, comme le suggère M. Sellin à Ta'annak(4).
Un détail a frappé les explorateurs, M. Macalister surtout, à Gézer :
(1) Sellin, Tell Ta'annek..., p. 74 et fig. 96. Cf. un symbole quelque peu analogue sur un scarabée égyptien trouvé dans une nécropole archaïque de Gézer, Q5., 1904, p. 327 et fig. 2, n° 2, et dans Sellin, op. L, fig. 121.
(2) Époques III-IV de son classement, correspondant à peu près à 2000-1400 ; voir surtout QS., 1904, p. 15; cf. p. îl8, où M. Macalister paraît restreindre à cette période la découverte de tous les reliefs d'Astarté à Gézer.
(3) Au moins à n'en juger que par les reproductions. Il s'agit de la plaquette découverte naguère par M. Bergheim à Gézer et signalée par M. Ciermont-Ganneau qui l'a publiée plus lard dans ses Archaeological Researches, II, p. 6 s. et p. 242. La reproduction donnée en cet endroit est obscure malheureusement, beaucoup meilleure en tout cas que le croquis de M. Drake inséré aux Memoirs du Survey of W. P., II, 439, d'après lequel MM. Perrot et Chipiez ont fait graver leur reproduction {Histoire..., IV; p. 434, fig. 223) un peu interprétative. M. Ciermont-Ganneau semble avoir considéré la coiffure comme une sorte de diadème lourelé (op. L, p. 6) comparable d'autre part à des motifs chypriotes. Son impression doit prévaloir apparemment, puisqu'elle dérive d'un examen direct de la pièce. La coiffure de quelque déesse égyptienne en forme de touffe d'épis ressemblerait à ce diadème mieux encore que la tiare de l'Astarté de Ta'annak. D'autre part le geste de la déesse dans le relief de Gézer diffère de tout ce qui a été indiqué plus haut : les bras sont croisés sur la poitrine sans que les mains pressent les seins. On croirait même discerner sur la gravure de M. Ciermont- Ganneau l'indice d'une draperie dans la partie inférieure du corps, et ces détails mettraient la figurine beaucoup plus en relation avec des types chaldéo-babyloniens qu'avec n'importe quelle série analogue.
(4) Tell Ta'annek..., p. 107.
La plupart de ces plaquettes votives ou de ces petites idoles ont été découvertes incomplètes (1). Étaient-elles brisées en accomplissement d'un rite? un même hasard leur a-t-il été fatal? ou bien cette mutilation attesterait-elle quelque réaction plus ou moins éphémère de j Torthodoxie Israélite?
La série des Astartés moulées ou sculptées en plein relief est fort peu considérable mise en reg'ard du type précédent. Il semble d'ailleurs que, si le procédé de figuration en ronde bosse a été usité de vieille date, les idoles de ce genre aient été plus systématiquement détruites. C'est à peine si l'on relève en effet, à travers les comptes rendus des fouilles, une demi-douzaine de statuettes de la bonne déesse à classer entre les derniers siècles cananéens et les premières influences helléniques. Les deux plus remarquables sont l'icône tutélaire de la maison cananéenne de Ta'annak et l'Astarté « aux deux cornes » de Gézer. L'une et l'autre sont en bronze, mais là se bornent, je crois, les points de contact. Celle de Ta'annak (%. 106) mesure 0°^,145 de haut (2). Elle représente une femme en pied drapée dans une robe qui descend à mi-jambes et moule étroitement les formes sveltes du corps, laissant fortement saillir les seins. Aucune ceinture, ni bracelets, ni armilles; peut-être seulement un lourd collier à la gorge. Les bras sont relevés sur la poitrine en un geste qu'il est difficile de saisir au juste dans la gravure publiée, mais qui n'est pas le geste usuel de la déesse nourrice. Pour coiffure, une tiare conique assez étroite sur la tête un peu épaisse et trop forte. Sous Fig. loo.— Astariéca-
, -11 X É.i-xJi:> 11' nanéenne. D'après
les pieds deux tenons permettaient de fixer la déesse SELLiN,Eme Nachsur un socle, d'où quelque malencontreux hasard '^*^"*' ^'^^^' l'avait arrachée, du moins sans la mutiler. M. Sellin y voit quelque idole étrangère « importée aux environs de 1300 » (3), quoiqu'il ne lui connaisse aucun parallèle en Babylonie ou en Egypte. On ne saisit pas bien la raison d'estimer tout à fait étrangère et d'importation directe une idole préposée à la garde et à la protection d'une de-
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^'mâ
(1) Voir l'observation analogue faite par Heuzey, Les origines..., I, 9, et par les savants delà mission de Morgan, Mémoires..., VIT, p. 65, à propos des offrandes de fondation.
(2) D'après la fig. 20, indiquée comme étant de « grandeur naturelle », dans Sellin, Eine iN'ac/iZese... La description (p. 17) dit « I5c?/ide haut ».
(3) Eine Nachlese..., p. 32.
meure nettement cananéenne. Rien d'autre part ne la rattache en effet de façon bien précise à l'art égyptien ou babylonien (1). Les accointances de cette figurine seraient beaucoup plus marquées peutêtre avec l'iconographie contemporaine en pays hétéen. Laissons toutefois aux maîtres le soin de déterminer l'origine de cette curieuse pièce, pour retenir seulement que, de par sa forme et le lieu de sa découverte, elle doit représenter l'antique déesse nationale vénérée par les Cananéens de Ta'annak, sous des traits modelés d'après de nouvelles influences artistiques prédominantes alors.
D'une plastique inférieure et de plus petites dimensions (ht. 0'",115), la statuette de Gézer n'est remarquable que par un détail, mais celui-là fort saisissant : les deux cornes attachées au front et retombant vers le bas des joues (fig. 107). Pour le reste, cette femme entièrement dévêtue, aux formes disproportionnées et mal prises, les bras collés au corps avec rigidité, à la coiffure bizarre en manière de calalhos, à physionomie triviale, n'aurait rien qui méritât de fixer l'attention. Elle a été trouvée à travers d'amples dépôts de vaisselle Israélite caractéristique, la plus élégante de ce type, parmi nombre de lampes surtout et quelques menus objets apparemment votifs en un réduit érigé entre le x^ et le vii"" siècles sur l'enceinte du grand haut-lieu. Cette circonstance est toute en faveur de l'hypothèse émise au moment même de la découverte par l'heureux explorateur qui soupçonne en cette figurine un essai d'interprétation plastique de l'Astoreth-Qarnaïm fameuse aux temps Israélites (2). La forme même des cornes tombantes, plutôt à la façon de /is. 107. — Asto- cornes de bélier que de cornes de génisse, a peut-être m'^V^^d"^''" ^^ valeur dans l'évolution du concept de la déesse, qu'il l'obligeance de appartiendra aux mythologues de déterminer.
M. Macalister. » xx a , i o o • x i
A cette même époque du xii au x'^-ix^ siècle, qui marque l'apogée de la domination Israélite, se rattache un autre type d'Astarté connu par deux exemplaires fort analogues, l'un de Ta'annak
(1) Sinon peut-être le procédé de la draperie plus chaldéo-babylonienne qu'égyptisante.
(2) Macalister, QS., 1903, p. 227 s. 11 est moins heureux, semble-t-il, en considérant comme des représentations analogues d'Astoreth-Qarnaïm des figurines dont la tête est encadrée de longues mèches tombantes le long du cou presque jusqu'aux épaules et recourbées au bout. On y verrait plus volontiers quelque appendice de la coiffure, un peu à la façon des mitres épiscopales modernes, ou deux longues tresses de la chevelure. Ces mêmes boucles se retrouvent dans les représentations de l'Astartéhétéenne; cf. v. g. Babelon, L'arch. orient., p. 200, fig. 146.
(fig. 108), l'autre de Lâchis (fig. 109) (1). Par une anomalie peut-être intentionnelle la déesse est représentée nue, quoique divers traits incisés visent probablement à figurer des plis de vêtement. Aucun souci de proportions; les hanches démesurément accusées traduisent bien l'idée de fécondité que le mouleur voulait concrétiser. Toute l'originalité de ces figurines consiste dans l'exécution du visage et de la coiffure (?). Les traits ne sont à peu près pas modelés ; un nez large et effilé s'allonge en manière de bec d'oiseau encadré de deux larges pastillages où des incisions rondes représentent des yeux écarquillés. En guise d'oreilles, comme de larges ailerons percés de trous dans lesquels sont engagés de lourds anneaux (2). C'est la réplique très exacte d'un type chypriote bien connu, non sans quelques détails de techni-.
que spéciale, ni sans analogie avec des idoles Kig.ios.-Astarté d'époque israé^ découvertes sur de tout autres points qu'à ''*f- D'ap'ès selun, t. Ta'an-
*■ -» nek..., fig. 113.
Chypre, en Cappadoce ou en pays hétéen par
exemple. On évitera donc d'attribuer les exemplaires palestiniens à une importation directe de quelque atelier chypriote. Telle figurine découverte à Megiddo dans le même strate israélite où Ton voudrait parfois ne trouver que des bibelots chypriotes, a des accointances très nettes avec l'art de tout autres contrées que Chypre. La petite idole en terre cuite publiée par M. Schumacher (fig. 110) est dans ce cas, puisque son répondant le plus exact serait à chercher par exemple dans le magot également en terre cuite (fig. 111) que M. Chantre (3) a exhumé d'un tertre cappadocien,
(1) Le type de Ta'annak a pour répondant exact une statuette chypriote figurée dans Perrot et Chipiez, Histoire..., III, p. 553, lig. 375 ; cf. DE LicHTENBERG, Beitrdge z. ait. Gesch. von Kypros, ï\g. 33. On comparerait le mieux avec le type de Lâchis une autre variante chypriote, Perrot et Chipiez, l. /., fig. 374.
(2) MM. G. Seure et A. Degrand ont découvert des figurines analogues dans leur récente Exploration de quelques Tells de la Tlirace (Bulletin de corresp. hellén., XXX, 1906, fig. 1 et 56). Ils
Fig. 109. — La CUIS. Une (;onsidèrent les trous, fort petits il est vrai dans ces statuettes, coname
Astarted'cpoqueisrae- i- ♦ j • » • V , / , ,4,\
lite. D'après Bliss, A "'^ P*'^^^*^*' traduisant la chevelure [op. L, p. 414).
Mound..., flg. m. (3) Mission en Cappadoce, 1893-1894, pi. XIX, 1 ; cf. p. 87 s.
Fig, 110.
parmi les débris archaïques d'une civilisation qu'il croit influencée depuis une époque fort lointaine par la culture de Babylone (1). Et c'est peut-être bien encore à Babylone ou en Susiane qu'on trouverait le prototype de l'idole féminine à gaine brute ou à base cylindrique, tenue par quelques savants pour une première évolution du bétyle ou de la colonne aniconique. Certaine figurine (fig. 112) découverte dans les ruines préhistoriques de Suse (2) est apparemment plus vieille que les productions mycéniennes, Cretoises ou chypriotes de même type. S'il faut voir dans ce procédé de figuration quelque vieux concept de la divinité féminine identifiée à la terre, une gaucherie du potier soucieux de donner une base solide à son idole, ou un caprice inexpliqué, c'est Megiddo.D'aprèssciiL- affaire aux historiens des religions de s'en préoccu- MAuiEH, i(. ., 1904, ^^^ ^^^ ^^^ notera aussi que de telles analogies dans
les formes générales peuvent être assez spontanées pour n'impliquer aucune dérivation étrangère bien stricte, ou tout au moins pour mériter qu'on ne détermine pas hâtivement cette dérivation au vu d'une simple statuette d'époque Israélite en face de laquelle pourra être mis un fétiche chypriote. Les influences venues à ce moment de Chypre — à quelque centre qu'il faille rattacher la culture chypriote elle-même — demeurent toutefois prépondérantes dans cette branche spéciale de la plastique palestinienne ; les petits magots d'Astarté recueillis çà et là dans les nécropoles ou parmi les ruines de la contrée presque jusqu'aux plus beaux jours de la
(1) Chantre, op. L, p. 64.
(2) Mémoires de la Délégation..., VII, lig. 1,
(3) Cf. l'observation de M, Dussaud, Questions mycéniennes, p. 22, n. 2. Il se peut qu'après n'avoir été qu'une mala- Fig. iii — idole cappadocienne. dresse d'exécution, le procédé ait été voulu par la suite en
vertu de quelque concept religieux plus évolué. A l'inverse de l'idole à large base cylindrique, creuse ou plus massive, on exécutera par la suite, en métal surtout, des idoles terminées en pointe à la façon d'un clou. C'était les rendre plus faciles à lixer sur un socle quelconque; mais souvent la forme était voulue pour donner à l'idole une efficacité prophylactique plus grande, contre les démons souterrains par exemple. Ainsi du moins sont interprétées les figurines trouvées en si grand nombre dans les dépôts de fondation en Chaldée et en Babylonie; cf. de Sarzec-Helzey, Découvertes en Chaldée, p. 241 s.
Fig, 112.— Idole susienne archaïque.
culture gréco-romaine (1) diffèrent souvent très peu de ce que découvrait naguère M. de Cesnola dans les sanctuaires de Chypre (cf. fig. 113).
Un curieux petit bronze acheté par M. Sellin à un fellah de Kefr Kenna en Galilée serait d'un haut intérêt si l'on en pouvait déterminer la provenance exacte et la date. Une figurine de femme est debout de face sur un socle que supportent quatre petites formes humaines adossées aux angles, et par malheur assez indistinctes de physionomie (fig. 11 4-). Toutes ont le bas du corps lourdement drapé, le buste apparemment nu, les mains croisées sur la poitrine et la tête enfouie dans une coiffure épaisse en manière
de capuchon pointu avec de larges couvre-joues. La déesse qui trône au-dessus est engoncée dans une sorte de gaine qui moule très peu les formes. Elle a au front trois cornes courtes et fortes et sur la tête un emblème composite qui rappelle beaucoup la coifiPure k plumes symboliques de certaine Isis égyptienne. Le bras droit étendu horizontalement est brisé au coude. Le bras gauche est complet, l'avantbras relevé, mais on ne peut discerner quel objet tient la main gauche. Cet ensemble assez étrange à première vue produit l'impression d'une adaptation cananéenne de quelque vieux modèle babylonien d'Istar trônant sur des animaux symboliques.
Aucune autre série d'idoles ne peut rivaliser en nombre et en précision avec les représentations d'Astarté qui viennent d'être signalées. On sera peut-être frappé surtout par l'absence de tout essai de traduction plastique de ce Ba'al parèdre d'Astarté qui Fig. ii3. - T. sandahanna... as- partageait avec elle, au témoignage très fortarté ou Baubo (?) d'époque nicl de la Bible, hommasres et offrandes dans
Seleucule. D'après une pliot. ^
du PEFund. Ics hauts-lieux de Canaan. Avant d'en inférer
(1) La BB. en a publié naguère un type trouvé dans une tombe romaine à Bersabée (1904, p. 88) et il en existe plusieurs autres échantillons dans les collections privées ou sur le marché en Palestine.
toutefois une prédominance du principe féminin dans la religion
locale aux divers moments de son évolution et de théoriser sur cette base fragile au sujet de l'organisation religieuse et des concepts divins en Canaan, on voudra bien noter que l'image concrète et humanisée de la déesse n'apparaît en somme qu'assez tard, en tout'cas pas avant le xx® siècle, si tant est même qu'il y en ait d'antérieures certainementjau xviii** siècle. 11 n'y aurait donc rien d'étrange à ce que, parmi les symboles, obscurs pour nous, des temps plus reculés, un dieu eût été représenté, Ba al ou de quelque nom qu'il faille l'appeler. Quand l'instinct viril le plus spontané et le plus profond, servi par une plus grande habileté artistique, eut amené l'assimilation d'une part du concept de divinité au type féminin, il devenait sans
Fig.iu.-Kijîurinede bronze D'après ^q^^q uaturcl OU uuc autrc modalité di-
Sellin, MuN., 4îKX), p. 7 s., flg. !.. ^ ,
vine fût conçue à l'instar de l'homme, sans qu'on aille toutefois jusqu'à un anthropomorphisme plastique aussi complet. Ainsi s'expliquerait-on la quantité considérable d'emblèmes phalliques dont l'apparition coïncide à peu près exactement dans beaucoup de ruines avec les premières Astartés, et dont l'un ou l'autre affecte des formes expressives, par exemple ce phallus de Tell Zakariyâ dont l'extrémité est sculptée sommairement en visage humain (1).
D'ailleurs, l'association bizarre d'emblèmes divers sur tels petits monuments figurés recueillis à travers la Palestine, quoique d'époque assez tardive, met sur la voie pour retrouver des idoles de dieux parmi des bibelots antiques sans attributs bien spécifiques. Il existe dans la collection de M. le baron d'Ustinow, à Jaffa, des phallus en calcaire blanc avec traces de polychromie, ou en pierre rouge, qui affectent des formes de poisson ou s'agrémentent de cornes de bélier. L'indice de provenance les rattacherait au Mont des Oliviers et aux vallées qui enserrent Jésusalem, et l'on sait que sur tous ces points voisinent les débris des époques les plus disparates. Mais la pièce ex-
(1) PI. III, 8, d'après Buss et Macxlisteh, Ejccavations..., p. 136, et pi. 67, 7; cf. à Gézer, rindication de Macalister, QS., 1903, p. 35 s. Sellin en signale un seul à Ta'annak (Eine Nachlese..., p. 9, lig. 7 [pi. III, 7], et Schumacher au moins un à Megiddo(MwiV., 1906, p. 47).
pressive entre toutes est un protome de taureau moulé en terre cuite et provenant, paraît-il, du littoral aux environs d'Ascalon ou du Nahr
Fig. 115.
Moloch. Terre cuite du musée de M. le baron d'Ustinow, à Jafta (environ au tiers de la grandeur d'exécution).
Boudin (tig, 115). On estfrappé de l'expression quasi humaine de cette figure bestiale ; les yeux surtout et la réduction extrême des oreillettes trahissent bien une intention du modeleur en ce sens. Le collier à double enroulement passé au cou et soutenant un large anneau qui retombe sur le fanon, les cornes relevées d'un mouvement énergique en croissant presque fermé où s'étale un phallus dressé, ne permettent guère de douter qu'il s'agisse d'une idole syncrétiste; on lui donnerait même volontiers un nom propre au sens de la terminologie biblique, Ba'al ou Moloch par exemple, et sa portée serait plus considérable encore si l'on était quelque jour en mesure d'en préciser la date, que tout incline pour le moment à faire croire antérieure à la culture hellénistique. Et ce qui semble clair, à la lumière de tels groupements d'emblèmes en une période tardive de syncrétisme, c'est l'usage de figurer quelque dieu sous une forme animale d'un symbolisme plus ou moins transparent, les idées de fécondité, de vitalité, d'énergie puissante étant assez bien exprimées par le poisson, le bélier, le taureau. Or il s'est trouvé en maint endroit dans les ruines fouillées des têtes de taureau en particulier, moulées apparemment pour elles-mêmes et sans trace d'attache bien apparente avec un corps (1). De telles pièces
(1) Cf. Sellin, Tell Ta^annek..., fig. 78 et 114; Eine Nachlese..., p. 29, fig. 47; Bliss et
ne seraient-elles pas à concevoir, en quelques cas du moins, comme de véritables idoles plutôt que comme des symboles de sacrifices ou
de banales figurines fantaisistes (1) ? Dans le même ordre d'idées la déesse a pu être figurée par un animal, une colombe parfois ou une vache de préférence, par opposition au
Fig. IIG. — D'après Sellix, T. Ta an., tlg. 114; Eine Nach- taurcau-ba'al, qUoiquC lèse..., lig. 47; Macvustek, QS., 1î>02, p. 34-2, fig. 11 a. ,,1 .- j , «,
1 adoption du type leminin proprement dit ait dû rendre moins fréquent le recours à femblème, demeuré au contraire usuel pour le dieu.
A côté de ce groupe divin presque impersonnel, qui incarnait en Canaan, sous des traits variables à l'infini selon les milieux et les temps, le concept déifié du double principe fondamental de toute vie, on voit apparaître çà et là quelques autres divinités, tout étrangères celleslà et mal acclimatées sur le sol de Canaan. Leur intérêt consiste plutôt en ce qu'elles attestent une influence déterminée à tel moment de révolution historique palestinienne qu'en ce qu'elles marquent un développement bien réel de la religion locale. Un cylindre de l'époque d'Hammourabi {x\f siècle) ramassé dans les décombres de Ta 'aimak(fîg. 117) porte la légende suivante : « Atanahili, fils de Habsi, serviteur de Nergal » (2). La scène, par malheur très mutilée, qui accompagne la légende à la façon de tous les cylindres chaldéo-babyloniens, représente apparemment Atanahili enfoui dans ce long manteau d'étoffe velue, dit kaimakès. Il est en adoration devant Nergal costumé au contraire plutôt à l'égyptienne, et des hiéroglyphes égyptiens manifestes achèvent de remplir le champ laissé
Fig. 117. — Cylindre babylonien de Ta'annak. D'après Selmn, T. Ta'aa..., fig. 22.
Macalister, Excavations..., pi. 68, 12, 14-16. Plusieurs des pièces que M. Macalister appelle des fragments de « Cow-divlnity » ( QS.^ 1902, p. 341 s., fig. 11, etc.) peuvent aussi bien être des représentations de têtes de taureau (cf. fig. 116).
(1) Et que ceci soit bien dans la tradition conservée par la Bible, tout le monde en conviendra, au souvenir du veau d'or par lequel les Israélites prétendent figurer Dieu au Sinaï, et que Jéroboam remet en honneur pour concrétiser lahvé sur les autels de Dan et de Bé thel. Cf. Ex., 32, 4; I Rois, 12, 28 ss.
(2) Sellin, Tell Ta^annék..., p. 27 s.
vide parles personnages et la légende babylonienne. Ainsi que M. Sellin en a eu le premier l'impression, cette curieuse pièce doit bien avoir pour patrie Canaan, car ni en Egypte ni en Babylonie on n'eût abouti à un tel amalgame d'éléments disparates. La gravure d'ailleurs, non moins que la composition et le dessin, révèle un art un peu gauche et inexpérimenté, plutôt que le laisser-aller négligent d'un art qui dégénère en utilisant encore les procédés transmis par une longue et brillante tradition. Mais de ce que le cylindre doit avoir été gravé en Canaan, il ne suit pas qu'Atanahili ait du être un cananéo-palestinien de pure race, ni surtout que Nergal, le dieu babylonien très authentique du soleil assombri ou des horreurs de la guerre, ait eu à ce moment des racines bien profondes dans le panthéon local de Ta'annak ou des environs. La scène a pu être copiée avec une exactitude telle quelle sur un poncif babylonien, sans impliquer aucun syncrétisme religieux analogue à celui qu'admettrait M. Sellin (1).
Avec l'époque de la conquête de Thoutmès au xvi''xv*" siècle coïncide l'apparition de quelques idoles spécifiquement égyptiennes, des Osiris, des Ptah (cf. fig. 118), des Bès surtout (fig. 119), mêlées en plus ou moins grande abondance aux types iconographiques nationaux. S'il s'en était trouvé aux temps antérieurs^ c'est à peu près exclusivement dans des tombes tout égyptiennes par l'ensemble de leur
mobilier ; et même à la période où les circonstances politiques donnent droit de cité en Palestine aux dieux des Pharaons, il semble bien que cette dévotion de commande n'acclimate pas bien les nouveaux hôtes du panthéon cananéen. Aussi bien n'y laisseront-ils à peu près aucune trace dès que la domination égyptienne s'atténuera. En somme, nous ignorerions presque totalement que les dieux égyptiens aient reçu jamais des hommages de la part de Cananéens bien authentiques, si les textes ne venaient ici préciser le sens
Fis. 118. — Ptah.
Bronze deLâchis.
D'après Bliss, A Mound...,Ti§. l\0.
Fig. 119. — Hôs, à Lûciiis et à Ta'annak. D'après Bliss, A Mound..., fig. 80 et Selli!<, t. Ta' an,.., flg. 99.
(1) Tell Ta'annek..., p. 105.
des monuments découverts. Les historiens ont groupé maintes fois déjà la documentation connue avant les fouilles palestiniennes pour attester l'existence de sanctuaires consacrés en Syrie aux divinités suprêmes, Amon ou Ra, et énumérer les fiefs attribués à ces sanctuaires (1). Mais ces textes étaient pour la plupart d'origine égyptienne et demeuraient quelque peu suspects pour autant. Une des tablettes de Ta'annak est venue fort à propos ajouter son témoignage aux indications déjà fournies par quelques-unes des lettres d'el-Amarna pour montrer le dieu Amon installé côte à côte avec Hadad et Samas dans le nouveau panthéon syrien (2).
Il ne serait pas invraisemblable néanmoins que des divinités égyptiennes secondaires aient joui d'une faveur plus grande que les plus augustes dieux pharaoniques, soit par le fait d'une adaptation plus facile de leur concept avec les idées sémitiques et spécifiquement peut-être cananéennes, soit parce que moins inhérentes à la religion officielle, et dès lors plus en faveur peut-être dans la dévotion privée des petites gens. Aussi bien, tandis qu'il est à peine, à travers toute la Palestine, quelques bas-reliefs ou quelques pièces de sculpture figurant vraisemblablement telle ou telle divinité notable du panthéon égyptien (3), il n'est pas rare, on l'a déjà dit, de voir sortir des tranchées de fouilles ou des amas de bibelots recueillis dans les tombes des dieux tutélaires de la vie ou de la mort, dieux des fonctions génératrices, dieux au caractère versatile, Bès en particulier. Parfois même la découverte d'un moule vient attester le fait d'une production bien locale de quelqu'une de ces divinités (4). Aux séries constituées dans les comptes rendus des fouilles devraient s'ajouter les séries, non moins riches peut-être, créées dans des collections encore inédites, celle de M. le baron d'Ustinow^ par exemple, et celle du P. Cré, au séminaire grec de Sainte-Anne à Jérusalem. Il existe en particulier, dans cette dernière, de remarquables exemplaires d'ori-
(1) On trouvera ces indications groupées surtout dans l'Histoire ancienne... (lï, 558) de M. Maspero et cà et là dans Asien und Europa... de M. Mùller.
(2) Ta'annak, lettre IV, 4, 6, 9, dans Sellin, Tell Ta'^an..., p. 119.
(3) Par exemple certain bas-relief jusqu'ici mal publié de Qânâ près de Tyr en Haute- Galilée; cf. Renan, Mission de Phénicie, p. 640 et A. Eisenlohr, Proceedings of Soc. of hibl. Archaeology, XIV, 1892, p. 364 ss.
(4) QS.f 1903, p. 214, un moule à idoles de Bès, à Gézer : ce qui montre une circulation assez intense de cette idole grotesque. Voir les types publiés, Bliss, A Mound..., fig. 80; BLiss-MACALiSTER,£\rcaî;a^iow5...,pl.83, amulette 1 ss.,pl.84, 1-4; Sellin, Tell Ta^annek..., fig. 99 et 124, etc. Dans une étude sur The Iconography of BeSy and the phooniçian Bes- Hand {Proc. SBA., XXIV, 1902, p. 21 ss.), A. Grenfell signale la remarquable ubiquité de ce dieu (op. i., p. 24). Il est d'ailleurs à noter qu'il a probablement sa souche lointaine dans le vieux mythe sémitique de Gilgamès.
gine toute palestinienne de cette sympathique quoique disgracieuse Touéris, la déesse hippopotame femelle au corps puissant et aux longues mamelles flasques, qui présidait aux accouchements. Un curieux petit relief de la même collection a tout l'air d'une déesse Naprit ou d'une Mirît, dame des morts, avec quelques variantes dans la coiffure facilement explicables, par l'origine du monument. Les Osiris sont en nombre (1) sous des formes variées et l'hypothèse d'importation égyptienne directe en demeure très probable. Elle parait évidente pour des pièces telles que certain Thot cynocéphale en granit gris sombre, acquis récemment par M. d'Ustinow et provenant de Pétra {?). De tels emprunts syriens à l'iconographie religieuse égyptienne représentent la contre-partie fort naturelle des adaptations faites à d'autres époques entre dieux syriens et concepts égyptiens (2).
Toutes les idoles qui viennent d'être passées rapidement en revue s'offraient sous des formes assez déterminées et assez expressives pour que l'interprétation de leur concept ne fût point trop subjective. La tâche devient plus ardue pour d'autres pièces considérées souvent comme des représentations divines. Voici d'abord (fig. 120) une très petite figurine en bronze découverte par MM. Bliss et Macalister (3) à Tell Zakarivâ et interprétée par ^ 's^- ^'^^' - Atargatis. D'après bliss-macauster,
^ ^ Excav., fig. 60.
eux, à bon droit sans doute, comme
une idole d'Atargatis, la déesse-poisson. On discerne nettement en effet, à la partie supérieure de ce petit bronze, le buste et la tête d'une femme, quoique les détails se perdent malheureusement trop, et qu'il soit impossible de fixer les traits, voire même de préciser la nature de l'objet que cette femme serre contre son sein, un enfant selon la meilleure vraisemblance. La partie inférieure très amincie a la forme
(1) Le plus remarquable signalé jusqu'ici dans les fouilles est une jolie statuette en bronze avec application de lamelles d'or (Macalister, QS., 1903, p. 39). Elle date, par sa situation dans les ruines, du xv-xiV siècle. Après une courte halte au petit musée municipal de Jérusalem le dieu égyptien a été expédié aux collections impériales de Constantinople.
(2) Ce n'est pas ici le lieu d'aborder le difficile problème des relations entre dieux égyptiens et syriens et du syncrétisme qui en est résulté aux diverses époques historiques. Voir par exemple de Vogué, Mélanges d'arch. orient., p. 41-85; Ed. Meyer, Ueber einiger semit. Gôtter, dans ZDMG., XXXI, 1877, p. 716 ss., surtout le §11, Semitische Gôttheiten in Aegypien, p. 724 ss.
(3) Excavations..., p. 148 ss.
évidente d'une queue de poisson, retroussée à l'extrémité en manière de nageoire. Ce n'est pas à dire qu'on doive pour autant considérer comme de réelles idoles emblématiques tous les poissons figurés de manière quelconque, pas plus que les symboles bien avérés de la colombe ou de la vache pour Astarté ne donnent le droit d'attribuer une valeur religieuse à toute représentation plastique de colombe ou de vache, sans que la situation de tels objets dans les ruines ou quelque détail de leur exécution ne suggère ce caractère spécial (1). On sera donc en garde contre les rubriques un peu trop vagues accompagnant parfois des reproductions d'animaux plus ou moins mutilés, surtout s'il s'agit d'animaux aussi communs que peut l'être une vache. Il n'en va plus de même apparemment pour une figure comme le serpent de bronze ramassé dans la fosse à offrandes du grand haut-lieu à Gézer, parmi beaucoup d'objets votifs évidents (cf. fig. 81). M. Macalister, enclin dès le premier moment à y voir l'attestation d'ophiolâtrie en Canaan, rapprochait à ce propos un passage biblique [H Rois, XVIII, 4), où l'on voit Ézéchias détruire une idole tenue pour le serpent d'airain fabriqué par iMoïse, et il semble estimer que cette manifestation idolâtrique en Israël résulterait d'une influence des anciens cultes locaux. Il rappelle aussi, pour justifier une hypothèse bien risquée touchant la destination de la fosse où a été trouvé l'objet en question, la pratique fréquente en divers sanctuaires grecs d'entretenir des serpents vivants. Le rôle du serpent dans les mythes religieux de la Grèce a été longuement étudié par les spécialistes. Aux attestations archéologiques de Fophiolâtrie dans l'antiquité grecque s'ajoutent surtout maintenant les belles découvertes de M. Evans à Gnossos, celle en particulier de l'admirable « déesse aux serpents », qui a son pendant moins artistique dans la principale idole d'un autre sanctuaire crétois archaïque, à Gournia(2). Toutes les analogies Cretoises ou helléniques, ou l'induction tirée de tel ou tel passage de la Bible pourraient,
(1) Très indiqué pour le poisson en calcaire trouvé à Gézer parmi des phallus, dans les ruines du xx^-xv^ s. (QS., 1902, p. 342), ou le poisson en pierre noire exposé, sans numéro, dans une vitrine de la salle judaïque au Louvre, parmi des objets provenant d'Ascalon.
(2) Anmial ofBrit. School.^ IX, p. 74 ss., avec d'excellentes reproductions; cf. S. Reinacii, Bull.corr. hellénique, XXX, 1906, p. 158 s. Contre l'interprétation de cette statuette proposée par M. Evans, M. R. Dussaud avançait naguère (Qî^e^Wows myc, dans Rev. hist. des religions, 1905, p. 27 ss.) quelques objections qui n'ont rien de décisif. On trouvera chez M. Dussaud (o/î. ^,lig. 5) une représentation de l'idole deGournia, qui figure en nombreuses répliques au musée de Candie. Il est courant, on s'en souvient, parmi les mythologues, que le serpent est par excellence l'animal attribut des divinités chtoniennes, ou seulement de la Terre-mère. L'idée a été bien concrétisée en Egypte par exemple dans tel bas-relief représentant « L' offrande au serpent, en plein champ», Maspero, Histoire..., I, p. 120.
il est vrai, n'attester pas plus Fophiolâtrie en Canaan vers le xv^ siècle avant notre ère que les survivances de petites supercheries pratiquées par les derviches ou de malins compères dits (( charmeurs de serpents », en Egypte ou dans la Palestine moderne. L'opinion émise par M. Macalister paraît gagner d'abord une sérieuse vraisemblance mise en regard des faits que voici. M. Sellin a découvert six ou sept fois à Ta'annak, en des maisons pouvant remonter au xvf siècle, c'est-à-dire en pleine période cananéenne, ou dater au contraire des premiers temps israélites, des têtes de serpent en nature qui avaient dû manifestement jouer le rôle de dieux lares ou d'amulettes tutélaires, et M. Macalister signale quelque part luimême, sans en fixer la situation chronologique, une tête de serpent en terre cuite destinée probablement à quelque usage analogue (1). Mais c'est à l'archéologie élamite qu'on peut maintenant demander le plus frappant parallèle du serpent de bronze gézérite. Parmi les ruines d'un petit temple à Suse a été recueillie une lamelle de bronze découpée en serpent presque identique à celui qui nous occupe, à la
Fig. 121. — Serpent de bronze. D'après di: Morgan, Mémoires..., VII, fig.
dimension près (2). Les savants de la mission de Morgan l'ont considéré comme un emblème divin — l'emblème du dieu Sirou — mêlé aux diverses pièces du mobilier et de la décoration de ce temple ou ayant fait partie des offrandes de fondation. De nombreuses têtes de serpents, avec attache plus ou moins longue du cou, ont été ramassées parmi les amples dépôts de fondation du temple de Chouchinak, à Suse encore, et le serpent reparait sous diverses formes, au même lieu, sur des monuments variés, statues assises, basreliefs, bornes sacrées, etc. (3). On se rappelle sa présence sur des monuments chaldéo-babyloniens tels que la fameuse plaque de bronze dite de l'enfer babylonien, ou le beau vase à libations de Goudéa(4).
(1) Sellin, Tell Ta'annek..., p. 112, et Macalister, QS., 1902, p. 344.
(2) Mémoires de la Délégation..., VII, p. 52 (fig. 121). La pièce a 0°',25 de long. Les débris parmi lesquels elle a été découverte peuvent remonter aussi haut que le xx° siècle, mais descendre peut-être jusqu'au XIII^
(3) Mémoires de la Délégation..., VII, p. 47, fig. 70 et pi. XVII, 1 ; p. 73, lig. 158 s.; p. 75 et pi. XVIII, 1 et 2, une statuette représentant un personnage assis sur un siège à très haut dossier, par-dessus lequel passent quatre têtes de serpents. Le serpent figure, onsen souvient, sur la plupart des koudourrous.
(4) Les reliefs dits de l'enfer babylonien publiés par M. Clermont-Ganneau et le P. Scheil
Quel concept précis incarnait le serpent dans cette très vieille mythologie orientale, c'est aux maîtres de chercher à le définir. Il est assez obvie, assez communément admis du reste, qu'on le mettait volontiers en relation avec des divinités chtoniennes pour que cette idée puisse être retenue seule en ce moment et transportée en Canaan, pour expliquer les trouvailles signalées tout à l'heure. Il ne s'agirait donc nullement d'ophiolàtrie proprement dite, impliquant d'une façon générale une zoolàtrie plus ou moins développée. Les serpents de bronze et de terre cuite ou les protomes de serpents en nature n'auraient été considérés que comme attributs, ou plutôt comme emblèmes d'une puissance infernale contre laquelle on cherchait à se prémunir, ou d'une divinité tellurique, bienfaisante ou néfaste, (ju'on avait à cœur de se rendre propice. Et c'est bien du reste cette simple valeur prophylactique attribuée à l'image du serpent qui parait résulter du vieux récit élohiste {Nombr., xxi, 6-9), bien
Fig. 1-22. — Amulettes. D'après Macalister, QS., 1902, p. 343, plutôt CfUe l'oDhiolâtric fig. 12 et pi. 4, dO. r 1 P î
au sens strict que l'on en prétend déduire et malgré les pratiques idolàtriques sorties peut-être de là par la suite. 11 s'agirait donc, en fin de compte, pour la figurine de Gézer, beaucoup moins d'une idole véritable que d'une manière d'amulette mieux définie que ne le sont la plupart des autres objets de même nature trouvés en quantité dans les ruines palestiniennes. De ce nombre doivent être apparemment ces étranges osselets faits avec des talons [Fersenknochen) d'hommes ou d'animaux ou des fragments d'autres os, tels qu'on en signale à Gézer et à Ta'annak spécialement (1). C'est vraisemblablement aussi des amulettes qu'il faut voir (fig. 122) dans de petits fragments de pierre, blanche ou noire pour l'ordinaire, taillés en manière de disques, ou affectant la forme de barres étroites et allongées, avec une ou plusieurs perforations (2). Des pièces analogues généralement en calcaire ont été ra-
sont dans toutes les mémoires. Le vase de Goudéa est héliogravé dans de Sarzec-Heuzey, Découvertes en Chaldée, pi. 44, 2'' ; cf. p. 234 s. A titre de rapprochement assez suggestif peut-être, curieux en tout cas au point de vue de la migration des symboles, il faut rappeler la découverte d'une jolie coupe enserpentée dans une sépulture gallo-romaine à Sissy (Aisne), par M. Th. Eck, BîUI. archéologique..., 1902, p. 232, fig. 1.
(1) Sellin, Tell Ta'annek..., p. 112; Macalister, QS., 1905, p. 33; cf. 1902, p. 343.
(2) Cf. à Lâchis, Bliss, A Mound..., fig. 170 au centre de la photographie; dans la Ché-
massées en très grand nombre dans les fouilles de Suse (1). Amulettes sans doute encore quantité de menus objets en formes d'anneaux, de pendeloques (fig. 1*23), de perles à enfiler en collier, mais de matière et de composition plus ou moins insolite, en corail de préférence, en cornaline, en os, en émail ou en métal avec incrustations (2). A la plupart de ces bibelots les paysans contemporains attachent presque toujours encore une haute valeur talismanique. Les petits disques connus sous le nom de fusaïoles (fîg. 124) figurent un peu partout sans
123. — Amulettes en argent. D'après Macai.ister, QS., 1!)03, p. 303, lig. 2; oct. 1903, pi. 4, 4.
Fig. 124. —Fusaïoles et cônes : a, d'après Eine Nachlese., fig. 22; 6, d'après Excav., pi. 77, 4 c, d'après Excav., fig. 41; d et e, d'après Excav., pi. 78.
qu'il soit facile, en Palestine plus qu'ailleurs, de déterminer leur nature. Ils ne peuvent guère être considérés tous à Favcnant comme simples poids à tendre les fils sur un métier à tisser ; quelques-uns, en etfet, qui ne sont pas troués, seraient impropres à cette fonction et les poids de tisserands affectent plutôt la forme de cônes en argile percés vers le sommet et à base élargie. D'autre part, il ne serait nullement impossible que quelques-unes de ces fusaïoles à perforation centrale, à faces tout à fait planes et dépourvues de toute ornementation, aient été de vulgaires et très primitives petites
phélah, Bliss-Macalister, JJxcavalions..., pL 73, 12 s., 76, 20, 22, 26, 78; à Gézer, M\- «ULisïER, QS., 1902, p. 343, <ig. 12, et pL 4, 10 etc. La collection de M. le baron d'Ustinow en contient des spécimens. Objets analogues en Crète et dans la Grèce archaïque.
(1) Voir par exemple Mémoires de la Délégal ion..., VII, p. 35, lîg, 34-37; p. 103 ss., lig. 340 ss. ; p. 112, lig. 374; p. 113, lig. 381, etc.
(2) Buss, il Mound..., fig. 171 ss. ; Bliss-Macalister, Excavations..., p. 154, fig. 63, pi. 83 s. passim.; Macalister, QS., 1903, p. 202 s. et fig. 4, le croissant muni d'une bélière (cf. son équivalent susien dans Mémoires..., VII, fig. 376), 226, pi. IV, 11; p. 303, fig. 2; Sellin, Tell Ta^annck..., fig. 110; Schumacher, J/it.V., 1906, p. 8, fig. 10.
roues destinées à de rudimentaires chariots analogues à ces bibelots découverts en Egypte, en Ghaldée et à Suse (1), animaux divers hissés sur une plate-foruie rendue mobile par des roues d'argile en tout semblables à quelques-uns des disques palestiniens. Il est vrai qu'une théorie, incomplètement vieillie puisqu'elle ne remonte encore qu'à une dizaine d'années, expli([uait par une pensée religieuse l'origine des véhicules montés sur des roues assemblées par des axes; la voiture elle-même eût été, à l'origine, une sorte d'amulette, et donc aussi et à plus forte raison la roue, qui en était le principe (2).
Les figurines fantaisistes, grotesques pour la plupart, trouvées souvent à profusion presque à tous les niveaux des ruines, les « yeux d'Horus » ou oudjas, les formes de membres, sont beaucoup plus certainement des amulettes ou des phylactères bien que le sens précis à leur attribuer nous échappe encore le plus souvent.
D'autres objets encore pouvaient avoir un sens religieux, une valeur magique ou une fonction cultuelle. Certaine jarre d'albâtre contenant soixante-six petits cailloux blancs, découverte à Ta'annak, s'expliquerait beaucoup mieux comme bagage d'un magicien que dans n'importe quelle autre hypothèse (3). Aussi peut-être quelquesuns de ces cylindres, plus ou moins longs, presque toujours en
(1)M. Maspero a publié {Hiat., I, 318) une colombe montée sur rouUUtes. Il faut signaler surtout un curieux sanglier et sa nichée figurés dans de Morgan, Mém. J)élég..., Vil, pi. XXIII, 8, qui a un sosie égyptien strict malgré l'étrangeté du procédé de représentation, voy. Maspkho, Hist..., I, 344. Une figurine identique en terre émaillée est exposée, sans numéro, parmi des objets de provenance inconnue, au Musée d'Athènes, salle B, vltr. 109. M. Heuzey, Dec. en Chaldéc, p. 257, interprète aussi comme ayant pu servir de roues à de petits chariots des fusaïoles de Tello, et il signale des débris de ces chariots. Le sanglier et les marcassins susiens hissés sur un chariot ont une analogie cananéenne en ce bronze de Lâchis représentant une chèvre et ses chevreaux à la mamelle, montés sur un socle à quatre pieds, Buss, A Mound..., fig. 110.
(2) M. L. Marinier rendant compte d'un ouvrage de M. A. Hahn {Demeter und Baubo. Versuch einer Théorie der Entstehung unseres Ackerbau), écrivait naguère : « La roue ou plutôt le disque percé dun trou a été dès la plus lointaine antiquité un objet sacré; on a eu l'idée de réunir ces roues... qui avaient à la fois une utilité pratique comme pesons de fileuses et un rôle dans le culte des dieux, par des axes : c'est l'invention de la voiture, d'abord sorte d'amulette » (Revue de l'hist. des religions, 1897, p. 387). Cette réaction exagérée contre le rationalisme beaucoup plus apte à expliquer une invention aussi simple que pratique, est à mettre sans doute au compte de M, Halin plutôt qu'à celui de M. Marillier. Il n'est d'ailleurs pas question de méconnaître le symbolisme de la roue dans la pensée antique, encore qu'il faille se mettre soigneusement en garde contre des théories d'une exagération aussi manifeste et d'une imagination aussi gratuite que celle de M, Milani {Studî religiosiy 1906) tirant d'un disque de terre cuite avec appendice en relief le concept intégral de l'univers (î) et faisant du plus minime objet un peu allongé une idole dactylique. C'est digne des lazzi cruels de la Rev. arch., 1906, II, p. 199.
(3) Une note du Bulletin archéologique d'une assez récente année, sur laquelle je ne puis remettre la main, signalait une découverte analogue dans une tombe archaïque de la Gaule.
terre cuite, à nervures en relief, considérés à l'ordinaire comme des hochets d'enfants (1) et que leur dimension ou leur poids rend quelquefois tout à fait inaptes à cette fonction (2).
Signalons encore comme ayant pu jouer quelque rôle en un sanctuaire un petit objet en os muni apparemment de quatre pieds et percé de neuf trous rectangulaires disposés en croix au centre d'une légère dépression dans la face supérieure de la pièce (%. 125) (3).
La nature et l'exiguïté de ce monument (six à sept centimètres environ de diamètre) excluent probablement toute destination à un usage quelconque de la vie journalière.
Estimerait-on impossi])le une assimilation avec les plaques trouées, ornées de bas-reliefs, fréquentes dans
Kig. 121
GÉzER. Trépied en os; support d'objets votifs (?).
Fie. i'IG.
ïètes de massues ou de sceptres. D'après Bliss, A Mound..., fig. 81-8-2, et Macalister, QS., oct. 1903, pi. U, 10.
l'archéologie chaldéenne, où on les tient pour des supports de massues votives? (4). Du même coup on pourrait traiter à l'instar delà massue chaldéenne, à la fois arme et objet votif ou emblème religieux,
(1) Cf. Bliss, A Mound..., fig. 241 et p. 117; Bliss-Macalisikh, Excavations..., pL 20, 10 (cf. pi. X, 9) ; pi. 45, 8, 16. Un objet identique est représenté parmi les trouvailles archaïques de Tello dans de Sarzi:c-Heuzev, Découvertes..., pL 45, 7.
(2) M. Macalister, QS., 1903, p. 46, en a déjà fait robservation. Il en a découvert dans le haut-lieu de Gézer et proposerait d'y voir des espèces de castagnettes (?) employées dans l'accompagnement musical des cérémonies religieuses. On voit mal l'adaptation de ces objets à un tel usage. Ceux à qui plairait linalement davantage l'hypothèse d'un hochet pourront rappeler |)our fournir une analogie aux exemplaires trop lourds et à ceux recueillis dans des sanctuaires, l'osselet énorme découvert récemment à Suse et i)ortant une dédicace à Apollon, étudiée par M. Ilaussoullier, à la fin du t. VII des Mémoires de la Délégation en Perse ([). 155 ss.).
(3) QS., 1903, p. '210, lig. 10.
(4) De Sakzec-Heuzey, Découvertes..., p. 204.
des massues cananéennes en bronze ou en albâtre trop élégantes,
parfois trop petites surtout, pour avoir pu être autre chose que des objets votifs emmanchés au bout de hampes minuscules, fichées, avec d'autres objets, dans les trous du trépied en os (1). Simple hypothèse, il en faut convenir, mais qu'appuierait Fig.iâ7.-intaiiies cananéennes, peut-être telle représentation sur une in-
D'après Bliss et MACALisTEn, f^ir- .,, ,„
cav..., fig. 16, n»» 1 et 2. taille Cananéenne (fig. 127^).