‹ Canaan; d'après l'exploration récenteChapitre 27 sur 37 · II. — ARCHEOLOGIK PREHISTORIQUE · texte numérisé non relu

II. — ARCHEOLOGIK PREHISTORIQUE

Pour ne laisser place à aucune méprise, il convient de noter expressément, ici encore, qu'il n'est question ni de faire avancer d'un pas la préhistoire palestinienne, par la constatation de faits nouveaux, ni même, à vrai dire, de systématiser pour des professionnels les résultats acquis. A ce dernier point de vue, la description technique aussi complète que possible des documents déjà réunis et la critique telle quelle des théories que ces documents ont fait naître, s'imposerait sans aucune forme de préambule. L'ambition des pages qui suivent est moindre, en tout cas autre. Destinées à des lecteurs peu familiarisés avec cet ordre d'études, elles prétendent leur en retracer les grandes lignes dans l'état actuel des recherches accomplies en Palestine et qui seront rappelées en premier lieu. Pour que cet exposé sommaire soit intelligible et utile à de tels lecteurs, il a semblé nécessaire de leur remettre en mémoire les éléments mêmes de cette archéologie spéciale, quitte à n'écrire qu'un raccourci de nombreux et très doctes ouvrages où les maîtres ont consigné en détail la méthode, la nature et l'histoire de cette branche du savoir contemporain. Ce sera donc d'abord une œuvre de plagiat très conscient, confessé aussi fréquemment que de droit par des références qui viseront à la fois les exi-

divine créatrice étant admise, beaucoup estimeront qu'il y a dans le libre jeu des forces physiques constituant le globe tel que l'exposent les hommes de science (voir par ex. les i^elles paf^es de M. de Lapparent, op. L, p. 21 s., 1470 ss.), une apologétique plus solide et plus grandiose qu'en tous les essd\sd'i\ccommod3.l\on concordiste ou idéaliste. Voiraussiles remarques judicieuses de M. de Lapparent dans sa récente plaquette Science et Apologétique, 2*= éd., p. 282.

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gcnces (le riionnêteté et l'avantage du lecteur désireux d'orienter son travail en cette voie. A la suite néanmoins on trouvera : l'' la quantité de documents indispensables à une notion précise de la préhistoire palestinienne; 1^ la description de l'aire couverte par ces documents. De ces informations, dont on s'efforcera de rendre le contrôle facile, sera tiré un aperçu, à tout le moins provisoire, des origines de la vie humaine en Canaan, jusqu'au temps où des données plus fermes permettent d'inaugurer Thistoire.

Avant d'être aussi accrédité qu'il l'est de nos jours, le nom même de cette branche des recherches scientifiques touchant les origines humaines a suscité quelque débat; on en peut relever la trace pour la Palestine dans le chapitre où M. L. Lartet étudie les « Vestiges des temps préhistoriques (1) ». Laissons de côté cette controverse pour user simplement du ternie qui en est sorti justifié. Il porte d'ailleurs sa justification en lui-même, tout compte fait, malgré que dans l'application il faille recourir à des méthodes assez différentes de celles consacrées depuis longtemps par les progrès de l'archéologie classique. A l'épreuve, ces méthodes se sont toutefois révélées assez sures pour mériter la même confiance que l'investigation dans le domaine historique. L'étendue des observations et la multiplicité des rapprochements ont permis de fixer des lois dont les découvertes quotidiennes ont établi le bien- fondé.

A ce point de vue encore la Palestine n'a pas été privilégiée. Même au temps où s'inaugurait l'exploralion méthodique de la contrée, ce n'est point de la préhistoire qu'on se préoccupait surtout et bien des années s'étaient écoulées déjà depuis qu'on avait reconnu en Europe la valeur révélatrice des silex travaillés ou des ossements recueillis dans des alluvions et des brèches de cavernes (2), avant qu'ait été

(1) Voyage d'exploration...; Géologie, p. 213-240. M. Lartet proposait (p. 214) le «titre de Paléo- anthropologie », qui rattachait cette science à la Paléontologie^ mais demeurait manifestement trop restreint.

(2) Le véritable créateur de l'archéologie préhistorique est M. Boucher de Perlhes. Quand il commença, entre 1836 et 1840, à signaler ses découvertes de silex taillés associés à de nombreux débris paléonlologiques, il paraît n'avoir pas eu connaissance des indications antérieures, dont l'une au moins remontait au siècle précédent, celle de J. Frère en 1797 en Angleterre (cf. S. Reinach, Description..., L 81 ; — p. 264 est donnée au contraire la date de 1799). Malgré l'opposition qu'il rencontra tout d'abord, Boucher de Perthes, par ses nombreuses trouvailles dans le gisement de Saint-Acheul en Picardie, triompha du scepticisme et rallia bientôt à ses idées ceux qu'on tient aujourd'hui à juste titre pour les maîtres de l'anthropologie et de la préhistoire, les de Quatrefages, les de Verneuil et les Lartet en France, les Falconer, Lyell, Lubbock, Evans en Angleterre. Cf. S. Reinach, op. L, p. 14ss. ;A. Bertrand, La Gaule avant les Gaulois..., p. 58-60.

NOTIONS GÉOLOGIQUES ET ARCHÉOLOGIE PRÉHISTORIQUE. 37o

ramassé le premier silex palestinien. Aux indications fournies d'abord pour la Syrie et le Liban par des explorateurs tels que Hedenborg et Botta, s'ajoutèrent en 1864 les travaux plus développés de la mission de Luynes, puis ceux de Tristram, vers la môme époque (1).

C'est à M. l'abbé Morétain que revient le mérite de la première collection palestinienne. Ce zélé missionnaire français, attaché au patriarcat latin de Jérusalem, avait rassemblé dans sa cure de Beit- Sahoiir, près de Bethléem, une assez considérable variété de pièces de silex, de tessons archaïques et d'objets en os ou en pierre, recueillis sur les pentes et dans les grottes ouvertes au flanc de la colline où s'adosse le village. Quelques silex, couteaux etgrattoirs, étaient passés de cette collection au Louvre par l'intermédiaire de M. de Saulcy et de M. de Vogué. Leur âge suscita controverse après que MM. de Luynes et Lartet, ayant visité la collection et le site des trouvailles, se furent prononcés contre l'authenticité des gisements qu'ils estimaient bouleversés à date récente. M. Arcelin, un autre spécialiste, crut pouvoir au contraire classer nettement ces pièces à la période néolithique en y discernant les deux catégories établies déjà pour l'Europe : objets provenant des éboidis des pentes et des abris sous roche. Avec une aussi étroite base d'observation que les trouvailles de Beit-Sahour, le problème demeurait évidemment insoluble.

Quelques années plus tard la recherche n'avait guère été poussée plus avant, à l'arrivée de M. l'abbé Richard (2). Mais au lieu d'un progrès dans ce domaine on put croire k un recul notoire, quand le nouvel explorateur argua de ses découvertes à Gilgal — campement des Israélites après le passage du Jourdain — et à Tibneh — prétendu tombeau de Josué (3), pour soutenir que l'outillage de pierre datait tout bonnement des temps historiques. Il estimait avoir mis la main sur les magasins des Hébreux et comme il s'y trouvait, à côté des mémorables couteaux de la circoncision fabriqués sur un précepte divin, des scies, des poinçons et autres outils sans relation possible avec la cérémonie qui légitimait les couteaux, M. Richard, tenant les

(1) Indications empruntées à L. Lartet, o;?. L, p. 215 s. et 222. On trouvera dans le même ouvrage les références nécessaires pour documenter le résumé historique donné ici.

(2) On signale seulement, à ma connaissance, quelques silex recueillis par M. Cazalis de Fondouce « près de la source d'Ain-el-Emir, à Nazareth », La.kti:t, op. L, p. 227.

(3) Par ses découvertes au soi-disant tombeau de Josué, M. Richard réalisait peut-être à son insu la prédiction faite quelques années plus tôt par M. de Saulcv, Voyage en Terre Sainte, II, 237, à propos des couteaux de la circoncision : « ces couteaux doivent être restés dans le tombeau du tils de Noun, et, très probablement, celui-là les recueillera qui se donnera la peine de les aller chercher ». Le malheur est qu'on y trouvait trop d'autres instruments et qu'on trouvait aussi trop de ces couteaux ailleurs...

couteaux pour une création divino-israélite, pensait devoir attribuer au peuple de Dieu, peut-être pas l'invention, mais bien sûr l'importation de tout le reste. La soi-disant prébistoire allait donc devoir s'évanouir devant les clartés de l'histoire sainte. Le docte bydrogéologue allait plus loin, proposant d'utiliser pour la chronologie stratigTaphique des terrains ces bienheureux silex désormais datés par lui, au lieu de classer les silex par les terrains, comme d'autres le voulaient alors. En ce tempsdà M. Lartet rompit des lances contre cette théorie, non moins caduque par son archéologie que par son exégèse. Il montra l'antériorité d'un âge de la pierre en Egypte, où les Hébreux auraient pu eux-mêmes s'approvisionner de tous les outils signalés par M. Richard, même apparemment de ses couteaux spécifiques. Empruntant la démonstration faite à ce moment pour l'Egypte, en particulier par M. Gaillardot (1), Lartet établit que si au temps de la conquête de Canaan les Hébreux pouvaient user encore de couteaux de pierre pour accomplir un rite religieux, il était invraisemblable de les outiller avec du silex pour la guerre et les nécessités de la vie journalière. Les instruments de cette nature étaient par conséquent l'indice nécessaire « en Palestine d'un âge de pierre antérieur à nos données historiques » (2).

On aura une suffisante notion des recherches préhistoriques accomplies durant les quinze à vingt années qui suivirent, par cette simple note de M. S. Reinach, décrivant, en 1889, Taire géographique des <c haches amygdaloïdes du type de Saint-Acheul... M. de Mortillet signale... un certain nombre de localités palestiniennes, mais fl^wczme... n'a donné des outils chelléens » (3). L'ère des fouilles avait sans doute été brillamment inaugurée à cette date par les travaux du Survey et l'étude du Haram ech-Chérif ; mais dans les vingt à trente mètres de décombres qu'eurent parfois à traverser les puits et les galeries d'exploration à Jérusalem il fallait bien s'attendre à ne trouver que les vestiges d'époques historiques relativement basses, comparées aux lointains horizons entr'ou verts par la préhistoire. Les fouilles au surplus n'avaient pas encore alors le degré de précision qu'elles ont

(1) L'existence de silex taillés, ou d'un âge de la pierre en Egypte donna lieu naguère à une controverse fameuse entre historiens et archéologues. La bibliographie intéressante du sujet a été dressée jusqu'en 1889 par M. S. Reinach, Description..., I, 87, n. 3. Les données plus récentes ont été fournies avec une documentation très ample sur les âges de là pierre en ce pays par M. J. de Morgan, Recherches sur les origines de V Egypte : I, Ldge de la pierre et des métaux, 1896, p. 47-167; \l, Ethnographie préhistorique et tombeau royal de Négadah, 1897, p. 1-50, etc.

- (2) L. Lartet, op. l., p. 232,

(3) Description..., I, 114 et n. 1. M. Reinach a souligné aucune.

atteint depuis dans l'examen d'aussi accessoires détails que ces pauvres rudiments du premier travail humain. Les campagnes postérieures à 1890 révélèrent, dans les ruines contemporaines des premières populations sédentaires, de beaux spécimens d'instruments de pierre, qui seront brièvement indiqués tout à l'heure. Cependant l'étude méthodique et la recherche vraiment scientifique est due au R. P. Germer-Durand des Augustins de l'Assomption. L'épigraphiste bien connu se double en lui d'un éminent archéologue et d'un homme de sciences très informé. Dès 1896, le musée palestinien de N.-D. de France à Jérusalem, créé par ses soins et en très grande partie par ses propres découvertes, comprenait une importante section préhistorique. En une conférence \enue à ï Ecole biblique^ au mois de janvier de cette année-là (1), tout un réseau de gisements de silex travaillés était signalé par le P. Germer-Durand, qui pouvait déjà fournir un classement sérieux et dans chaque section des types assez parfaits pour forcer l'adhésion des moins crédules et des moins initiés.

Le onzième congrès international des Orientalistes, organisé pour l'année 1897 à Paris, avait mis à l'étude l'existence et les phases d'un âge de la pierre en Syrie. Le P. Germer-Durand y présenta seul un mémoire concis et substantiel, illustré de quatre planches reproduisant des types hors de toute contestation (2). Le musée de N.-D. de France compte aujourd'hui de 5 à 6.000 pièces classées et ne cesse de s'accroître. La publication du catalogue avec l'illustration nécessaire constituerait déjà pour la Palestine entière pas encore peut-être un manuel, du moins un répertoire extrêmement précieux d'archéologie préhistorique (3). Il faudrait ajouter, pour être complet dans l'historique des recherches, quelques indications enregistrées par des voyageurs éclairés. Sans prétendre méconnaître le mérite d'aucun de ceux qui ont pu concourir à développer nos connaissances sur ce point, l'aperçu qui précède sera clos parle nom de M. le D^" Blanckenhorn. Au cours d'un récent voyage à travers la Palestine, au prin-

(1) Et publiée plus tard dans la BB., 1897, p. 439-449.

(2) Reproduit dans les Actes du congrès, section d'ethnographie et folk-lore de l'Orient, p. 276 ss. : « L'âge de pierre en Palestine ».

(3) La brève notice imprimée déjà n'indique pas encore le classement et surtout ne documente pas pour l'étude. Mais le créateur du musée ouvre libéralement sa collection et je lui suis vivement obligé pour m'y avoir maintes fois accueilli et guidé lui-même, ou laissé travailler à discrétion. Une section paléontologique est en voie de formation et fournira, dès qu'elle sera utilisable, un précieux complément d'informations préhistoricfues. Je regrette de n'avoir pu en mettre l'étude à profit, n'ayant pas les connaissances techniques nécessaires. On trouvera aussi un petit choix, intéressant de silex au musée de Sainte-Anne et il en existe une autre collection, je crois, à l'école de la colonie allemande des Templiers.

temps de 190V, réminent géologue s'est beaucoup occupé aussi de préhistoire. Le résultat de ses observations, complété par l'examen de la documentation antérieure, vient de paraître en un remarquable article : Sur Vàge de la 'pierre et les instruments de silex en S]/rie- Palestine (1).

Avant de résumera notre tour les informations acquises, remettons rapidement en mémoire à nos lecteurs les grandes lignes du classement et la terminologie essentielle pour traiter des documents d'archéologie préhistorique relevant de l'industrie humaine.

Les maîtres sont d'accord pour distinguer dans l'âge de la pierre deux grandes périodes : I paléolithique ; II néolithique [^. L'industrie paléolithique est celle de tous les objets taillés dans la pierre par éclats plus ou moins gros, depuis le caillou à peu près brut, où l'on a seulement levé quelques écailles pour lui donner une forme rudimentaire, jusqu'aux pièces façonnées avec élégance moyennant de multiples retouches du marteau de pierre dit percuteur. L'industrie néolithique comprend tous les objets en pierre polie, c'est-à-dire dont la taille est complétée et affinée par le frottement artificiel.

En Palestine on n'a guère employé que les nombreuses variétés de silex, abondantes à la surface ou dans les assises crétacées; parfois aussi le calcaire et le basalte (3) ; les exemples d'autres roches demeurent, je crois, très rares. On sait néanmoins que les roches, et notamment le silex, peuvent éclater sous de simples actions atmosphériques, chaleur ou froid à degré suffisamment intense; pour peu qu'on ait pris contact avec certaines régions de l'Orient telles que les confins du désert d'Arabie septentrionale ou les steppes du Sinaï central, on a pu voir de ses yeux des silex éclater sans aucune percussion, qui prennent néanmoins des formes très voisines de celles des instruments attribués au travail humain (4). Tellement voisines, qu'il ne manque

(1) Vehcr die Steinzeit und die Feuersteinartefakte in Syrien-PaUlsiina; Zeitschrifl filr Ethnologie..., 1905, p. 447-468. Je dois à l'oblijçeance du P. Germer-Durand d'avoir pu étudier cet article.

(2) Dans la bibliographie très vaste qui existe à ce sujet, nous avons utilisé surtout M. DE Lapparent, Traité de géologie, p. 1234 ss. ; M. A. Bertrand, La Gaule avant les Gaulois, p. 53 ss. ; M. A. Falsan, La période glaciaire, p. 248 ss. ; MM. A. Falsan et E. Chantre, Monographie géologique des anciens glaciers... de la partie moyenne du bassin du Rhône, t. II, 466 ss.; M. S. Reinach, Description..., I, 83 ss.; MM. G. et A. de MoRTiLLET, Musée préhistorique, 2" éd., 1903, passim ; P. Germer-Durand, RB., 1897, p. 442 ss. Tous ces noms sont d'une notoriété suffisante pour dispenser d'aligner ici d'autres titres d'ouvrages spéciaux où sont consignées les mêmes informations.

(3) On a fait en calcaire des percuteurs, des pierres à écraser le grain sur des broyeurs plats ou concaves, plus tard des polissoirs; en basalle, des broyeurs, et quelques vases rudimentaires,

(4) Le fait est bien connu des Bédouins de la ïransjordane et on se souvient d'un cas

pas encore de sceptiques aimant mieux mettre à l'actif du soleil ou de la gelée toute Tinstrumentation de pierre dont ils ne veulent pas se donner le souci d'étudier le véritable caractère. Aussi bien la taille intentionnelle, obtenue soit ^diV percussion avec un marteau de pierre, soit par pression sur un corps dur, quand il s'agit de minces lames de silex à retoucher, cette taille, disons-nous, se différencie par des particularités multiples de l'éclatement naturel ou dû à Finfluence d'autres agents que l'homme (1). On doit observer sur tout objet fait de main d'homme, 1° une surface plus ou moins aplanie, àiieplan de frappe ; ^"^ au voisinage du point de percussion une « convexité » ou « une concavité irrégulièrement arrondies » (2) qu'on nomme conchoïde ou plus improprement bulbe de percussion; 3° au point précis de frappe un écrasement plus ou moins accentué. A ces particularités, dont aucune toutefois n'est décisive en elle-même, s'ajoutent d'autres caractères d'authenticité : le vernis des faces taillées au lieu de l'apparence généralement mate des ïaces étonnées; Tenveloppe laiteuse, dite cacholong, dont se recouvre à l'air la face taillée, et la patine à nuances diverses, mais toutes voisines du jaune ; surtout les dendrites, cristallisations ténues, qui produisent à la surface de la pierre comme les rameaux d'une plante. Tous ces indices réunis peuvent laisser place sans doute à quelque obscurité. Pour un œil expérimenté les chances d'erreur sont pourtant réduites à un extrême minimum et c'est le cas de rappeler le mot de M. Reinach : « La méfiance est donc toujours de mise, mais certaines personnes font preuve d'inexpérience en l'exagérant » (3).

Dans la terminologie on distinguera deux catégories : désignation des objets considérés isolément ; désignation des séries constituées par le groupement de ces objets suivant des types déterminés. Les noms donnés aux pièces sont obvies, empruntés tous aux ustensiles d'usage courant aujourd'hui qui s'en rapprochent le plus par leur forme : hache, faucille, scie, marteau, racloir, grattoir, poinçon, etc. Quelques vocables spéciaux sont facilement intelligibles : par exemple

célèbre où ils surent malheureusement l'appliquer. Au moment où la stèle de Mésa allait être enlevée de Dibàn par les cheikhs qui devaient la livrer à M. Clermont-Ganneau, une contestation s'éleva entre les Arabes, et la destruction du monument fut résolue. Comme leur sauvaj^erie mal outillée n'avait jiuère prise sur l'énorme bloc de basalte, ils allumèrent autour un feu violent et répandirent ensuite une ou deux outres d'eau froide sur la stèle ainsi chauffée qui éclata en multiples fraj^ments, quelques-uns non encore retrouvés.

(1) Les professionnels ont donné le nom de silex étonnés aux pièces où l'on observe cette pseudo-taille. La désignation de silex « taillés » est ainsi réservée aux seules pièces créées par le travail humain.

(2) S. Reinach, Z)esc?-i/;^iow...,I, 89, suivi spécialement ici.

(3) Description..., I, yO; cf. Heutuand, La Gaule.. , p. 58s.

celui de percuteur appli([ac au marteau de pierre employé dans la taille des outils et celui de nucléus réservé aux rognons de silex d'où on a levé les éclats pour les façonner ensuite en instruments divers.

Les étiquettes du classement sont empruntées au nom propre du lieu qui a fourni les types estimés caractéristiques. La terminologie qui a prévalu est celle de M. de Mortillet divisant toute l'instrumentation paléolithique en quatre grands groupes : I, chelléen, types de Chelles aux environs de Paris, dans la vallée de la Marne; II, moustérien, type fourni par la grotte du Moustier (Dordogne) ; III, 50lutréen, du vaste gisement de Solutré près de Màcon, en Bourgogne; IV, magdalénien, des cavernes de la Madelaine en Périgord (1). Ce classement, qu'on pourrait dire industriel, est moins méthodique peutêtre que ne le serait le classement paléontologiqiœ proposé aussi par M. Éd. Lartet : industries paléolithiques correspondant l°à Page du grand ours des cavernes; 2° à Page du mammouth; 3" à Pc\ge du renne; 4** à Page de l'aurochs (2). Celui-ci néanmoins a l'inconvénient de n'être applicable qu'aux gisements des cavernes et ne se vérifierait plus dans les stations des plateaux, où les produits des in-

(1) C'est à peu de chose près la classification proposée en 1864 par M. Éd. Lartet, père du savant géologue de la mission de Luynes. Au lieu du type chelléen, Lartet employait la désignation à'acheuléeii, pour conserver le souvenir du gisement de Saint-Acheul, illustré par les premières trouvailles de Boucher de Perthes. Il empruntait deux autres types à Laugerie-Haute (= solutréen) et à Eyzies (= magdalénien). Le village dit Les Eyzies (Dordogne) est célèbre en anthropologie par la découverte de squelettes typiques dans le gisement de,Cro-Magnon, abri sous roche au voisinage de la localité (cf. Reinacu, Description...,]). 186 ss.). Laugerie-Haute, dans le même département, avait par ailleurs l'inconvénient de se distinguer mal de la station toute proche de Laugerie-Basse, « la plus riche de toutes » les stations magdaléniennes (A. Falsan, La période glaciaire..., p. 271). Pour le profit de la clarté et de la brièveté, la terminologie de M. de Morlillet a été jugée préférable. Le gisement de Chelles offre du reste une plus parfaite homogénéité de types que les sablières de Saint-Acheul, aussi un caractère plus archaïque. De sorte qu'en lin de compte MM. G. et A. de Mortillet inscrivent Vacheuléen dans leur tableau de classification générale {Musée pr67ii4'fori(/«e, indications préliminaires — l'ouvrage n'a pas de pagination autre que le n» des planches) comme type de transition, conduisant de l'industrie chelléenne à celle du Moustier. Ils ont môme adopté en cette classification un type plus ancien que le paléolithique, pour y rattacher les premiers rudiments du travail de la pierre, donnant à ce type le nora d'éolilfiique expliqué par lui-même. Quoique le terme ait cours chez la plupart des préhisloriciens contemporains, et quelle que soit la portée d'une distinction à établir entre le chelléen et l'acheuléen par les données synchroniques de la paléontologie, on peut négliger ce raffinement de précision en traitant dé l'archéologie préhistorique palestinienne, où les données paléontologiques sont pour le moment insuffisantes.

(2) Cf. A. Falsan, La période glaciaire..., p. 249 s. Seule la désignation « âge du renne» parait conservée dans les comptes rendus de fouilles pour caractériser l'époque des cavernes. Elle implique moins la fréquence de l'animal à cette phase quaternaire, que sa recherche par l'homme, à qui il fournissait nourriture, vêtement, armes et bibelots, — dents percées pour pendeloques, etc. .

dustries les plus distantes Tune de l'autre, comme aussi les vestiges des faunes les plus disparates, peuvent voisiner presque au même niveau dans une coûfiision apparemment inextricable. La classification des objets néolithiques, déduite également pour l'Europe des principaux centres de découvertes spécifiques — Robenhausen, village suisse du canton de Zurich, où une tourbière a conservé une grande variété d'objets, et Hallstatt, ville de la haute Autriche, — est beaucoup mieux caractérisée par l'apparition progressive des métaux (1). Avec l'époque néolithique s'inaugurent les essais de chronologie chiffrée, 1res timidement d'abord quand il s'agit de mettre une date sur les premiers instruments de pierre polie (2) ; avec plus de précision à mesure qu'avançant vers les temps historiques on voit se mêler à l'outillage de pierre des objets de terre cuite, d'os, d'ivoire, de bronze et de fer. Dans l'industrie paléolithique tout essai de classification chronologique par les seuls outils et armes de silex demeure essentiellement approximatif, peut-être même devrait-on dire inexact. Aussi bien à la base d'un tel classement devrait-on poser le principe injustifié du progrès continu dans le travail humain, excluant toute contemporanéité entre des civilisations très inégales quoique développées en des contrées voisines les unes des autres. Sans vouloir nier ou diminuer le perfectionnement réel qui se manifeste dans l'outillage paléolithique représenté par les quatre types énumérés plus haut, la nécessité s'impose de recourir à d'autres éléments de classification (3). La stratigraphie géologique offre à ce point de vue quelque secours ;

(1) MM. Gabriel et Adrien de Mortillet adoptent pour la France une classification plus détaillée, qu'on trouvera dans le tableau initial et dans les planches de leur Musée préhistorique.

(2) M. Blanckenhorn a proposé pour le début néolithique 'syro-palestinien la date de 10.000 av. J.-C. (Zeitschrift f'ilr Ethnologie, 1905, p. 466), chiffre enregistré ici à simple titre documentaire. Inutile sans doute de rappeler que les époques désignées par les mêmes noms sont loin d'être synchroniques en tout pays. Elles ne le seraient même pas tout à fait dans les diverses régions d'un môme pays si l'examen se faisait avec une rigoureuse précision.

(3) Quant à discerner le « perfectionnement lent et progressif » du type acheuléen par exemple sur celui de Chelles, comme estime pouvoir le faire M. Glibert, Les origines, p. 311, c'est appliquer à l'évolution de la culture une loi de progrès ascendant que les faits ne justifient guère. 11 y a du resteen toutle chapitre où M. Guibert examine 1' « État de l'homme primitif » une rigueur axiomatique non sans inconvénient pour les jeunes lecteurs à qui l'ouvrage s'adresse et qui s'accorde mal avec l'enseignement le plus convaincu des gens du métier. U faut entendre, je suppose, M. de Mortillet ou M. A. Bertrand insister sur ce fait que les meilleures classifications actuelles ne sont pas encore des cadres rigides que nulle donnée présente ou future en aucun pays ne puisse déborder. Ce sont des rubriques conventionnelles sous lesquelles se rangent avec commodité et assez de logique la plupart des faits actuellement connus. Des citations topiques à ce point de vue ont été réunies par M. S. Reinagh, Description..., I, 94 ss.

mais ]a flore et la laune sont les seuls indices capables d'offrir une relative précision. Avec la série chcUéenne, dont les types sont en général des outils simplistes plutôt défensifs qu'industriels, toujours taillés à gros éclats, non retouchés, on rencontre exclusivement les plus gigantesques de ces pachydermes fameux : le mammouth, elephas pinmigenius^ le rhiiLOcéros à narines cloisonnées (rZ/moc. tichorhinus), le bison, l'aurochs [bos primigenius)^ l'ours des cavernes, etc. (1). Quand les instrumenls plus perfectionnés de la série moustérienne sont devenus prédominants, apparaissent à côté d'eux de moins redoutables types d'animaux, de nombreuses variétés d'équidés et de cervidés par exemple, à qui la végétation encore très intense (les forêts offre largement asile et pâture.

A l'époque de la grande station de Solutré (2), l'homme est devenu d'une habileté remarquable dans l'exécution de ses armes et de ses outils. Il donne à ses haches une finesse de retouche et un galbe bien différent des premières haches chelléennes. Des pointes de lance ou de flèches ont des formes sveltes et effilées vraiment remarquables; beaucoup de ces pointes sont taillées en manière de feuilles de saule. De nombreux outils nouveaux apparaissent : poinçons, tranchels, grattoirs perfectionnés, marteaux, etc. Et parallèlement c'est une autre zoologie qui se révèle, où dominent le cheval, le renne, beaucoup d'animaux domestiques, tandis que les fauves au grand corps, raréfiés à l'extrême, ne se montrent plus que sous des formes atténuées qui laissent en quelque sorte pressentir des mœurs moins farouches. Les éléphants-mammouths égarés jusqu'en celte plus clémente époque ont quasi, dans les vitrines des musées ou les gravures des manuels scientifiques, l'air bon enfant d'un pensionnaire de jardin d'acclimatation. Enfin se rencontrent les types magdaléniens, qui ne marquent pas k proprement parler un perfectionnement de l'industrie paléolithique puisqu'ils n'offrent point d'objets spécifiques nouveaux et n'atteignent même pas toujours à Félégante perfection de routiliage solutréen. Le type magdalénien se distingue néanmoins

(1) La documentation technique relative à tous ces fauves est condensée dans Reinach, op. l., p. 41-70.

(2) Rappelons encore qu'en parlant d'époque solutréenne l'expression est prise avec toute la latitude possible, sans prétendre désigner explicitement une phase s'encadrant en des dates plus ou moins précises. M. S. Reinach {op. L,]). 208, n. 3) cite à ce sujet le mot caractéristique dun maître, M. de Saporta : « Il semble que le Solutréen réponde plutôt à un cantonnement régional qu'à une époque ». Cf. aussi les remarques de MM. E. Piette et J. de Laporterie, sur la relation objective entre solutréen et magdalénien par exemple. Études (V ethnographie préhistorique, V; dans L'Anthropologie, t. IX, 544, 553 ss., p. 14 et 23 ss. du tirage à part.

NOTIONS CÉOLOdlQUES ET ARCHÉOLOCIE PRÉHISTORIQUE. 383

par une extension beaucoup plus large des gisements, surtout par le mélange plus important d'instruments en os, en corne, en bois de cerf. Pour remplacer les grands fauves, émigrés ou anéantis, apparaissent la plupart des espèces actuelles. Le renne en particulier, domestiqué peut-être en ce temps-là, en tout cas recherché activement par les chasseurs que furent les hommes contemporains du dernier âge paléolithique, est l'élément caractéristique de cette faune transformée.

Avec la complète apparition des diverses espèces d'animaux domestiques coïncide un perfectionnement notable dans l'exécution des armes et des outils de pierre. On ne se borne plus à les tailler par éclats, ni même à les retoucher finement pour en régulariser la forme et en effiler le tranchant : l'usage s'introduit de les polir en les frottant sur des blocs de grès, de calcaire, voire sur des silex choisis à cet effet; c'est l'ère néolithique. Est-il besoin de dire que le polissage complet est loin d'être appliqué à tous les instruments? Peut-être même n'est-il que l'exception pour telle catégorie d'objets, des haches par exemple, pouvant offrir un caractère religieux ou voiif, ou représenter des objets de luxe. La grande majorité des autres pièces ne se distinguent des équivalents antérieurs que par un galbe plus parfait, un volume moindre et mieux encore par des formes spéciales. On rencontre désormais de véritables haches et des marteaux avec douille d'emmanchement, des couteaux munis d'une soie pour être fixés dans de l'os ou du bois, des scies, des faucilles et autres instruments répondant aux exigences d'une vie beaucoup moins fruste que celle des populations paléolithiques. La distance a même paru si profonde d'une industrie, ou plutôt d'une civilisation à l'autre, qu'elle a suggéré parfois l'hypothèse, apparemment abandonnée aujourd'hui, d' « un hiatus complet y) (1). Quand le néolithique s'est substitué partout à l'industrie primitive, on ne tarde pas à entrer dans les temps historiques, auxquels les fouilles contemporaines viennent de donner en Palestine un recul de quinze à vingt siècles sur quelques points.

Le moyen à la fois pratique et simple de décrire l'industrie palestinienne aux divers âges de la pierre, consisterait presque à passer en revue méthodiquement la seule collection du musée de N.-D. de France en repérant chaque pièce sur son plus exact équivalent dans les planches des grands recueils tels que le Dictionnaire archéologique de la Gaule ou le Musée préhistorique de MM. Gabriel et Adrien de

(1) Cf. DE Lapparent., op. L, p. 1236.

Mortillet, pour ne citer que les meilleurs en France seulement. Il n'est guère d'objets recueillis en Palestine qui ne puissent être substitués tout à fait strictement aux types correspondants de Findustrie gauloise. Et si Fon tient compte de quelque diversité de matériaux, de Fhabiletô ou de la gaucherie de certains ouvriers, dans les ateliers primitifs de l'Orient comme en ceux de l'Europe occidentale, les divergences faciles à relever ici ou là au premier aspect s'atténueront à un examen plus précis, pour laisser place à un parallélisme continu. Et de ces similitudes on n'aura garde assurément de conclure en hâte à des relations ethnographiques, avant d'avoir déterminé quelle part de ces analogies, si Fon veut même de ces identités, des conditions égales du milieu suffisent à expliquer.

Mais parce que d'une part les recueils techniques indiqués peuvent n'être pas encore si facilement accessibles à tout le monde ; parce que d'ailleurs il ne s'agit pas en ce moment de dresser un inventaire, il semble plus opportun de présenter ici un simple choix de pièces, dont l'esquisse, pour rapide qu'elle soit, donnera tout de suite une idée concrète de cette industrie antique.

Voici d'abord des échantillons de la série chelléenne (types de Chelles et de Saint- Acheul mélangés), représentant les premiers objets très manifestement façonnés de main d'homme en Palestine. Les plus

caractéristiques appartiennent aux variétés multiples de la hache ou du coup de poing, comme on voudra l'appeler :

type triangulaire ou amygdaloïdc offrant une pointe parfois assez aiguë, deux grands côtés quelque -peu amincis et une base arrondie presque toujours épaisse, avec de fréquentes traces de préhension; type discoïde; type légèrement effilé en manière de coin allongé avec un talon épais, lui donnant une vague ressemblance avec certaine forme de marteau. Les premiers types présentés proviennent des environs de Jérusalem (fig. 258 ss.). Silex noir veiné; taillé par très grands éclats presque sans retouches même sur les bords; longueur O"',!^, plus grande largeur vers la base

Fig. 2o8. — BuoÉi<^A, près de Jérusalem. Hache chelléenne. 1/2 grandeur.

0™,07 et 0"%08 ; épaisseur, en ce pièces de même galbe offrent des proporlions plus considérables : telle une hache trouvée à Dera'at, en Transjordane, qui n'a pas moins de 0°^,20 de long sur 0"\15 de large près de la base et une épaisseur de 0'",06. Les haches discoïdes (cf. fi§\ i261) sont pour la plupart d'un travail déjà plus avancé, en ce sens que l'ouvrier a dû mettre plus de soin à diriger l'éclatement pour aboutir à une certaine régularité. Le procédé reste bien le même toutefois, de lever seulement de gros éclats sans nul souci de travailler en entier les faces de l'outil, qui garde souvent une bonne partie de sa gangue naturelle. C'est sans doute à l'outillage de la

même endroit, 0°',036. Quelques

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Fig. 2G0, — Qrsf.imkii. Coup de poing chclléen. Silex ^ris conservant en partie sa gangue naturelle. 1/2 grandeur.

-259. — Scopus. Hache chelléenne. Silex jaune. Environ 4/2 grandeur.

même période archaïque qu'il faut rattacher des instruments moins simples que les haches, quoique d'exécution tout à fait semblable : des pointes ayant pu faire office de coins, perçoirs à trouer les peaux, de grossiers racloirs pour les épiler ; mais on ne voit pas encore de lames, ni ces grattoirs assez habilement adaptés à la prise en main et munis d'un tranchant parfois très effilé.

Ces instruments apparaissent surtout à la période suivante : série moustérienne. Les haches fréquentes alors sont encore plus fines (fig. 263 s.) . Les outils de moindre

calibre et de tranchant plus acccntaé sont de préférence diverses varié-

Fig. 2G1. — Scopus. Silex rosé, à veines noires. Environ 1/2 grandeur.

tés de grattoirs. La plus commune est le grattoir triangulaire, aplati sur

Fig. 2G-2. — Scopis. Silex jaune. 2/3 grand.

Fig. 2t)3. — Silex jaune, veiné de noir. Environ 1/2 grandeur.

une face, avec une arête centrale plus ou moins forte. Taillé à larges

Fig..265.— Scopus. Grattoir chelléeri. Silex gris. 1/2 grandeur.

Fig. 264. — Haclie amygdoïdale.

4/2 grandeur.

éclats sur les côtés, il est retouché finement à un bout (fig. 262). En d'autres cas il présente une échine épaisse, tout à fait mousse, tandis que la pointe et l'extrémité d'un grand côté ont été effilées. Souvent

la pièce est quadrangulaire et propre à servir par les deux bouts. Quelques pointes affectent des formes tourmentées dues peut-être à de simples bizarreries d'éclatement mais qui ont pu être recherchées aussi pour que l'arme fût plus meurtrière, ou l'outil plus efficace.

Cependant l'instrumentation à la fois élégante et commode qui décèle une vie déjà perfectionnée et de réelles aptitudes artistiques doit être classée aux époques ultérieures : types solutréen et magdalénien. La taille est exécutée alors avec une sûreté de main et une perfection déforme qui ne seront pas toujours surpassées même aux âges néolithiques. Le galbe de toutes les pièces est plus svelte et plus régulier. Le coup de poing primitif est devenu une hache au tranchant remarquable: mais l'objet ou plutôt la série générale de pièces plus caractéristiques est sans contredit cette arme de jet plus ou moins développée, pointe de javeline ou de flèche, aussi des têtes de lance à emmancher sans doute dans de l'os ou du bois, affectant la silhouette d'une feuille de laurier ou d'une feuille de saule. Ces pièces, à peu près invariablement très minces, à section ovale, ont été taillées par fines retouches et tranchent en général de toute part, excepté parfois à la base un peu plus épaisse par où elles étaient emmanchées. Non moins communs que ces fines pointes sont les grattoirs, triangulaires pour la plupart, avec une face plate et une échine mousse ou aiguë; les couteaux à tranchant double ou simple, les tran-

26G. — QESKiMEir. Silex blond. 2/3 grandeur.

CANAAX.

chets affilés seulement à une extrémité, les poinçons, les lissoirs, etc. Un instrument assez fréquent a reçu le nom de scie. 11 se présente ordinairement sous forme de lame rectangulaire avec face plane et dos souvent un peu concave ; l'un des grands côtés — rarement les deux — , aminci par la levée d'un éclat régulier, est dentelé à des profondeurs et à des intervalles variables, en général avec beaucoup de régularité. Un type analogue se retrouve fréquemment aux temps néolithiques; mais alors, au lieu de la lame droite, Toutil dentelé a quelquefois une courbure assez accentuée ; en ce cas le dos convexe est généralement beaucoup plus épais que

Fig. 2G7.

QESEiiiEii. Grattoirs, racloirs, poinçon. Environ 1/-2 grandeur. (Recueillis par.les PP. O'Keilly et Mainage.)

dans les lames droites et un examen très attentif permet d'observer que cette espèce de nervure n'offre pas la même patine que les parties voisines du côté dentelé. A maintes reprises ont été recueillies l'une à côté de l'autre des pièces analogues, dentelées ou non. Mises bout à bout grâce aux repères que fournissaient les cassures ou la courbe de chacune (cf. fig. 270), ces pièces rajustées constituaient de larges serpes ou des faucilles d'un arc plus ou moins ouvert, qu'il devenait facile d'emmancher à l'instar des outils semblables découverts en Egypte (fig. 269) et munis encore de la monture de bois ou d'os qui en rendait le maniement identique à celui des faucilles métalliques modernes. Presque tous les chantiers de fouilles en Palestine ont fourni les éléments plus ou moins complets d'instruments de ce genre, quoique tous n'offrent pas les dents de scie souvent d'ailleurs

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