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Kig. -isyi. — Tell Mataiîa. Vue générale prise de l'orient.
trouve fort naturel dans l'industrie de la pierre pour l'outillage de la vie courante, c'est-à-dire la persistance d'un type bien au delà de Tépoque caractérisée par sa première apparition?
Voici donc à peu près au total l'idée concrète qu'on pourrait au-
Fig. :293. — Dolmen troué de T. Mataba, vu de l'est.
jourd'hui se faire des mégalithes palestiniens. Leur introduction dans le pays semble contemporaine des migrations de peuples qui substituèrent les races dites cananéennes aux aborigènes, entre le xxv^ et le xx'' siècle avant notre ère. Ils marquent la fin de l'âge où
la pierre fournissait exclusivement l'instrumentation indispensable à la vie et rintroduction graduelle du métal. Leur nature était apparemment aussi diverse que leurs formes générales : un menhir ou une rangée de pierres levées étaient, à ce qu'il semble, des monuments commémoratifs de quelque fait important dans la vie individuelle ou celle de la tribu; les cairns ou les tumulus pouvaient jouer un rôle analogue ou servir à des fins plus banales, comme de marquer
Fii^-. -iVi. — Dolmen Iroué de T. Matal)a, vu du sufl.
des limites, ou de couvrir des tombes. En tout cas ce caractère funéraire parait bien acquis pour la grande majorité des dolmens qui forment la plus large série des mégalithes primitifs. A l'examiner d'un peu près, cette sépulture si étrange en apparence qu'est le dolmen entre au contraire d'elle-même dans le principe fondamental de la tombe archaïque, conçue autant que possible à la façon des demeures de vivants. A l'époque reculée où nous reportent les premiers dolmens de Canaan, l'habitation usuelle n'est sans doute plus la caverne troglodytique, mais ce n'est guère encore, pour les races antiques établies sur le sol, que la paillotte ou le gourbis n'offrant pas grande résistance aux multiples causes de destruction. Avec les Cananéens (1) immigrants la vraie maison bâtie va se dresser au soleil, sous la figure d'un cube de maçonnerie en blocage ou en briques. Toutefois
(1) Il faut rappeler encore, ponr éviter tout malentendu, que celle rubrique Cananéens ne spécifie aucune race et qu'elle est appliquée ici en particulier à la désignation de tous les peuples immigrés en Palestine avant les Hébreux et succédant aux races autochtones.
ces installations, dont nous avons cherché phis haut à donner quelque idée, ne se développeront dans le pays qu'après la prise de possession assez complète du sol par les nouveaux arrivants. Au début, sous quelque forme que se soit produit le premier contact avec les peuples de la terre, les Cananéens durent se pourvoir d'abris à la fois hâtifs et résistants. Et quoi de plus obvie, en des contrées où la pierre abonde, que d'entasser des quartiers de roche choisis avec quelque soin pour obtenir des parois droites, un toit généralement incliné pour protéger mieux contre les pluies et une ouverture pour donner accès dans le réduit? Ce que pratiquent partout les pâtres les moins cultivés n'excédait pas à coup sûr le génie cananéen le plus fruste. Pour les morts, on devait avoir souci d'un abri conçu tout à fait de même sorte, mais plus massif et par le fait mieux défendu contre la ruine accidentelle ou la violation. Le dolmen réalisa cet abri.
Il n'est pas jusqu'à la répartition môme de ceux qui subsistent qui n offre un certain intérêt. Abstraction faite des destructions ultérieures, nous voyons les dolmens groupés surtout au long de la grande vallée centrale du Jourdain, d'où ils rayonnent principalement à l'orient par toutes les vallées importantes pour atteindre les plateaux les plus riches en terrains de culture ou en pâturages. La comparaison des diagrammes des monuments mégalithiques et des stations de l'industrie de la pierre est instructive à ce point de vue. Les centres mégalithiques notables ne coïncident guère qu'en un point avec les plus vieilles stations paléolithiques : c'est dans la région de l'Ammonitide et du Belqâ; encore les groupes de dolmens sont-ils établis beaucoup plus au flanc des ravins autour des sources, andis que les gisements primitifs d'outils de silex occupent de préférence le haut plateau. Cette divergence est expliquée sans doute par les conditions physiques tout autres à l'époque des primitives installations humaines et à l'arrivée des premiers Cananéens. Mais nindiquerait-elle point aussi dans quelque mesure la marche de l'immigration cananéenne et les plus vieux établissements de la nouvelle race dans le pays? Depuis les sources du Jourdain, où nous trouvons les dolmens plus septentrionaux de la Palestine, la vallée s'ouvrait comme un chemin large et facile devant les nouveaux venus qu'elle introduisait au cœur du pays en leur assurant au mieux l'eau et la pâture indispensables à leurs troupeaux (1). La contrée orientale
(1) On verra ailleurs que la liadilion biblique paraît s'être quelque peu inspirée de celte localisation, apparemment préférée par les immigrants, pour donner à la nouvelle race le nom générique devenu le sien propre : Cananéens, habitants des lieux plats et des vallées-, Cf. Nombr., 13, 29; Jos., 11, 3 et Juy., 18, 7, 27 s. probablement aussi.
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devait pour les mêmes motifs les altirer beaucoup plus que la haute chaîne des collines occidentales ; aussi est-ce de ce côté surtout que les dolmens jalonnent encore pour nous cette marche env^ahissante, le long du Ghôr et graduellement sur les plateaux du Djôlân, du 'Adjloùn, de Galaad et du Belqà, jusqu'au Chérâ. Les rares dolmens connus à l'ouest du Jourdain sont précisément tous sur le versant oriental de la montagne et de préférence en des sites de pâturages. Une telle explication tendrait à établir que les dolmens furent toujours moins denses à l'occident qu'à l'orient du Jourdain et ainsi disparaîtrait en grande partie une apparente anomalie pour laquelle on n'a pas fourni encore de raison très plausible. On a dit, et non sans de sérieuses vraisemblances il est vrai, pour expliquer la rareté des monuments mégalithiques et spécialement des dolmens en Cisjordane, (£ue leur destruction avait dû être systématique aux temps juifs. La raison vaut, sans être absolue. Pourquoi l'ortliodoxie juive (ju'on suppose si acharnée contre les mégalithes dans les régions cisjordaniennes, eut-elle été si tiède à travers les champs de dolmens laissés intacts en des lieux aussi sacrés dans l'histoire nationale que le Nébo ou les rives du Jaboq? Et puisque en dépit de ce prétendu zèle anti-mégalithique la recherche contemporaine plus patiente et plus soigneuse fait retrouver en Cisjordane de beaux vestiges des monuments proscrits, c'est donc que leur destruction, pour réelle qu'elle ait pu être, fut moins radicale qu'on ne Fa prétendu. Comme d'autre part, on s'en souvient, il n'est guère de raison matérielle satisfaisante à alléguer pour l'érection plus fréquente des dolmens en Moabitide qu'en Judée ou en Samarie, l'idée émise plus haut, donnant de cette répartition un motif en quelque sorte historique, trouvera peut-être quelque crédit.
La marche ultérieure de la migration des patriarches bibliques n'est pas du reste sans apporter quelque confirmation à celle qui vient d'être attribuée aux Cananéens. Venus de Mésopotamie par la même voie que la migration aniique, lorsqu'ils arrivent au débouché de la Cœlésyrie à l'entrée du Ghôr ils trouvent le pays occupé par les Cananéens et vont par étapes parquer leurs troupeaux dans les régions du sud-est et du sud de la Cisjordane, en des situations moins avantageuses que la vallée du Jourdain ou les grasses prairies de l'orient dont ne sera faite que beaucoup plus tard la conquête. De longs siècles écoulés, quand les Hébreux devenus un peuple organisé durant un long stage dans les steppes du Sinai et aux oasis du Négeb, Qedeis, Qeseimeh, Ruheibeh, etc., viennent tenter d'emporter de vive force le pays que les Cananéens ont fait le leur, ils trouvent sur leur
route, par delà le Jourdain, les mégalithes érigés par les Cananéens maudits qu'il s'agissait de déposséder pour les exterminer ensuite. Ce que représentèrent les dolmens par exemple dans la pensée des Israélites d'alors, il faut apparemment s'en faire l'idée par cette histoire de Ualaq et de Balaam si pittoresque dans le récit biblique. Au moment où le prophète mandé par le prince moabite pour jeter un mauvais sort sur Israël doit prendre Toracle divin, à troié reprises il demande qu'on lui érige sept autels de pierre où il offrira des sacrifices préalables. Ces trois groupes d'aulels localisés par le récit à Bâmôth Ba'al, à Sophim sur la crête du Pisgali et au sommet du Pe'or (1) ont bien l'air de coïncider avec les divers centres mégalithiques les plus importants d'el-Mekheyit, du Siâgha et du Nébo, sites qui représentent dans l'ensemble les locahtés bibliques, au témoignage de la géographie la plus accréditée. Que Balaq et Balaam aient ou non bâti vingt et un autels de pierres, c'est affaire aux historiens exégètes de le discuter; il est difficile de ne pas voir, au simple point de vue archéologique, une relation entre les dolmens et ce récit hébraïque, le récit s'inspirant des monuments pour en produire une interprétation et les rattacher par un lien tel quel à un événement de l'histoire nationale. C'est le phénomène fréquent, et que nul ne voudrait plus méconnaître, du monument qui crée la légende, et les vingt et un autels de Balaam seraient aux dolmens du Nébo ce qu'est aujourd'hui dans les milieux arabes le récit du Djinn en prière ou de la femme enceinte pour tels groupes de blocs pouvant de quelque manière exciter la curiosité (2).
On tiendra du reste ({ue sous cette première forme la légende hébraïque n'attribuait pas encore aux dolmens un caractère odieux, puisqu'en fin de compte ces autels étaient érigés pour des sacrifices à lahvé, non à quelqu'une des divinités moabites. Par la suite seulement, et en vertu d'une évolution très normale dans la pensée populaire, ces autels en relation avec des peuples honnis ne pouvaient devenir que des monuments de culte idolàtrique et proscrit. Ceux qui traiteront plus tard de l'archéologie spéciale de la Bible auront à chercher quels rapports peuvent bien avoir les beaux mégalithes
(1) Nombr., 22, 23, surtout 22, 41; 23, 1, 14, 28. Seraient-ce ces passages de la Bible qui auraient inspiré à Renan son hypothèse que le premier autel des Sémites fut un tell de inerran (Mission de Pltvnicle. p. 091 s.)?
(2) 11 est à peine besoin de faire observer qu'en cherchant à démêler dans un trait tout accidentel du récit biblique l'origine de la conception inexacte du dolmen-autel, il n'est pas question de toucher à l'hifitoricité de l'épisode de Balaam, dont l'étude doit ressortir auN biblistes.
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cV 'Amman par exemple avec le fameux lit de fer (?) d'Og roi de Basan, qu'on montrait, parait-il, aux visiteurs de Rabbath Ammon, au temps où fut écrit le Deutéronome (1). Par ailleurs l'étude des mégalithes demeure en somme fort incomplète en Palestine. La série entière n'en est pas encore connue et leur exploration aura besoin d'être poussée plus avant et avec une plus rigoureuse méthode. Alors seulement il deviendra possible peut-être de les classer chi^onologiquement et de formuler à leur sujet des conclusions plus universelles et plus fermes que les aperçus signalés dans ce qui précède.
Si nous sommes encore fort insuffisamment éclairés sur les mégalithes à rattacher aux époques dites préhistoriques, ou aux premiers âges des métaux, les fouilles pratiquées dans les vieilles cités cananéennes ont révélé en maint endroit des monuments de même famille, à n'en pas douter, quoique leur destination générale ait dû être en effet plutôt religieuse que funéraire. Les pierres levées, stèles rudimentaires ou colonnes frustes, enceintes microlithiques, remises à jour presque en chaque ville, ont une évidente connexité avec des pratiques cultuelles. Gratifiées de vocables divers, bétyles, massébôth, etc., on s'est hâté d'y voir de grossiers fétiches quand on n'en faisait pas de très réalistes symboles. Il nous a paru toutefois, à y regarder d'un peu près, que leur vrai caractère fut autre.
Quelque idée d'ailleurs qu'on se fasse au sujet des monuments mégalithiques en général, ce qui en sera retenu ici est d'une part le lien que la tradition biblique elle-même établit entre eux et les peuplades aux noms étranges qui précédèrent l'arrivée des Cananéens sémites; c'est d'autre part la civilisation plus avancée dont ils sont contemporains en Palestine. Si le troglodytisme persiste encore en maint endroit, à en juger par la désignation de Horites (2) que
(1) Dl.,3, 11. M. Conder a tenté quelques rapprochements plus hasardeux pour appuyer sa thèse cares>ée des dolmens qui seraient en général des autels. C'est ainsi qu'il croit voir dans « la porte du ciel » de la vision de Jacob à Béthel {Cen.,, 28, 17) une allusion à un dolmen qui aurait servi d'autel dans le sanctuaire où Jacob était venu passer la nuit {Heth and Moah s, p. 241). L'argument vaudrait tout au plus pour un trilithon ou demi-dolmen; en fait, il a tout l'air de ne valoir rien du tout. La thèse des dolmens-autels ne gagne rien non plus quand on a cité la pierre sur laquelle Saiil offre un sacrifice (l Sam., 14, 33 ss.). Valable préparée pour un (Uicl quelconque {Is., 65, 11) ou les autels idolAlriques de Canaan qui ressemblent à des tas de pierres parmi les sillons des champs (0.?., 12, 12); cf. Condek, op. L, p. 241. Tous ces passages et les autres analogues faciles à trouver s'expliquent mieux par toute autre structure que des dolmens.
(2) Cette relation entre les cavernes fréquentes dans les collines du INégeb et la désignation générique des clans édomites, admise de très vieille date, n'a pas l'agrément de M. Hommel, (|ui rattache au contraire les Horites au Ghôr (?) ; cf. Grundriss der Geogi\ und (icsch. d. ait. Orients, p. 165 s.
la Bible applique à des clans très anciens, les agglomérations se développent, (iézcr et Megiddo, sans parler de sites non moins célèbres, Hébron, Gaza, Kdréi en Balance, où n'ont pas encore été pratiquées des fouilles, ont déjà leur valeur, quelque peu conventionnelle on s'en souvient, de villes. Des tribus sont constituées, qui se nomment, ainsi que nous le verrons plus loin, par des désignations théoriques dont le contrôle nous échappe, Réphaïm, 'Anaqim, Eimim, etc. Elles sont groupées autour d'un centre principal d'où l'invasion ultérieure ne les déracinera pas sans eiïbrt. Au sein de ces tribus la culture parait atteindre le plus haut développement possible sans le secours des métaux. Leur outillage de pierre, leur vaisselle de terre cuite ou séchée, commode et solide déjà si elle n'est pas encore bien artistique, mettront longtemps à disparaître pour faire place libre à la céramique et à l'ensemble de l'industrie des Sémites. Encore demeure-t-il même impossible de dire dans quelle mesure précise la civilisation des nouveaux envahisseurs est imprégnée d'éléments empruntés à la civilisation des vaincus, lorsqu'elle parvient tardivement à la supplanter. Dès le milieu du troisième millénaire apparemment se produit en Syrie la première immigration sémitique, celle qui amène les Phéniciens au rivage de la Méditerranée, et pousse les clans Cananéens dans la contrée où va se terminer enfin leur marche errante, où leur nom va se fixer au sol jusqu'alors anonyme pour nous. Ici finit, à proprement parler, l'archéologie préhistorique de la contrée, entre 3000 et 2500 avant notre ère. L'archéologie, disons même déjà l'histoire, de Canaan s'inaugure avec l'âge du bronze et des métaux précieux.