‹ Canaan; d'après l'exploration récenteChapitre 9 sur 37 · II. — FORTIFICATION ET STRUCTURE · texte numérisé non relu

II. — FORTIFICATION ET STRUCTURE

§ 1. Les malériaiix. Les remparts.

Ainsi campée, la cité cananéenne ajoutait à sa sécurité naturelle la protection d'un rempart. Ces travaux de défense, partout contemporains des premières habitations, se développaient avec la ville. Restreints à l'origine à l'escarpement le plus étroit sur la crête du coteau, ils descendaieat peu à peu sur les pentes, à mesure qu'une circonstance quelconque, donnant à la ville une extension nouvelle, obligeait de. reculer la ligne d'enceinte, quitte à compléter alors par des travaux plus considérables ce que le mur perdait de puissance à déserter le sommet du Tell pour s'accrocher à ses rampes.

La nature de ces enceintes varie naturellement avec les époques, avec les lieux aussi, par la nécessité obvie de construire avec les matériaux qu'on a sous la main. En montagne et sur quelques points dans la plaine abondent les couches plus ou moins épaisses de roche calcaire, et il n'est besoin d'aucun effort trop grand pour y tailler des blocs d'appareil. A la condition toutefois de posséder un outillage approprié à ce travail, ce qui ne parait pas avoir été le fait non seulement des aborigènes sur le sol palestinien, mais des Cananéens envahisseurs. Aussi les remparts les plus archaïques révélés par les fouilles offrent-ils tous celte particularité d'avoir pu être construits sans le secours d'aucun outil en métal. C'est une simple butte de terre battue, comme autour de la colline de Tell el-IIésy, de l'acropole de Tell Zakariyâ, ou de la ville entière de Gézer (1). La butte était protégée quelquefois par un glacis en galets ramassés dans le torrent

popée homérique et d'heureuses découvertes contemporaines nous ont fait connaître. La visite d'Argos nous avait déjà frappés par le contraste de sa petite acropole primitive — dont les vestiges indubitables sortent du sol grâce aux soins de l'École française — , avec la niasse géante de l'acropole postérieure de Larissa. De là nous devions visiter Mycènes, la capitale célèbre d'Agamemnon. Or tandis que nous traversions, à l'allure nonchalante de deux chevaux défraîchis, la plaine de l'Argolide, nos regards cherchaient vainement sur chaque éminence et sur les moindres soulèvements du terrain à discerner les redoutables murailles du repaire des Atrides. Comme nous arrivions tout à l'extrémité de la plaine, Mycènes fut signalée sur notre droite, sans relief imposant, presque dissimulée dans une crevasse du mont Saint-Élie, dont les deux pics paraissaient l'écraser. Il fallut tout le temps d'escalader le monticule, de constater la source bienfaisante, presque à hauteur de l'acropole, de suivre les sinuosités du ravin étroit qui la détache en partie de la montagne, pour comprendre le dessein des ingénieurs antiques si propre à déconcerter nos modernes concepts de forteresse. (1) Bliss, a Mound..., p. 18; Bliss et Magalister, Excavations..., p. 15; Macalisïer, QS., 1903, p. 113 et 214; 1904, p. 110 ss., 200.

Kig. G.

- GÉZKH. Le rempart de terre avec glacis caillouté 'après M.vcALisTKii, QS., oct. iy03,'ipl. Il, i.

voisin, ou un double parement, intérieur et extérieur, fait avec des cailloux (1). Cette fortification « maigre et inadéquate »

suivant le mot expressif de M. Macalister, n'iuiplique pas un talent très développé chez les ingénieurs de l'époque néolithique. Elle suffisait toutefois , avant l'invasion ' étrangère , à protéger les agglomérations primitives, soucieuses de se préserver plutôt de Tatteinte des fauves que des attaques d'un clan voisin. L'armement était d'ailleurs partout également sommaire, n'exigeant pas de moyens de défense bien compliqués. M. Macalister estime que cette fortification peut dater, à Gézer, de 4000 environ avant notre ère (2). C'est déjà le fait d'un art en progrès que de pétrir l'argile en larges briques séchées au soleil et d'y mêler de la paille hachée pour en augmenter la consistance, ainsi qu'on l'a pratiqué pour un rempart de Lâchis, vers le xv^ui* siècle avant notre ère (3). Où se rencontre la pierre, elle a été utilisée de préférence, tantôt sous forme de roches erratiques recueilliestelles quelles sur le sol, tantôt sous forme de quartiers bruts, détachés par quelque procédé simpliste d'un banc rocheux assez friable, ou désagrégés par l'érosion irrégulière de couches différentes. Ces blocs ne portent jamais

7. — Un coin du rempart cyclopéen d'Irbid. D'après Tiuersch et Hop:i.scuer, Reise..., fig. 14.

(1) A Tell es-Sâfy par exemple, Buss-Mac4ijsti:u, Excavations..., p. 30, et à Gézer, Ma- CAUSTKR, Quart. St., l.L; cf. p. IIG, pi. Il, n" 1, d'où est Urée la fig. 6.

(!>) Quart. St., 1905, p. 29. Cf. sur l'absence de remparts dans les premières installations de la Grèce archaïque les remarques de Thucydide, I, 2 et G.

(3) Bliss, a Mound..., o 22 et 44; cf. FI. Pëtkik, Tell et Hesij..., p. 21.

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trace de taille ; ils n'ont même pas été épaimelés. Le constructeur primitif s'est JDorné à les empiler au hasard de leurs arêtes naturelles, comblant avec de menus cailloux les vides trop considérables, superposant un grand bloc à des pierres beaucoup plus petites, sans préoccupation d'alignement d'assises. Ce procédé, communément appelé cyclopéen, quoique sans impliquer le mégalithisme constant, voire môme sans l'impliquer du tout, a été employé spécialement à Ta'annak autour du plateau central et à Gézer (1). De bonne heure pourtant l'ouvrier a su pratiquer dans les quartiers de roche réunis sous sa maiu la sélection élémentaire qui permettait de donner plus de cohésion à l'édifice en superposant des blocs dont les faces s'adaptaient mieux les unes aux autres. De là à faire usage d'une masse de silex seulement ou d'un outil en bronze pour abattre un angle, régulariser une arête ou dresser sommairement une paroi, la distance n'était pas grande. On aboutissait à l'appareil déjà réel, avec des assises pas toujours fort symétriques ni très réglées, plus stable néanmoins et flattant mieux la vue que le procédé ajclopéen. Sellin l'a découvert à Ta'annak (2) en des édifices datés du xvi% au plus tard du xv^ siècle avant notre ère, mais dont l'origine peut remonter beaucoup plus haut. Bliss et Macalister le signalent à Tell Zakariyâ (3) et il a été employé à Gézer et à Megiddo, autant qu'on peut s'en rendre compte par les indications déjà fournies. Il ne paraît s'être rencontré jusqu'ici qu'à Ta'annak ('i-) quelque indice très vague de cet appareil en apparence aussi primitif que le cyclopéen, mais en réalité d'un art beaucoup plus perfectionné : l'appareil à\i polygonal, dont l'emploi suppose la taille des blocs assez complète pour que les faces puissent être juxtaposées directement et sans déhiscence de joints. Par contre il s'est trouvé à Megiddo, dans les plus anciens strates, de remarquables spécimens de cet appareil que les archéologues allemands nomment

(1) Sei.mn, op. L, p. 20 et fig. 14. Il a èlo constaté en maint endroit à la surface actuelle du sol palestinien. Récemment il était signalé par un exemple très caractéristique en Transjordane, aux environs d'/r/nr/(voy.THiKi«scn etHoELScuKRjiîeùe durcli.. . Palùsthia ; Mil. deut. Orient. Gescll., sept. 1904, p. 30 et fig. 14 d'où est prise notre fig. 7), qui s'ajoute à l'exemple bien connu delà muraille la plus ancienne, à Tell cl-^Asary, dont M. G. A. Smith publiait naguère une photographie, QS., 1901, p. 357. A Gézer (Macalister, Quart. St., 1902, p. 319) et à Megiddo (Schumacher, MuNDPVereins, 1905, p. 7), on a employé dans la construction cyclopéenne un mortier de boue. Cf., sur cet emploi de l'argile délayée, plutôt que du bitume en ébullition(f;«n.,ll, 3), ou de la chaux déjà connue et employée pure ou mêlée à de la cendre, Peruot et Chipiez, Hist..., II, 156 s., pour de très vieux édifices chaldéens, et VI, 481, dans les constructions grecques archaïïiues de Tirynthe et de Mycènes. Dokrpfeld, Troja und Ilion, I, 30, 47, atteste la même pratique pour les murs de Troie entre 3000 ellSOO av. J.-C.

(2) Voir Tell Ta^annek..., p. 43 ss,, plan III et fig. 49.

(3) Excavations..., pi. 5; cf. le croquis de /?/i., 1899, |). 447.

(4) Sellin, op. L, p. 47, sans documentation graphique.

Fig. 8.

Briques estampillées. D'après Sf.i.un, Tell Ta'annek..., fig. 19.

ouvriers expérimentés pouvaient mouler avec une rapidité extrême et en quantité considérable de larges carreaux rendus suffisamment consistants par l'action du soleil ou par une cuisson sommaire. Leurs dimensions varient non seulement d'une ville à l'autre, mais dans le même site, parfois dans la même construction (2). Une empreinte énergique dans l'argile marquait assez souvent les carreaux à l'estampille rudimentaire d'un atelier, d'un simple ouvrier peut-être (cf.

fig. 8). Les briques employées crues et disposées parfois sans ordre apparent se solidifiaient

appareil réticulé^ et que nous préférerions dire à épi, ou en feuille de fougère (1).

A côté de la construction de pierre, quand il s'agissait d'ériger un cube de maçonnerie particulièrement volumineux, on recourait volontiers à la brique, même au voisinage d'excellentes carrières de roches diverses.

Dans l'argile, plus facile à manier que la pierre^ des

Fig. 9. — Megiddo. Rempart en briques.

D'après Schumacher, MuN..., 1905, p. 20.

(1) Cf. Mitth. DPV., 1905, p. 7-9, fig. 4, p. 19. M. Schumacher adopte le terme de « Netzmauerwerk, opus reticulatum », en se référant à un appareil similaire dans la seconde cité troyennede 2500 à 2000 av. J.-C, dans Doerpfeld, Troja und Ilion, p. 47. L'appareil réticulé désigne au contraire une construction où les blocs, taillés en losange, forment, par des joints plus ou moins larges, une manière de damier. Cf. pour des définitions précises de tous ces termes techniques et des exemples graphiques, l'art. Munis de Cagnat, dans le Diction. de Daremberg et Saglio.

(2) Dans un strate fort archaïque de Ta*annak, on a des briques crues et cuites, rectangulaires, de 0'°,48 X O^Si X0™,l.i, et carrées de 0'",36 x O^SSO X ..?(Skllin, Tell ra'annek...,

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:n CANAAN.

(Ml un niassir compact, dont l'épaisseur constituait la force; et s'il fallait obtenir une résistance plus grande, rien n'était plus obvie que d'envelopper ce noyau très dense d'une cuirasse en briques cuites ou simplement mieux pétries, plus sècbes et appareillées jivec plus de soin; ainsi dans le mur arcbaïque de Megiddo (fîg. 9) (1). Ailleurs, comme à Telles-Sàfy, la pierre et la brique s'amalgament dans les mêmes édifices,

ou se juxtaposent en des constructions toutes voisines (2).

Enfin la brique peut servir de revêtement appareillé à un libage de moellons noyés dans de l'argile délayée ou mêlés à des briques crues : c'est apparemment le fait des deux saillants qui protègent, à Gézer, l'entrée méridionale dans le mur antérieur au xv'^ siècle (3). On savait aussi, le cas échéant, compléter la défense du mur de briques au moyen d'un parement en pierres, ou en couvrant le pied d'un large talus en terre pilonnée (V).

lit;. H. — Megiddo. Appareil à épi.

D'après Scm-MACiiER, MuNDPV., iOOo, p. 8.

p. 25). Un peu plus lard, au même lieu, ces briques carrées, épaisses alors de 0"\12, se retrouvent à côté de grandes briques de 0'",5i X 0'",'iO x 0'",12 (?) {op. L, p. 44). A Megiddo, briques crues de 0'",48 x 0"',315 x 0'",125 ; ou 0"',49 x 0'", 33 X 0"^,13 (MuNDPV., 1904, p. 09). A Gézer, briques sèches de 0™,394 x 0'",394 x 0'",178 (QS., 1902, p. 319) et briques crues ou cuites de dimensions assez variables, dont le mémoire final fournira tout le détail. A Làchis, une môme maison d'époque juive a de grandes briques de 0"\51 x 0"',267 X O^.IGS et de « plus petites » dont les mesures ne sont pas publiées (Bliss, A Mound..., p. 112). On ne trouve guère, à travers les comptes rendus périodiques, des indications plus précises, et il faut pour le moment s'en tenir à l'observation de Bliss (op. /., p. 127), fondée sur de multiples expériences à Làchis, qu'il n'y avait pas d'étalon fixe pour le moulage des briques aux diverses périodes. Cf. dans FI. Pétrie, Tell el Hesy..., p. 35, une constatation analogue. Même variabilité dans les constructions en briques à Sendjirli (Koldewey, Ansgrab..., p. 105). Il n'y a pas non plus grand'chose à déduire des signes empreints sur les briques, aussi longtemps qu'on n'aura pas procédé avec la rigueur nécessaire à leur classement chronologique et relevé ces signes eux-mêmes avec plus de méthode. Quelques-uns de ces signes ont été groupés dans la fig. 10.

(1) MiWicil. und Nachr.DPVereins, 1905, p. 20.

(2) Bi.iss, A Mound..., p. 65 et p. 46.

(3) Quart. Statem., 190i, p. 206; cf. infra.

(4) Ainsi a-t-on couvert, à Tell el-Hésy, la base du rempart avec de «grandes pierres brutes »,

LES VILLES CANANEENNES.

Un emploi de la brique sèche plus sensible au premier aspect a été révélé par quelques détails, trop parcimonieux jusqu'ici, sur les trouvailles de Tell el-MoUtesellim. Moulée semble-t-il en grand format, elle a servi à bâtir le socle même de la muraille, tout au moins à couvrir une partie inférieure du glacis que couronne un mur archaïque en appareil à épi (1).

D'ordinaire toutefois c'est le procédé inverse qu'on avait soin de mettre en œuvre. Aussi bien était-ce avant tout contre l'humidité du

Fig. 1-2. — Megiddo. Construction en briques sur un soubassement de pierres. D'après SciiiMAcnER,

MnNDPV., 1904, p. 71.

sol qu'il importait de protéger ces lourdes structures de brique, sous peine de les voir s'effondrer, écrasées par leur propre masse, au lendemain de quelque pluie trop prolongée qui avait exagéré démesurément leur poids et diminué la consistance du sol où elles s'appuyaient. On a donc pourvu en général à leur solidité parfois en cherchant à prémunir leurs parois contre l'infiltration au moyen

liLiss, A Mound..., p. 29; tandis qu'à Megiddo le très ancien mur de briques avait « un glacis fait avec de la glaise », MuNDPV., 1905, p. 19. Sur les procédés analogues usités àSendjIrli à diverses époques cf. Koldewey, Ausgrabungen..., II, 105 s., fig. 28 (p. 119), etc.

(1) C'est ce qui paraît indiqué assez clairement par quelques rapides observations de M. ScnuMAcuEii, MuN., 1. 1., et par l'examen de la photographie publiée, p. 18, fig. 10. A Lâchis on signale également certaine section de rempart établie on solicl brick {Bu&s, A Mound..., p. 100), mais il ne s'agit que d'un tronçon, peut-être une brèche réparée à la hâte, dans le mur du ixe-viii« siècle. Les briques signalées en soubassement à Ta'annak (Sellin, Tell Ta'an7ieli..., p. 21 et fig. 17) appartiennent à des constructions antérieures enfouies sous une forteresse du x« siècle.

d'enduits (1), mais surtout en les isolant de terre par quelques assises de j)ierre, deux ou trois le plus souvent, formant un socle à ces murailles (fig. 12) (2). Cet usage explique qu'en maint endroit se soient retrouvés dans les fouilles les murs d'un édifice complet conservés à une hauteur uniforme n^excédant pas ces deux ou trois assises de pierre. Il était en effet assez invraisemblable que la ruine accidentelle se fût produite avec cette régularité, ou que dans une destruction systématique on n'eut endommagé nulle part ce soubassement. La diversité des matériaux rend le phénomène fort simple : tandis que les parties hautes des murailles, faites de briques ou de torchis, une fois ruinées, se sont désagrégées en entier, la base plus résistante subsistait ensevelie dans leur poussière.

A cette poussière beaucoup de cendre est souvent mêlée, indiquant le rôle important du bois dans cette architecture primitive, si le terme n'est pas trop relevé pour de telles constructions. On supposait volontiers que les plafonds avaient dû être de bois recouvert de terre battue. Mais les solives assemblées pour former les toits eussentelles fourni à elles seules l'aliment suffisant pour l'incendie violent qui a sévi en maint endroit, au point de créer d'épais lits de cendre? D'ailleurs les traces d'un feu intense peuvent coïncider avec celles de véritables voûtes en briques (3). D'autres indices encore permettaient d'inférer que le bois n'était pas employé seulement dans les combles, et qu'à l'instar des architectes syriens qui bâtissaient, vers le ix' ou le vin*' siècle, les palais de Sendjirli en mêlant beaucoup de bois à leurs matériaux.

Fig. 13. — Ta'annak. Voûte en briques.

D'après Selijn, Tell Ta'an., p. 2G, fig. 2(

(1) De grossiers crépissages ont été signalés à Tell el-IIésy (Buss, A Mound..., p. 127), à Tell es-Sâfy (Bliss et Macalister, Excavations..., p. 30) et à Megiddo {MuJSDPVereins, 1904, p. 45) sur les murailles en briques.

(2) Cf. àLâchis, Bliss, A Mound... ,i>. 100, 125; à Tell es-Sàfy, Buss et Macalister, Excavations..., p. 30; à Gézer, Q.S., 1902, p. 319; à Megiddo, MulV..., 1904, p. 69 s. ; à Ta'annak, Sellin, Tell Ta'anne/{...,i). 48.

(3) Cf. les indications, pas très précises, de M. Sellin, Tell Ta^anneh..., p. 25 s.

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ceux de Canaan avaient pu en agir de même à une époque bien antérieure. Il devenait plus facile de s'expliquer la destruction si radicale des murs au-dessus des socles en pierre et l'abondance de cendre et de débris de charbon dans les ruines, en supposant parmi les assises de briques des pièces de bois destinées à supporter les revêtements de métal ou de stuc et à lier la construction. Rongé par le feu, ce chaînage devait entraîner la ruine des murs quand l'incendie avait créé ainsi de longues brèches dans l'appareil (1).

(1) Le procédé a été constaté à Seiidjirli, sinon grâce à des débris de bois encore en place, du moins par les rainures larges et profondes, créées dans les murs par l'incendie ou la décomposition des poutres (cf. K. Koldewey, Ausgrahungenin Sendschirli, II, p. 104 s. et pour la disposition, p. 116, pL XII, surtout pi. XXXI en haut — Mitlheiluncjen des musées royaux de Berlin, section orientale, fasc. XII). — Il était en usage à Troie bien des siècles auparavant, dans la deuxième ville, de 2500 à 2000. Si les travaux de Schliemann n'avaient pu lever tous les doutes à cet égard, l'exploration fondamentale de Doerpfeld n'en permet plus (cf. Troja und IHon, p. 40, 87, etc., surtout les ligures 24, 26-29). D'autre part, l'exploration parallèle des villes grecques révélait partout le même usage, aussi bien dans les murs en pierre de Théra préhistorique, aujourd'hui Santorin (cf. Pekrot et Chipiez, HiHt., t. VI, 150 s.), ou autour des socles de pierre à ïirynthe {ibid., p. 285 s.), que dans les murailles de briques, à Tirynthe comme à Mycènes (ibid., p. 294 s., 4"8 ss.; cf. probablement aussi les édifices de Boghaz-Keui enPléne, Peurot et Chipiez, op. L, t. IV, 610; d'autres exemples tofiiques dans le Bapport sur les fouilles de M. Schliemann, à Hissarlik, par l'ingénieur français, M. Babin, Mémoires présentés... à l'Acad. des Inscr. et Belles-Lettres, V° série, t. X, 1893, r* partie, p. 327 ss. et la planche). Aussi piut-on considérer le procédé comme établi, malgré ce qu'il avait de manifestement défectueux, malgré aussi les rares objections qu'il provoque de temps à autre encore. La plus récente opposition est celle de M. Th. Friedrich, Die Ausgrabungen von Sendschirli und das bit hillâni, dans les Beilrûge zur Assyriologie, IV, 1902, p. 227 ss. A son sens, les canaux qui sillonnent les murs de briques n'ont jamais logé des pièces de bois; on les pratiquait pour l'aération des masses argileuses et l'égouttage permanent de l'eau infiltrée dans ces murs par la rosée et les pluies. Il réduit le rôle du bois aux supports de la toiture, dont il imagine un singulier agencement Des poutres verticales appuyées contre les parois les dépassaient en hauteur pour recevoir les salives transversales du toit. On aurait ainsi créé entre le toit et la crête des murs un^oMr plus ou moins considérable. En dépit de l'ingéniosité dont cette théorie fait preuve et des raisons, parfois plausibles en elles-mêmes, dont elle cherche à s'appuyer, il y a lieu de penser qu'elle demeurera une tentative d'interprétation digne de souvenir par son originalité seule. Eût-on ouvert ces canaux d'aération et d'égouttage en des murs de pierre? D'ailleurs, cet emploi du chaînage en bois pour lier un mur et égaliser la pression, pratiqué dans la Syrie moderne, l'était aussi à l'époque byzantine; nous en avons relevé des traces manifestes à Sba'ila et à 'Abdeh (RE., 1904, p. 416); il semble bien avoir été visé par saint Jérôme interprétant D''S3 d'Habac.,2, Il : lignum quod ad continendos parietes in medio structurée ponilur vulgo ([xocvtoxtiç, ce qu'on interprétera peut-être au sens de tenons de bois ou d'ancre* reliant des blocs d'appareil selon une recommandation classique des auteurs de traités d'architecture, mais qui paraît mieux répondre aux longrines couchées dans les murailles de la citadelle d 'Abdeh ou des églises du Négeb. Quand M. Friedrich invoque l'analogie de trous percés dans les parois du modèle de temple phénicien bien connu (PERiiOTCt Chipiez, ^is^., III, 277, fig. 208), il oublie que la construction de briques n'était pas usitée en Phénicie (cf. Perrot et Chipiez, op. L, p. lio), que les trous en question sont tous ronds et situés plutôt dans le haut des parois, jusque sous la corniche, et qu'il n'y en a plus au centre et vers le bas, où ils seraient attendus dans l'interprétation proposée. De vouloir enfin faire passer ce soi-disant

Ce que les travaux de Tell el-llésy ou de Ta'annak laissaient seulement soupçonner est devenu réalité palpable à Tell el-Moutcsellim. Schumacher a trouvé du bois employé sous forme de plancher et de solivage dans le soubassement même d'une muraille. Sa description provisoire a été malheureusement publiée sans croquis, ni diagramme

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Fig. 14. — Megiddo. Soubassement d'une muraille. D'après un croquis de M. Schumacher.

OU représentation quelconque. Il eût donc été difficile de s'expliquer dans les dernières minuties l'agencement de ces pièces de bois, sans l'obligeance extrême du savant explorateur, qui lui a fait mettre à la disposition de nos lecteurs le croquis très précis qu'ils ont sous les yeux (fig. 1 k) et qui dispense de traduire une description longue et compliquée (1).

usage du pays hétéen en Assyrie (Beitrclge..., l. l, p. 228, 276), c'est oublier le curieux texte d'Hérodote (1, 79) racontant que dans la construction de briques Sià xpt^xovta 56(;,tûv7rXîv6o-j Tapdoùç xaXàjxwv SiaaToiêaCovTs;. Ces claies de roseaux interposées se corrompaient évidemment beaucoup plus vite encore que le bois. Leur emploi est toutefois un fait qu'attestent déjà les vieux textes dits de la Création. Et d'ajouter que de l'Assyrie ledit usage « se serait propagé aussi en Élam » (L L), en appuyant celle assertion sur les premières découvertes architecturales de M. de Morgan à Suse, c'est renverser le rôle des influences entre Syrie et Élam; cf. d'ailleurs Beitrûge..., 1906, p» 410.

(1) MuNDPVereinSi 1904, p. 43. D'aucuns chercheront sans doute à expliquer ce Holzrost interposé entre les décombres nivelés d'une construction plus ancienne et le pied de la muraille — peut-être du x* siècle — comme un plafond ou quelque débris de toiture antique incomplètement anéanti par l'incendie qui dévora le reste de l'édifice. D'autres hypothèses encore s'offrent, qui seront discutées par les spécialistes. Il suffira de noter à l'appui de l'o-

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Est-il besoin d'appeler rattention sur ce que ce rôle du Ijois dans les vieux édifices de Canaan offre d'intérêt pour expliquer certaine structure du Tenaple salomonien? Le passage biblique / Rois, v[, 36 décrivant un parvis comme constitué par trois rangs de pierres de taille et une assise de poutres de cèdre, qui a fait le désespoir des oxégètes et des artistes soucieux de reconstruire le Temple, devient assez intelligible. C'est le socle seulement de la muraille qui est décrit par cet assemblage de pierre et de bois, dont ce n'est pas ici le lieu d'étudier l'agencement.

La muraille d'enceinte était généralement très épaisse; elle n'a pas moins de 4™, 25 à Gézer (1); et si à Tell cl-Ilésy par exemple, où elle a par endroits jusqu'à S'", 20 (2), elle paraissait n'avoir ailleurs que 3 mètres à 3™, 50, une fouille plus profonde a fait constater que c'était seulement la partie haute d'un mur reposant sur un soubassement que couvrait un amas de terre protégé par de grandes pierres brutes disposées en parement extérieur, de sorte que son épaisseur à la base n'était guère inférieure à 5 mètres. On ne se rend pas assez compte, dans la description et le plan (3), si ce soubassement était vertical, c'est-à-dire parallèle au front de la muraille, ou s'il formait glacis en talus. A Gézer, dans un mur du xv° siècle, la base de quelques tours est protégée par un glacis très accentué et de nature identique.

pinion d'un fondement — opinion partagée par M. Schumacher, autant que j'ai su voir, — avec quelle régularité sont disposées ces solives et les planches qui les relient, ici intercalées entre les solives, là formant un plancher au-dessous, avec de la terre battue remplissant les interstices à un niveau régulier. Rien de semblable n'eût été produit dans reflfondrement d'un incendie. Il parait donc manifeste que ce dispositif, ingénieux après tout, malgré son imperfection, représente ce qu'un architecte de Canaan, vers le x" siècle av. J.-C, a su trouver de mieux pour donner une base résistante à sa muraille sans en faire plonger les fondations trop bas dans les décombres amoncelés en cet endroit. L'analogie la plus précise est fournie sur ce point par les fondations des remparts de Sendjirli au xiv" siècle; cL Koldevvey, Ausgrabungen..., II, 108 s., avec des croquis et des photographies. Vers le x'^ siècle aussi, les constructeurs de Lâchis employaient, dans le même but sans doute, du sable fin répandu en mince couche au fond de la tranchée de fondations, procédé signalé également en des édifices du xiv'^-xiu'' siècle dans celte même ville, Bliss, A Mound..., p. 71 s., 77, 92, 125.

(1) Macalister, QS., 1902, p. 320; 1903, p. 114 s., 214 s. Ce mur, décrit d'abord comme une « magnificent », « splendid structure », est présenté après meilleure information (Q.S., 1904, p. 203), comme « une curieuse mosaïque de bonne et de mauvaise maçonnerie ». 11 est daté du xV siècle av. J.-C. {op. Z., 1905, p. 28). Le rempart antérieur qui protégea la ville à une époque où elle occupait seulement la colline orientale du Tell, entre 2900 et 1500, n'a plus qu'une épaisseur maxima de 3"',35; mais il est trop ruiné pour permettre une évaluation exacte. Son exécution, dans l'ensemble, est déclarée supérieure {op. L, 1904, p. 203; cf. 1905, p. 28 S. pour la chronologie des deux remparts).

(2) Bliss, A Mound.,., p. 51 : 17 pieds.

(3) Bliss, A Mound,. .y p. 26, 29 s.

terre et cailloux (1). On se gardera toutefois de confondre ce soubassement en talus ou recouvert d'un glacis en plan incliné, avec le procédé égyptien, qui incline toute la muraille vers l'intérieur, de la

Fig. 15. — GÉZER. Glacis au pied d'un rempart. Pliot. autorisée par 51. Macalister.

hase au faîte, ou qui élève le talus jusqu'à une hauteur trop considérable pour qu'on y voie un socle proprement dit.

A Tell es-Sâfy, autant qu'on ait pu l'évaluer, la hase du rempart n'avait que 3"%66 (2); mais la muraille de Megiddo à l'une des plus anciennes périodes historiques atteint l'épaisseur énorme de 8"°, 60 sur la crèle actuelle et elle paraît hâtie en talus légèrement accentué dans sa partie inférieure, indépendamment du glacis de terre hattue qui en protégeait le pied (3). Le même procédé a été mis en œuvre

(1) QS., 1905, p. 30. Cette disposition d'une base de mur en talus que M. Maspero, Histoire..., II, 130, avait attribuée aux forteresses syriennes d'après un monument de Ramses III bâti sur le modèle d'un tnigdol cananéen, est ainsi justifiée (Z. /.) : ce « soubassement en talus... servait à deux fins : d'abord il augmentait la résistance contre la sape, ensuite les projectiles que les assiégés lançaient du chemin de ronde, ricochant avec violence sur l'inclinaison du plan, tenaient l'ennemi à distance ». Dieulafoy, L'acropole de Suse..., p. 171, qui trouve ce soubassement incliné « si critiquable tant qu'il s'agit de forteresses de pisé », lui reconnaît aussi « de multiples avantages quand il est construit en pierres détaille ». Les « large rough stones » qui, d'après Bliss, formaient le revêlement à Tell el-Ilésy, remplissaient» quoique moins bien, l'office d'un parement appareillé.

(2) Bliss et Macalister, Excavations..., p. 30; l'enceinte est d'assez basse époque.

(3) MuNDPVereins, 1905, p. 19. Ce mur très archaïque {uralt) constitue « la plus ancienne enceinte du Tell », dit M. Schumacher (op. L, 1904, p. 55).

LES VILLES CANANÉENNES.

par ring'énieur qui créa, vers le xix'^-xviif siècle, la première fortification architecturale de Lâcliis. Sur une hauteur de soixante centimètres environ depuis le sol, les assises de briques se superposent en plan incliné sur le front de la muraille (fig. il ab), sans que la description trop sommaire qui en est donnée permette de se rendre compte avec précision du détail de structure (1).

Il n'est question nulle part d'un fossé k l'avant du rempart, et cette apparente lacune a son explication facile en ce fait que toutes les

Fi g. 10.

Gkzeu. Lu saillant du dernier rem|)art. Les débris visibles à gauche appartiennent aux remparts antérieurs. Phot. autorisée par M. Macalister.

villes en question étaient établies sur des tertres artificiels ou des coteaux dont elles couvraient plus ou moins la superficie enlière. L'escarpement des rampes couronnées par le mur rendait superflu l'aménagement d'un fossé. Qu'on ait pourtant pratiqué de vieille date, le cas échéant, ce complément de défense, l'installalion de certaine forteresse à Megiddo en fera tout à l'heure la preuve.

Le tracé de la muraille n'a d'autre principe fondamental que les sinuosités de l'escarpement qu'elle doit couronner. Quand il s'agit de

(1) Bliss, a Mound..., p. 31, 12G. Le plan, p. 2G, n'indique pas ce talus, dont on remarquera d'ailleurs l'élévation très minime (cf. fig. 17). Le rempart de Megiddo demeure donc jusqu'ici l'exemple unique en Canaan d'une muraille talutée sur toute la hauteur actuellement conservée; encore cette hauteur, 2'", 45, ne dépasse-l-elle pas les proportions d'un socle.

couvrir, aux flancs de la colline, des quartiers neufs, elle multiplie les saillants et les angles, évite les dépressions profondes ou la déclivité exagérée et se munit de tours dans les points les plus faibles.

Ces tours, généralement sur plan rectangulaire, multipliées selon l'opportunité, flanquaient le rempart souvent sur ses deux faces, d-ordinaire à l'extérieur seulement. Ce sont des constructions massives, peu saillantes sur les courtines — de0"%92à 3™, 66 à Gézer(fig. 16) — ou de véritables bastions avec chambres intérieures (fig. 17), comme dans l'enceinte de Tell el-Hésy (1). Les portes sont rares, casées au fond

^7.oo

Ht I

Fig. 17. — Laciiis. Rempart avec bastion et chambres intérieures. D'après Bliss, A Mound..., p. 26.

d'un angle rentrant, ou couvertes par des avancées massives. Nulle part d'ailleurs j usqu'ici. le mur n'a été trouvé conservé sur une assez grande hauteur pour que Taménagenient complet d'une porte pût être étudié en détail; celles de Tell Djedeideh qui sembleraient faire exception, à ne considérer que les plans fournis, ne peuvent entrer en ligne de compte, car elles datent tout au plus de la période grecque.

A Gézer Macalister en a découvert deux (2). L'une est installée dans une tour longue de 45 mètres. La largeur du passage est de 12 mètres et il se coude vers le milieu à angle droit. L'ensemble est trop ruiné pour que l'étude en soit fort instructive. L'autre (fig. 18-20) a 12'", 91 de long et seulement 2"\74 d'ouverture (3). Le passage est droit, quoique en fausse équerre avec l'axe du mur ; afin de dissimuler cette irrégularité, nécessitée sans doute par des circonstances aujourd'hui peu obvies, on a donné aux saillants qui couvrent la porte une projection inégale, de manière à en établir le front d'équerre avec l'entrée.

(1) Bliss, A Mound..., p. 26 et 31. C'est pour n'avoir pas discerné ce réduit dans la muraille que Flinders Pétrie assignait une épaisseur totale de 8™, 74 au rempart primitif de Lâchis {Tell el Hesy..., p.,21). Cf. pour les tours de remparts à Gézer, Quart. St., 1902, p. 320; 1904, p. 203 ; 1905, p. 29 S. A Megiddo, MuN..., 1905, p. 19, etc.

(2) QS., 1904, p. 201 et 204 ss. ; on s'y reportera pour la description très soigneuse et les plans détaillés d'où est extraite la physionomie générale présentée ici de la plus remarquable de ces portes.

(3) C'est la largeur indiquée aussi pour des seuils de porte d'époque à peu près contemporaine dans le rempart de Tell el-Çésy (Bliss, A Mound..., p. 51).

LES VILLES CANANÉENNES.

Les énormes tours massives sont en maçonnerie grossière avec un revêtement de briques cVcpaisseiir variable. Leurs faces parallèles ont un écartement de i™,27; le couloir est réduit à 2"',7/p par une série de grands blocs de pierres dressés contre les parois et qui ont appartenu sans doute au système de défense de la porte. Ce sont de lourdes dalles mesurant en chiffres ronds de 2 à 3 mètres de long sur 2 mètres de haut et une moyenne épaisseur de 0. ,75. Elles sont réparties avec une symétrie évidente le long du couloir, de manière à laisser entre elles un vide d'au moins 2 mètres, en forme de guérite.

Dans un remaniement postérieur ces vides ont été remplis de maçonnerie en blocage; on a bâti de môme sorte au-dessus des grands blocs pour en élever le niveau à la hauteur du pas- .^^

,.,,., . , Fig. 18. — Gkzek. Plan et coupe de la porte méridlo-

sage rétabli longtemps après naie. D'après macalisiku, qs., i904, pi. n, fac.;204. que l'accumulation des décombres eut rendu impraticable l'entrée ancienne.

Cette structure originale est ainsi expliquée par M. Macalister : les gros blocs de pierre appliqués exactement contre la paroi et engagés par la base dans le pavement constituaient les points d'appui de barricades en bois. L'intervalle de l'un à l'autre, 1"\95 en moyenne, est trop considérable pour qu'on puisse y voir une sorte de coulisse dans laquelle eût glissé une cloison de bois. Il est largement suffisant au contraire pour loger des vantaux de porte dont l'existence reste néanmoins improbable, puisqu'on ne signale aucune attache de gonds ni vestiges de frottement. Peut-être la fermeture se réduisait-elle à de simples pièces de bois couchées en travers du passage et solidement arc-boutées entre les espèces de pilastres quand l'imminence d'un assaut rendait cette précaution nécessaire. Habituellement le couloir devait rester libre et les poutres se rangeaient dans les enfoncements latéraux. De quelque sorte au surplus que soit conçue la défense de cette porte, il faut retenir que le feu a joué un grand rôle dans sa destruction. L'incendie a été en elïet sur ce point d'une telle violence

que plusieurs des grandes pierres ont été calcinées et ont éclaté. L'entrée ne se faisait pas absolument de plain-picd. A la suite d'une petite marche à l'extrémité extérieure, le pavé montait graduellement vers l'intérieur. Un gradin haut et large (0°^,60 X l'^'jGS) terminait le couloir. Les transformations ultérieures ont naturellement

supprimé beaucoup de détails indispensables pour reconstituer toute la porte primitive. Nous ignorons, d'après la description actuelle, s'il n'existait rien au-dessus des grandes pierres, si le passage était couvert et de quelle façon, si Ton avait enfin réservé au sommet des tours quelque endroit où poster des défenseurs. Vers la partie supérieure les parois des tours du côté du couloir sont bâties en léger encorbellement. M. Macalister y trouve l'indice d'un commencement d'arche , ou plutôt d'une console où seraient venues s'appuyer des dalles de pierre et plus vrai-

Kig. 19. — GÉZEK. La porte méridionale pendant le déblaiement. Pliot. autorisée par M. Macalister.

semblablement des pièces de bois formant plafond (1).

(1) 05., 1904, p. 207. Plus récemment la connaissance de quelques voûtes découvertes à Mcgiddo a suggéré à M, Macalister d'une manière très ferme, l'hypothèse dune arche plus ou moins haute couvrant ce long couloir, voy. QS., 1906, p. 66. En dépit de l'analogie, d'ailleurs très imparfaite, il demeure fort improbahlc que ce passage ait été voûté et l'indice fourni par les traces d'encorbellement est plus favorable apparemment à l'idée d'un plafond établi sur des corniches latérales. Telle porte de rempart dans la cité Iroycnne du xxv« siècle environ avant notre ère, et par le fait contemporaine à peu près de la porte de Gézer fournirait une analogie de structure qui vaut d'être signalée; cf. Doeiipield, Troja und

LES VILLES CANANÉENNES.

Tout incomplète qu'elle demeure, la connaissance de cette porte est cependant très précieuse pour éclaircir, au moins en quelques particularités, la description des portes du Temple de Jérusalem dans Ézéchiel. On y voit figurer en effet (xL, 7 ss., etc.) des chambres (?), D^xn, isolées par un espace indéterminé mais qui parait être un massif de construction, quoique de largeur à peu près égale à celle des « chambres ». Les architectes reconstructeurs ne pouvaient se résoudre à la suggestion assez claire du texte parce qu'elle répugnait aux principes classiques qui déterminent dans un édifice la proportion des pleins et des vides (1) .

La structure de Gézer, probablement fort antérieure au xv^ siècle avant notre ère, reproduite par Ézéchiel vers le vi*' siècle avec le perfectionnement artistique réalisé entre temps, parait bien donner l'image approximative de cette entrée protégée par

ii-^ ^ •

Fig. 20. — Gkzkr. La porte méridionale après les fouilles. Phot. autorisée par M. Macalisler.

Ilion, p. 56 ss., fig. 12 et planche III; ou B.mun, Rapport sur les fouilles... à Hissarlik; Mémoires de l'Acad. L et B.-L., 1" série, t. X, p. 335 s.

(1) On lit par exemple dans MM. Perkot et Chipiez, Histoire de l'art..., l. IV, Judée, p. 252 s. : « ... il est absurde de supposer, comme l'ont fait tous les traducteurs, des murs énormes de 5 coudées —{environ 2'", 50) — entre les niches... De simples cloisons, épaisses d'une coudée, suffisaient entre ces niches ». Et en note : « C'est l'observation que fera tout d'abord tout architecte... » Il faut croire que les architectes d'antan n'avaient pas tout à fait les mômes principes. Ceuxqui bâtissaient, vers le xxviii'' siècle avant notre ère, le palais du vieux patési Goudéa sur la collin{» de Tello, donnaient déjà au petit bonheur à des murs de refend une épaisseur qui « varie entre (luatre-vingts centimètres, un rnètre quatre-vingts et môme deux mètres soixante centimètres » (E. de Sauzec et L. Heuzey, Découvertes en Cfialdée, p. 20), alors que les murs extérieurs de ce môme édifice « ont, dans leur largeur normale, un mètre quatre-vingts » {op. t., p. 14). Cet exemple topique justifiera suffisamment l'usage analogue, chez les constructeurs palestiniens, d'attribuer parfois dinvraisemblables épaisseurs à des murs qui jouent le rôle de simples cloisons. H est d'ailleurs curieux d'observer que M. Pcrrot avait touillé lui-même en Ptérie, à Boghaz-Keuï, un palais où quelques « murs de refend sont aussi épais que les murs extérieurs » {llist., IV, p. 608). La môme importance exagérée attribuée à des murs de refend frappait naguère les architectes de la mission allemande à Sendjirlî [Ausgrabungen...., II, 103).

ir. CANAAN.

doux tours, où le prophète signalait, en la traversant, une double série d'énormes pilastres et d'alcôves alternant le long du couloir.

Plusieurs portes d'un stylo difFérent ont été déblayées à Ta'annak, mais trop ruinées pour être étudiées avec intérêt. Elles appartenaient d'ailleurs plutôt à des forteresses, dont il sera question plus loin, qu'au rempart proprement dit (l). C'est bien au contraire une porte de rempart que mentionne Schumacher à Megiddo, sans la décrire complètement encore (2). Ce qui en est tracé sur le plan provisoire montre une conception plus savante de la défense que chez l'ingénieur de Gézer. La porte est située très haut sur l'escarpement, de façon à ce que l'assaillant n'y ait accès qu'après avoir escaladé la pente en

présentant le flanc découvert YYS('YYYYYYYVYYYYYVYYV| ^^ défenseur de la place. Le

mur extérieur franchi, l'ennemi ne pénétrera dans la ville qu'après un nouveau parcours entre deux murailles, et s'il réussit enfin à pousser jusqu'à la véritable entrée, il devra encore forcer deux fois le passage et se heurter à tous les obstacles

Fig. 21. - un migdol cananéen avec corniche en enc7r- ^^^CUmulés daUS le COuloir CU bellement. D'après une représentation assyrienne. tenaille qui déboUche à l'in-

térieur.

Est-il besoin de noter que le couronnement des remparts a partout disparu? On n'a même pas signalé, que je sache, de traces évidentes de chemins de ronde installés sur ces fortifications massives. Ce complément normal de la défense ne pouvait faire défaut et si l'on refusait aux ingénieurs du temps le talent nécessaire pour compléter leur œuvre par des rangées de créneaux et de meurtrières, resterait l'hypothèse facile — suggérée d'ailleurs par quelques représentations antiques de migdols cananéens (fig. 21 s.) — de hourds et de parapets en bois établis sur la crête des murs pour abriter les défenseurs. Rien n'autorise du reste à dénier aux constructeurs cananéens des connaissances techniques plus développées. Les fouilles de Ta'annak ont

(î) M. Sellin signale bien {op. /., p. 68 s.) certaine construction massive, qui pourrait avoir été une porte delà ville dans la période de 1300 à 1000, mais la description dépourvue de plan n'est pas facile à préciser.

(2) MuNDPV., 1904, p. 43 et llg. 9; d'autres, signalées ibid., 1905, p. 86 s.; 1906, p. 23 fig. 24 s. '

LES VILLES CANANÉENNES.

même fourni un indice contraire, car Sellin décrit quelque part (1) de véritables meurtrières pratiquées au-dessus d'un soubassement de forteresse. Bien qu'il soit d'époque relativement basse , puisque l'édifice est attribué au x^ ou au ix^ siècle, cet exemple permet d'inférer que le procédé était déjà en cours, et l'on peut espérer que la découverte de murailles airchaïques conservées sur une hauteur plus grande que celles mises à jour par le passé en fera la preuve décisive.

§ 2. Les forteresses.

Le complément normal d'une ligne de défense est l'installation de postes fortifiés aux points les moins solides du rempart, et la créa- *"' tion de citadelles indépendantes. L'ingénieur épuise là tout ce qu'il possède de ressources pour augmenter la force de résistance ^t constituer à la cité un suprême refuge en cas d'attaque victorieuse d'un assiégeant contre les murailles. Des travaux de cette nature ne sont évidemment pas à attendre avec fréquence dans les strates de ruines des âges néolithiques. La butte de terre battue inventée pour la protection telle quelle (les demeures, n'avait en général pas besoin de ce raffinement de défense contre des ennemis peu astucieux, armés de façon rudimentaire. C'est surtout quand de nouveaux et plus redoutables immigrants entreprendront de disputer le sol aux premiers possesseurs

-2:2. — Dapoiu (Tliabor) assiégée par les Égyptiens. Bas-relief de Tlicbcs. D'après Pei'.rot et Ciiiimf.z, Ilist..., I, fig. 287.

(1) Tell Ta'annek..., p. 31 et (ig. 27; cf. inlra, p. 62.

qu'il deviendra usuel de s'abriter, derrière de plus puissants et plus habiles retranchements, contre les coups de main vigoureux et fréquents.

Mais si les forteresses, au témoignage des fouilles actuelles, ne semblent surgir dans cet angle extrême de la Syrie méridionale qu'au temps où les Cananéens y pénètrent et s'y installent, entre le XXV" et le xx*' siècle avant notre ère, le principe n'en était sans doute pas inconnu aux populations antérieures. Ce qui permet de l'inférer, même en l'absence de tout indice fourni jusqu'ici par l'exploration récente, c'est le tableau fameux d'une citadelle asiatique, tracé vers 3000 avant notre ère pour décorer la tombe d'un officier égyptien au nom d'Anti, qui avait fait campagne aux confins méridionaux de la Syrie, pour un pharaon de la V^ dynastie. C'est en réalité « l'attaque de la ville des Sati ^> (1) que représente cette peinture, découverte naguère par Flinders Pétrie à Deshasheh; toutefois il parait manifeste que la « ville » en question est à concevoir à la façon d'une petite acropole établie pour servir de repaire à ces Satiou auxquels Anti a dû donner la poursuite pour quelque méfait commis à la frontière de Pharaon. Elle « est figurée en plan, sous forme d'une enceinte oblongue arrondie aux deux extrémités » ; à l'intérieur divers registres montrent les phases du siège : travaux de mine, défense d'une brèche, anxiété des habitants, tentative d'escalade contre la muraille, armée « sur tout son périmètre, de saillies en demi-cercle qui devaient donner un certain flanquement. Elles ne paraissent rien représenter d'analogue aux charpentes » figurées à Beni-Hassan comme l'unique protection des longues parois droites des murs de forteresses : « ce sont plutôt des tours en maçonnerie, à moitié engagées dans la muraille » (2).

Les fouilles de Tell el-Moutesellim ont mis à jour les plus anciens vestiges actuellement connus d'une forteresse palestinienne. M. Schumacher avait conjecturé, à quelques indices topographiques, l'existence d'une acropole à l'angle nord-est de la colline. C'est là en effet qu'au printemps de 1904, après avoir traversé les décombres de deux à quatre périodes successives, il découvrait, à la profondeur moyenne de cinq mètres, ce qu'il nomme en son rapport préliminaire a une grande installation fortifiée d'époque cananéenne ou préhisto-

(1) A défaut de l'ouvrage de Flinders Pétrie, Deshasheh, l'indication est empruntée au mémoire de Raymond Weill, L'art de la fortification clans la haute antiquité égyptienne, publié dans le Journ. Asiatique, IX, xiv, 1 et 2, janvier-avril 1900, p. 109 ss.

(2) Journ. As., l. L, p. 110 s.

LES VILLES GANANÉEININES.

rique (1) ». Dès qu'il eut déblayé la moitié seulement de cette « puissante construction », il estima être en présence d'un palais fortifié — Burgpalast — , assimilable au Hillàni des inscriptions assyriennes, tel que Koldewey et Puchstein ont proposé de le reconstituer, d'après les découvertes de Sendjirli (2). Depuis les premiers travaux dans ce

, Fig. î!3. — Mi-.Giuno. Les arascmeuls de la l'orteresse. Pliot. du P. Fernandez,

autorisée par 31. Schumacher.

palais, en mars IBO^-, l'ellort de la recherche y a été naturellement concentré et d'un jour à l'autre se sont multipliées les plus remarquables trouvailles. Ce qui pouvait sembler d'abord une hypothèse un peu hardie de l'heureux et savant directeur du chantier, est désormais la plus intéressante des réalités. Par malheur le public en est réduit encore aux informations nécessairement incomplètes d'un premier rapport (3), dont la plus essentielle lacune est celle d'un plan, aussi peu détaillé qu'il ait dû être à cette date. Depuis de longs mois, les moindres détails de ce plan, devenu à la fois plus développé, plus précis et plus clair, s'étalent aux regards de ceux qui ont la bonne fortune de visiter les fouilles, où ils sont accueillis avec la plus parfaite

(1) « ... Eine f^rosse Biirganlagc aus kanaanitischer oder prahistorisclier Zeit », MiiNDPV. 190.5, p. 3 s. et les vues fig. 3, p. G; 1900, figs. 2 et 4.

(2) Ausfjraimngen..., H, 183 ss., etc.

(3) Daté de juin 1904 etpubli«''dans les Mitih... DPVereinsde 1905.

:io

obligeance par M. le D' Schumacher. On concevra pourtant que les indications résumées ici n'enregistrent que les informations rendues publiques au moment où sont rédigées ces pages.

Les murs de la citadelle sont eu briques sèches formant uu conglomérat plus ou moins appareillé par endroits et haussé sur un large soubassement de cailloux noyés dans un mortier de boue. La prédominance de l'appareillaiie à épi dans la structure de ce socle, les

caractères des débris céramiques, ceux des multiples objets de silex ou de bronze découverts à ce niveau, ont fourni les meilleurs indices d'attribution chronologique. Schumacher pense devoir reporter l'origine du palais à la période de 2500 à 2000 avant notre ère (1).

Appuyée à l'orient sur le rempart de la ville, la forteresse se développe sur une longueur nord-sud de 31 mètres et une largeur est-ouest de 22 mètres.

Sur le front occidental, face à la ville, on signale un fossé large de 2«',50 et profond de 2 à 3 mètres, dont les deux berges sont protégées par des glacis en maçonnerie. Sur la paroi orientale, du côté delà citadelle, le glacis,, constituant comme un second et plus large socle à la muraille, est en quartiers de roche appareillés à épi. Vers la base , dçs dalles disposées obliquement consolident le mur et augmentent la difficulté de l'escalade (fig. 24).

Le talus peu accentué de la contrescarpe, sur la paroi occidentale du fossé, est revêtu d'un cailloutis et s'élève actuellement plus haut que le niveau de la forteresse. Une jarre contenant le squelette d'un très petit enfant a été trouvée au fond du fossé (cf. fig. 25).

Une sépulture étrange, découverte au pied même de la muraille occidentale, atteste la barbare pratique d'un sacrifice de fondation.

Fig. 44. — Jlr.GiDDu. Au pied du mur occidental de la forteresse. D'après Sciilmacui;!'., 3/uiV..., lOOo, fig. 4.

(1) Op, h, p. 9. La description du Burgpalasl est fournie pp. 10-15,

LES VILLES CANANÉENNES.

Dans un cadre de petites pierres gisait le squelette d'une fillette d'environ quinze ans. Elle avait été posée là, en travers sur une assise basse du fondement et enduite de terre battue, de telle sorte que son petit corps fût enfoui sous la base de la forteresse. Coucbée sur le côté, face à l'ouest, la pauvrette est maintenant visible encore, avec son écbine tordue pour prendre le contour brutal du bloc qui lui servit de lit funèbre, et le douloureux rictus de sa bouche aux dents merveilleusement intactes (cf. fig. 141). Aucun objet de parure n'a été trouvé.

Deux autres tombes toutes voisines renfermaient des squelettes d'adultes, entourés d'un véritable mobilier funéraire portant l'empreinte d'une civilisation de l'âge du bronze, à dater du xv° siècle à peu près, par les analogies relevées ailleurs. Schumacher voit là aussi deux sacritices, mais postérieurs à la première érection du château ; peutêtre consacrèrent-ils quelque restauration un peu importante.

Trois pièces contiguës au mur occidental durent j'adis servir de magasins : de belles jarres et d'autres grands vases en terre cuite les emplissaient encore. Vers le nord, au voisinage des magasins, dans une cour, ont été découvertes deux « fosses à offrandes » — Opfergrube — murées en pierres brutes et remplies d'ossements calcinés d'animaux. Tout à côté, deux plats, accompagnés chacun d'une menue soucoupe en poterie très archaïque modelée à la main, contenaient les restes comprimés de deux enfants nouveau-nés (1).

Un sanctuaire avec autel, fosse à offrandes, débris de sacrifices, ma^ehôth, a été mis à jour en relation évidente avec la forteresse, à l'extérieur pourtant de sa muraille méridionale; il sera décrit en son lieu, mais sa situation par rapport à la citadelle valait d'être notée ici. Même remarque pour la curieuse et très antique chambre voûtée déblayée un peu au sud du lieu de culte à qui elle servit peut-être de cachette sacrée, à moins qu'elle n'ait été quelque sépulture princière aux âges les plus reculés de Megiddo.

Il importerait d'être documenté avec plus d'ampleur et de précision sur ce monument, dont le haut intérêt n'a pas besoin d'être mis en

Fig. ^ô. — Megiddo. Coupe du lossé de la citadelle. D'après la description de SciiuMACiiEu, MuN..., Wôb, p. 10; cf. maintenant MuN..., lî>0(», fiii'. ,'{.

(1) L'un des petits s<iudettcs ne formait plus, crâne compris, qu'une masse de 0"', 15 x 0"'/l5 XO'", 10. Une expertise médicale a suggéré la possibilité d'une naissance avant terme (i/wiV..., /. /., p. 11).

relief. Surtout le moindre croquis d'ensemble ou un tracé du plan sont vivement h désirer, en atteudant ([u'une étude approfondie fasse connaître dans le détail la structure et Fhistoire de ce château fort.

Quelques éditices assez complètement déblayés à Ta'annak vont nous permettre de suivre à travers les périodes plus modernes les transformations subies par rarcliitecture des forteresses en Canaan. Sellin leur a attribué des noms tirés de leur situation topographique, et les a ainsi classés : i\ fort occidental — Westburg — , érigé entre

àXlrfcLtZ (^U Tell r-

O J;~ tassons \Slrcd^ H S': 50 \ ^< pte.ri'e.s I 1

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Fij?. -26. — Mf.giddo. Coupe sur la chambre voûtée et l'extrémité méridionale de la forteresse. D'après SciiuMACiiEK, MuN..., 41)06, fig. 5.

le XVI® et le xv'' siècle et détruit peut-être vers 1300 ; 2% fort oriental (1), daté du x*" siècle; 3^, fort septentrional, construit apparemment vers 800 av. J.-C.

Le fort occidental (fig. 27) (2) s'appuyait tout au bord du plateau, à peu près au milieu de sa longueur. Il couvre une aire presque carrée, de 20 mètres de côté. Les murs ont encore sur le pourtour entier une hauteur sensiblement uniforme de 0'" ,80 par rapport au niveau intérieur du monument; leur épaisseur égale sur tous les côtés est de 1",20, et l'appareil est un mélange de construction cyclopéenne et polygonalfi avec face extérieure plane. On y a employé des blocs de

(1) Osthurg, dit aussi par M. Sellin, et plus exaclement d'ailleurs, « château du nord-est, ^ordostburg ».

(2) Décrit dans Tell Ta*anneh..., p. 43 ss.

LES VILLES CANANÉENNES.

calcaire résistant [mézy) apportés de carrières assez distantes, au lieu de la roche friable {ndry) qui abonde au voisinage du ïell et a fourni presque toutes les autres pierres de construction. La muraille occidentale, naturellement la plus exposée, témoigne d'une sollicitude spéciale chez l'ingénieur qui en traça le plan. 11 en a cherché le

' Tombeaux

10 mètres

Entrée

Fig. -27. — Ta'annak. Fort occidental. D'après Sellin, Tell Ta'annek..., p. W.

point d'appui immédiat sur le roc ; mais en vue de prévenir un glissement sur la rampe abrupte, il lui a constitué une puissante base par la superposition de trois lits épais de solide blocage établi en gradins. C'est d'abord, à même le roc, une sorte de béton en galets Gerollsleinen), haut de 0'",65; la couche supérieure, en retrait de 0'",10, est de même nature et n'a que 0'",35 de haut; suit, avec un nouveau retrait de 0'",10, un blocage en plus gros cailloux sur une hauteur de 1"',30 et c'est enfin, après un dernier retrait de 0'",10, le

fond<Mn<Mit proprniHMil dil de la muraille, l'ait aussi dv héton ci suruiouté de trois assises appareillées donnant une hauteur de l'",75, y compris le» béton. L'alignement n'a rien de rigide : le mur épouse les sinuosités de la crête qu'il couronne. L'habile empattement qui vient d'être décrit aurait eu sa défectuosité manifeste s'il eût été laissé à nu. Le viinl ingénieur canané(m s'est donné bien garde d'offrir à un assaillant de telles facilités pour l'escalade. Il a tiré un nouveau profit des gradins du soubassement pour donner plus de cohésion et

de résistance au glacis qui couvrait le pied de la muraille et augmentait l'escarpement naturel de la colline. Ce glacis, à pente très accentuée, est conçu lui-même avec beaucoup d'art : amas de gravier et de mortier formant contre le mur une première couche de O'^jiS; lit de terre, épais de 0"',15, superposé à cette espèce de béton, pour fournir une attache au parement extérieur fait d'un blocage en cailloux et en mortier, avec une épaisseur de O^jiO; soit une épaisseur totale d'un mètre, s'ajoutant à l'épaisseur du soubassement maçonné pour défier toute tentative de sape, d'ailleurs difficile au sommet de cette rampe abrupte (cf. fig. 28). Sur les autres faces de telles précautions eussent été superflues, et l'ingénieur a pourvu de façon moins compliquée à leur défense. Pour le front oriental, qui demeurait le plus exposé en cas d'assaut de la citadelle par un ennemi déjà maître de la cité, il a adopté le iracé à crémaillè?'e (1).

cailloccx

■ Ta'anxak. Coupe du mur ouest de la forteresse occidentale. D'après la description de Sf.m.ix, Tell Ta'annek..., p. 48.

(1) Les professionnels donnent ce nom à un procédé de décrochemenls dans la ligne d'un mur, qui constitue des saillies plus ou moins prononcées permettant de poster sur la crèle des défenseurs dont le tir transversal battra sur toute son étendue le pied du rempart et supprimera l'angle morl^ où l'assiégeant est à l'abri quand il a franchi la zone battue par les projectiles lancés du sommet de la muraille, à plein jet, ou dans un tir plongeant qui cesse d'être effectif dans un rayon facile à déterminer à partir de la base du mur. Ceux qui pourraient prendre à ces détails trop techniques un intérêt quelconque trouveront par exemple dans DiKULAFo^, V Acropole de Suse..., p. 132, (ig. 52 et 53 et surtout p. 226, lig. 122, des

LES VILLES CANANÉENNES. -yô

Au nord, un éperon massif et large, dont la saillie n'a pu être déterminée avec exactitude, se détache à peu près du niilieu de la muraille, protégeant ainsi les deux parties. La défense du front méridional, qui n'a ni saillant, ni décrochement de ligne, était suffisamment assurée par le châtelet qui couvrait l'entrée, logée à l'angle extérieur sud-ouest de la forteresse. Sellin a pu reconnaître au fond de la rampe du tertre une très antique voie venant d'ouest et grimpant directement à la citadelle (1). On peut regretter que la ruine apparemment trop complète du petit bâtiment avancé, désigné comme une « chambrette d'entrée w — Torstubchen — , ne laisse pas voir le dispositif de cette porte. A l'examen du plan tracé, il semble pourtant qu'il puisse être reconstitué sans trop de difficulté. L'épaisseur de la paroi occidentale et la situation des espaces intérieurs semble montrer que l'entrée ne se faisait pas directement par l'ouest, mais par le sud. Quand l'assaillant avait réussi à escalader la crête du plateau, sous les projectiles lancés du rempart, la nécessité d'un changement de front pour l'attaque de la porte brisait son élan et l'exposait à de nouveaux coups. L'extrême exiguïté du premier réduit suggère peutêtre de simples poutres de bois pour barricader le passage, large de 2 mètres seulement. Après le second réduit, profond de 1"^,60 à peu près, on devait sans doute franchir une autre porte encore, ou une barricade quelconque, pour se trouver enfin à l'intérieur de la citadelle. Aussi l'ennemi ne devait-il pas s'attaquer très volontiers à une entrée ainsi défendue; ses risques étaient moindres à tenter l'assaut des murs par l'escalade ou la brèche. Une autre entrée existait peut-être au nord, couverte par le bastion central; son indication parait hypothétique sur le plan et la description (p. 47) la signale, ainsi qu'une troisième à l'orient, comme portes de communication avec la ville.

La disposition intérieure ne manque pas de symétrie. Les murs sont de même sorte qu'à l'extérieur et non moins épais, et on notera surtout à ce point de vue l'épaisseur énorme du mur central qui sépare la cour du corridor desservant les chambres de l'ouest. Les chambres du sud se commandaient apparemment l'une l'autre, car on n'observe aucun passage de service entre ces pièces (2). Les deux

explications et des croquis très clairs, montrant les zones dangereuses et la zone abritée soit contre le tir, soit contre les lourdes masses précipitées du haut de la fortification.

(1) Tell Ta'annek...,]). 49: l'indication n'est pas reportée dans le plan général.

(2) Les dimensions variables de ces chambres sont inscrites sur le plan. Je comprends mal la remarque de M. Si:r,uN, op. t., p. 47 : « Die Zimmer hatlen durchschnittlich 2 uC- Flacheninhalt ».

en bordure sur lu cour pouvaient avoir chacune son entrée indépendante sur cette cour, mise aussi en communication avec le corridor occidental par une ouverture dans l'angle nord-ouest. Le sol est couvert partout d'un dallage et d'une sorte de béton, excepté dans la cour, au milieu de laquelle est creusée une citerne. Ce n'est pas ici

le lieu de décrire les

J- ^ ./ a 3 -^ " \r\ citerne

trouvailles faites dans ce monument, que

Kig. -it). — Ta'annak. L'édifice d'IstarwasSur. D'après Seli.ix, Tell Ta'annek..., fig. 34, et la description complémentaire, Eine Nachlese..., p. 7 ss. pour la partie inférieure du croquis.

Sellin (p. 52) n'hésite pas à appeler un « palais royal cananéen » .

Signalons pourtant, comme une attestation nouvelle du sacrifice de fondation mentionné plus haut à Megiddo, la découverte d'une sépulture d'enfant immolé en un petit tombeau installé au pied du rempart méridional, à l'angle de la tour d'entrée.

Au même strate de décombres appartient l'édifice désigné à travers l'ouvrage de Sellin sous les vocables divers : « construction avec chambres

souterraines » (p. 37), « forteresse d'istarwassur » (p. 38), « monument cananéen >. (p. 102). Mêmes matériaux, style analogue de structure puissante quoique très primitive. La fouille n'a pas été néanmoins assez complète pour qu'il y ait opportunité à décrire ce qu'elle a révélé du plan. Un simple croquis (fig. 29) mettra sous les yeux les parties sauves, celles du moins qui sont actuellement connues. Le principal intérêt de cette autre forteresse — si forteresse il y a — est de fournir une donnée très précieuse de classement chronologique. Le savant explorateur de Ta'annak estimait, de par l'archéologie, que cet édifice, à peu près contemporain de la forteresse occidentale, était

LES VILLES CANANEENNES. o7

cependant moins ancien [op. l.^ p. 53). Or il y a découvert une véritable petite bibliothèque de tablettes cunéiformes appartenant à la série de Tell el-Amarna, qui reportent par conséquent au xv^ siècle environ l'origine du monument (1).

Longtemps après que les Israélites eurent pris pied en Canaan, une forteresse nouvelle fut substituée à la citadelle antique de Ta'annak, ruinée au cours des luttes de la conquête. Sellin n'hésite pas à l'attribuer à l'époque florissante de la royauté salomonienne, ce que semble bien autoriser la stratification des ruines en ce point du Tell et que confirment les trouvailles céramiques ou d'autres données archéologiques. Aussi lui saura-t-on beaucoup de gré d'avoir décrit avec un soin particulier ce monument important pour l'histoire des constructions palestiniennes, malgré sa ruine lamentable (2).

C'est un polygone (fig. 30) dont les deux plus grands côtés, est et nord, mesurent 23'", 80 et 23 mètres et se recoupent à angle droit. Le front oriental est brisé presque exactement à son milieu pour s'adapter à une inflexion de la crête du Tell ; il rejoint le mur méridional sous un angle très ouvert, car ce dernier coté n'est pas parallèle au mur nord et marche à la rencontre du mur oriental avec une déviation prononcée en sud-ouest. Des tours quadrangulaires, de projection diverse, renforçaient tous les angles. La moins ruinée est celle du nord-est, dont la saillie est de 3 mètres, la largeur de V mètres (3), et qui parait avoir été massive sur toute la hauteur conservée de sa base. Il en est de même du redan qui couvre le fléchissement de la muraille orientale, l^es deux tours du sud empiétaient sur l'aire de la forteresse; mais tandis que celle du sud-ouest se range à l'alignement exact des murailles, la tour opposée projetait au sud un éperon indiqué par quelques arasements insuffisants pour la détermination précise de cette saillie. De la tour nord-ouest il subsiste à peine un tronçon de la paroi septentrionale et quelques marches d'un escalier intérieur

(1) Au lieu d'une forteresse proprement dite, dont les détails connus n'évoquent guère l'idée, il serait prétérable d'y voir quelque sanctuaire, plus ou moins fortifié peut-être, à la façon du temple d'El-Berith à Sichem, Jmj., 9, 46 ss. Le dispositif des chambres souterraines de Ta'annak, non sans analogie avec la n^13f de Sichem (cf. Laguange, Jug.,'m loc), autorise à tout le moins le rapprochement. Nous y reviendrons en traitant du lieu de culte. Rien d'étrange au surplus à ce que le prince Istarwassur ait pu déposer ses archives dans un teni. pie au lieu de les conserver dans son palais. M. Sellin paraît aussi enclin à cette même interprétation du monument, dans son récent ouvrage Eine Nachlese aufdem Tell Ta'anne/,... p. 10 s., 32 ss.

(2) M. Sellin comparerait cet édifice à Hclh Millo de I Rois, 9, 24, et II Rois, 12, 21 (lell Ta''anneh-...,\). 30; cf. pour la date p. 102 s.; c'est le fort oriental.

(3) D'après la description (op. L, p. 22), sensiblement moindre sur le plan I, p. 21, d'après lequel est établi le croquis ci-contre.

attesUiut l'existence de casemates ou de réduits quelconques en ce Ijastion.

Entre les tours d'angle la courtine septentrionale était renforcée par quatre pilas-

Fig. 30. — Ta'anxak. La citadelle orientale. D'après Skm.in, Tell Ta'annek..., p. -il ss., pi. l.

très (1), larges de 1"',50, avec une saillie de 0'",50 environ. Un autre

(1) Dans l'état présent de la ruine tel que l'enregistre le plan, deux seulement de ces pilastres (fig. 30, b et d) font corps avec la muraille; les deux autres (a et c) sont marqués par un couple de blocs adossés à la paroi mais sans liaison avec elle. En présence de cette

LES VILLES CANANÉENNES.

pilastre plus petit s'intercale à l'est entre le bastion et le redan central. Aucun flanquement ne protège le front occidental, tourné vers la ville, alors que l'on remarque au sud, vers le milieu de la paroi, les ruines d'une avancée très hardie, destinée sans doute à loger et à défendre la porte, car Sellin y a découvert, apparemment en place, un assez large débris du seuil, lourde dalle de pierre où se voit encore la cavité profonde dans laquelle tournait un gond, la saillie préparée pour le battement des vantaux et les sillons creusés par leur frottement prolongé (i). Il faut une fois de plus déplorer la dévastation qui a rendu impossible la restitution totale de cette entrée fortifiée. On en signale une autre tout à fait dans l'angle nordest, masquée par la grande tour; rien n'en subsiste plus que l'ouverture extérieure et peut-être un long couloir parallèle au mur oriental.

La construction en calcaire mou marque un notable progrès sur celles des âges antérieurs pour ce qui est du travail de la pierre. Les blocs sont équarris vaille que vaille; on connaît même le dressage plus fini des faces destinées à demeurer apparentes et les procédés de taille et d'appareillage quelque peu décoratifs, tels que le refend et le

;{!. — Ta'anxak. Diagramme de restauration de la porte méridionale du fort.

unique assise dans les deux cas, il est inutile de chercher à suppute^ si l'assise supérieure s'engageait dans le inur ou lui était aussi juxtaposée. En cette dernière hypothèse, peu vraisemblable toutefois, ces deux contreforts seraient à concevoir comme une ajoute postérieure dont le but ne serait guère obvie, car elle ne représenterait ni consolidation appréciable, ni décoration sur la très minime longueur des courtines.

(I) Le tout d'ailleurs ne permetlant pas de saisir avec facilité le jeu de cette porte, d'après la relation delà feuillure et de la cavité du gond tels qu'on les voit sur le plan de Sellin et dans la phot. fig. IG, p. 23. Pour autant que je sache comprendre sa description, M. Sellin estime (jue l'entrée se faisait du sud et qu'un seuil en maçonnerie, haut de 0"',50, précédait la porle proprement dite. On s'attendrait plutôt à voircetle porte ouvrir à l'esl pour donner accès dans la tour(lig. 31); le passage, coudé à angle droit, aurait été fermé du côté intérieur par une seconde porte; les dalles du seuil déplacées sont signalées par le plan. Le mur oblique dont on a enregistré les débris sur l'aire intérieure de la citadelle serait comme un surcroît de défense qui eût obligé les assaillants à déliler sous des coups dangereux.

bossage, employés néanmoins avec une extrême modération et exécutés de façon rudimentaire. A noter surtout l'étrangeté du refend, pratiqué en i^énéral sur l'arête supérieure de l'assise et n'encadrant que par une rare exception le bloc entier, dont le champ garde toute la rugosité que lui a faite le hasard du débit en carrière (1). Il en résulte qu'en dépit du réglage intentionnel des assises, le jointoyage demeure très imparfait. Les trop grands interstices ont été bouchés avec des moellons et de petits cailloux : le mortier à la chaux suffit au reste. En dehors des pilastres septentrionaux, où l'on constate un soin manifeste, le constructeur ne paraît pas avoir eu souci des faux joints et d'autres négligences de maçonnerie, autant qu'on en puisse juger par la documentation graphique fournie par M. Sellin. La hauteur courante des assises conservées oscille entre 0"\45 et 0"',55. Les blocs, à peu près toujours de forme allongée plutôt que cubique, sont invariablement appareillés par leur moindre face, à part quelques pierres d'angle. Cette particularité a sa raisbn d'être eu ce fait que les murs semblent avoir consisté partout en un double parement avec remplissage intérieur de pierraille ou de pisé (2) ; les boutisses (3) plus ou moins longues, 0°',90 en moyenne, donnaient à cette masse une liaison des plus opportunes.

Les assises se superposent avec un fruit de cinq à dix centimètres et quelques pierres d'angle ont une longueur de l'",80 à 2 mètres. Les murs de briques observés sur une certaine étendue dans le front oriental et à rintérieur de la forteresse, représentent les rares parties sauves d'édifices antérieurs qui émergeaient de l'épais lit de cendre et de débris calcinés et furent utilisés par les nouveaux constructeurs ; on ne voit pas que la brique ait été autrement mise en œuvre dans cet édifice.

(1) La description ni les graphiques ne nous renseignent pas davantage sur les proporlions de ce bossage. On signale pour le refend une largeur de 0"',05 à 0"',20 {op. L, p. 24) et une profondeur de 0"',03 {coupe, dans la lig. 17, /. Z.), mais sans préciser autrement son exécution. L'emploi d'un outil large de 0"',02, apparemment un large ciseau ou une petite boucharde, est signalé dans la taille de quelques pierres. Cf. un outil différent mais insuffisamment décrit à Lâchis, Buss, A Mound..., p. 92. Tels qu'on les constate ici, refend et bossage sont à noter au point de vue de la question encore si obscure d'origine et d'emploi de ces procédés.

(2) Ce détail, qui a sa valeur, est indiqué seulement par une petite légende du plan : Erde Ausf'iillung, dans une section du mur septentrional. Ailleurs, par exemple vers l'angle sudest, le remplissage en moellons est évident. 11 y a tout lieu d'attribuer une structure analogue au mur occidental, dont on n'a pu relever que le parement extérieur. 11 résulterait de ce chef une moyenne épaisseur de l'",75 ou 1'», 80 pour ces murailles et ainsi disparaîtrait l'anomalie qui a préoccupé M. Sellin {op. L, p. 29), de la construction si faible d'un édifice d'aussi évidente importance. Inutile de faire observer que cette importance, toute relative, trouve son principe d'évaluation dans l'exiguïté des gourbis d'alentour.

(3) Nom technique des blocs appareillés par un de leurs bouts, la longueur étant engagée dans le mur.

LES VILLES GANANÉENINES.

Rien à saisir de son aménagement intérieur, sinon que la symétrie devait y faire défaut, si nous ne sommes trompés par les arasements de murailles enregistrés par le plan.

Une tour isolée se détachait en avant-poste hardi, à quelque cinquante mètres au nord du château, sur une petite plate-forme en saillie sur Fescarpement de la colline. Ses murailles au bossage farouche ont donné à Sellin l'impression de « la plus puissante construction

Fig

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: 3-2. — Ta'annvk. Plan du Tort septentrional. D'après Ski.un, TcU Ta'an..., pi. H.

sur tout le Tell (1) ». Mesurée au-dessus du soubassement, que coupe au milieu de sa hauteur un gradin assez accentué (2), elle forme un quadrilatère de 9'*", 55 x 7"\15 (fig. 32). Pour asseoir la première assise du côté méridional, on a entaillé le rocher. La déclivité du coteau est rachetée au nord par le socle qu'on vient de dire et proportionnellement sur les côtés est et ouest; une maçonnerie de blocage constitue un noyau compact en tout le socle. Les blocs ont pour la plupart 0'",90 de longueur, quelques-uns jusqu'à l'",70; pour le

(1) Op.l.y p. 31. //;û/., description et deux vues photographiques des murs.

(2) Surtout au nord et dans les retours d'angle nord-est et nord-ouest. Mais landis que le plan représente un fruit à peu ï>rès égal d'une assise ;\ l'autre, la description a l'air de ne signaler qu'un seul retrait de 0'n,08, entre la troisième et la quatrième assise comptées d'en bas. Les photographies (lig. 20 s.) paraissent appuyer ici la description.

reste, ce sont exactement les mômes procédés de taille et d'appareillage que dans l'édifice étudié tout à l'heure. Les seules particularités îï mentionner encore sont l'avant-mur du fordn — relié probablement aussi par des murs à la ligne générale du rempart de la ville (1) — ,

et les « meurtrières » du front septentrional (fig. 33) : cinq blocs hauts de 0 ,80 dressés à un mètre d'intervalle les uns des autres sur la dernière assise du soubassement. Ainsi que Fa très bien reconnu Sellin, le rôle de ces petits pilastres ne peut avoir été que d'abriter le tir de défenseurs postés en ce réduitpour mieux protéger le pied de la tour (2) .

Aux similitudes de structure, déjà mentionnées, s'ajoutent les indications de la couche des ruines et des menus objets découverts dans le déblaiement, pour faire attribuer la tour à la même période que le château, c'està-dire au x"" siècle environ.

La plus récente forteresse de Ta'annak fut érigée vers le viii*' siècle à la pointe septentrionale du plateau. Tout ce que les fouilles en ont fait connaître est qu'elle devait couvrir une aire de 240 mètres carrés et que sa construction était bien inférieure. Les murs, épais de 0™,70, sont faits de moellons bruts ou de blocs à peine épannelés disposés en assises nécessairement peu

Fii,'. 33, — Ta'annak. Meurtrières. D'après Seli.ix, Tell Ta'an..., p. 31, flg. 27.

(1) M. Sellin est d'avis {op. Z., p. 90) qu'à l'exception de la cité primitive et de son mur cyclopéen, Ta'annak n'avait pas de rempart et aucune autre défense que les forteresses successives de l'ouest et du nord-est. Les fouilles paraissent avoir été trop peu complètes à ce point de vue pour permettre une telle assertion. H est douteux que Ta'annak, murée à l'origine, soit devenue en se développant une ville ouverte, défendue seulement par une citadelle. L'exception serait unique, car si à T. Zakariyà on n'avait pas d'abord signalé de rempart contemporain de l'acropole, une constatation récente, faite par M, Macalister dans ces ruines, a comblé cette lacune, Q.S., 1903, p. 117.

(2) Par contre on ne voit pas la raison de citera ce propos II Parai. ,26, 15 elSoph., 1, 10 (op. L, p. 31j. 11 y est parlé de machines de jet montées sur le haut des tours, ou d'assaut contre des villes fortes et d'orgueilleuses tours, ce qui n'a rien à faire avec nos « meurtrières — Schiessscharten — de l'art le plus primitif ».

LES VILLES CANANÉENNES. 63

symétriques égalisées avec des pierrailles. En quelques piliers d'angle on signale des pierres de plus forte dimension et de taille plus soignée ; nulle traoe de mortier. On a l'impression d'une œuvre hâtive à une époque de trouble ou de décadence.

En aucune autre des villes fouillées jusqu'ici n'ont été mis à jour des travaux de défense aussi développés ou aussi complets. Ceux qui s'en rapprocheraient le plus sont les acropoles de Lâchis et de Tell Zakariyâ. Il s'agit toutefois, dans les deux cas, d'enceintes intérieures abritant spécialement un quartier de la ville, plutôt que de réelles

Fig. 34. — ïrrj. Zakap.iya. Plan de la citadelle. D'après Bi.iss et Macaustep., Excavations..., pi. 3.

forteresses. Au seul vu du plan l'acropole de T. Zakariyâ (fig. 34) donnera peut-être l'impression d'une citadelle avec des tours puissantes et un enchevêtrement compliqué de divisions intérieures; mais les explorateurs qui l'ont déblayée estiment que toutes les tours sont des ajoutes tardives et ils ont dûment constaté que les constructions du dedans étaient indépendantes de ce rempart (1). L'enceinte de l'acropole, voire de toute la ville proprement dite, à Lâchis, offre sur les plans de Pétrie et de Bliss un tracé très scientifique, avec tours, bastions et décrochements qui en devaient rendre la défense aisée. On ne la Irouve décrite d'ensemble nulle part et sa description ferait d'ailleurs manifestement double emploi avec ce qui a été dit de remparts ana-

(4) Bi.iss et Macausieu, Excavations..., p. 18 s. Il se peut d'ailleurs que cette acropole ne date que du x^'-ix." siècle. Si les bastions d'angle sont tous de seconde main — et pas seulement reconslraUsiwinQ époque postérieure—, on a un exemple unique d'ouvrage dépourvu de tout llanquement, à l'exception du rentrant ménagé à l'angle sud-csi.

logues. L'importante construction, découverte à l'angle nord-est dans la cité du xiv" siècle, a toutl'air d'un édifice public, résidence seigneuriale plutôt que forteresse (lig. 35). C'est un (juadrilatère à peu près régulier de 17 mètres de côté (1), dont les murs de briques, ruinés partout à une hauteur inférieure à 0'",90, ont une moyenne épaisseur de r",68. Aucun seuil de porte en place n'est venu fournir la moindre

Fig. 3.S. — Lacuis. Un palais cananéen du xiv siècle : a, plan des ruines actuelles, d'après Buss, A Mound...y p. 72; h, diagramme de reconstitution du plan.

donnée pour reconstituer la distribution du monument, assez claire toutefois et d'une symétrie que nous n'avons rencontrée encore nulle part dans les édifices cananéens. Il se peut qu'une entrée de la ville ait existé dans le voisinage ; le rempart est malheureusement détruit au point où l'on attendrait l'ouverture suggérée par le long couloir

(1) Voyez Buss, A Mound..., \). 71 ss. Comparer l'orienlalion à celle de la forteresse occidentale, du fort détaché en avant de la citadelle orientale, et du palais d'ïstarwassur à Ta- 'annak. On ne saisit pas du reste une intention dans cet orientement qui n'est ni par les faces, ni par les angles, correspondant aux points cardinaux. Beaucoup plus évidente est, à coup sûr, l'analogie de cet édifice avec l'un ou l'autre des palais royaux d'époque à peu près contemporaine à Sendjirli, par exemple le hillâni II, Koldewey, Ausgrnbunyen..., II, pi. XXVl-XXVII.

LES VILLES CANANÉENNES.

coudé brusquement devant la tour qui fait face à l'angle nord-est de la grande construction, dont la nature précise demeure indéterminée.

§ 3. Les maisons et mitres édifices privés.

A l'intérieur du rempart et sous l'abri de la forteresse, les maisons s'entassaient à peu près invariablement en un désordre inextricable. Toujours de proportions minuscules, elles donnent beaucoup mieux

Fiii.3G.

Gkzei;. Lu coin de la ville cananéenne du xvi" siècle environ av. J.-C. — Phot. autorisée par M. Macalister.

l'impression de réduits à emmagasiner des provisions que celle d'habitations confortables (fig. 36V Même dans les villes où l'enceinte est en pierres appareillées, les demeures privées sont négligemment construites en briques sèches ou cuites, avec soubassement en pierres, ou en mauvais blocage, cailloux ou éclats de roche noyés dans un mortier de bone, sans aucune trace de taille même sommaire.

M. Macalister donne pour raison très plausible de cette apparente anomalie qu'on devait employer des ouvriers techniques à la construction du rempart, tandis que chacun, suivant sa capacité, dressait les murs de sa maison. Ces murs, parfois simples cloisons de 0",23, 0'",45, ont souvent une épaisseur qui contraste avec l'exiguïté des

pièces, tantôt isolées, tantôt en communication les unes avec les autres par groupes de deux ou trois cliambrettes n'ayant qu'un maximum de superficie rarement supérieur à 3°',50 ou* ^i- mètres (1). Il n'est question nulle part d'un système quelconque d'ajourement ou d'aération

autre que la porte. Des ouvertures pouvaient, il est vrai, exister dans les plafonds et les parties supérieures des murs; tel ustensile en terre cuite découvert a Ta'annak aurait une explication toute simple, à en faire une de ces prises d'air et de lumière. C'est un manchon cylindrique (fig. 37), étranglé en son milieu, long de 0°',32 avec un diamètre de 0'",30 aux extrémités et de 0^^,20 , au centre. On n'enreo:istre en sa description

Fig. 37. — T\ ANNAK. Manclion de ... ,

terre cuite. D'après sf.i.un, Tell aucunc trace de raiuurc impliquant F adapta-

Ta'anne/c, lig. ^'* et p. 29. <• ^ i? . «r i o

tion a d autres pièces analogues pour tormer un conduit et son rétrécissement central parait le rendre impropre à cet usage (2). Il présente au surplus de telles similitudes avec les cylindres de terre cuite employés dans l'architecture chaldéo-assyrienne pour l'ajourement des pièces voûtées (3), qu'il est difficile de ne pas l'interpréter de même sorte. La longueur du cylindre de Ta'annak est trop faible sans doute pour qu'il ait été inséré dans une voûte, à moins de le supposer installé verticalement tout à fait à la clef, où l'épaisseur est réduite à son minimum. On l'imagine plutôt engagé dans le haut

(t) Ainsi à Gézer, QS., 1903, p. 108. L'examen plus approfondi de ce qu'étaient ces humbles demeures suppose la connaissance de quelques plans détaillés et nous ne pouvons sur ce point devancer l'étude de M. Macalisler. Bliss en a publié quelques-uns de Lâcliis qui seront consultés avec intérêt (4 Mound..., p. 34, 45), quoique très lacuneux.

(2) On notera aussi qu'il se termine d'un côté par une lèvre fine et évasée, de l'autre par un bourrelet, autant que la photographie de M. Sellin (Tell Ta^annelc..., p. 28) permette den juger.

(3) Signalés naguère et interprétés par M. Place, ces tuyaux sont décrits dans Perrot et Chipikz, Hist., II, 190 s., fig. 62-65. Le procédé, à peine modifié, est demeuré courant pour l'éclairage des bains turcs. Est-il besoin de signaler que le système d'éclairage imaginé par Friedrich pour Sendjirli {Beitrage...,Ll.,p. 239), treillis métalliques garnissant l'espace vide ménagé entre la crête des murs et la corniche du toit, est inadmissible dans les huttes archaïques dont nous traitons? Il serait plus simple d'imaginer, dans les parois de torchis ou de briques, des ouvertures encadrées grossièrement de quelques morceaux de bois arc-boutés. Les hibitaiions préhistoriques de Thérasia, petite île voisine de Santorin au nord-ouest, paraissent avoir été uumies de véritables fenêtres (Perrot te Chipiez, HisL, VI, 145), inconnues, semblet-il, à l'architecture primitive de l'antique Orient. Dans le palais de Goudéa par exemple, M. de Sar/.ec note expressément cette absence de fenêtres en tous les murs, relativement hauts encore [Découvertes en Chaldée, p. 19, 21). Les fenêtres dont il est question çà et là dans la Bible (Jug., 5, 28 ; / Rois, 6, 4, etc.) sont toujours dans des édifices d'une spéciale impor tance, comme aussi d'une époque relativement récente, comparée aux origines.

LES VnXES CANANÉENNES. 67

d'un mur, ou dans un plafond en clayonnage recouvert de terre battue, ce qui parait bien avoir été un mode de toiture courant à de long ues époques de la consti:iiction en Palestine. L'indication s'en trouve, croyons-nous, dans la présence fréquemment constatée de petits pilastres de pierre ea relation avec les murs des ciiambres, habitations ou magasins. Ils sont signalés à Gézer (1) par groupes ordinaires de trois répartis avec une symétrie plus ou moins parfaite sur le g-rand axe central de la pièce. Leur espacement moyen est de 0"\90 à peu près; ils ont des hauteurs variables et leur diamètre oscille entre 0*^,45 et 0'",60. M. Macalister y a reconnu dès l'abord un rudiment de bases de colonnes, ou plutôt des supports destinés à recevoir les poutres de bois qui soutenaient les plafonds. Ces socles isolaient les poutres de l'humidité du sol et mettaient leur pied plus à l'abri des heurts trop fréquents. Rien de plus obvie et de mieux fondé que cette explication; outre son intérêt pour la reconstitution de la maison cananéenne, elle offre l'avantage d'éliminer un nombre considérable de prétendues pierres levées, bétyles, ?7ias.^éboth, colonnes ^sacrifices, qui encombrent parfois les comptes rendus des fouilles (2) et dont la multiplication à outrance risquait de discréditer les stèles religieuses les plus authentiques.

C'est ainsi que M. Dussaud a toute chance d'être dans le vrai, quand 1 propose d'interpréter comme éléments architectoniques le double alignement de pierres levées découvert à Ta'annak. Elles sont en bordure sur chaque côté d'une rue considérée par M. Sellin comme une voie sacrée entre les dix bétyles, à propos desc[uels il évoque la mention de dix tribus d'Israël dans le cantique de Débora et les groupes de cinq stèles sur des intailles mycéniennes et des vases carthaginois. Si une vraie rue antique isole les deux alignements de colonnettes, on y pourrait voir les socles de poteaux de bois qui auraient supporté la toiture de petites échopes. De toute façon leur rôle religieux demeure invraisemblable. Il en faut probablement dire autant des douze ou c|uinze colonnettes analogues découvertes au bord méridional de Tell el-Moutesellim. La plupart portent gravée une lettre en hébreu archaï-

(1) Q.Ç., 1904, p. 115 ss. C'est sans doute un vestige de support analogue qu'il faut recon. naître en un petit « bloc cubique » dont le pied est engagé dans un parement d'argile et de cendre à Tell Zakariyâ dans une couche préisraélite. MM. Bliss et Macalister proposaient d'y voir hypothétiquement « un autel domestique; peut-être aussi un simple siège » [Eûccavations..., p. 22; cf. pi. 4, n" 11).

(2) M. R. Dussaud {Questions mycéniennes, p. 10 ss., tiré à part de la Revue de l'hisi. des religions, 1905) a déjà cherché à réagir contre cette tendance exagérée à la consécratioH religieuse de toutes ces colonnettes, dont la plupart ont un rôle architectonique évident. Sa réaction, pour être un peu trop radicale, n'en est pas moins très justifiée.

que (fig. 38). Le groupement de quelques-unes a, parait-il, suggéré ridée d'un « lieu de culte entouré de pierres levées (1) »; à quoi n'est guère favorable la réapparition de meniçs blocs sur un autre point et dans un autre ordre. On ne saurait toutefois discuter sérieusement ce cas avant d'avoir une description complète et des plans.

Kig. 38.

Megiddo. Pierres portant des sigles hébreux archaïques. D'après Schumacher, MuN..., 4905, p. -21.

Un curieux édifice du x® siècle environ, à Lâchis, offre peut-être la plus large application des socles de pierre disposés pour porter des piliers de bois. Vers l'extrémité septentrionale du ïell, M. Bliss a mis à jour six rangées de pilastres manifestement groupées deux à deux entre des débris de murs (fig. 39). Ces pierres fort peu régulières ont une moyenne hauteur de 0'",76 sur 0'",38 de côté. Elles sont dressées, avec une symétrie très approximative, sur un soubassement en terre battue (2), dont les isole une « mince couche de sable jaune et

(1) MuJSDPV., 1905, p. 22; cf. les phot., fig. 12 et 13. Les sigles hébraïques ne font manifestement rien en ce sens ; on sait l'analogie que présentent les lettres phéniciennes sur les blocs du rempart d'Éryx ou des substruclions du Haram à Jérusalem.

(2) M. liliss note expressément qu'il s'agit « not of individual brick », mais de « platform... of mud-wallings, pebbles, etc.», qui se termine, au bord du plateau, par une rampe haute

LES VILLES CANANÉENNES.

fm ». Un remplissage mal défini les enfouit de façon à créer, presque au niveau de leur sommet, une plate-forme cailloutée. Un mur orné de saillies très rapprochées, avec des traces de stuc blanc, se dresse au nord, sur la crête du soubassement d argile. Les autres lambeaux de murailles ne laissent pas deviner Tensemble de la structure; il y a pourtant toute vraisemblance que M. Bliss ait eu raison d'y voir quel-

Fig. 3î>. - Lacius. Construction à pilastres. D'après Bliss, A Mound..., p. 01.

que grand édifice public en manière de hally avec toiture supportée par des piliers, dont les pierres encore en place formaient la base (1). Toutes les villes grecques archaïques ont fourni des exemples de ces supports de pierre, qui devaient se développer graduellement en véritables bases de colonnes. Il semble même qu'une base déjà moins rudimentaire se soit trouvée à Gézer parmi des ruines du xv^'-xiv*' siècle et il sera intéressant d'en étudier le galbe dans la publication finale de M. Maca lister (2).

(le O'^eo » (op. L, p. 93 s.). Toutes proportions gardées, ce dispositif rappelle assez bien l'invariable soubassement d'argile foulée ou de briques sècbes de tous les édifices de quelque importance, en Chaldée et en Babylonie.

(1) l£n l'absence de traces de bois carbonisé, M, Bliss admettrait des piliers de briques; non sans observer toutefois que les poteaux de bois ont pu être supprimés autrement que par l'incendie. Des piliers de briques n'auraient pu être élevés qu'à une très faible hauteur sur l'étroite base que leur offraient les pierres. Le dispositif de ces socles et la surélévation du pavement s'expliquent sans doute par un souci de précaution pour l'assèchement de l'édifice,

(2) Q.S., 1903, p. 113. Les analogies invoquées ici dans la Grèce archaïque seront trouvées

Ce système de supports implique évidemment l'existence de toits plats établis sur un solivage transversal et recouvert de terre foulée, comme le sont aujourd'hui encore la plupart des terrasses dans les villages palestiniens. 11 est vraisemblable toutefois qu'on a dû aussi construire à une époque très reculée de véritables voûtes, soit en pisé, soit en moellons, voire même en briques. La simplicité d'outillage requis et la facilité d'exécution d'ouvrages de cette nature par les maçons modernes (i) les moins familiarisés avec les procédés scientifiques de

dans Pérrot et Ciiihez, Ilist.., t. VI, à défaut des comptes rendus directs d'explorations contemporaines.

(1) Ces voûtes, qui ne laissent pas d'offrir souvent beaucoup de régularité et une solidité

suffisante malgré leur largeur d'ouverture, sont montées sur des formes rudimentaires; c'est en général un pilotis plus ou moins serré, garni de branchages, de roseaux, de débris de nattes ou de morceaux de planches; le tout est agglutiné avec delà boue, entassée en quantité sutTisante pour obtenir la hauteur de la voûte à construire.

La voùle elle-même peut être recouverte d'une terrasse quelque peu vallonnée pour l'écoulement des eaux. On sait que la voûte appareillée était réalisée vers l'an 4000 par les architectes chaldéens (fig. 40) et que ceux d'Egypte en ont fait usage probablement dès la IV ou la V dynastie, à Abydos par exemple.

Mais les traces de voûtes appareillées sont trop rares encore dans les chantiers de fouilles |)our qu'on en puisse admettre un très large usage en Canaan.

Il ne s'est rencontré nulle part quelque vestige d'un curieux système imaginé par M. Schick :

de longues dalles de pierre posées en travers sur les angles de la pièce à couvrir et chevauchant les unes sur les autres jusqu'à fermeture complète de cette sorte de coupole fruste [ZDPV., XVII, 1894, p. 3, fig. 4); ni non plus du procédé plus pratique des dalles horizontales posées sur des arceaux assez rapprochés, à la façon des édifices du Hauran, souvent vieillis avec outrance, car la plupart datent des temps romains. Tout ce que comportent les pauvres murs décrits est un solivage recouvert de terre battue, dont le poids portait d'ailleurs en majeure partie sur les supports verticaux. Quand les auteurs de manuels d'archéologie (v. g. Bkîszinger, Hchr. Archœologie, p. 115 et 232) arguent du manque de forêts dans la Palestine contenq^oraine pour exclure Vhypothèse de constructions où le bois aurait eu large place, leur raisonnement a priori

Fig. iO. — Voûte clialdcciine du w s. environ av. uoirc ère. D'après DE Sarzec, Découver les..., pi. 57'''%!.

LES VILLES CANANÉENNES. 71

construction, incline à penser que l'usage en est très vieux et qu'il a pu être employé parallèlement avec les voûtes de briques signalées à Ta'annak.

Le sol des habitations est à peu près invariablement d'argile battue ou de grossiers enduits. A Gézer on signale de rares traces de béton ; les dallages plus soignés de Ta'annak n'ont été rencontrés qu'en des édifices publics, palais ou forteresses, et le pavé signalé dans le hall de Làchis se place dans la même catégorie. Des crépissages d'argile fine ou mêlée de paille et de chaux revêtaient ces pauvres murailles : on conçoit qu'il en subsiste inliniment peu de vestiges, assez toutefois pour attester leur emploi.

Un trait des plus caractéristiques de l'habitation cananéenne est le foyer creusé à même le sol, vers le milieu d'une pièce principale, souvent aussi relégué dans un coin. C'est une simple cavité, de proportions variables, aux parois enduites de terre glaise, qui a pris, sous l'action diversement prolongée du feu, une solidité et des colorations ne laissant aucun doute sur la nature des trous en question (1). Il en existe en effet de forme similaire où l'on ne constate pas trace de fumée ni de cuisson des parois; ils ont dû servir à des dépôts quelconques, ou d'appui pour les volumineuses jarres à provisions. Çà et là un espace plus vaste, quoique muré de même sorte, donne l'impression d'une cour enclose précédant la maison, suivant un usage commun encore dans les villages de la contrée. Il va de soi que d'aussi faibles

devra se modifier pour tenir comple des faits. 11 y aura lieu surtout d' la nature des pièces de bois requises — à coup sur pas les charpentes des basiliques byzantines!

— et aussi dans quelle mesure la Palestine d'antan était dénuée ou pourvue de forêts. Le fait que Salornon ait fait venir du Liban les bois du Temple et de son palais ne prouve rien, car il tenait à employer les cèdres fameux de la montagne :

les plus vieux monarques de Chaldée en avaient fait autant, et les Pharaons se donnèrent souvent le même luxe.

(1) lissent même un précieux élément pour la distinction des couches; cL Bliss, a Mound..., p. \).

Quelques-uns sont de construction plus savante, avec un foyer proprement dit; cL Seli.in, Tell Ta'annek..., p. 49 et 93; Bliss, op. l., p. 97, etc.

Édilices assyriens voûtes. D'après un bas-relief.

iiircs ne comportaient pas d'étages et l'examen a montié que l)artout où les fouilles mettaient à jour deux sols superposés, enclos des mêmes nuirailles, il y avait toujours eu succession, et ruine petite ou grande de l'habitation inférieure.

L'aménagement ne pouvait être que fort rudimentaire; il convient

néanmoins d'observer que nos éléments d'information à ce sujet, sont particulièrement insuffisants. Les oritices de citernes dans les maisons paraissent fréquents à Gézer(l);M. Macalister décrit aussi, en relation avec des chambres, dans une des plus profondes couches, certain cercle de pierres solidement bâti constituant un petit puits de 0"',38 de diamètre. Il en faudrait connaître avec plus de précision la structure et la relation avec les habitations pour apprécier mieux l'hypothèse émise d'un (c autel domestique (2) ».

La destination primitive des pièces est parfois indiquée par les trou-

Fii;. 4-2. — GÉzER. Un grenier cananéen. Photographie ol)ligeanuneut communiquée par le PEFund.

(1) Le roc est tout perforé de ces citernes : « one appropriated to each liouse or group of houses », dit Macalisteu, QS., 1903, p. 111. Suit une briève description du type le plus commun : puits circulaire ayant un moyen diamètre de 0'",90 et une profondeur de 1"',50 qui débouche dans une chambre à plan vaguement rond oa carré, généralement profonde de 6 mètres environ et large de 4 à 7 mètres. Je ne vois pas que les fouilles aient sanctionné le principe, assez courant dans les manuels, que les plus anciennes citernes étaient creusées en forme de bouteille; cf. Benzingku, op. L, p. 229. Dans une ville exposée aux éventualités d'un siège l'abondance des citernes était de première nécessité. On se rappelle avec quelle emphase Mésa signale (ùncr,, lig. 24-25) les mesures prises par lui à Qorkha (cf. Lagrange, Jili., 1901, p. 525, 528 SS., 534 s.

(2) Quart. St., 1903, p. 111. Certaine « circular brick construction » mal délinie, à T. Zakar riyâ, et pleine de débris divers pourrait bien avoir été une fosse à offrandes analogue à celle» des habitations grecques antiques (cf. Bliss-Macalister, Excav...^ p. 25.

LES VILLES CANANEENNES.

vailles qui y sont faites : ici c'est un grenier (fig. 42) d'où l'on extrait jusqu'à 600 couffes de froment carbonisé (1) ; là un magasin où s'alignaient encore des files de jarres (cf. fig. 43) ayant contenu les denrées les plus diverses. Des réduits dans les murailles tenaient lieu d'armoires. Mais l'exemple le plus intact et sans contredit le plus intéressant d'une habitation cananéenne, apparemment vers le xv" siècle, est celui que M. Selliu a eu la bonne fortune de découvrir en pratiquant un dernier sondage à Ta'annak(2). Rien n'a changé en ce logis depuis le jour où un cataclysme inconnu y supprima la vie. Les squelettes des derniers occupants sont demeurés étendus dans un appartement, où l'heureux explorateur a trouvé en place les vases et ustensiles du mobilier, les provisions, les bijoux, jusqu'à la déesse tutélaire du logis, une petite Astarté de bronze fixée dans un angle de la muraille (3) ayant Tair d'attendre sans lassitude le retour de la vie et de son culte en ce lieu.

C'est dans toutes les villes explorées, le même entassement chaotique des maisons, j'allais dire des cases. Les rues ne sont que des passages étroits et tortueux, dont le tracé se modifie d'une période à l'autre (cf. fig. 44). Détail singulier : dans la première ville reconstruite à Gézer, vers 3000 par conséquent, ces « rues » sont pour l'ordinaire de réelles chaussées de pierres, hautes de 0'°,30 à 0'",90 et larges de l'",50 environ, érigées sur le roc, dont elles rachètent les inégalités (4).

Au surplus, ce dédale qui choque nos modernes concepts occidentaux et qui éclate sur un plan mieux encore que dans la réalité, n'affectait pas les vieux orientaux; il est même plus d'un village de la

(1) « ... rallier more than a ton of corn... charred ». Quart. St., 1904, p. 198; cf. p.^ 14); cf. huiiS-yixcALiSTEh, Excavations..., p. 22 pour T. Zakariyà. Ailleurs on signale dans les jarres, desgrainsde toute nature, des olives, du vin, de l'huile ; cf. Seuin, TellTa'^anneU..., p. 20, 72, etc.; Bliss, AMound...,\y. 112.

(2) Cf. RB., 1905, p. 270 S.

(3) A la façon de Vicône domestique, en la plupart des demeures orthodoxes de ce pays-ci.

(4) Quart. St., 1902, p. 320. M. Macalister déclare avec humour que les rues de Jérusalem, dont le dédale légendaire fait le désespoir des visiteurs, comparées au réseau de Gézer à n'importe quelle époque, lui paraissent les tracés au cordeau « d'une jeune cité américaine » [Quart. St., 1904, p. 115).

Fig. 43. — GÉzEii.Une jarre à grains.

Phot. due à l'obligeance du Fund.

(UNAAN.

Palestine moderne, voire plus d'une ville encore soustraite par son isolement aux influences européennes, dont le cliaos n'est guère moindre (1).

On aura remarqué dans la description qui précède l'absence de tout essai de classement en périodes et de toute indication d'une évolution (juelconque d'aménagement ou de structure dans cette architecture privée. C'est que rien n'est possible encore en ce sens. Les trouvailles extrinsèques ne laissent pas de doute sur la stratification et les dates, au moins approximatives, de ces habitations; mais la construction

Fig. 44. — GÉZER. Plan d'un quartier de la cité cananéenne. D'après Macalister, QS., 1!»04, p. 116.

elle-même se présente avec des caractères et une physionomie à peu près identiques depuis les origines. L'esquisse d'un développement tentée par Sellin (2) à propos des maisons de Ta'annak est caduque. 11 vaut aussi d'être noté, à l'adresse de ceux que heurterait le trop chétif aspect des ruines exhumées en des cités si fameuses, que peu de siècles d'abandon et de dévastation suffiraient largement à donner une physionomie tout aussi misérable à mainte localité importante, dont les édifices ne laissent pas que d'avoir bonne mine aujourd'hui, sous la blancheur des crépissages à la chaux, ou encadrés de quelque végétation.

Les fouilles ont établi qu'à peu près partout les premières populations furent troglodytes (3). Ainsi qu'on le verra en son lieu, nous

(1) Hébron par exemple et Naplouse (Sichem) ne le cèdent en rien à Gôzer de l'an 2000.

(2) Tell Ta'annek..., p. 95.

(3) Si aucun indice n'a «Hé relevé à Làchis, ils sont nombreux au contraire en d'autres

LES VILLES CANANÉENNES.

sommes déjà renseignés avec une certaine précision sur ces peuples néolithiques. Mais rhabitation palestinienne à cette période eut-elle la double phase signalée, ailleurs ou le double mode simultané : caverne et hutte de branchages et de glèbe ?

Un avenir prochain peut éclairer à ce sujet. En Tétat présent de nos informations, la distinc-

Fig. 4.J

— A travers le village moderne de Beit Zakariyà. Phol. du P. O'Ileillv.

tion une fois constatée entre les habitations troglodytes ou les premiers gourbis érigés à fleur de sol et les

maisons qui viennent d'être décrites, nous serions en peine de distinguer, par leur structure seule, une maison cananéenne - du xx^ siècle et la demeure t d'un Israélite du x% peut-être même une case contemporaine (cf. fig. 45), en n'importe la-

— Gkzer. Un égout cananéen. D'après ,, , ' .,, . . ,. , , . ^

MAC4I.ISÏF.R, QS., 1903, fig. 1. quelle des villes étudiées (1).

villes de la Chéphélah (cf. Buss et MxcxusTEïi, Excavations..., p. 267 ss. pour une discussion générale des cavernes de la région); à Gézer, voy. Quart. St., 1903, p. 20 ss.. 321 ; 1904, |). 108 ss., etc.; à Ta'annak, voy. Sellin, op. t., p. 41, 85. Les données précises manquent encore pour Megiddo. A Jérusalem le troglodytisme paraît avoir été admis avec une réelle exagération, à cause des nombreuses excavations dans le roc des collines. Cf. surtout Sciiick, Die Bauge schichte (1er Stadt Jérusalem... Vordavidische Zeit; ZDPV., XVI, 1893, p. 237 ss.; et M. Benzinger (Hebr. Arch., p. 118 et 231) daterait volontiers de David les premières maisons.

[1) La construction en torchis ne présente en effet aucune divergence appréciable à toutes les époques de son emploi et on a déjà noté plus haut qu'il n'y avait apparemment rien à tirer du module des briques palestiniennes. Peut-être un examen plus attentif encore et plus développé aboulira-t-il à quelque classement sommaire par la nature même des briques, pâte plus ou moins fine, éléments mélangés à l'argile, dessiccation ou cuisson variable, etc. Mais de tels indices ne peuvent jamais être que précaires. On sera mieux guidé par le travail de la pierre dans la mesure où la pierre de taille est employée pour les maisons ; car s'il s'agit

Quand chacun avait pourvu comme il Fentendait à son installation et

([ue la cité s'était munie d'une acropole et d'un rempart, la tâche des constructeurs était à peu près épuisée. En dehors peut-être de quelques aménagements hydrauliques, tels que le barrage établi ;\ Lùchis au continent de l'ouâdy cl-Hésy et de l'ouâdy Djézair, pour capter en un vaste réservoir les eaux pluviales (1), ou rimmensc bassin au milieu de la ville à Gézer (2), on ne signale, dans les villes récemment fouillées, aucun vestige de travaux publics. Les réseaux d'égout, l'aménagement des citernes, sont d'une exécution trop nécessairement simple et partout identique, pour qu'il vaille de s'attarder à leur étude. Signalons toutefois, à propos de canalisation, le système quelque peu étrange de canaux créés avec des jarres défoncées, emboîtées les unes dans les autres (fig. 46 s.). On se les explique d'autant moins bien qu'il eût été fort simple à un potier de modeler des tuyaux cylindriques d'une ■ i , .

exécution plus rapide et d'un : ; : ;

agencement plus facile; il faut pourtant accepter le fait (3).

Une autre construction découverte à Lâchis, dans la ville du XV* siècle,, mérite de fixer l'attention : elle est décrite par M. Bliss comme une sorte de

Fig. 47. — GÉZER. Canal en jarres.

D'après Macalister, QS., 1904, p. i;{.

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l'iS.

— Lacihs. In four à potier (?) cananéen. D'après Bliss, A Mov.nd..., p. 47.

(l'un simple blocage, il demeure très difficile de discerner intrinsèquement entre le pan de mur qui protégeait rentrée d'une caverne de Iroslodyle à Gézer {Quart. St., 1903, p. 317; cf. infra, lig. 63) vers l'an 4000, et le soubassement des maisons de Ta'annak au x* siècle.

(1) Les traces en ont été signalées naguère par M. Flinders Pétrie, Tell el Hesy..., p. 18/ Une semble pas qu'on ait pratiqué le moindre sondage pour examiner la digue plus à fond.

(2) Long de 17"',40, large de 14 et profond de 15 mètres en chiffres ronds tet creusé en entier dans le roc, à une période difficile à déterminer, mais que M. Macalister a peut-être fait descendre trop bas, jusqu'aux Macchabées {Quart. St., 1904, p. 9-12; cf. 1903, p. 321 s.).

(3) Cf. Quart. St., 1903, .p. 20, dans les décombres datés du xix'^ au xv'' siècle; 1904, p. 14 et fig. 2. M. Macalister voulant donner à cette curieuse structure une documentation archéologique, cite le canal « babylonien beaucoup plus soigné » fait avec des jarres et figuré dans HiLPRECHT, Explorations in Bible Lands..., p. 365. La référence est en effet topique, mais

LES VILLES CANANÉENNES.

Un four à potier babylonien.

haut-fourneau avant la lettre (fig. VS) (1). Une chambre ayant un diamètre de 2'^,14-, est fermée par un mur circulaire épais de 0^,75 environ. Ce mur, haut encore de . .___ 1"^,80, est construit en argile avec "^j ----.^-^-„— .-.«— ^— .^

quelques moellons bourrus, et

strié de canaux qui s'enfoncent

d'abord verticalement pour se

réunir vers la base du mur et

déboucher obliquement par de

communs orifices un peu audessus du niveau intérieur de la

chambre. Celle-ci était pavée eh

briques dont la face avait été

calcinée et recouverte, comme les parois inférieures et Torifice des

tuyaux, d'une patine à reflets métalliques. 11 y avait encore, au moment de la fouille, un lit de cendres et un amas de scories, éclats de briques, apparence de mâchefer (?), dont l'analyse n'a pu déterminer la nature.

Il est douteux néanmoins que l'installation représente une fonderie ; M. Bliss a très bien vu la difficulté d'une telle attribution, puisque le fer n'apparaît que plus tard dans les décombres du Tell. 11 n'osait s'arrêter à l'hypothèse d'un four de potier, qui paraît cependant la plus fondée et peut assez bien briques découvert à Nippour (fig. V9) et (2), mieux encore peut-

Fig. 50. — Coupe d'un four à potier romain. D'après Dakemiîeug et Saglio, Dictionnaire..., H, 'ii:i:'>, l]g. 3^01.

être comparée au four à

daté « d'environ 2300 avant Jésus-Christ «

être avec tel four à potier romain (fig. 50).

Le dernier type de structures à mentionner ici sont les pressoirs à huile ou à vin trouvés en chaque site (.3). La plupart sont de simples

elle a dû être faite trop rapidement ou de mémoire, car la vignette en question a pour légende (( ... about 200 B.C. », et autant qu'on peut s'en rendre compte dans le texte, il s'agit d'un drainage d'époque parthe. Le système de canalisation ou de drainage babylonien depuis les plus lointaines époques, avant Sargon P' et Naràm-Sin, est indicjué dans Hilprecht, op. L, p. 396-402, cf. 372, et Babelon, Arch. orient., p. 29 s.

(1) A Mound..., p. 46 ss. ; cf. p. 190.

(2) Hilprecht, Explorations..., p. 489 ss. avec une phot. et un essai de restauration.

(3) Cf. Sellin, Tell Ta'annek..., p. Cl, 93; pour Megiddo, voy. Schumacher, MuNDPVereins, 1904, p. 45-7; à Gézer, Quart. St., 1903, p. 112; dans les villes delà plaine, cf. Buss et Macalister, rarcaua/iow^..., p. 193, 196-8, etc. .

cuvettes taillées à des niveaux différents sur une plate-forme de rocher et mises en communication par des canaux. Ailleurs on ajoute à la

table rocheuse (fig. 51) des récipients mobiles, avec ou sans communication de l'un à l'autre. Le liquide était décanté au^moyen de vases à la main. Le plus remarquable exemple d'un pressoir tout entier construit a été trouvé à Lâchis (fig. 52), et date probablement du xiii* siècle (1). C'est un ensemble de récipients en argile cimentée, avec fond cimenté et incliné. Ils sont étages de façon à faciliter le transvasement, car tous ne communiquent pas ensemble. Un petit passage circule entre deux chaussées légèrement surélevées et munies d'un pavage en cailloux, dans lequel étaient ménagées des cavités pour soutenir les jarres contenant la grappe ou les olives apportées au pressoir.

Fig. 51.

- Ta'.unak. Un pressoir à olives. D'après Sei.i.in, t. Ta'annek..., fig. 71.

Au bout de cette aride enquête, nous voilà loin du mégalithisme gigantesque érigé en critère d'antiquité architecturale ; loin aussi des structures puissantes, au merveilleux appareil, les seules à concevoir, estimait-on, parmi les splendeurs de la royauté salomonienne ; loin enfin des spéculations sur la « chaux hébraïque », fij et autres fantaisies à l'avenant. Et ce serait un premier et très heureux bénéfice de l'exploration contemporaine, si elle avait pour jamais fait justice de ces principes de contrebande, qui compromettent parfois encore l'archéologie palestinienne.

— Lachis. Un pressoir du xni'' s. D'après Bliss, A Mound..., fig. 412.

(1) Bliss, A Mound..., p. 69 ss. Le môme savant a noté plus tard à Beii Djehrin un pressoir moderne constitué par des récipients superposés : l'huile était transvasée de l'un dans l'autre pour la clarification {Excavations..., p. 24).

LES VILLES CANANÉENNES.

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Plus précieuse, à coup sur, que cette donnée presque négative, est l'information déjà très développée, malgré ses incontestables lacunes, obtenue sur la physionomie des antiques agglomérations cananéennes. Si l'on veut bien se rappeler qu'il y a dix ans à peine nous étions aussi peu renseignés que possible sur les constructions contemporaines de la royauté juive, ignorant absolument tout des édifices antérieurs, on estimera qu'un progrès sérieux a été réalisé par la munificence des Sociétés qui prirent l'initiative des fouilles et

l'K K'I ♦ ' ûi oû Fig. 53. — GÉzEK. Un bastion dans le mur salomonien.

1 naDUeîe courageuse Phot. autorisée par M. Macalister.

des savants qui les di- .

rigèrent (1). Il serait peut-être dès aujourd'hui possible, en serrant

(1) On s'en convaincra, en ouvrant le t. IV, « Judée », de \ Histoire de l'art àe^ Perrot et Chipiez, ou les manuels courants d'archéologie biblique, aux chapitres « architecture civile » et « forteresses ». Les constructions contemporaines de David et de Salomon sont décrites théoriquement à coups de citations bibliques groupées et interprétées au petit bonheur Pour les époques précédentes, c'est l'obscurité dense où chacun discerne selon son inspiration quelques vagues traits généraux. C'est ainsi que M, Schicr, ZDPV., XVI, p. 241, attribue aux Cananéens une civilisation déjà fort en progrès — sur les troglodytes primitifs de Jérusalem! — sans la préciser autrement; tandis que Benzinger, Hehr. Arch., p. 231 s., ne voit le début d'une véritable culture que dans l'induence phénicienne. Le manuel date de 1894; Flinders Pétrie avait pourtant écrit, juste à l'inverse, dès 1891 après ses travaux à Lâchis : « The invasion of the nomad horde of Israélites on the high civilization of tlie Amorite

kings must hâve seemed a crushing blow to ail culture » {Tell el Hesy..., p. 17), et il

caractérisait âprement de « terribly barbarie âge » cette époque de la conquête de Canaan où il croyait voir sombrer la civilisation « Amorite ». Autre note : « La société, encore presque barbare, où les Juifs se sont fait leur place par la conquête, ne connaissait pas cet art de l'ingénieur militaire qui, dès cette époque, était déjà si avancé en Egypte... » (Perrot et Ceiipiiîz, op. /., IV, p. 396). On verra mieux encore plus loin ce que vaut aujourd'hui ce dernier verdict.

de plus près les dates et en insistant davantage sur des particularités techniques, d'esquisser une histoire des origines et du développement de cette architecture, toute primitive qu'elle soit. Les recherches en cours peuvent rendre de jour en jour l'entreprise plus facile et plus sûre; elle doit en tout cas ressortir à un homme du bâtiment. Quelques remarques très générales ont seules ici leur place à ce sujet.

xVussi longtemps que les huttes de terre foulée, couronnées peut-être de palissades, ont constitué tout l'effort humain en Palestine pour protéger l'agglomération des cavernes naturelles, des huttes de branchages ou des gourbis en argile et en bois, qui servaient d'habitations, il serait oiseux de chercher au dehors les influences qui ont produit cet art. Le même instinct, sur tous les points du globe, a g'uidé l'homme en ces premiers travaux pour son abri ou sa défense. Il a pu être partout non moins indépendant en son inspiration, quand il a commencé de régulariser à coups de hache de silex les parois brutes et friables de sa caverne, ou de dégrossir avec une masse en pierre les moellons qu'il empilait pour consolider sa hutte.

Une fois les métaux connus et mis en œuvre, quand cet outillage perfectionné a été appliqué à l'exécution de plus grands travaux, création de remparts proprement dits, érection de forteresses ou de demeures seigneuriales, il y a lieu au contraire d'examiner la quantité possible d'apport étranger en ce progrès. La question se pose en Canaan peut-être dès le xxx* siècle avant notre ère — la forteresse asiatique peinte dans le tombeau d'Anti, le mur intérieur de Gézer, — à tout le moins vers le xxv" siècle.

A cette date, le mur intérieur de Gézer, le rempart de Megiddo probablement aussi, sont de réels travaux d'ingénieurs, qui ne pou-

Fig. 54. — Ta'annak. Appareil d'épo(iue israélile. D'après Sellin, Tell Ta'annek..., iig. :>.

LES VILLES GANANÉENiNES. 81

valent s'improviser de toutes pièces en un premier essai. Du moins rimprovisation eût-elle dû aboutir à des résultats moins différents, puisqu'elle se serait produite chez le même peuple et dans des conditions matérielles très peu divergentes, les environs de Gézer et ceux de Megiddo offrant sensiblement les mêmes ressources en terre argileuse propre au moulage et en roches calcaires. Or l'ingénieur de Gézer a construit en maçonnerie ou en briques avec socle et parement de pierre l'ouvrage que son collègue de Megiddo faisait exécuter en briques sèches avec socle de pierre et glacis en argile.

Puisque nous ne sommes pas encore à l'époque de la migration cananéenne et que ce recoin méridional de Syrie, très voisin de l'Egypte, est fort éloigné au contraire des centres de culture babylonienne, il paraîtrait obvie de rattacher à l'art égyptien, florissant de vieille date, les origines de cette architecture militaire en Palestine. L'hypothèse était trop naturelle pour n'avoir pas été mainte fois émise et patronnée par de sérieuses autorités. M. Macalister, par exemple, s'est posé la question d'emploi de la brique à Gézer, puisqu'elle n'y est pas l'élément normal de construction ; il ne voit d'autre solution que d'attribuer les parties de rempart où elle intervient à des restaurations exécutées par des conquérants étrangers, chez qui l'usage de la brique était familier. 11 écrit : « La seule race remplissant cette condition qui ait laissé trace dans les ruines à cette époque si lointaine est l'Egypte (1) »; et en fait il ne serait pas éloigné d'admettre une occupation égyptienne de Gézer bien antérieure à la conquête de Thoutmès III, dont l'histoire écrite nous a gardé le souvenir. Il ne s'est pas d'ailleurs écoulé de bien longues années depuis que M. Maspero disait : « Les rares édifices hébreux dont il nous reste quelques débris nous montrent le système de construction et de décor usité en Egypte (2) » ; et il se référait aux monuments de Tell el-Hésy. Ce qui était bien justifié pour tel débris d'architecture relativement moderne, comme certain montant de porte à corniche égyptisante découvert par Pétrie à Lâchis (fig. 55), ne l'est apparemment plus s'il s'agit des remparts archaïques, même à Làchis. L'emploi exclusif ou prépondérant de la brique, pas plus que celui de n'importe quels matériaux, ne saurait être, on le conçoit assez, une base suffisante d'attribution archéologique. Les hésitations, parfois le scepticisme, de praticiens très qua-

(1) Quart, st., 1905, p. 29; cf. RB., 1905, p. 269. M. Macalister n'a d'ailleurs laissé passer aucune occasion de relever les multiples et profondes influences égyptiennes à Gézer, en les opposant à l'absence de tout élément babylonien. A Làchis, on a établi un rapprochement analogue; voy. Bliss, a Mound..., p. 126.

(2) Histoire ancienne... U, 746 s., écrit en 1897.

lifiés on matière (]e classement par le diagnostic de la maçonnerie, taille et modale des matériaux, ou procédés d'appareillage, ne peuvent qu'inspirer la réserve la plus prudente quand tout autre indice fait défaut (1). Peut-être estimera-t-on que pour des constructions de

briques l'examen attentif des modules est de nature à éclairer quelque peu. L'expérience a prouvé que cet espoir serait trompeur; il y a tout lieu d'en croire au verdict compétent de Flinders Pétrie, fondé sur de persévérantes observations à Lâchis : « il semble donc qu'il

Fig. 55. — J.Aciiis. L il nioiiiani de porte Israélite , . ,, , ^ i/i •

dux*-ix«s.D'aprèsFi.PKTniE,re»e?//esy,p.2(». H y ait pas grand chose a deduu^e

du format des briques et qu'il n'y eut jamais là, comme c'était le fait en Egypte, un module déterminé pour une période (2) ». Il trouvait même que les briques sèches, plutôt épaisses en proportion de la longueur, relevaient pour autant d'un type plus babylonien qu'égyptien (3).

(1) Cf. les remarques si sages et si autorisées de M. l'architecte Arch. Dickie, à propos des constructions de Jérusalem antique, Excavations at Jérusalem..., p. 282 s.

(2) FI. Pétrie, Tell el Hesy...^\}. 35. Je ne vois pas que Perrot et Chipiez, Hist., I, L'Egypte, ni Maspero, L'archéol. ég., aient signalé cette loi du module de la brique. R. Weill, Journ. as., janv. 1900, p. 94, y voit au contraire, pour le classement archéologique, « lindice précieux entre tous, parce qu'il est le plus permanent... le module... diminue au fur et à mesure que les monuments sont moins anciens »; cf. ibid., p. 98 et 142, où Weill oppose les briques du rempart d'el-Kab (V*' dynastie) « absolument énormes, ce qui est un signe de grande ancienneté », à celles de Saïs (XVIIP dyn.?) presque de mêmes dimensions que « notre brique cuite d'usage courant, qui mesure 22, 11 et 5,5 centimètres ». Maspero, L'arch. ég., p. 8, signale comme modules moyens maximum et minimum, 0"',38 x 0"',18 xO'",J4et 0"',22 X G-», 11 X O^jU.

(3) Pétrie, op. i!., p. 21. La brique babylonienne archaïque est en effet décrite dans les manuels comme^une tablette carrée, sorte de bloc factice auquel on donnait « le plus gros volume possible » (Perrot et Chipiez, Hist.,l. II, p. 115). D'après Barelon, Archéol. orient., p. 12, elle aurait eu a en général de 20 à 30 centimètres de côté sur 10 d'épaisseur ». Perrot et Chipiez disent au contraire : «... de 39 à 40 centimètres de côté et de 5 à 10 centimètres d'épaisseur » {l. l.). Ces données générales semblent trop imprécises, car on relève dans les comptes rendus de fouilles des modules qui échappent à ces cadres. A Tello, par exemple, on a des briques sèches de0'",20 x 0"\20 x 0",10; des briques cuites de 0"',30 x 0™,30 et dans un cas des briques cuites de O^jSO x 0"',50 (de Sarzec, Découvertes en Chaldée, p. 13 s. et p. 57). A Nippour, d'après Hilprecht, Explorations..., p. 542, les modules « pré-sargoniques », antérieurs à 3700 av. J.-C, vont de 0^,223 x 0"',130 x 0"',057 à 0"',305 x 0"*,197 x 0"',047. Les amateurs trouveront des informations plus développées dans le mémoire deE. J. Banks, The évolution of the bahylonian brick, dans le Biblicat World, sept. 1904, p. 218 ss. — description et reproduction de 43 types de briques d'après les fouilles récentes de la mission américaine k Bismya (Babylonie) — , et dans le chapitre de M. de Morgan sur les Constructions élamites {Mémoires de la Délégation en Perse, t. I, 196 ss.), fournissant une douzaine d'exemples datés avec précision par les inscriptions royales qu'ils portent; module

LES VILLES CANANEEiNNES. 83

Sans hasarder d'opinion en un problème si spécial à dirimer entre experts, ne pourrait-on observer, d'un point de vue beaucoup plus général, que la même empreinte babylonienne marque toute l'architecture de Canaan? Ce n'est pas au seul module de la brique, c'est à l'ensemble de la structure, plus encore au tracé des plans et aux formes des élévations, qu'il faut demander la preuve d'une assertion dont on ne manquera pas de s'étonner. L'installation intérieure des villes n'est pas suffisamment précisée pour qu'il y ait grand profit à attendre d'un rapprochement détaillé. Avec les travaux de défense il n'en va plus de même. Si l'analyse essayée plus haut est venue à bout de se faire objective et claire, le lecteur se représente les plus anciens remparts et les premières forteresses en pays cananéen caractérisés à peu près ainsi :

V Épaisseur variable des murs suivant les matériaux employés et proportionnée au degré de défense naturelle du site; mais toujours assez considérable pour résister avec avantage à la sape et permettre l'installation de chemins de ronde et d'autres organes de défense sur la crête.

2"^ Usage constant d'un socle de pierre dans les murs de briques; création de solides glacis à la base du rempart, ou construction par retraits d'une assise à l'autre, qui maintiennent verticales toutes les sections de la paroi munie de ce large empattement.

3^ Principe du flanquement par le tracé, ou par des éperons à plan rectangulaire, assez saillants et assez multipliés pour que les défenseurs puissent couvrir sur toute son étendue la base de la muraille.

Par ce triple caractère, d'une vérification facile sur de simples croquis, les ouvrages fortifiés de Canaan se distinguent dès l'abord de toute l'architecture militaire de l'Egypte aux périodes contemporaines. Il y a pour en faire juger beaucoup mieux que de plus ou moins correctes dissertations, la comparaison facile à établir entre les monuments, par les débris que le temps et les hommes n'ont pas encore fait disparaître. On les trouvera groupés, décrits et expliqués dans nombre d'excellents ouvrages, techniques à des points de vue différents (1). A l'examen des graphiques on saisira la divergence prominimum : 0"',17 X 0",17 X 0"',10 (Choutrouk-Nakhounta), mod. maximum : 0",378 x 0"',378 X 0"',096 (Chouchou-Char-Ilani).

(1) Sans recourir aux publications monumentales, telles que la Description de l'Égrjpte de Jomard, ou les Denkmiller de Lepsius pour les édifices égyptiens, les albums des diverses missions scientifiques d'Europe et d'Amérique pour la Babylonie, on se documentera largement : 1" pour la fortification égyptienne, dans R. Weill, mémoire déjà cité, œuvre d'un ingénieur militaire; M\SPER0, //is^oire..., I, 450 ss.; II, 52, 84, etc.; L'arch. égypt., ch. i, p. 5-44, avec 48 ill. ; Pcurot et Chipiez, Hist., I, L'Egypte, p, 98-122 — principes généraux de l'ar-

fonde que présentent avec les ouvrages palestiniens ces murailles massives, talutées pour l'ordinaire sur toute la hauteur, à tout le moins jusqu'au milieu, qui s'allongent nues, sans autre défense qu'un maigre parapet muni d'une rangée de merlons, ou une corniche permettant l'adaptation de quelques charpentes en porte-à-faux pour établir des défenseurs. Les conclusions techniques du lieutenant de génie R. Weill sont en ce sens d'une rigidité remarquable. Il estime qu'antérieurement à la XIP dynastie « les Asiatiques possédaient une science de fortification bien supérieure à celle que révèlent les types égyptiens de la même époque (1) ». Les ingénieurs pharaoniques connaissaient ces forteresses syriennes (cf. fig. 56), mais ils s'obstinèrent, pour divers motifs, à n'en pas imiter la disposition ; et si, au début de la XIP dynastie, vers le xxviir ou le xxv^ siècle, ils essayèrent d'utiliser le principe asiatique du flanquement latéral, ces timides essais ne réalisèrent jamais le perfectionnement depuis longtemps acquis en Syrie. Or, si les ingénieurs de Syrie se montrent dès l'origine en possession de principes plus savants, c'est qu'ils avaient été précédés en cette voie par les ingénieurs de Ghaldée et de Babylonie. A Tello, à Mougheir, à Ouarka, on bâtissait aussi en briques liées par des assemblages de madriers ou des claies de roseaux. Mais la pierre faisant

Fig. 56. — Un migdc»! cananéen représenté sur un bas-relief de Séti I<" à Karnak. D'après MaspkiïO, Hist., n, p. 127; cf. 373.

chiteclure égyptienne —, p. 451-502, « architecture civile et militaire )>; 2", pour la fortification chaldéo-assyrienne : Perrot et Chipiez, Hist., II, Chaldée, Assyrie, p. 113 ss., principes généraux — sans qu'il y ait une distinction toujours assez précise entre l'architecture des deux contrées —, p. 469 ss., « Les villes et leurs défenses » ; Babelon, Manuel d'arch. orient., p. 12-32 (Chaldée), p. 64-95i(Assyriej ; Maspero, Histoire..., I, passim, II, 632 ss. ; Dieu- LAFOY, L'Acropole de Suse, IV p., Fortification, surtout p. 171 ss. La brochure de Biller- BECK,i)er Festungsbau im altcn Orient dans Der alte Orient, I, n» 4(1900), utile quoique très sommaire; Hilprecht, Explorations in Bible Lands during the 19'^' century, T^ p., Assyrie et Babjlonie, bon choix d'illustrations, mal exécutées. Les articles fortification, dans les Encyclo])édies archéologiques, peuvent aussi être consultés. Il va de soi que ces rapides indications n'ont acune prétention au catalogue bibliographique, estimé superflu; elles veulent tout bonnement signaler aux lecteurs non spécialistes une variété suffisante de sources documentaires pour que tous aient chance d'avoir l'une ou l'autre sous la main. (1) Journ. as., 1900, p. 82.

r.ES VILLES CANANÉENNES.

défaut, on consolidait les faces extérieures au moyen de parements de briques solidifiées par un pétrissage plus fm et une cuisson' soigneuse (1). Toute la construction était haussée sur un massif en briques crues ou eu terre pilée, d'élévatiou variable, avec faces verticales ou rampes inclinées; ce n'était là toutefois qu'un élément préalable, bien distinct des murailles dont il abritait mieux la base contre l'humidité et contre la sape.

Des enduits d'argile ou de chaux assuraient aux parois une imperméaljilité telle quelle.

La muraille elle-même s'élevait à peu près toujours verticale, quitte à se rétrécir par gradins étages à intervalles proportionnés à l'é-

:i7. — In château fort assyrien liaussc; sur un soubassement rocailleux. D'après un bas-relief.

paisseur initiale du

mur et à la force de résistance qu'on voulait obtenir (2). Plus tard, en Assyrie, se retrouvent des principes identiques de structure ; mais les architectes y disposent de carrières de pierre d'où ils font extraire les blocs destinés aux parements que leurs collègues élamites et babyloniens étaient réduits à exécuter en briques (3). Plus saisissantes encore

(1) Un procédé analogue est révélé en Susiane, dans les très vieilles constructions anzanites, par les premiers travaux de la mission De Morgan {Mémoires..., 1. 1, p. 97 et le plan fig. 139 bis). Ce détail d'apparence très minime a cependant, lui aussi, sa portée au regard du problème examiné en ce moment. L'emploi de la brique cuite, soit comme élément unique de structure, soit comme parement sur un noyau de construction friable, a été signalé plus haut dans les édifices cananéens. Or, l'usage de ce revêtement est inconnu à l'Egypte, où du reste u la brique cuite n'a pas été souvent employée avant l'époque romaine » (Mvspero, L'nrch. ('9ypf-, P- 8); rinlluence de la Babylonie semble donc attestée, même de ce chef, plutôt que celle de l'Égypfe.

12) L'inclinaison régulière et continue assise par assise, de manière à créer une paroi en talus comme on le faisait en Egypte, semble avoir été l'exception en Chaldée et en Babylonie (cf. Pkrrot et Cuii'Uîz, Hist., II, 126). L'épaisseur des murailles était généralement moindre aussi. Le cas des murs de Babylone ayant 24 mètres d'épaisseur [oj). l., p. 478) n'inlirme pas cette assertion, car il s'agit du dernier rempart tel que l'avaient exécuté Nabuchodonosor et les monarques suivants.

(3) On n'a signalé en Chaldée qu'un seul exemple de « construction en pierre appareillée » : les murs du temple d'Éridou, Abou Chuhrein, déblayés par ïaylor en 1854 (cf. Perrot et Cuii'iEZ, Hist., II, 147, note), exemple demeuré isolé encore en 1903, au dire de M, Hilprecht, Explorations..., p, 213, note. En Assyrie la pierre pouvait au contraire être obtenue avec assez de facilité pour que les constructeurs en aient fait beaucoup plus large emploi. On

ces analogies dans le choix et ragencement des matériaux sont les analogies de plan dans les ouvrages de défense chaldéo-babyloniens. Le

Fig. i>8. — Construction archaïque de Telle. D'après de Sap.zec, Découvertes en Chaldée, pi. 53 6iS,2.

tracé à crémaillère pour une enceinte de forteresse ou de ville apparaît, très perfectionné déjà, sur la fameuse tablette de Goudéa (fig, 59) (1) et il n'est à peu près aucun pan de mur mis à jour dans le déblaiement

conçoit mal que M. Friedrich ait écrit {Beitrùge..., l. l.., p. 243) qu'en Assyrie comme en payshéléen, on n'avait employé d'autres matériaux que l'argile: « als Baumaterial... nurLelim verwendet » ; le palais de Sargon, qu'il étudie justement en cet endroit, eût pu lui fournir la preuve décisive du contraire : la base des murs, dans le palais et dans les remparts, est constituée par des parements de pierre, dont quelques blocs des assises inférieures « ont de 2"\50 à 3 mètres de côtés » (Babelon, Arch. orient., p. 64). Or l'usage de tels revêlements dans les murailles fortifiées, s'il en faut croire MM. Perrot et Chipiez (His(., T, 492), n'aurait été signalé en toute l'Egypte qu'à Héliopolis. Et pourtant la pierre ne faisait point défaut, grâce au voisinage des chaînes montagneuses qui bordent le Nil; on savait même se pourvoir des plus belles roches granitiques, débitées en blocs énormes, quand il s'agissait d'assurer V existence êlernelle d'un tombeau ou d'un temple : tout le monde en a en mémoire des exemples fameux. Il y a donc une réelle inexaclitude à considérer l'Egypte comme la patrie originelle de la construction de briques. Si la brique a été exclusivement employée dans les ouvrages de défense, le plus fréquemment aussi dans l'architecture privée, c'est en vertu d'une conception spéciale de la défense, mieux assurée, croyait-on, par de volumineuses masses d'argile; c'est aussi que la brique était plus à la portée des ressources de chacun.

(1) Dépourvu des tours figurées en projection, ce rectangle écorné est précisément le signe idéographique usité dans les plus anciens textes babyloniens connus, pour signifier Uru, « la ville ». Cf. le plan analogue d'un château fort assyrien tracé sur les portes de bronze de Balavvat (Perrot et Chipiez, Hist., II, p. 341, fig. 154). Il ne semble pas que l'Egypte ait offert quelque document technique de même nature, en dehors des deux plans d'hypogées signalés dans la Revue archéoL, 1898, I, 235 ss. On est toutefois suffisamment documenté à ce sujet par les peintures des hypogées et surtout par les ruines.

LES VILLES CANANEENlNES.

d'un palais ou d'uQ rempart, qui n'offre les saillies — contreforts, redans ou bastions — constatées en Canaan et déclarées par les techni-

Fig. 59. — Plan clialdéen sur la tablette de Goudéa. D'après de Sauzec-Hei zfy, Découvertes

en Chaldce, pi. 15, i.

ciens de conception plus pratique et plus savante que les parois nues et droites ou les imparfaites tentatives de flanquement dans les forteresses égyptiennes de l'ancien et du moyen Empire (1).

Les ouvrages spéciaux fourniront à satiété la documentation pour

(1) On invoquera peut-être à rencontre les célèbres forteresses nubiennes de Semneh, de Koummeh et de Kouban, érigées par Ousirtasen III ou les princes suivants de la XIV dynastie, et qui représentent les meilleurs ouvrages égyptiens. L'examen technique par des ingénieurs établira, pour qui peut vouloir être renseigné là-dessus, leur infériorité notoire. Cf. Weill, Journ. as:, mars 1900, p. 218 ss. ; DiELLAi OY, L' Acropolc de Suse..., p. 1G7 ss. Un autre exemple célèbre est celui du magadiloii, dit aussi le « Pavillon royal m de Ramsès III, à Médinet-Habou (fig. 60 s.). DepuisMariette, on s'accorde à n'y voirqu'une fantaisie grandiose du conquérant, imitant, pour perpétuer le souvenir de ses victoires, à l'entrée de son temple et de sa chapelle funéraire, un de ces redoutables migdols asiatiques bâtis en manière de porte fortifiée et devenus par la suile le type probable des Fig. 60. —Plan du pavillon de Médinet-Habou. palais royaux en Syrie. A ce point de vue le monument de Médinet-Habou est d'un très grand intérêt et se place à côté de divers édifi-

un strict et indispensable contrôle de ces indications sommaires. Antiques bas-reliefs, descriptions d'auteurs classiques, ruines exhumées de nos jours, donneront à qui peut y prendre intérêt Firnage concrète

de cette architecture militaire dans les très vieux empires chaldéen, babylonien, élamite. A côté de divergences justifiées d'emblée par les conditions spéciale du sol, de la race et du temps, les similitudes éclatent trop intimes et trop précises pour qu'il soit permis, sem-

^^j^L^^Jg^ .j^.

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Fig. ()-2.

Appareil à épi en Chaldée. D'après de Sahzec-Hei;zey, Découvertes..., pi. 57,2.

ble-t-il, d'hésiter à reconnaître Fempreinte babylonienne sur les travaux de défense exécutés dès le xxv^ siècle avant notre ère dans les cités palestiniennes, jusqu'aux portes de TÉgypte (1). A quoi du reste ne s'oppose en rien la consta-

ces découverts par MM. Piichstein et Koldewey à Sendjirli et interprétés par eux comme équi- * valant au bit hillâni des Assyriens (cf. Friedrich, Beitr. zur Assyr., IV, L L). Mais on souscrira difficilement aujourd'hui à la conclusion de MM. Perrot et Chipiez, au terme de leur étude sur cet édifice et sur les forteresses nubiennes : « ... Nous serons... en droit de dire que c'est l'Egypte qui nous ofïrc, avec... les premiers temples, les plus anciens monuments de l'architecture militaire » (Hist.,

^' ^^^)* Fig. Cl. — Un côte (lu pavillon royal de Médinet-Habou.

(1) De plus minimes détails de Phot. du p. o'Reilly.

LES VILLES CANANEENNES. 89

tation faite en tel ou tel chantier de fouilles, à Gézer surtout, de relations évidentes avec l'Egypte, impliquées par mille détails relevant de la vie courante, alors que rien n'a pu être indiqué comme un objet de l'industrie babylonienne. On aura garde en effet de conclure du rapprochement établi à une conquête récente, ou à une domination directe et effective de Babylone sur Canaan à cette période du xw*" au xvîii" siècle qui comprend les premiers développements intéressants de la forlifîcation syrienne.

On évitera de même le recours à toute grande campagne conquérante de l'Egypte en Palestine avant les monarques fondateurs de la XVIIP dynastie. C'est le cas de rappeler le vieil et judicieux principe auquel M. de Morgan donnait naguère une nouvelle forme, appuyée de saisissantes applications : « La guerre était à coup sûr un moyen puissant de pénétration d'un peuple par un autre, mais cette cause d'expansion d'une civilisation n'est rien en comparaison des relations commerciales qui, lentement et de proche en proche, ont permis aux civilisations les plus anciennes du monde de rayonner sur toute la terre (1). » Si le rayonnement de l'antique culture chaldéo-babylonienne a été rendu manifeste sur une branche très spéciale de la civilisation cananéenne archaïque examinée dans les notes qu'on vient de lire, on voit l'intérêt d'un résultat que confirmera l'enquête à établir sur d'autres points. Et cet intérêt valait peut-être bien les stations longues et monotones auxquelles le lecteur s'est condamné devant des lambeaux de murailles ou des tronçons de remparts, qui peuvent désormais achever de s'écrouler, ayant rendu leur témoignage à l'archéologie pourvoyeuse de l'histoire.

structure pourraient être relevés, qui accentueraient les rapports entre les édifices des deux pays. Voici seulement deux exemples en ce sens : r emploi de l'appareil à épi ; T sable étendu sous des fondations. Je ne vois pas qu'on ait signalé ni l'un ni l'autre usage en Egypte. Or il est remarquable que lappareil identique ait été précisément celui des plus vieilles constructionsbabyloniennes en briques cuites — puits etcanaux — , au témoignage de Hilprecht [Explorations..., p. 543, avec vue d'un « \>m[:^ pré-Sargonique », à Nippour, soit \ers 4000 environ ; cf. un exemple semblable à Tello, de Sarzeg-Heuziîy, Découvertes..., pi, 57, 2 [fig. 62]). Faut-il rappeler d'ailleurs que l'idéogramme primitif employé pour signifier libittu, « brique » ou « appareil de briques », avait précisément ce dessin topique d'une arête de poisson ou de feuille de fougère? D'autre part M. de Sarzec a trouvé dans le palais de Gondéa, sous un lit de béton supportant le seuil d'une entrée, « un mélange de terre et de sable » où il a recueilli des talismans (Découvertes..., p. 41 ; cf. ibid., p. 72, les amas de sable extrêmement fin où se trouvaient les objets volils déposés dans les fondations). A Birs Nimroud, c'est également dans une couclie de sable que Rawlinson a recueilli, à chaque angle, le cylindre temenu, la pierre de fondation (cf. Hilpueciit, op. L, p. 183 s. et les magnifiques trouvailles d'offrandes de fondation mêlées à de la terre fine dans le temple de Chouchinak à Suse, DE MoHGAN, Mémoires..., t. VII, Gl, 03 ss.). (1) Mémoires de la Délégation eu Perse, t. I, 33.

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