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1 et 2. Types d'inhumation à Gézer. — 3. Crâne de Sémite. D'aprèn llH., janv. 1903, pl. IV. — 4. Inhumation israélite à Megiddo. D'après MuN., 1900, llg. 13.
exceptionnelle. C'est une fosse munie cle parements en gros blocs calcaires bien appareillés. Orientée d'est en ouest par son grand axe, elle mesure à l'intérieur l^'jOS X O'^jSO de largeur moyenne (0°\55 à une extrémité, 0"^,^^ à l'autre) et 0",70 de profondeur. Un enduit couvrait les parois intérieures et sur un des grands côtés une cavité ronde, large de O'^jSO, se développait en tronc de cône sur 0™,1^ cle profondeur. 31. Schumacher a pensé que ce pouvait être la place d'une lampe, bien qu'il n'indique pas en avoir constaté. De belles dalles (1"\50 X 0"\55 X 0'^,20) étaient posées en guise de fermeture. Là dedans s'entassaient dix crânes d'adultes — neuf d'hommes et celui d'une jeune femme — , et quantité d'ossements. Six ou sept de ces crânes avaient la face contre le sol, les autres s'empilaient à une extrémité. On signale sans plus de détail la coloration rougeàtre d'une partie de ces ossements. Sur un crâne quelques bosselures et une lésion très nette doivent être le résultat d'un coup de lance et de plusieurs chocs de massue. Les mensurations établissent pour les neuf hommes réunis en ce tombeau une taille moyenne de 1°',70. Tout mobilier funéraire faisait défaut, et l'examen le plus attentif n'a pu relever parmi ces lugubres débris que quelques charbons et de la cendre, insuffisants pour attester une offrande ou un sacrifice au moment de la sépulture.
Par sa structure la tombe en question n'est pas sans quelque analogie avec deux autres découvertes à Gézer (1). Celles-ci toutefois se distinguent par leur mobilier de tout ce que nous avons vu précédemment et l'explorateur a cru pouvoir les attribuer à une race différente des vieux aborigènes, comme aussi des Cananéens et des Israélites. Ce sont des caveaux construits en blocage et couverts par de petites voûtes. Ils ont environ 2'", 75 de long, 0°',91 de large sur une profondeur à peu près égale. Les parois intérieures sont revêtues d'une couche de ciment étendue à la main, car les doigts du badigeonneur ont marqué nettement leur empreinte. Par-dessus la voûte une rangée de grosses dalles, posées à plat et recouvertes d'un enduit de ciment, complétait la fermeture. Les deux tombes étaient, par fortune, demeurées intactes. A l'ouverture on vit apparaître en chacune un squelette étendu sur le dos, l'un à même la roche nue, l'autre sur un petit lit de galets plats et polis tels qu'il s'en trouve sui* les grèves. Bien que les tombes fussent orientées par leur grand axe d'est en ouest, il ne parait pas que le principe d'orientation ait été très strict dans la sépulture, car l'un des squelettes avait le crâne vers l'extrémité orientale,
(1) Macalister, QS., 1905, p. 318 ss.
Fig. im. — D'après QS., oct. i'JOo, ÛJ. i.
l'autre au contraire à l'ouest. Le plus mal conservé était celui d'un homme dont il a été impossible d'obtenir des mensurations. Autour de ces débris et parmi la cendre, M. Alacalister a recueilli plusieurs beaux vases d'albâtre de diverses grandeurs, d'élégants petits ustensiles de verre, une magnifique pièce de poterie noire à quatre anses, et surtout un scarabée en agate (fig. 165) représentant un personnage à longue barbe et aux cheveux noués sur la nuque. Il est coiffé d'une sorte de diadème et vêtu d'une longue tunique, sur laquelle est passé un manteau descendant jusqu'à la ceinture. Le disque ailé surmonte la tête de ce personnage, qui marche sur un lion ailé accroupi et serre en chaque main un autre lion ailé à tête humaine. Dans le champ resté vide, entre le disque supérieur et les têtes, un emblème de forme ovale allongée est difficile à déterminer. L'exécution au trait, pour sommaire qu'elle soit, ne manque pas de mouvement, et l'ensemble évoque le souvenir des sujets les plus familiers dans la glyptique aux caractères assyro-égyptiens usitée par exemple en Phénicie. Enfin il y avait aux pieds du squelette quelques os de mouton et un fragment de couteau en fer.
La seconde sépulture était celle d'une femme, un peu mieux respectée par les altérations du temps. Les bras étaient ramenés en avant et croisés sur l'abdomen, et le squelette gisait au milieu de riches offrandes. Offrandes d'aliments d'abord, attestées, comme dans la tombe précédente, par les restes de mouton et la petite lame de fer déposés à ses pieds; mais surtout éléments de parure ou objets de luxe. A droite de la tête, un vase d'argent ouvragé en forme de flacon; à gauche, un bol de bronze de forme élégante ; un peu plus bas, un très joli vase d'argent travaillé au repoussé (lîg. 166) et un manche de miroir en bronze, offrant en relief la représentation d'une grappe (?). Sur les bras, des bracelets de bronze avec agrafes d'argent; à portée de la main, une petite cuiller de
Fig. i6«>. — GÉZEU. Vases d'argent et de bronze trouvés dans une sépulture. D'après QS., oct. 1905, pi. VI.
bronze, et aux pieds, une très petite soucoupe d'argent; quelques débris de vaisselle d'albâtre, des perles, des scarabées et une magnifique intaille en cornaline ayant servi de sceau (fig. 167). On y voit gravé un personnage entièrement vêtu, barbu et la tête découverte, de profil à droite, les bras levés dans l'attitude de l'adoration ; devant lui, un croissant au-dessus d'un griffon ou d'un sphinx; un scarabée (?) ailé surmonte le tout. L'analogie de style est évidente avec l'intaille trouvée dans le tombeau voisin.
Il faut signaler enfin, à proximité de ces deux tombes, près qs.. oct. la découverte d'un squelette d'homme de haute stature, inhumé sans aucune construction actuellement reconnaissable, mais avec le même dispositif que les précédents : corps étendu de toute sa longueur sur le dos; sons ses genoux les restes d'un mouton probablement entier, un vase d'albâtre près delà tête, un anneau d'or à côté du cou, peut-être quelque pendant d'oreille, et des fibules de bronze sur le corps : sans doute l'indice d'un linceul enveloppant le cadavre au moment delà sépulture (1).
En comparant attentivement les diverses particularités de ces tombes avec tout ce qui est connu des hypogées antérieurs, M. Macalister a relevé huit éléments caractéristiques tirés de la structure, du mode d'ensevelissement et de la nature des offrandes funéraires.
1. Ce sont des berceaux en maçonnerie voûtés, au lieu de cavernes dans le roc.
2. Les corps y étaient étendus sur le dos, au lieu d'être couchés sur le côté et contractés.
3. A peu près aucune poterie, au lieu des très amples dépôts céramiques.
4. Ni idoles ni emblèmes religieux; dans les autres, des figurines de Sekliet et d'Astarté.
.5. Beaucoup d'objets de parure; à peu près rien de ce genre dans tous les autres hypogées.
G. Luxueuses offrandes en vases d'argent et d'albâtre; aucune trace d'argent et albâtre infiniment rare dans les autres sépultures.
7. Aliments en nature déposés avec le corps; offrandes devenues purement symboliques en tous les autres hypogées à la même date.
8. Un miroir dans la sépulture féminine; objet inconnu partout ailleurs.
La présence de lames de fer interdit de reporter ces tombes plus haut que le x^-xi° siècle à Gézer; d'autre part la prédominance
(1) Une petite plaque d'argent adhérente à la mâchoire avait dû être insérée entre la joue droite et les dents de cet homme, de son vivant, en quelque opération chirurgicale impossible à déterminer; cf. QS., l. L, p. 322.
■SMJ CANAAN.
du bronze sut;tière qu'on n'est pas encore bien avant dans la période du fer. C'est donc autour de l'an 1000 av. J.-C. que se placerait le mieux la date de ces inhumations et c'est confirmé du reste par la stratigraphie, surtout par l'indication de la céramique recueillie au voisinage. En présence des particularités si nettes qui distinguent ces monuments funéraires de tous les autres, contemporains et antérieurs, M. Macalister s'est cru en droit de les attribuer à une race autre que toutes celles déjà signalées sur le tertre de Gézer : il a nommé les Philistins, avec beaucoup de vraisemblance, quoique sous réserve encore d'un contrôle à attendre de plus amples trouvailles. En attendant que la reprise des travaux à Gézer permette l'exploration plus complète de ce qui pourrait bien avoir été une nécropole spéciale, accidentellement découverte par l'une de ses extrémités presque à la dernière heure des fouilles autorisées par le premier firman, il faut s'interdire d'insister à ce sujet. L'intérêt de la découverte n'en demeure pas moins exceptionnel, car l'hypothèse émise par M. Macalister trouve déjà d'excellents points d'appui dans la comparaison précise du mobilier de ces tombes avec les productions artistiques contemporaines chez ces « peuples de la mer » parmi lesquels il faut ranger les Philistins, qui avaient dès longtemps pris pied sur la côte méridionale de Canaan et s'etïorçaient de pénétrer le plus avant possible dans l'intérieur des régions fertiles, en refoulant les Israélites sur les montagnes moins privilégiées du haut pays (1). Le meilleur contrôle que puisse recevoir l'ingénieuse hypothèse de M. Macalister serait la découverte de sépultures identiques, d'époque à peu près contemporaine, en quelqu'une des importantes cités du littoral, où la population philistine s'était ûxée le plus anciennement et maintenue le plus longtemps sans intrusion d'autre race, à Ascalon ou à Gaza par exemple.
Ces tombes à caisson voûté ou construites en blocage au-dessus du sol, ont pour équivalent assez strict de multiples structures en pierres brutes, dont la description a été donnée ailleurs suffisamment en détail pour qu'il ne soit pas opportun de la reprendre pour le moment (2).
(1) L'état présent de nos informations touchant les Philistins et leurs relations avec Israël sera indiqué plus loin en résumant l'histoire de la contrée.
(2) RB., 1901, p. 278-298. On notera surtout, dans cette série, les fameux Q°bour Isrâ'U, au voisinage de Ilizmeh. A propos de ces monuments, le R. P. Féderlin m'a fait observer que leur désignation la plus courante parmi les gens du pays, à Djéb^a surtout, était Q°bour el-Esreb, ou Q. ben Sreb.
On est très av^aiit déjà dans la période israclite quand les hypogées prennent enfin quelque caractère architectural et deviennent de véritables monuments, modestes toutefois encore. Rien à Gézer ne distingue, il est vrai, de façon très caractéristique les cavernes funéraires contemporaines de la royauté salomonienne de celles creusées un siècle ou deux plus tôt. Ce sont les nécropoles de Jérusalem qui permettent de marquer, vers ce moment, le progrès de l'évolution. Nul ne s'attend sans doute à voir aborder en cette étude le problème toujours irrésolu des sépultures royales de Jérusalem, ou la discussion même sommaire relative au traditionnel « Tombeau des Rois », creusé en fait pour une sépulture princière, mais à l'époque très tardive où les monarques d'Adiabène fuyant l'oppression des Parthes, se réfugiaient à Jérusalem et devenaient prosélytes juifs (vers la fin du i^" s. avant notre ère). De l'hypogée royal, nous connaissons seulement la situation approximative, quelque part vers l'extrémité méridionale de la petite colline qui porta la ville antique, et nous sommes en mesure avec vraisemblance d'en soupçonner la forme : un caveau plus ou moins spacieux, une série de chambres peut-être, où donnait accès un puits vertical dont l'orifice pouvait être recouvert d'un monument quelconque, chapelle, pyramidion, ou simple stèle (1). Nous sommes heureusement beaucoup mieux documentés pour des sépultures sinon contemporaines des grands règnes en Juda, antérieures du moins à la ruine de la monarchie : ce sont les monuments funéraires aujourd'hui couverts en grande partie par le moderne village de Siloé. Sans revenir pour le moment sur la description du monolithe fameux, il suffira de corroborer son attribution en tombeau pré-exilien par l'indication de huit à dix monuments, probablement plus, offrant une structure intérieure analogue, où se trahissent d'incontestables sépulcres sous les transformations ultérieures qui en firent jadis des cellules de reclus avant d'en faire des magasins ou des caves pour les fellahs contemporains. Voici l'un des mieux conservés (fig. 168 ss.). Au milieu d'une corniche de rocher assez escarpée, une petite porte de 0'",82 de large sur l'" de haut avec un petit encadrement très simple — bande finement taillée — à l'extérieur, ouvre sur un couloir de mêmes dimensions que l'entrée, avec 1™,65 en profondeur. Ce couloir débouche dans
(1) Existait-il sur l'entrée des hypogées israélites et cananéens décrits jusqu'ici quelque structure pouvant les signaler extérieurement à l'attention, des stèles par exemple? On l'a supposé, sans qu'aucune découverte en soit encore venue faire la preuve. Des traces de ce genre ne se rencontrent qu'à la période séleucide ou macchabéenne.
une chaml)r(' de 2"','i-0x r",25, dont les parois, hautes de 2'",0r), sont réunies par uu plafond original surélevé de ()'",35 dans le sens du grand axe de la chambre ot retombant sur les cotés en manière de toit à double pente (fig. 170). Dans les deux parois longitudinales ont été évidés, à peu près à mi-hauteur, deux bancs funéraires, comme deux loculi. hauts de r",25 et larges de 0'",82. La porte, dont on n'avait pas la liberté de choisir l'orientation, ouvre à Touest-ouest-nord ; elle est dans l'axe du plafond. Tout le monument a été évidé de la roche vive et les parois montrent une finesse de taille, une régularité de forme et une perfection de main-d'œuvre qui ne se retrouvent dans aucune des autres nécropoles si nombreuses autour de Jérusalem. C'est grâce à ces caractères qu'il est facile de constater au premier coup d'œilles retouches infligées au monument. C'est l'entrée d'abord qui a été haussée (cf. fig. 169) : la porte primitive n'avait que 0"',70 d'élévation avec un seuil constituant sur le sol intérieur une marche de 0"',30, ravalée très grossièrement après coup. De même main sont les coupures pratiquées à l'extrémité des bancs latéraux sur une moyenne longueur de 0'",55 et la bonque en manière d'absidiole creusée dans la paroi du fond, qui donne à la chandjre actuelle l'aspect d'un petit oratoire monastique. Rien de plus facile que d'éliminer par la pensée d'aussi gauches transformations pour rendre à cette pièce la physionomie primordiale d'une salle funéraire avec bancs latéraux dont on voit tout de suite l'analogie avec mainte caverne sépulcrale de
Fig. 1G8. — Tombe israélite de Siloé. Plan.
Fig. 169. — Tombe israélite de Siloé. Coupe longitudinale, indiquant les transformations modernes.
LES MOKTS.
Gézer. Or la structure si caractéristique du monument avec sa porte exiguë, son couloir, son plafond à échine surtout, l'admirable fini de la taille du roc, les évidements ultérieurs beaucoup plus sommaires, jusqu'à l'absidiole où disposer un oratoire, tout absolument se retrouve identique dans le « monolithe » bien connu, où M. Clermont-Ganneau signalait naguère les vestiges précieux d'un texte en hébreu archaïque, apparemment le titre de cette sépulture, d'extérieur plus monumental que la tombe semblable signalée à proximité, dans une série d'autres moins intactes mais dignes aussi d'intérêt. *'*- i-o. - ïomi,e Israélite de siioé.
~ Coupe transversale.
Sur ces monuments sera close l'enquête actuelle concernant les origines et l'évolution de la tombe en Canaan. Les développements ultérieurs de ce qu'on peut désormais appeler une architecture funéraire relèvent exclusivement de l'archéologie juive. La caverne sépulcrale plus ou moins identique à l'habitation primitive, devient dès lors une installation sans autre ressemblance avec les hypogées d'antan que d'être, comme eux, ménagée dans le roc, sans grande analogie non plus avec les habitations contemporaines. Le tracé du plan se régularise; on sent l'influence active de la Grèce, même en ce détail de très minime apparence. Aussi n'y aurs^-t-il aucune surprise à voir se trahir beaucoup mieux encore le souffle artistique étranger dans l'aménagement et la décoration des tombeaux, quoique l'empreinte nationale y demeure marquée par mainte infraction au principe de symétrie, par la prédilection à peu prçs exclusive de quelques éléments décoratifs, et surtout par le galbé inélégant de l'exécution.
L'examen des usages funéraires doit maintenant compléter la notion établie des plus anciens hypogées de Canaan.