ARCHÉOLOGIE PRÉHISTORIQUE
Fig. 268. — QEsEiMFJi. Grattoirs et burins paléolithiques. Silex* blonds et jaunes. 2/3 gr.
Fig. 209. — Emmanchement des faucilles de silex en Egypte. D'après de Morgan, Recherches...; L'âge de la pierre, 11 g. 247.
Fig. 270. — Faucille de Li\chis. D'après Bi.iss, A Mound..., p. 124.
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fort irréiiulières sur de telles pièces. On en a inféré (1), peut-être avec raison en quelques cas du moins, que les dentelures dans les faucilles n'étaient pas intentionnelles. La lame effilée s'ébréchait à Fusai^e, au point de prendre quelque aspect de scie; quand les brèches devenaient trop nombreuses ou trop mousses on refaisait le fd.
Avec ces instruments nous sommes entrés dans l'outillage néoli-
Fig. 271.
Laciiis. Hache paléolithique et instruments divers néolitliiques. D'après FI. PETRIE, Tell el Hesy, pi. 10.
tliique, non assurément que les séries paléolithiques ne contiennent encore nombre de pièces remarquables, qui ne peuvent cependant être toutes passées en revue dans ce rapide aperçu. Les multiples stations ou ateliers signalés d'un bout à l'autre de la Palestine ont fourni une collection très variée d'instruments correspondant de tous points aux divers âges néolithiques. Tout ce que les fouilles dans les Tells ont fait découvrir se rattache en général aux dernières phases de la civilisation de la pierre et aux premiers âges des métaux. Lâ-
(l) Krause par exemple et Blanckenhorn ; cf. Zeitschr. fiir EtànoL, 1905, p. 462.
chis (1) a fourni peut-être une hache paléolithique (fîg.271, A), mais retouchée aux temps néolithiques, et un joli échantillon de hache ovoïde finement taillée (fig. 271, B). Les couteaux ou lames de toute forme sont légion; quelques lames offrent un rudiment de soie qu'on trouve au contraire tout à fait prononcée en certaines fines pointes de flèches du môme lieu
Fig. 27-2. — D'à prés Bliss, a
Mound.
fis- (fig. 272). Les échantillons publiés par j,.
g. 273, — D'après Bliss. A Mound...
lis. 249.
Bliss montrent une faucille non dentelée un grattoir triangulaire à pointe recourbée (fig. 273)
Les silex des Tells de la Chéphélah se distinguent surtout par l'absence presque totale de retouches (2). A côté des rudimentaires racloirs et grattoirs, se retrouvent les lames usuelles, quelques-unes tout à fait remarquables par leurs dimensions et leur peu d'épaisseur. A Gézer, bien qu'un petit nombre seulement des trouvailles en ce genre aient été signalées déjà, on sait qu'elles ont été riches (3) dès le début des travaux. A signaler surtout un grattoir à multiples et fines retouches et un magnifique poinçon très aigu, à base triangulaire. M. Blanckenhorn y a recueillilui-même une belle faucille. DeMegiddo, rien n'a été publié encore en ce genre ; mais le compte rendu définitif des opérations comblera cette lacune, on peut se le promettre. A Ta'annak enfin les séries recueillies par M. Sellin (4) offrent les types variés, avec ou sans retouches, de lames petites et très grandes, de grattoirs, perçoirs, polissoirs, poinçons, ciseaux et fau-
Fig. 274. — Silex néolilliiqucs de la Chéphélah. D'après cillcS (5). Bliss-Macauster, Excav., ^ • t x*
pi. 71. Ces mdications ,
pour sommaires qu'elles
(1) Fi. Pétrie, Tell el Hesy, p. 49 et pi. X; Bliss, A Mound..., p. 123, fig. 246-258; cf. p. 193 ss. la description technique par M. Spurrell.
(2) Bliss et Macalister, Excavations..., p. 142; cf. p. 26 à Tell Zakariyâ découverte d'un atelier; p. 36 à Tell es-Sâfy (cf. fig. 274).
(3) Macalister, Q.S., 1902, p. 324; cf. pi. 3, n"" 1 et 2; voir aussi Blanckenhorn, Zeit. fur Ethn., 1905, p. 462.
(4) Tell Ta'annek..., pi. VII (cf. fig. 275).
(5) Le P. Germer-Durand a ramassé récemment dans les remblais, à Ta'annak, une splendide faucille.
soient, établiront pourtant la ricliessc de la documentation déjà mise
en réserve pour le spécialiste qui entreprendra une étude précise de la civilisation palestinienne aux divers âges de la pierre.
Un coup d'oeil sur la carte diagramma tique, dressée avec les informations venues à ma connaissance, dira beaucoup plus vite qu'une énumération monotone l'aire d'habitation humaine aux époques préhistoriques en Palestine (fig. 276).
A l'examen on discernera sans effort quatre groupes (1) entre lesquels se répartissent inégalement les trouvailles faites
jusqu ICI :
I. Les hauts plateaux et les pentes des montagnes, en Cisjordane et en Transjordane. Le silex de diverses qualités y abonde, tant sous forme de rognons dans les assises calcaires, que sous forme de blocs répandus à la surface, parfois même en véritables bancs intercalés entre d'autres couches rocheuses. Les trouvailles sont essentiellement paléolithiques.
IL Les vallées, où le silex est fréquent encore sur les rives affouillées par les eaux, ou parmi les cailloux roulés par les torrents d'hiver. Le paléolithique y est prédominant aussi, mais par ses types les moins anciens.
Fig. TtU. — Ta'annak- Outillage néolitliique. D'après Sellin, t. Ta'-an., pi. VII.
(1) Pour une intelligence plus claire du diagramme il sera bon de le mettre en regard d'une carte donnant le relief du sol. On comprendra plus vite par ce rapprochement que des stations paléolithiques et néolithiques par exemple, qui ont l'air de voisiner sur le diagramme, sont en réalité en des situations très différentes, celles-ci dans des vallées, celles-là sur des pentes ou de hauts plateaux.
NOTIONS GEOLOGIQUES ET ARCHÉOLOGIE PREHISTORIQUE. 393
III. Le Ghôr ou bassin du Jourdain, et le littoral méditerranéen, y compris la grande plaine étendue en arrière des dunes côtières jusqu'aux rampes de la montagne. Le silex y est plus rare et a dû manifestement en plus d'un cas y être apporté à l'état brut dans les ateliers. Quoique l'industrie néolithique ait ici le haut pas, les types paléolithiques ne font cependant point défaut (1), si ce n'est dans la zone immédiate du littoral et dans les alluvions du 7.ôr.
IV. Les stations révélées par les fouilles modernes dans les ruines de villes bibliques fameuses. Le silex s'offrait à portée de la main, ou provenait de carrières voisines, mais toute l'industrie est néolithique en ces endroits.
M. Blanckenhorn (*2) ajoute un V® groupe qui a sa large raison d'être en une étude comprenant la Syrie, mais qui serait jusqu'ici à peu près sans représentants sur le domaine palestinien : c'est le groupe des cavernes et abris sous roche (3), avec trouvailles où se mêlent en proportions div^erses paléolithique et néolithique. Nous le retiendrons pourtant pour y classer encore par hypothèse les découvertes de M. Morélain à Beit-Sahour, celles de MM. de Luynes, Lartet, Zumoffen, etc., dans une grotte à'Wdloun au voisinage de Sidon (4). Cette dernière série, que des recherches ultérieures peuvent d'un jour à l'autre enrichir en Palestine, offrira du reste un précieux avantage à l'enquête finale : le rapprochement qu'elle suggère avec les découvertes analogues dans les cavernes du Liban permettra de saisir plus tôt les premiers vestiges humains dans les brèches ossifères.
On l'aura remarqué déjà, entre ces divers groupes et les périodes distinguées plus haut (p. 366 ss.) dans la formation définitive du continent palestinien, une certaine relation est manifeste. Les produits les plus
(1) Le gisement indiqué sur la carte entre Gézer et Ramleli n'est signalé que par une indication de M. xMacalisteh, Q.S',, 1904, p. 108. sans documentation graphique. L'occasion m'a fait défaut jusqu'ici de vérifier sur place cette donnée.
(2) Steinzeit... ; Zeitschrift far Ethnologie^ 1905, p. 449.
(3) Les préhisloriciens réservent le nom de cavernes aux excavations, naturelles ou artificielles, qui pénètrent profondément sous une montagne ou une colline par un couloir aboutissant à une ou plusieurs salles. Abri sons rocfie désigne pour eux ordinairement les stations protégées contre les vents froids par une saillie de montagne ou une paroi de rocher à pic; mais ils appliquent aussi ce nom aux cavités peu profondes et non fermées creusées dans une muraille rocheuse, un peu en manière d'auvent. La station de Solulré, figurée par exemple dans Falsan, La période glaciaire, fig. 44, p. 262 — cf. Mortillet, Musée préhisL, pi. XX, 159, — ou celle du Schweizerbild près de Schaft'ouse (cf. Boule, Nouvelles archives des missions scientifiques..., t. III, 1892, fig. 1, p. 90 et pi. I) sont d'excellents types du véritable abri. Les anfractuosités de roc à Beit-Sahour appartiennent à la seconde catégorie.
(4) Voir la description de la caverne à gisement paléolithique (?) d'^Adloun dans de Luynes, Voyage d'exploration..., I, 23 ss.
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Fig. 276. — Diagramme des stations aux divers âges de la pierre en Palestine.
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Fig. 277. — Diagramme de situation des monuments mégalltliiques en Palestine.
306 CA.NAAN.
archaïques de rintelligente activité de riiomme se rencontrenl précisément en ces régions du haut pays émergées en premier lieu, et le moins bouleversées dans les grandes transformations qui suivirent. Cette dernière observation tend à faire constater une dilTérence réelle entre des régions où les conditions physiques sembleraient égales à première vue, le plateau central aux abords de Jérusalem et le plateau oriental de Moabitide et d'Amnionitide, dit aujourd'hui le Belqd. Aussi bien, tandis que celui-ci a conservé dans l'ensemble son aspect primitif, celui-là n'est devenu ce qu'il apparaît à nos yeux qu'après une longue suite de cataclysmes et de modifications de toute nature. Or si l'on pouvait tabler avec toute sécurité sur quelques récentes observations de M. Blanckenhorn (1), pas encore assez multipliées toutefois pour être décisives, on devrait classer aux débuts de l'ère paléolithique, voire à Véolitliiquey nombre d'objets recueillis dans le Belqâ, avant toute trace d'industrie cisjordanienne.
Même si cette progression ne paraît pas pour le présent suffisamment fondée et si 1 on tient pour une relative contemporanéité de l'homme sur les deux plateaux, on sera frappé du développement industriel qui le montre s' acheminant par étapes vers l'ouest à la rencontre du rivage à mesure que ce rivage se prolonge comme pour lui céder de nouveaux et plus avantageux domaines. Quand l'homme a achevé cette reconnaissance en quelque sorte préliminaire de l'espace à conquérir, graduellement ouvert devant lui, une soudaine recrudescence des grandes précipitations atmosphériques vient mettre un terme à la douceur du chmat permettant la vie libre en plein air, sans souci de protection quelconque contre des intempéries qui ne se produisaient jamais. Devant la pluie et le froid, la nécessité s'imposa de chercher un abri : les cavernes béantes au flanc des montagnes ou sur le bord des torrents s'offraient comme un refuge tout préparé, en attendant que l'homme, stimulé dans son ingéniosité par les exigences de la vie, ait su s'en créer de mieux adaptés pour son bien-être. La tourmente passée, il s'aventure à nouveau hors des cavernes; il commence sa prise de possession définitive du sol, que ne lui disputent plus ni les cataclysmes géologiques, ni les fauves redoutables des âges précédents. Alors se fondent les premières agglomérations humaines, humbles groupements qui échappent encore en partie aux rigoureuses investigations de l'histoire, mais que l'archéologie peut désormais atteindre, quelque peu même nous révéler, avec une précision croissante.
(1) Zeilsrhrifl fur Ethnologie..., p. 454, 465. 11 a recueilli quelques pièces de silex duri type dit .1/esyinien, d'après le gisement caractéristique de Mesvin en Belgique, et il serait enclin à y voir des objets éolithiques.
NOTIONS (lÉOLOGIQLES ET AKCHÉOLOGIE PRÉHiSTORIOLE. 397
Voici en efl'et, classées en quelques phases principales (1), et en^ faisant la somme des indications éparses dans les pages qui précèdent, les données dès maintenant acquises touchant l'évolution de la vie humaine en Canaan avant l'histoire.
I. L'existence de l'homme au début de l'ère pluviale des premiers temps quaternaires demeure tout à fait problématique, malgré l'émersion déjà longue du petit territoire qui nous occupe. Tout au plus la vie eût-elle été possible sur les hautes régions surtout méridionales, des deux côtés de la mer intérieure, étendue alors du seuil de r'Arabah au lac actuel de Tibériade. Encore la fréquence des bouleversements géologiques à cette date dans la partie occidentale du continent palestinien rend-elle la présence de l'homme assez invraisemJ)lable. S'il a existé, il a dû se cantonner dans la région du Belqâ ; c'est là seulement qu'on a cru pouvoir signaler quelques vestiges de son industrie rudimentaire : massues de silex ou coups de poing au Dj. 'Attàrous, à'Ammân, etc., si tant est qu'on leur puisse assigner cette très lointaine origine, antérieure à l'industrie paléolithique proprement dite.
II. Paléolithique. — 1° Chelléen. L'homme se développe rapidement sur toute la surface du haut pays, que couvrent alors des forêts profondes, hantées par de grands animaux contre lesquels il faut sans cesse entrer en lutte plutôt pour sa propre sauvegarde que pour se procurer une nourriture et un vêtement, dont nous ignorons tout d'ailleurs. L'outillage, réduit à quelques variétés d'armes défensives (2), casse-tête, haches, coups de poing, ne permet pas de supposer de bien nombreuses exigences pour le confort de la vie. On évitera sagement toutefois d'en inférer aussitôt que cet homme archaïque était plus ou moins mal différencié d'un ancêtre simiesque, doué d'instincts de fauve, sans souci de se vêtir et trop barbare encore pour savoir produire le feu et s'en servir. De telles généralisations ne sont plus de mise dans l'étude qui prétend demeurer objective; car du fait qu'on n'ait signalé encore en ces temps reculés nul indice de connaissance du feu, d'usage des vêtements et de pratiques re-
(1) Elles coïncident de tous points avec celles qu'a distinguées M, Blanckenhorn en son étude sur un champ plus vaste [Zeitschr. fur Ethnologie, 1905, p. 454-465. Mais au lieu de discerner avec lui six âges de la pierre, en faisant appel aux informations tirées de la flore et de la faune, trois phases seulement nous permettent de grouper tout le développement saisissable dans la civilisation jusquaux temps historiques inaugurés à peu prés au moment où paraissent les métaux.
(2) On a supposé aussi que l'homme chelléen pouvait user de ces mêmes instruments pour déterrer les racines dont il se serait nourri (cf. par ex. Glibert, Les origines, p. 308). Une branche arrachée au hasard dans la forêt devait remplir tout aussi bien cet office.
ligieiiscs quelconques, il n'y a rien à conclure, si ce n'est ([ue nos informations peuvent n'être pas encore complètes (1).
2*' Moustérien-Solutréen. Favorisée par l'extraordinaire douceur d'un climat qui donne à la nature une puissante splendeur, la vie humaine prend une expansion croissante. L'homme déborde des hauts plateaux où de plus amples découverts l'avaient fixé tout d'abord; il envahit les pentes des montagnes, occupe les vallées et s'achemine vers la mer occidentale, dont il avait pu à peine toucher çà et là le rivage à l'époque précédente (station d^'Adloun en Phénicie).
Fig. 5>.78- — Ot'DEnuT. Racloir, grattoir et perçoir paléolitliiques. Silex veiné à patine jaune. Environ 4/2 grandeur. (Ilecueillis par les PP. Abel et Mainage.)
Il sait dès lors manifestement s'armer et se vêtir : les instruments dont il se munit en font foi. Sa hache et ses pointes de flèches sont déjà d'excellents engins de combat ou de chasse. Les belles lames au tranchant encore si finement effdé, d'innombrables grattoirs, racloirs, couperets, les longues aiguilles d'os, trahissent dans cette population d'énergiques chasseurs l'usage de prélever audacieusement sur la faune très développée qui l'entoure et la menace un tribut assez large pour suffire à son propre entretien. Non content d'avoir à satiété de la chair en pâture et des peaux pour se vêtir, le palestinien d'alors manifeste des goûts de luxe très marqués, pour éloigné que ce luxe puisse être encore de toute insolence. Le P. Ger-
(1) Les exemples ne sont pas tellement rares de peuples non civilisés n'ayant à coup srtr aucune attache spéciale avec un animal, singe onde quelque nom qu'il plaise l'appeler, qut pourtant ne font usage encore d'aucun vêlement, bien qu'ils en connaissent l'existence chez les autres.
iNOTIONS r.ÉOLOCIQLES ET ARCHÉOLOGIE PREHISTORIQUE. 399
jiiei'-Durand a recueilli par exemple, dans le gisement de Sour Bâher, une coquille percée d'un trou, qui a du être portée comme pendeloque ; d'ailleurs provient en sa collection un petit oursin troué pour être enfilé dans un collier (1). Le sentiment artistique si profond déjà chez riiomme solutréen des Gaules (2) n'est encore attesté, à ma connaissance, par aucun document incontestable chez le palestinien de l'âge correspondant. De quel droit pourtant le lui dénier? mieux vaut souhaiter quelque heureuse et pas trop lointaine trouvaille, plus
(1) Le même goût de rechercher pour la parure les coquilles marines ou lluviales se retrouve chez toutes les populations paléolithiques. La sympathie spéciale pour les oursins paraît attestée dans une région toute proche de Canaan, la Vallée du Nil, par les découvertes de M. DE Morgan, Recherches sur les origines de l'Egypte; Ethnographie jjréhistorique..., p. 59 et fig. 118. Sur les parures funéraires en coquillages dans les sépultures paléolithiques en Gaule, voy. Reinacu, Description..., I, 259. Il est remarquable que des" coquilles marines, associées aux coquilles symboliques de limaçon, se retrouvent dans les sépultures gallo-romaines et mérovingiennes en France. Voir par exemple les découvertes de M. T. EcK, Bulletin archéol. du Comité..., 1902, p. 242.
(2) Tout le monde a en mémoire quelqu'une au moins de ces remarquables gravures au trait, sur les bois decerf, sur os ou sur pierre, qui représentent des animaux, rennn^s, cerfs, chevaux, bœufs, parfois des êtres humains, avec une si étonnante vérité de galbe et une si vivante expression. Par la fermeté et l'élégance sobre de ces très vieux dessins, il est facile de les discerner de tous les pastiches qui prétendent parfois les imiter pour duper la religion des préhistoriciens mal informés ou imprévoyants. Ils ne se confondent pas davantage avec les figurations rudimentaires tracées par des populations sauvages. Tous les manuels renseignent complaisamment sur cet art, dont les recherches contemporaines, dans les cavernes de France en particulier, fournissent incessamment de nouvelles productions. 11 en a été publié un très grand nombre et l'ouvrage de M. Reinacu, Description..., l, 16; s., celui de MM. A. et G. de Mortillet, Musée jiréhist., pi. XXVIII-XXX, ou la série du Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques, documenteront facilement sans que soient détaillées ici des références hors de propos. D'après MM. Capitan, BuEuiLCt Ampoulange, Une nouvelle grotte préhistorique à parois gravées... (La Grèze, Dordogne) dans les Comptes rendus de l'Acad. des Inscr. et Belles- Lettres, 1904, p. 487 ss., il y en avait onze connues et étudiées à cette date.
Préhistoriciens et historiens de l'art semblent assez unanimes à proclamer que le « dessin au trait est la forme première de l'art »; l'expression est de M. L. Heuzey, décrivant de très archaïques objets découverts par M. de Saizec à Tello {Découvertes en Chaldée, p. 258). Et voici le sentiment d'auteurs très écoutés en matière de préhistoire : « Les gravures sur rochers ou sur paroisde cavernes constituent une des plus anciennes manifestations humaines artistique et religieuse dont on trouve des spécimens antiques dans le monde entier » (Capitan, Brelil, Cuarbonneal-Lassvy, Les rochers gravés de Vendée; Comptes rendus Àcad. I. et B.-L., 1904, p. 132). Entre les coquilles gravées de la Chaldée primitive, dont traite M. Heuzey, et les rochers, vendéens ou autres, auxquels font allusion les derniers auteurs cités, la divergence est moindre qu'on pourrait ne l'imaginer; c'est dans les deux «asla môme forme à la fois simple et abstraite de dessin : « simple par ses procédés d'exécution qui viennent naturellement sous la main, abstraite par la nécessité de supprimer les épaisseurs et de réduire des corps solides à de purs contours » (Heuzey, l. L). En Palestine les premières traces de cet art ne se rencontreront qu'aux temps néolithiques et des silex gravés en seront la première manifestation. En un sens différent de ce qui vient d'être indiqué, MM. Piette etdeLaporterie estiment que dans l'art des cavernes la sculpture en ronde bosse a précédé la gravure « à contours découpés », ou la gravure simple (L'Anthropologie, IX, 548, — 18 du tirage à pari).
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décisive parce que plus facile à dater que les exemples auxquels on songera peut-être déjji. Le meilleur serait évidemment ce curieux i^roupe de sculptures rupestres depuis longtemps signalé entre Qdiiâ et Hannâoueh au sud-est de Tyr, sur les premières rampes des montagnes de la Haulc-Galilée. Renan les décrivit naguère avec brièveté (1), sans ouvrir aucun avis sur leur date.
Il émettait cependant l'hypothèse qu'elles seraient gravées au-
IIANXAOUKU. (Iraltoirs mouslériens. D'après Loutet, La Syrie d'aujourd'hui, p. 139.
dessus de quelque hypogée à découvrir. Avant lui Thomson les estimait indifféremment de n'importe quelle époque, les mettant plus volontiers toutefois au compte des Phéniciens (2). En juin 1880, M. le D^ Lortet fit pratiquer au pied des rochers sculptés quelques sondages qui n'amenèrent la découverte d'aucune tombe, mais celle « bien autrement intéressante » d'un remarquable conglomérat renfermant « des myriades de silex taillés et de nombreux fragments d'os et de dents » (3). Quelques espèces purent être identifiées, le
(0 Mission de Phénicie, p. G35 « ...sculptures bizarres ... ouvrages dune complète grossièreté, tels qu'en peut faire un homme dénué de tout sentiment du dessin et nayant pas la moindre éducation en ce genre ». 11 les répartissait « en trois séries : la première forme une sorte de procession très-longue ; la .seconde placée au-dessous, est composée de figures droites »; la troisième « cachée parmi les broussailles» n'est pas autrement décrite. Et voici sa conclusion : « Impossible d'attribuer à un simple jeu de pâtres oisifs des images qui ont exigé un travail aussi suivi, et où l'on remarque beaucoup d'intentions; il est bien difficile pourtant d'y voir des produits d'un art sérieux» {op. l., p. 635 s.). Un peu plus tard il signalait dans la même région, plus près de Tyr, « A De'ir Canoun Ras el-A'in... des sculptures extravagantes tout à fait semblables à celles du Wadi-Cana » (op. /., p. 690 avec une gravure).
(2) The Land and theBook, p. 200 delà nouv. éd., 1887, avec une mauvaise gravure.
(3) La Syrie d'aujourd'hui, p. 139 s.; cf. A station of the A(je ofStone near Tyre, Q5., 1880, p. 198-200. On évitera de confondre M. le D' Lortet avec M. L. Lartet le géologue de l'expédition de Luynes. Celte confusion, qui s'est produite dans l'article cité du QS., se retrouve par exemple dansPERROT et Chipiez, Histoire... ; Judée, [y. 349, n. 1.
cerf entre autres, l'ibex, le cheval et le bœuf. Quant aux outils de pierre, quelques-uns firent à Lortet l'impression d'appartenir au '.< type dit moiistierien » (fig. 279). Aussi concluait-il : « Cette station humaine parait dater de l'antiquité la plus reculée, car les silex nous présentent une forme très archaïque, et de plus, une très longue série
de siècles peut seule avoir donné à ces débris de cuisine la dureté du porphyre. Nous pensons que ce magma a du se former dans une caverne dont les parois et le toit auront été enlevés par les anciens
Phéniciens auteurs des grossières figures cependant je ne pense pas
que ces travaux soient l'œuvre des hommes de l'âge de la pierre » ; et finalement il est enclin à attribuer ces « grossières sculptures » aux « proto-Phéniciens » qui succédèrent en cette station aux hommes de l'époque moustérienne et devancèrent « les Phéniciens des époques historiques », auteurs de multiples travaux dans le roc en ce même point (1)» Une plus minutieuse étude de ces figures rudimentaires autorisera peut-être quelque jour un diagnostic plus précis; leur relation possible avec une station des premiers âges de la pierre valait pourtant d'être rappelée.
3° SoliUréo-magdalénien. Si nous faisons à ce moment une excursion hors du territoire palestinien où s'est cantonnée notre étude, nous pourrons trouver enfin les premiers restes humains proprement dits : des ossements conservés dans les cavernes du Liban. C'est l'époque signalée tout à l'heure où l'abaissement momentané de la température contraint l'homme de se terrer en des abris naturels. La faim fen arrache par intervalles et il court la forêt pour s'approvisionner, traînant jusqu'à son antre le produit de sa chasse et laissant s'amonceler autour de lui débris et ossements dont il ne peut tirer parti, mais qu'il n'a cure de pousser hors de son abri. A juger d'après ces débris, c'est des multiples variétés du cerf qu'il a été surtout friand; atout le moins est-ce aux cerfs, bouquetins, antilopes, gazelles, etc., qu'il parait s'être attaqué de préférence, sans d'ailleurs s'effrayer d'entrer en lutte avec de grands animaux tels que l'ours des cavernes, l'aurochs et certaine variété de la gent léonine [felis spelaea). Les pachydermes d'antan ont fait place aux chevaux, buffles, taureaux et autres espèces déjà utiles à l'homme, en attendant qu'il ait pu en faire les auxiliaires précieux de son labeur (2).
(1) Lortet, op. L, p. 140.
(2) Dans la faune des brèciies ossifères au Liban M. Lartet avait déterminé déjà les espèces suivantes : le daim {Cervus dama), le bouquetin (Capra sinaitica), l'antilope et une chèvre sauvage retrouvée en Crète (Fo^/aî/e...; Géologie, i^. 219 ss. et pi. VII). M. Blancken-
A propos de ces ossements humains de l'époque dos cavernes signalés k Antélias au Liban, a été agitée la question du cannibalisme. Ces débris humains, en trop mauvais état pour que l'examen anthropologique en ait pu tirer aucune donnée sur les caractères physiques de la race, présentent des stries assez accentuées. On y a vu Faction des racloirs et des pointes de silex avec lesquels aurait été arrachée la chair de ces lambeaux humains, tout comme on estime avoir été dépecés les quartiers d'animaux. De telles stries sur ces os peuvent avoir été produites par de tout autres causes peut-être, durant le long- intervalle nécessaire à leur empâtement dans la brèche où on les a découverts. Avant d'en conclure à la pratique, assurément possible mais toujours répugnante, du cannibalisme, généralisée surtout à la population entière d'une immense période, il faudrait s'être Fig. 280. - QESFiMF.n. Giaitoir assuré, par un examen technique précis, de la
paléolithique. Env. i/2gr. , y ,,
nécessite d attribuer a 1 homme ce que ne sauraient expliquer ni la dent des carnassiers, ni les frottements multiples ayant pu se produire sur ces os (1). Et jusque dans les cas où l'homme devra être manifestement rendu responsable de ces stries et de ces entailles, on sait qu'avant d'en inférer son cannibalisme il faudra s'être assuré qu'il n'a pas traité ainsi des ossements de ses semblables dans un but religieux quelconque, par exemple pour s'en faire des talismans (2).
,, , Fig. îlU. — Scopus. Perçuir pahorn (op. Z., p. 465) mentionne en outre d autres variétés léolithique. Silex jaune. Ende cervidés et les espèces plus ou moins domestiques énumé- viron 1/2 gr. rées ci-dessus : equus cabalus, Bison prisais, Sus scrofa,
auxquelles s'ajoutent des fauves tels que Ursus syriacus et Felis spelaea. On comparera cette faune avec des gisements magdaléniens de France, décrits par exemple par Falsan et CuANTRE, Monographie des anciens glaciers..., II, 476 ss. D'autres comparaisons dans les manuels. On n'a signalé, je crois, qu'une fois la présence du renne [Cervus tarandus, ou C. rangifer) dans la faune magdalénienne actuellement connue delà Syrie-Palestine. Encore n'est-ce qu'une indication peut-être pas assez précise de Trislram, qui aurait constaté le renne en une caverne non loin de l'embouchure de Nahr el-Kelb (Lautet, op. l., p. 222).
(1) L'anthropophagie préhistorique demeure apparemment douteuse un peu partout. Voir la documentation réunie par Reinach, Description..., I, 155 et 293!
(2) Cf. l'observation faite naguère par M. Chauvet à propos d'ossements humains offrant des incisions de ce genre {Bulletin archéol. du Comité..., 1899, p. 528).
NOTIONS CKOf.Or.IQUES ET ARCHÉOLOGIE PRÉHISTORIQUE. 403
III. Néolithique. — Faut -il attribuer aux loisirs prolongés de la réclusion dans les cavernes le progrès immense réalisé par l'industrie humaine quand s'inaugure cette période? En tout cas les premiers vestiges de la pierre polie et les traces bien nettes d'une industrie parallèle, la poterie, se montrent dans les couches supérieures de dépôts des cavernes, en Phénicie et au Liban. Les trouvailles analogues sur le haut pays palestinien, à Khàn Loubieh en Galilée et au Nébo en Transjordane, servent d'anneau pour relier l'évolution paléolithique à la grande expansion néolithique où les savants essayeront enfin de mettre une date relevant d'autres indices que d'une fantaisie toute subjective. Cette date est environ 5000-4-000 avant J.-C. (1). Telle est à peu près en effet la distance chronologique où pénètrent les plus archaïques découvertes de Gézer. Les deux à trois mille ans qui suivent représentent en réalité le dernier âge de la pierre, car, à partir des grandes immigrations cananéennes, l'emploi des métaux, à commencer par le bronze (2), provoque une profonde transformation dans la culture générale, et relègue l'usage de la pierre au second rang, jusqu'à la supprimer finalement à une époque beaucoup plus tardive.
Quand le moment sera venu, grâce à de plus amples recherches, d'établir une classification spéciale du préhistorique palestinien, on pourra peut-être désigner cette fin du néolithique sous la rubrique de Gézérite. Les découvertes de M. Macalister à Gézer révèlent en effet dans une assez large mesure, à la fois l'industrie et la vie journalière de ces populations (3). Les cavernes naturelles leur servaient d'habitations ordinaires. De bonne heure toutefois l'homme néolithique sut transformer sa grotte en une demeure plus spacieuse ou plus commode, à l'aide de haches de silex capables de tailler la roche généralement friable des assises où abondent les excavations [k).
(1) Blvnckeniiorn, Zeitsdirift fur Ethnologie..., 1905, p. 46G.
(2) Dès l'époque de l'immigration cananéenne l'usage des métaux put devenir assez vile courant. Les Cananéens avaient été à même d'acquérir en Babylonie la connaissance du fer dont l'emploi y est attesté, semble-t-il, depuis 2500 av. J.-C; cf. pour la documentation la note du P. Sclieil dans Mémoires de la Délégation..., VIII, 338, n. 1. Le fer ne s'introduisit pourtant que beaucoup plus tard en Canaan.
(3) M. Macalister en esquissait naguère les grandes lignes en un tableau déjà précis, QS., 1904, p. 113 s.
(4) La trace laissée sur le rocher par ces outils, un peu élémentaires malgré le réel progrès dont ils sont le résultat, est demeurée visible en beaucoup de grottes troglodytiques à Gézer. Nettement distinctes de tout ce que peuvent produire d'analogue des instruments de fer, ces traces avait frappé M. Macalister, qui a réussi à en créer d'identiques en attaquant des parois de cavernes à l'aide de ciseaux de silex emmanchés dans un morceau de bois et actionnés par \xn percuteur pris à l'aventure. Cf. QS., 1904, p. 109; 1903, p. 320. A Làchis M. Flinders Pétrie a cru reconnaître aussi l'emploi beaucoup plus tardif du silex
L'accès fort caractéristique en la plupart de ces antres est presque toujours étroit, irrégulier, avec quelques hautes marches d'escalier prises dans la roche vive. Les cas sont très rares de deux pièces en communication; plus rares encore, on le conçoit, les vestiges d'un ameublement qui doit être sommaire. Une cavité dans le sol faisait office de foyer; parfois une saillie de la paroi peut avoir été un siège et des niches, peu fréquentes, servirent sans doute à ranger quelques objets plus menus que les vases de terre constituant l'élément principal du mobilier.
Sur les plateaux du centre et de Test, ou à travers la plaine, quand la nature n'avait disposé à l'avance ni grottes, ni abris sous des pans de montagnes (1), l'homme se pourvoyait évidemment lui-même, habile ainsi qu'il l'était dès lors à mettre la pierre et le bois à son service. On comprend que des constructions nécessairement chétives comme le furent les premières huttes dressées à fleur de sol n'aient pas laissé de traces aujourd'hui saisissables dans les stations du haut pays. Les fouilles de Gézer ont suggéré au contraire, par quelques données solides, l'identité de la poterie par exemple, la contemporanéité relative des hommes qui habitèrent les gourbis érigés immédiatement sur le rocher et des troglodytes qui se terraient au-dessous (2).
Ces habitations se juxtaposent par groupes déjà nombreux : une jetée en terre battue munie d'un parement de cailloux et couronnée peut-être par des palissades sert de rempart à ce rudiment d'agglomération humaine (3) et manifeste pour autant le début très net
pour tailler des pièces de véritable architecture {Tell el Hesy..., p. 23). Ce diagnostic toutefois paraît moins sûr.
(1) Même sur les plateaux toutefois des cavernes peuvent avoir été creusées en grande partie par les eaux. Les exemples n'en sont pas très rares en certaines régions des hauts plateaux Iransjordaniens. Le plus célèbre est la ville souterraine de Dera^at, l'antique Edréi des Amorréens de Basan. Habile et transformé à des époques très diverses, ce vaste réseau de galeries et de chambres a dû servir de refuge en son état primitif à des populations troglodytes. On en trouvera la description partielle dans Wetzstein, Reisebericht ilber Hmiran uncl die Trachonen, p. 47 s., plus complète avec un bon plan dans Schumacher, Across Ihe Jordan, p. 135-14G. Welzstein(o;?. /., p. 44 ss.) a d'intéressantes observations générales sur le troglodylisme dans la région hauranienne.
(2) Voyez Macalisteu, QS., 1904, p. 110. Pour établir du reste la possibilité de huttes en branchage érigées par des hommes outillés seulement avec la pierre, il. suffit de rappeler cette curieuse expérience contée par Montelius : « Au Danemark, le chambellan Sehested fit abattre des arbres et exécuter tout le travail nécessaire pour la construction d'une petite maison avec porte et fenêtres, sans autres instruments que des haches et d'autres outils de silex, à l'exclusion de tout outil en métal » (Les temps jJréhistor..., p. 22 s.).
(3) Avant même que l'homme ait eu l'art de se construire Ini-inème un rempart, se trahit parfois déjà la préoccupation de se protéger contre des atteintes ennemies. M. l'abbé Poulaine a signalé près de Surgj' (Nièvre) une « station préhistorique » sur un « plateau na-
ig. 28^. — Moulin paléolithique en silex. Environs de Jérusalem. 1/8 gr-
d une organisation sociale, dont tout le reste au surplus nous échappe encore.
Le peuple qui prend ainsi une attache avec le sol nous apparaît surtout comme une race d^industrieux agriculteurs, à en juger par des broyeurs ou pierres à écraser le grain (cf. fig. 282 s.), en chaque habitation. Il a domestiqué dès lors les plus utiles d'entre les animaux : la vache, la brebis, la chèvre et le porc; probablement aussi le chameau et l'âne. La volaille ne faisait apparemment pas défaut, quoique les ossements trop ténus de ces animaux se soient plus complètement efl rites. Quelques oiseaux, la cigogne en particulier, font la preuve que les instincts du chasseur des premiers temps néolithiques n'étaient pas entièrement éteints chez notre agriculteur. Il est commun de ramasser en son logis des becs ou des serres de grands oiseaux, utilisés peut-être pour la perforation des peaux dont on s'habillait. Rien ne signale encore la connaissance du tissu d'étoffe, à moins de considérer comme poids de tisserands quelques-uns au moins des nombreux petits disques ou des cônes d'argile ou de pierre perforés trouvés dans tous les strates de décombres et analogues d'autre part aux poids qui tendent souvent encore les fils sur des métiers contemporains quelque peu archaïsants. Ce n'est là, il faut le dire, qu'un indice bien vague; on conviendra pourtant que d'avoir sous la main le poil des chèvres domestiquées,
turellement fortifié », où elle était « protégée d'un côté par la rivière et par des escarpements presque inaccessibles », de sorte « qu'on y pouvait vivre dans une sécurité relative, à l'abri des attaques des carnassiers » (BuUelin archéol..., 1900, p. 394).
Fig. 283. — Égyptienne broyant du grain sur un moulin archaïque. D'après une statuette de la III" dynastie, trouvée à Dahchour (dans de Mougan, Rech...,l lig. 32o).
plus encore la précieuse toison des brebis, a dû suggérer assez tôt leur mise c\ profit pour le vêtement. Quelques pendeloques en os ou en pierre, de banales amulettes en terre séchée ou grossièrement cuite, surtout de vrais amas de petites coquilles trouées (1), paraissent avoir sufii à tous les goûts du luxe en ce temps-là.
Un curieux détail vaut d'être noté encore : il a frappé M. Macalister, qui en donne une ingénieuse explication. Dans les plus anciennes huttes et la plupart des demeures troglod y tiques ont été trouvés de petits tas de cailloux ronds, en général de la grosseur du poing. Quelquefois même ils ont été recueillis dans le foyer (2). L'explorateur a pensé qu'on s'en servait pour faire bouillir l'eau : chauffés dans la braise ardente du foyer, ils étaient plongés dans l'eau que contenait une peau cousue, ou quelque vase d'argile trop peu solide pour résister à l'action immédiate du feu. A qui ne serait point satisfait d'un procédé si primitif, on pourrait signaler un autre usage possible des petites pierres visiblement mises en réserve pour quelque office alors courant dans le ménage. N'auraient-elles pu en effet jouer le même rôle que les menus cailloux soigneusement conservés en maint endroit de la Palestine contemporaine auprès des fours à cuire le pain? Dans les villages où peuvent se rencontrer d'antiques pavements en mosaïques, les cubes très réguliers sont recherchés avec prédilection; à leur défaut, chez les fellahs aussi bien que chez les nomades, on se fait une provision de galets dans les ravins (3). Quand on les
(1) Les comptes rendus des fouilles n'indiquant pas la nature de ces coquilles, on ne peut en rien spéculer à leur sujet. Elles sont pourtant signalées parfois en telle abondance qu'il est difficile de n'y voir que des bibelots importés delà côte pour servir d'ornements; il est donc vraisemblable que les populations du temps s'adonnaient volontiers aussi à la pêche pour varier leur régime alimentaire. Des harpons de silex recueillis par le P. Germer-Durand au pied du mont Carmel font d'ailleurs la preuve que les Palestiniens néolithiques pratiquaient la pêche.
(2) Il se pourrait que la présence de ces galets dans les foyers néolithiques — quelques-uns même vraisemblablement paléolithiques — fût très familière aux spécialistes. L'unique comparaison assez topique rencontrée dans les ouvrages qui m'ont été accessibles est celle d'un foyer paléolithique du Schweizerbild (Suisse) fouillé par M. le D' Niïesch et décrit par M. Marcellin Boule, Nouvelles archives des missions scientifiques..., t. III, 1892, p. 100 : « au centre du foyer, se trouvent plusieurs gros cailloux arrondis ». La pi. II, fig. 1 annexée au mémoire montre clairement ces cailloux répandus sur les dalles du foyer et mêlés à quelques autres pierres brutes. Faute de toute indication précise touchant le volume de ces cailloux, on ne peut insister sur leur comparaison avec ceux des foyers palestiniens.
(3) A maintes reprises, en voyage au Sinaï ou à travers la Transjordane, j'ai vu employer aussi des cailloux et des éclats de pierre ramassés au hasard pour cuire un mouton. Tandis que l'animal était abattu près du campement — non sans qu'on eût habituellement creusé un petit godet dans la terre pour y faire couler le sang, — un trou assez spacieux et profond de 30 à 40 centimètres était préparé. On y plaçait, d'abord avec assez de soin, puis pêle-mêle, du combustible et des cailloux. Une ardente (lambée dévorait rapidement tout ce qui pouvait brûler, laissant le trou rempli de cendre et de braise. A l'aide d'un tison
a chauffés au cœur d'un l)rasier obtenu avec les combustibles les phis divers, on étend sur eux les minces galettes de pâte à cuire en manière de pain, prenant soin d'en réserver pour les placer sur la pâte avant d'y ramener la cendre chaude.
Ces hommes qui se révèlent ainsi dans la simplicité d\me vie désormais bien au-dessus de la barbarie grossière à laquelle on condamne trop volontiers a priori les peuples primitifs (1), nous laissent également saisir quelque chose de leur religion : son existence à tout le moins, sinon encore sa nature et son objet. On a parlé de matriarcat, sur des fondements peut-être précaires (2). Ce qui demeure acquis, c'est la relation de cupules dans le roc avec leurs sépultures où les morts sont brûlés ; c'est aussi la découverte d'ossements, d'amulettes et emblèmes divers en tel souterrain dont la disposition n'est pas celle d'une habitation troglodytique ordinaire, tandis qu'au-dessus, à la surface du roc, apparaissent les cupules groupées en nombre important, quelques-unes mises en communication avec le souterrain par des canaux dirigés vers un petit puits qui traverse le plafond. Cet aménagement suggestif nous a paru être celui d'un lieu de culte, et partant s'est trouvé déterminé le caractère cultuel d'un certain nombre des cupules dans le roc habituellement signalées en toute installation antique.
Les fouilles heureuses qui ont fourni déjà les éléments de cet aperçu dans le passé très lointain permettront-elles jamais de tracer avec plus de précision le développement de la culture palestinienne? Pourquoi ne pas l'espérer en face des résultats acquis depuis moins d'un quart de siècle? Reconnaissons toutefois l'impossibilité où nous
quelconque, parfois avec la lame des longs couteaux-poignards, ou avec les hachettes qu'affectionnent les bédouins, on relirait braise, cendre et cailloux chauffés. Les quartiers de viande pantelante étaient déposés sur quelques-uns des cailloux laissés au fond de ce foyer simpliste; les autres étaient ramenés sur la chair et le tout recouvert pour quelques moments des débris fumants du brasier.
(1) Tous ceux qui se sont occupés pertinemment de préhistoire s'accordent à protester contre l'injustice d'un tel préjugé. Voir par exemple dk Morgan, Recherches... ; L'âge de la pierre..., p. 166; P. Germeu-Duuand, RR., 1897, p. 442 s* ; 0. Montelius, Les temps préhistoriques en Suède, p. 50 (trad. Reinach); etc.
(2) Macalisteb, QS., 1904, p. 112 ; cf. G. A. Barton, Tlie Levitical Cities of Israël in the Light of the Excavation at Gezer ; Biblical World, sept. 1904, p. 169, note. M. Barton interprète en cet endroit les découvertes de Gézer suivant son point de vue touchant les origines et l'évolution de la religion chez les peuples sémitiques telles qu'il les exposait en 1902 dans son volume A Sketch of semitic OrUjins social and religions. Or un des points les plus faibles de sa thèse, d'ailleurs bien construite et fort érudite, est de vouloir faire entrer dans un même moule la constitution et le développement social et religieux de tous les Sémites. Trop de facteurs divers sont à l'œuvre dans la constitution d'un peuple pour que tous doivent traverser dans un ordre donné les mêmes phases de civilisation, à supposer môme qu'ils se trouvent dans des milieux et des conditions analogues.
sommes encore de pénétrer plus avant dans la vie civile, politique et religieuse de ces premières populations ou d'y marquer les étipes d'une évolution sensible entre le sixième et le troisième millénaire avant notre ère.
En revanche, une étape saillante est marquée, dès le début du troisième millénaire, par l'arrivée probable de peuples nouveaux, autant du moins qu'on est en droit de l'inférer en voyant bientôt surgir de
Fig. -284. — Dolmen de Djedeid en Moabitide (cf. la fig. suiv.).
toute part des monuments inconnus dans le passé et apparemment plus ou moins caractéristiques de nouvelles races : on est entré dans l'ère des inonuments mégalithiques. Chacun sait que sous ce nom sont désignées des structures variées, généralement faites en grands quartiers de roche, bruts ou sommairement épannelés, Assemblés en manière de table, ou si l'on veut d'abri quelque peu fermé, ils constituen les dolmens; entassés les uns sur les autres et supportant parfois un amas de terre, ce sont les cairns; fichés en terre, ils prennent les noms de menhirs, de cromlechs ou de cercles, suivant qu'ils se présentent isolés ou rangés en couronne autour d'un bloc plus imposant dressé au milieu. Les monuments de cette nature ne pouvaient manquer d'exciter la curiosité et de fixer l'attention de tous les visiteurs, rares encore, en Palestine au moins, qui ont quelque habitude de voir avec
leurs yeux et non pas exclusivement ce que connaît le Guide. Aussi les mégalithes ont-ils été signalés d'assez bonne heure par ceux qui abordèrent les régions transjordaniennes où ils se sont le mieux conservés. Par malheur les indications se réduisent avec une lamentable invariabilité à enregistrer l'existence de ces monuments pour en faire la base de spéculations pas souvent heureuses sur leur origine ou leurs accointances avec les vieux cultes proscrits du Ba'al moabite et de la
Fig. ;28o. — Dolmen de Djedeid en Moabitide (cf. la lig. précéd.).
divinité parèdre (1). Les mieux inspirés évoquent, pour mouvoir d'aussi grands blocs, ces géants Réphaïm cause d'un si terrible effroi pour les conquérants israélites. C'était déjà réaliser un progrès que de décrire les mégalithes, d'en relever l'exacte situation, de recueillir les légendes antiques ou modernes qui s'y attachent, en attendant leur f^tude plus fondamentale moyennant quelques fouilles intelligentes. Ces fouilles en somme demeurent très rares et nos informations en sont restées à peu près au point où s'arrêtèrent les recherches de la mission de Luynes, celles du Siirve]/ et de M. Schumacher en Transjordane.
(1) On les retrouve niême sous la plume de quelques-uns des savants qui inaugurèrent la recherche systématique, M. Conder par exemple; cf. QS., 1882, p. 81 ss.,et la réplique provoquée presque aussitôt, ibid., p. 271 s.; cf. du même auteur Jleth and Moab, cli. vu et VIII passim. En ce dernier ouvrage toutefois M. Conder s'exprime avec beaucoup plus de nuances et, pour autant, de manière plus objective.
Le développement de Fexploration topographique au uord et au sud a seulement fait connaître l'aire géographique des monuments méga-
lluincs d'un cercle de pierres aux environs de Bctiiel. Pliot, communiquée obligeamment par le PEFund.
lithiques, beaucoup plus vaste qu'on ne l'avait supposée d'abord. Le seul bénéfice réel des recherches récentes en ce domaine a été de
ruiner l'axiome prématuré proclamant l'absence de tout échantillon du genre en Palestine occidentale^ La Revue biblique a conté naguère comment trépassa la légende par la découverte de dolmens en Judée et aux confins de Philistie (1)> A côté des dolmens très caractéristiques du mégalithisme, elle tentait de grouper d'autres structures, d'une analogie indéniable, mais que leur forme moins spécifique avait fait passer inaperçues, les protégeant du reste ainsi contre le vandalisme qui a causé sans doute la destruction à peu près radicale des dolmens et des menhirs. Durant les quelques années écoulées depuis, bien
Fig. 287.
- Dolmen écroule, aux environs d'Abou Dis. D'après liB., avril 1901.
(1) Monuments en pierres brutes dans la Palestine occidentale, liB., 1901, p. 278 ss.
ISOTIONS CÉOLOGIQUES KT AUCHIÎOLOGIE PRÉHISTORIQUE. 411
que la série des « monuments en pierres brutes » ait pu être enrichie de nombreux types, aucun cependant n'a paru assez original, d'aucun surtout l'examen assez complet par des fouilles n'a été possible, pour qu'il en fût de nouveau traité dans la Revue, ou pour que nous y revenions en ce moment (cf. fig. 277) (1).
(t) En manière d'explication du diagramme voici, pour le bénéfice des chercheurs, quelques indications documentaires, abstraction faite des simples récits de voyage mentionnant à la cantonade des monuments mégalithiques, sans fournir à leur sujet la moindre donnée I récise, descriptive ou graphique, ou n'ajoutant rien à ce qui était précédemment connu. — Palestine orientale. On attribue à Iuby et Mangles, Travels in Egypt... Syria... durincj Ihe years i8i7-i8l8, p. 235, la première indication des dolmens (citation non contrôlée, prise dans Lautet, Voyage...; Géologie, p. 233, n. 1; M. de Saulcv, Voyage en Terre Sainte, I, 315, cite une éd. de « 1844, p. 99 et p. 143 »). En 1864 la mission de Luynes décrivait les groupes d' « Ala-Saphat » et de Manfoumieh : Voyage d'exploration..., I, 134 ss. (cf. la rectification de Lartet, op. L, III, p. 233, n. 2); I, 156 s. {Iladjar el-Mansoub), 158 s. et les planches 40 et 41 de ï Atlas; voir enlin p. 174 ss. — En 1865 de Satlcy, Voyage en Terre Sainte, I, 312 ss., dolmens entre "Ayoun Mousa et 'Ain Soueimeh. — En 1879, notes de M. le D' Schiek sur les monuments du Bclqâ, en particulier Iladjar el- Mansoub, ZDPV., II, p. 10, 12 et pi., fig. 7. — En 1881, pendant le Survey de la région entre le Ouâleh et le Jaboc, environ 800 monuments sont signalés et en partie décrits. Les notes éparses à ce sujet dans le QS. ont été groupées depuis dans le vol. I du Survey of eastern Palestine^ publié en 1889; cf. surtout p. 11 ss., 18, 20-26 (environs d"Ammân); 125-133, 159-171 (région de Ilesbàn) ; 185-189 (Hadjar el-iVIansoub et el-Mareigliât)-, monuments isolés, p. 193, 197; région du Nébo, 202 s., 226 s., 229; Tell el-Matâba, 230-236; onâdy Djedeid, 254-274, 277. L'un ou l'autre de ces monuments pourrait bien n'avoir qu'une authenticité de contrebande. On décrit quelque part un groupe de colonnes qui ne ressemblent guère à des menhirs ou à quoi que ce soit de préhistorique. La carte n'enregistre pas moins, aux abords de la route de Màdaba au Ouàleh, une mention « Menhir » qui frappait naguère M. le D' Bliss. Vérification faite par une petite fouille, ces menhirs se sont trouvés être des milliaires romains, dont l'un au moins porte une belle inscription {QS., 1895, p. 213). — En 1885, M. Schumacher décrit des champs de dolmens dans le Hauràn occidental {Across the Jordan, p. 62-72 ; 149-152; 259). En 1886 dans le Dj6lân,^CM[]y\^c.iiEi\, ZDPV., IX, 267- 272. En 1890 dans Ï^Adjloûn, Schumacher, Northern ^Ajlûn, p. 131-134 et surtout p. 169-177, un champ de 1000 dolmens environ, dont une centaine ont été fouillés par l'explorateur. Voir aussi MuNDPV., 1899, p. 37 ss. Dolmens du Nébo, Schumacher, ZDPV., XVI, 1893, p. 163; cf. prof. Dalman, MuNDPV., 1900, p. 24. Dans le Belqà, Schlmacher, ZDPV., XVI, 1893, p. 158; Dalman, MuNDPV., 1900, p. 26. Entre Ledjoun et hh. Fityân le P. Germer-Durand et le P. S. Vailhé ont découvert un alignement de « 18 menhirs », avec, auprès, « des restes de dolmens « ; le tout au milieu d'un « gisement néolithique » très caractérisé {Échos deN.-D. de France, 1896, p. 235 ; 1897, p. 36). En Batanée méridionale, Schumacher, ZDPV., XX, 1897, p. 175 s.; cf. MuNDPV., 1900, fig. 37, p. 68, 1904, p. 78, un menhir et un champ de dolmens. Un dolmen dans le Chérà, sur là route de Chôbak à Ma'ân, a été décrit par la JIB., 1898, p. 450 s., et un groupe mégalithique est signalé un peu plus au nord entre Bseira et Gharandel par le P. Lagrange, RB., 1897, p. 212. On sait que Palgrave en a trouvé au cœur même de l'Arabie. On ne se rend pas bien compte, dans la description imprécise qui en est fournie, si le monument en pierres levées (?) que signale M. le prof. G. A. Smith, QS., 1905, p. 361, aux environs d'Affdrous en Moabilide appartient ou non à la série mégalithique. On trouvera au contraire quelques indications nouvelles de dolmens Iransjordaniens ('Adjloùn et Galaad)dans le Patilslinajahrbuch <le l'Institut allemand, I, 1905, p. 41 s., 59 s. et pi. IV, 2.
Palestine occidentale. Les (tremiers monuments mégalithiques, à ma connaissance, furent signalés près de Belt-Nouba, par M. Tyrwhitt-Duakk, QS., 1872, p, 46 s. Deux ans plus
il 2 CANAAN.
iNoiis retiendrons seulement de Texamen fait alors, d'une part la destination funéraire assez évidente de ces structures, d'autre part leurs analoiiies de formes avec les monuments mégalithiques. Les jetées de pierres aussi développées qu'à Uizmeli ou aux environs d'Abou Dis, pour ne pas citer d'autres exemples dont la description n'a pas encore été fournie, les cairns du Négeb ou de la Transjordane, ont leurs équivalents incontestal)les dans les noyaux de pierrailles que recouvrent souvent les tumulus des diverses contrées occidentales, ou dans ceux que viennent de faire connaître en Asie et dans les régions caucasiques de fructueuses explorations (1). Les cliambrettes en blocage du type de Beitin (fig. 288) ont une parenté plus étroite encore avec la plupart des célèbres nawâmis sinaïtiques, avec les dolmens couverts du Talyche persan ou d'autres régions. Il ne serait môme pas invraisemblable qu'en plus d'un cas l'identité primordiale ait été absolue ; aussi bien l'une ou l'autre des cistes de pierres de la l*alestine occidentale mises aujourd'hui à découvert par l'éro-
tard le même auteur indiquait les vestiges d'un dolmen au cœur de la Judée, près de Moiirasms (Q5., 1874, p. 187). Cette double indication semble avoir passé inaperçue. En 1878, à l'acbèvement du Survcy of Western Palestine, M. H. Kitcbener mentionnait la découverte de Iinit dolmens au total, Q5., 1878, p. 168; cf. la note insérée dans le Siirvey of eastern Palestine, p. 236; mais d'après les informations d'ensemble résumées plus tard i^ar M. Gofij)Eï{, Heth aiid Moab..., S" éd., 1892, p. 197, cf. 247 ss., ils se répartissaient ainsi -.quatre dans la Haute- Galilée, un dans la Basse-Galilée, les trois autres près de Tell el-Qàdy ; la Judée était expressément exclue. M. Conder n'avait pas remarqué non plus l'indication fournie en 1880 par M. V. Guérin d'un menhir sur les premiers contreforts du Liban à la hauteur et à l'orient d"Adloùn : un grand bloc en « forme de menhir ou de pilier carré, légèrement aminci à son sommet. 11 mesure 5'", 40 de haut sur 85 centimètres de large à sa base » ; les faces sont « assez, grossièrement taillées» ; on l'appelle "Amond Chelba'^an [Description géographique...; Galilée, II, 530). On pouvait, il est vrai, considérer ce monument comme hors du territoire strictement palestinien. Il n'en va pas de même du dolmen signalé en Judée par M. L. Oliphant, QS., 1885, p. 181. Au sujet d'une « pierre druidique » que M. Schick pensait avoir découverte naguère dans une fouille aux Seba^a Roudjoum, près Jérusalem, il serait fort à désirerqu'on fût renseigné par la publication des croquis annoncés dans la description {QS., 1890, p. 22 s.) et demeurés apparemment inédits. Cette pierre a produit à M. Schick l'jmpression d'un « Canaanitic altar of ofl'erings ». Un dolmen a été découvert et décrit par M. Macalister aux environs de T. Sandahannah (Bliss-Macalister, Excavations..., p. 192, fig. 64) ; un autre enfin a été trouvé par le P. Jaussen non loin de Béthanie {RB., 1901, p. 279 ss. [(ig. 287]). D'autres types— tels que le tritithon d'el-DJib [RB., l. c.) et celui que le P. Germer-Durand a signalé, je crois, quelque part déjà, engagé dans un mur de pierres sèches bordant le chemin de Jérusalem à Sainte-Croix — peuvent n'être que des agencements naturels. Aux monuments signalés par le Survey dans le nord de la Palestine il faut ajouter maintenant les vestiges d'un « cercle de pierres » et les « menhirs » signalés aux abords de Ta'annak par M. Sellin, Tell Ta'annek..., p. 11 et fig. 3, pour le cercle, et les plans pour les menhirs. Tout récemment enfin M. Blanckenhorn a signalé sans les décrire « deux vrais menhirs, sur la route de Jérusalem à Engaddi au sud-est de Téqo^a » (Zeitschr. fur Ethnol..., 1905, p. 467) et le P. Savignac a relevé un dolmen près de Rentis. (1) En particulier les missions de M. et M'"" Chantre et de MM. J. et H. de Morgan.
NOTIONS GÉOLOGIQUES Eï ARCHÉOLOGIE PRÉHISTORIQUE.
sion pluviale a du être à l'origine une réelle fosse murée, du type exact des sépultures de ïou. Nisrîn, près de Feirân au Sinaï, à rapprocher de leur côté des cistes de la Perse ou des pays Scandinaves par exemple. Mais de tels groupements seront la tâche des maîtres quand la documentation paleslinienne plus ample aura été publiée. Sans y insister donc, il faut du moins rappeler à nos lecteurs sous quel point de vue sont aujourd'hui envisagés les monuments mégalithiques, avec application exclusive à ceux de la contrée qui nous occupe.
Il est d'abord des théories radicales, qui ont pour tous les méga-
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rUn de la. Couverture .
Tombe à caisson aux environs de Bétliel. D'après RB., avril 1901.
lithes une explication uniforme : religieuse, funéraire, commémorative ou utilitaire en un sens quelconque. L'utilitarisme peut être écarté sans autre discussion. Le simple point de vue commémoratif, qui donne assez raison de chaque monument isolé, explique mal leur diversité, plus mal encore leur situation ordinaire et leur groupement. Keligion et sépulture demeurent seules en cause, avec des partisans également convaincus, semble-l-il, quoique tous ne paraissent pas appuyer leur conviction sur des informations aussi étendues, ni au même degré précises. La première hypothèse fait de tout dolmen un autel, de tout menhir une idole ou une représentation syndjolique bien ou mal déterminée ; elle met les cercles de pierres ou les cairns en relation avec la mythologie ou un culte sidéral. Dans la seconde, tout devient réceptacle
de cadavres ou d'ossements, à tout le moins en signale le voisinage. On n'a guère moins spéculé sur les rites religieux ou funéraires, sur l'époque et sur la race que ces monuments pourraient révéler.
Eu réalité le problème ne saurait comporter aucune solution simple ni absolue^ du moins avec les données actuelles, pour vastes qu'elles soient déjà. Entre uu dolmen et une pierre levée, très petite ou très grande, entre un monceau de galets mêlés à de la terre (1) et un cercle de pierres, la diversité est trop grande pour que la destination ait dii être de toute nécessité identique. Par ailleurs le principe de telles structures parait trop élémentaire pour impliquer de toute rigueur unité de race ou unité d'influence. Afin de sortir de ces généralités, rappelons d'abord la situation générale des monuments mégalithiques palestiniens (cf. fîg. 277). Rarement isolés, ils s'entassent d'ordinaire par groupes quelquefois immenses en des sites toujours bien exposés, ou remarquables par un horizon grandiose à proximité de belles eaux et de terrains sinon toujours très propres à la culture, généralement riches en pâturages. C'est par centaines qu'on les peut compter en Moabitide, sur les pentes du Ouâleh ou du Zerqà, aux flancs du Nébo, aux abords des sources et le long de l'on. Ilesbân. Ils ne sont pas moins denses sur les rives des ruisseaux qui donnent naissance au Jaboq dans la région d"Ammân, et ils le deviennent beaucoup plus encore dans les hautes vallées et les plateaux du Dj. 'Adjloùn et du Djôlân. Les dolmens isolés du Chérà, près de Chôbak ou de Gharandel, sont en un cadre imposant, celui de Chôbak surtout, par la solitude même de la steppe; et si ce dernier n'eut apparemment jamais beaucoup de voisins, puisqu'il fallait transporter de loin les gros blocs dont la région est tout à fait dépourvue, rien ne prouve qu'autour du grand dolmen incomplètement détruit près de Gharandel ne se dressèrent pointjadis d'autres dolmens moins bien défendus par le hasard ou par leurs plus petites proportions contre le vandalisme destructeur. Il y aura lieu de revenir tout à l'heure, en quelques mois, sur cette destruction des mégalithes. Ceux que l'on connaissait d'assez vieille date en Cisjordane ne sont pas moins avantageusement placés, aux sources du Jourdain, sur les pentes majestueuses du Dj. Djermaq en Haute-Galilée, aux flancs du mont Gelboé en face de la plaine d'Esdrelon. En Judée, les sites sont moins remarquables peut-être, quoique tous les monuments déjà signalés aient quelque relation avec de très primitives agglomérations, avec des régions de pâturage, sur le meilleur versant d'un coteau, à proximité de quelque source, ou au bord d'un ravin que chaque hiver transforme
(tj Constituant ce qui est désigné en archéologie sous le nom de (jalgal.
NOTIONS GÉOLOGIQUES ET ARCHÉOLOGIE PRÉHISTORIQUE. 4la
pour un peu de temps en ruisseau. Une telle répartition ne saurait être le fait du hasard et on ne lui trouve pas de raison matérielle comme la présence de certains éléments de construction par exeni-^ pie (1). Elle est donc le résultat d'un choix; et, pour le dire tout de suite, le mobile de ce choix paraîtra difficilement religieux; aucun souci de culte d'astres, de montagnes, de sources n'est obvie en face de chaque groupe examiné en particulier, sans parler des multiples difficultés qu'entraîne une opinion de ce genre quand il faut rendre compte des détails variables en chaque centre. Si quelque tradition popuhiire un peu concordante ou ferme existait, on y puiserait peutêtre unindice de destination ; mais rien n'est plus flou que la désignation même de ces structures par les populations contemporaines. Quand on les a rattachées aux Yehoud ou aux Beiiê Isruîl dans les milieux influencés par la culture religieuse, aux Djinns, kFiraonn, dans ceux où la pensée native a été moins imprégnée d'éléments étrangers, c'est tout ce qu'on saura dire de leur origine. Le peuple n'est guère moins mal renseigné sur leur nature. Tel nom spécial comme « pierre de la cupule », ^i^^ j^^^. « pierre du sang », ^JJ^j^^et celui beaucoup plus fréquent de « pierre de la femme enceinte », xbUr'^ j^^ (2),
(1) M. le recteur G. Eberhard a proposé récemment une raison de ce genre. A son sens, on aurait érigé les dolmens là où des matériaux, avaient été préparés par la nature; il s'expliquerait ainsi la rareté de ces monuments en Palestine occidentale {Palasfhwjahrbuch..., J, 1905, p. 60). Une connaissance plus étendue de la contrée eût fait constater à M. Eberhard combien précaire estson hypothèse. Nombreuses sont les régions dépourvues de dolmens, où abondent pourtant des matériaux exactement de même nature que ceux du 'Adjloùn ou du Nébo. Les collines rocheuses de Judée ne sont pas moins riches en belles dalles brutes, sur beaucoup de points, que les pentes du Zerqâ ou du Djedeid. A l'inverse, on peut trouver des dolmens loin de belles carrii'res naturelles .• celui de Chàbak en est un exemple topique. M. le prof. Dalman, en une note jointe au mémoire de M. Eberhard (op. /., p. 60, n. 4), exprimait l'avis que ces mégalithes sont « toujours érigés sans aucune taille de la pierre », stets oline Steinhauerarbeit errichtet, ce qui ne serait guère applicable aux dolmens troués à tout le moins, quoi qu'il en soit des autres. On voit combien peu sont opportunes en un tel sujet les formules généralisatrices ou radicales.
(2) Ce dernier nom, déformé quelquefois par ceux qui enregistrent la toponymie contemporaine, est expliqué par un véritable cycle de légendes dont le fonds est le môme et que l'imagination populaire a nuancées selon les tendances spéciales de chaque milieu. Ici c'est une femme enceinte pétrifiée en des circonstances diverses au moment où elle allait enfanter; là une fille-mère maudite, ailleurs une femme proche de la maternité et astreinte à d'excessives corvées où elle trouve la mort. Parfois, dans les milieux plus contaminés d'idées étrangères, la pierre est distinguée de la femme enceinte, celle-ci portait ou traînait le bloc pour des motifs variables. 11 est même tel menu détail de légende entendu à propos de l'iladjàr el- Hâblah voisine de Meir omen Haute-Galilée, qui laisserait supposer, parmi la population féminine native, quelque croyance au bon oHice que peut rendre la grosse pierre conçue comme un réservoir d'enfants. Pour intéressant qu'il soit, ce folk-lore est spécialement ardu à recueillir et il n'est pas rare qu'une môme pierre de ce genre soit l'objet de plusieurs versions d'une même légende, nuancée à l'usage du conteur et de l'auditeur suivant la condition extérieure de chacun.
OU des légendes de combattants figés, de noces soudainement pétriQées, de jeunes filles métamorphosées eu menhirs, ou absorbées de manière ou d'autre par des inégalitlies, afin d'échapper à une brutale poursuite, ne sont manifestement pas des traditious objectives, mais l'adaptation du cycle national de très vieilles légendes aux monuments d'une race antérieure qui frappent par leur singularité et dont le mystère est à
peu près ignoré (1). Cette préoccupation d'expliquer par les concepts familiers à un peuple les monuments d'une autre civilisation est du reste un trait d'autant plus digne d'être noté qu'on le peut constater à de fort ^^ ^ lointaines époques en Canaan, on va
fHi|M — "^ >«....||B^H| |ç YQJp Jjientôt. Certains usages popu-
^^H ,^ W^^^^k laires observés dans les milieux les ^^B ^HHHj plus indemnes de mutations ethnogra- ^Hj^^^K^ ^K^n| pbiques peuvent être d'un plus grand ^^^B^^ 9^^H secours à qui veut s'éclairer sur la ^ ^^m nature des mégalithes. C'est ainsi que i^BBfaiiiiiuiiiiMiii [iwiin iiiiiii iiJil la pratique fréquente encore, chez les
^ig. 289. — Tombe moderne d'un santon bédouin aux environs de Màdabâ. Caveau surmonté des stèles rituelles et entouré d'un cercle de pierres. Symboles d e sacrifice sur le devant ; petite ouverture sur le côté.
Arabes du Belqâ en particulier, d'ériger autour d'une tombe vénérée un cercle de petites pierres ayant pour entrée une manière de dolmen en réduction qui fera office d'autel à immolation le cas échéant, paraît fort suggestive pour expliquer les grands cercles antiques. Les maisonnettes en blocage que les Bédouins sinaïtiques construisent pour leurs morts, dans la région de Cadès spécialement, — beaucoup mieux encore que la tombe plus soignée
(1) 11 en est aux abords même de Jérusalem un exemple saisissant. A quelque deux cents mètres au nord-ouest de ce qu'on nomme le Tombeau des Ju^j^es, le long de la vieille voie romaine descendant àl'oi*. Beit JIanina,àii grands blocs d'appareil détachés des bancs de roche etseulement épannelés ont été abandonnés en carrière. Trois sont groupés dans quelques mètres carrés d'espace : deux debout sur un petit côté émergent de plusieurs mètres au-des£us du sol et des pierrailles; le troisième est posé de champ, avec une face presque entièrement dressée. La pointe d'un ciseau de fer est demeurée engagée dans une petite fissure. Les proportions de ces blocs (1"',35 de face x 0"',85 de haut, long, variable] et surtout les rudiments de cadre et de bossage en font l'équivalent exact de beaucoup de blocs faisant belle figure dans les vieux murs de la cité. Le peuple n'en a pas moins donné à ces trois pierres l3 nom de lladjârûl el-Glioulch, et conte à leur sujet une histoire d' esprit endiablé; l'éclat du ciseau de tailleur de pierre prend un rôle curieux de clou planté là par une puissance magique. Aussi de temps à autre les trois cailloux sont-ils haussés à la dignité de menhirs et un bloc voisin muni d'un bossage très saillant (0'",08 dans un encadrement de 0,10) devient Vautel de ce pseudo-sanctuaire.
NOTIONS GÉOLOr.lQLES Eï ARGHÉOLOCIE PRÉHISTORIQUE. 417
(le quelque santon nomade à travers la Moabitide (%. 289) — , doivent fournir la clef de la plupart des nawàmîs d'antan, érigés avec un peu plus de soin, mais sur un plan presque identique. Elles ont tout l'air d'expliquer aussi de façon satisfaisante mainte structure en pierres brutes relevée à travers le désert judéen. Quant aux dolmens proprement dits, si aucun usage subsistant ne supplée au défaut de tradition pour en dire le caractère, il y a pour l'expliquer certains rapprochements qui ne peuvent être fortuits et surtout les données précises fournies déjà en beaucoup d'endroits par des fouilles. Une première analogie aura été vue par le lecteur entre les nawâmîs ou les cases funéraires et quelques dolmens complets et fermés : ceux-ci sont en effet à première vue l'exécution mégalithique de celles-là. Formes et proportions coïncident parfois et il y a souvent, pour rendre Fanalogie plus saisissante, la porte même des maisonnettes microlithiques percée dans un des blocs du mégalithe. Un autre rapprochement plus ténu, mais non sans valeur à coup sûr, est la présence sinon habituelle, à tout le moins fréquente, de cupules dans le roc au- voisinage immédiat des cases et des dolmens et en relation évidente avec eux. On sait d'ailleurs qu'il n'est pas rare de trouver les cupules sur les dalles du dolmen (1) quand il ne s'en Irouve aucune aux abords. D'autres points de contact entre le dolmen mégalithique et son équivalent en matériaux plus petits seront relevés par les spécialistes.
La plus abondante lumière est venue sans contredit des fouilles. Encore que l'on ne doive pas oublier la possibilité d'utilisation ultérieure, peut-être à date assez récente, de vieux dolmens pour des sépultures, il faudra accepter l'évidence que la plupart de ceux de Canaan ftmillés en ces dernières années couvraient des sépultures, et des explorateurs doctes et informés, comme l'est M. Schumacher par exemple, savent faire la distinction que de droit entre les sépultures primitives demeurées intactes et les remaniements d'une époque quelconque. Aux objections alléguées contre la théorie des dolmenssépultures : exiguïté fréquente de l'espace délimité par les blocs, manque de fermeture en beaucoup de cas (2), impossibilité de pratiquer une fosse dans le sol du dolmen, établi souvent à même la roche nue, etc. (3), il y a toujours une solution raisonnable. L'exiguïté
(1) Généralement sur la dalle supérieure, horizontale ou inclinée: parfois néanmoins sur d'autres blocs du dolmen qui offraient des saillies plus ou moins aptes à la création dès godets apparemment déjà symboliques.
(2) C'est surtout le fait de ce qu'on nomme les demi-dolmens, constitués seulement par trois pierres assemblées en forme d'encadrement de porte et ouverts sur deux faces (lig. 2*J0).
(3) Des objections de ce genre ont été formulées par M. Conder, QS., 1886, p. 8G, à rencontre de la théorie des dolmens funéraires exposée par M. Schimachkr, Across the Jor-
n'est jamais telle <[u'on ne puisse enfermer en ce réduit un squelette contracté; et le fùt-elle, la possibilité demeurerait de quelque inhumation partielle comme il en a été constaté dans les cavernes sépulcrales, d'uQ décliarnement peut-être, ou de simples cénotaphes jouant dans ces nécropoles archaïques le même rôle attribué par quelques
savants aux jarres pleines de sable fin qui voisinent, dans les nécropoles ultérieures, avec les jarres à ossements.
Le défaut de fermeture dans quelques mégalithes n'est pas plus étrange, à tout considérer, que dans les hypogées cananéens. Le cas des demidolmens (cf. fig. 290) s'explique peut-être par tel mode d'ensevelissement qui nous échappe encore, par exemple une inhumation dans quelque vase grossier, ou dans une enveloppe quelconque, auxquels le trilithon servait d'abri tel quel. Dans les vrais dohnens dont un petit côté seulement restait ouvert, la clôture de l'entrée consistait vraisemblablement en menues pierres amoncelées avec de la terre, de façon à ce que la sépulture demeurât plus facile à rouvrir quand la nécessité s'en imposait. L'inconvénient enfin qu'on croit trouver à ce que les cadavres aient dû être parfois posés sur la roche nue, sans fosse, ni inhumation proprement dite, est-il plus grand quand il s'agit de ces caveaux rudimentaires que dans les tombes des villes cananéennes creusées aux flancs du coteau qui portait les habitations? Rien n'empêchait au surplus que de la terre fût entassée sur le cadavre jusqu'à remplir toute la cavité du mégalithe. Le mort était ainsi non moins bien protégé, somme toute, que dans beaucoup des caveaux ultérieurs, au moins jusqu'à ce que le lavage intense des pluies d'hiver ait
Vis. 290.
Demi-dolmen, aux environs du Nébo.
dan, passim. A ces objections M. Schumacher s'est judicieusement borné à répondre par la constatation d'un certain nombre de faits irréductibles à l'hypothèse des dolmens-autels et établissant de façon péremptoire l'existence de sépultures antiques dans quelques-uns de ces monuments. Sur ce même rôle funéraire des mégalithes d'Occident voyez la thèse, un peu trop rigide peut-être, de M. Alexandre Bertband, La Gaule avant les Gaulois, p. 123 ss.
entraîné par les fissures du dolmen et la terre et la cendre du squelette usé par les siècles.
Qu'on veuille bien d'ailleurs ne point perdre de vue qu'il n'est pas question de traiter ici les dolmens comme un groupe unique, localisé dans une même et courte époque et considéré comme l'œuvre exclusive d'un clan fermé à toute influence du dehors, dans la durée entière de son évolution. Us représentent à coup sur les monuments caractéristiques d'un peuple spécial quand ils apparaissent d'abord en Canaan; mais ils évoluent comme ce peuple luimême , suivant la loi universelle.
Il est incontesta-ble qu'il y a progrès entre l'assemblage bien ou
mal équilibré de quelques dalles brutes et les chambres parfois relativement spacieuses formées par des blocs levés, juxtaposés avec soin et supportant en guise de toit une ou plusieurs tables énormes de roc. Le progrès s'accentue avec les doubles dolmens (fig. 291), c'eStà-dire les réduits accouplés couverts par une même dalle. Il atteint son apogée dans les dolmens troués et dans ceux munis d'une porte sur un de leurs petits côtés. Les dolmens troués n'ont pas encore été à proprement parler signalés en Palestine (1), si l'on réserve le terme à ceux où de petites ouvertures pratiquées dans la dalle du fond ne peuvent être considérées comme des portes. Les portes au contraire, ou plus exactement les dalles antérieures percées d'un trou spacieux en manière d'entrée, ne sont point rares. Le type de Tell el-Mataba, dont on aies photographies sous les yeux (fig. 293 s.), en est un bon exemple. Dans les croquis que M. Lartet a publiés des dolmens d' « Ala-Safat », vers le débouché du Jaboq dans le Ghôr, l'ouverture est même munie d'un encadrement ou d'une feuillure, comme si elle eût dû recevoir un vantail de pierre, de métal ou de bois. Il est clair que des travaux de cette nature impliquant une habileté telle quelle dans la taille de
Fiy. :29I. — Doul)Ie dolmen à l'occident d'el-Hosn.
(1) Excepté peut-être près d"Ain Dakar sur la rive gauche du floî/^/^drf; cf. Schumacher, Across tJie Jordan, p. 67.
la pierre, et apparemment aussi la possession d'outils en métal, sont les témoins d'un art plus avancé que les trilitiies bruts. Pourquoi d'ailleurs refuser d'admettre à propos des mégalithes ce que l'on