‹ Canada et CanadiensChapitre 13 sur 33 · A TRAVERS LES PROVINCES DE LA SASKATCHEWAN ET DE L’ALBERTA · texte numérisé non relu

A TRAVERS LES PROVINCES DE LA SASKATCHEWAN ET DE L’ALBERTA

I.Dans la Saskatchewan. — IL Réserve des castors. — III. Les villes nouvelles. — IV. Le gaz artificiel. — V. L’Alberta. — VI. Calgary et Edmonton. — VIL Débouché sur la baie d’Hudson. — VIII. Mœurs américaines. — IX. Les Français d’Edmonton. — X. Education américaine.

I. — Après Winnipeg, la prairie continue pendant de longues heures, monotone et plate, mais nous arriverons bientôt dans les nouvelles provinces de la Saskatchewan et de l’Alberta. Là, le paysage changera. On apercevra quelques arbres, et l’horizon sera limité par des monticules et des accidents de terrain. Plus loin ce seront les Montagnes-Rocheuses avec les grandes forêts, les pins, les glaciers, les neiges éternelles des hauts sommets et, derrière ces montagnes, la province de la Colombie Britannique, qui va se terminer par la côte du Pacifique à Vancouver

et à Victoria. La ligne du chemin de fer a été, dans ces régions, d’abord posée à plat, en suivant les caprices du terrain, avec des rails légers de trente livres le mètre. Maintenant le trafic est considérable, les courbes sont corrigées. Les rails nouveaux pèsent quatre-vingt-dix livres au mètre. On a, en faisant des travaux d’art, diminué les distances de trente milles anglais sur des parcours de quatre cents milles. On voit, auprès de la nouvelle voie, le tracé de l’ancienne qui suit les mouvements du terrain. Celui-ci est si plat, dans la prairie, que Ton aperçoit les machines agricoles allant d’un bout à l’autre d’un immense champ, sans être arrêtées par aucun obstacle, aucune saillie.

A dix-huit heures de Winnipeg, c’est la région mixte. On cultive du blé dans la région plate, on fait de l’élevage là où le terrain est mouvementé. Bientôt celui-ci devient de plus en plus ondulé. C’est une région dont on semble peu s’occuper. A un peu plus d'un kilomètre de distance, un troupeau de quinze ou vingt antilopes regardent passer le train ; puis, deux heures après, toujours dans la plaine, nous voyons courir deux loups et, de temps à autre, paraître la piste tracée par les buffles en marchant l’un derrière l’autre dans le même sentier. Ces bovidés ont aujourd’hui disparu de ces parages, mais sur cette terre non cultivée leurs traces restent visibles.

IL — Et pendant des lieues, la prairie ainsi se continue. Non loin de la frontière des Etats-Unis, à deux cent cinquante milles de Winnipeg, près de la ville d’Oxbow, située sur la rivière Souris au sud de la province de la Saskatchewan, se trouve la

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réserve des castors. Cet animal, avec la feuille d’érable, figure dans les armes du Canada. Dans cette réserve il y a plusieurs centaines de ces animaux qui travaillent, vivant là sans crainte de l’homme de peau blanche ou de peau rouge. Ils sont dans la rivière Souris, sur les bords de laquelle se trouvent beaucoup de peupliers qui leur donnent le bois dont ils ont besoin pour leurs constructions et leurnourriture.

Il était défendu de tuer un castor jusqu’en 1908. La loi existe depuis 1896 et depuis cette date ils se reproduisent avec rapidité. Ces animaux sont très peu sauvages ; ils travaillent gravement et construisent leurs maisons sous l’eau, à la lumière 'de la lune . Lorsque tout dort dans la nature, on peut voir tous ces petits êtres à l’ouvrage.

En une nuit ils coupent souvent jusqu’à cinquantedeux arbres. Tous travaillent ; pas un seul ne reste oisif. Lorsqu’il se trouve parmi eux un paresseux, ils le rejettent de la société et ce sont ceux-là que l’on trouve isolés quand on en rencontre.

Les castors arrivent à abattre très rapidement un arbre de moyenne grandeur. Une fois à terre, l’arbre est découpé pour être utilisé à la construction de la maison ou pour servir d’aliment. Il tombe toujours dans la direction voulue par l’animal. La maison est bâtie sur le flanc des rives, l’entrée se trouve sojus l’eau. Puis ils viennent en remontant, de façon à ce que l’endroit où ils s’installent soit en dehors des atteintes des eaux, au-dessus de son niveau. La chambre est alors chaude, sèche et à l’abri du danger.

En général la femelle a quatre petits qui restent avec les parents pendant deux ans, puis ils vont plus loin fonder une famille et bâtir une maison.

Un gros castor mesure deux pieds de long et vingt centimètres de queue. G"est avec cette queue qu’ils travaillent. Ils s’en servent en guise de pelle.

La durée de leur vie est d’environ quinze à vingt ans. C’est quand ils ont neuf ans que la fourrure est le plus recherchée.

La population de la Saskatchewan, qui était de 91.279 habitants en 1901, atteignait au dernier recensement de 1906 le chiffre de 257.763. On ne compte pas moins de quatre-vingt-dix villes, de plus de deux mille cinq cents âmes, dans un district où il n’existait pas un seul colon il y a cinq ans.

III. — Deux villes essentiellement commerciales l’une et l’autre se serrent de près. Regina, capitale de la province de la Saskatchewan, compte 6.169 âmes, et Moose-Jaw, 6.249. En 1901, la population de la première de ces villes était de 2.249 habitants et celle de la seconde, de 1.558. Pendant le même intervalle, Saskatoon a passé de 113 habitants à 3.000. Il ne serait pas impossible que l’avenir donnât gain de cause à ce hameau, devenu si promptement une ville. Citons, enfln. Brandon, qui compte un peu plus de 12.000 âmes, ville admirablement située, mais peut-être trop rapprochée de Winnipeg.

Nous arrivons dans l’Alberta. Là, on élève surtout du bétail et l’agriculture fait place à l’élevage. Autour des villes et des fermes, on voit quelques arbres, mais il n’y en a pas un seul le long de la route.

Dans cette province encore, les villes poussent

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comme des champignons. Mon compagnon me dit qu’à son dernier voyage dans cette région, c’està-dire il y a quatre ans, on voyait à peine deux maisons aux environs de la gare devant laquelle nous passons en ce moment. Maintenant, à côté des élévateurs qui reçoivent le grain, s’étale une ville de 2.000 âmes. On sent la richesse des habitants et on entend parler des fortunes faites parles spéculateurs . sur les terrains et de celles acquises par les cultivateurs.

IV. — Mais voici une drôle de ville ; il est une heure de l’après-midi et les réverbères sont tous allumés. On les voit en profusion sur le quai de la gare et dans les rues que nous apercevons. C’est Medicine-Hat. Je demande pourquoi on gaspille ainsi la lumière et on me répond que c’est la ville du gaz naturel ; cela coûterait plus cher de payer un allumeur de réverbères pour allumer et éteindre chaque jours les lampadaires municipaux, que de les laisser brûler nuit et jour, le gaz ne coûtant rien. Cependant, dans l’Ouest, on voit se reproduire ce que j’ai déjà vu en Australie : les allumeurs de réverbères sont montés sur des chevaux, et le service se fait par ce moyen plus rapidement qu’en Europe, bien entendu. Seulement, comme les salaires sont plus élevés, la dépense serait tout de même plus forte. Nous descendons du train, car nous devons nous arrêter deux jours à Medicine-Hat.

En 1883, creusant un puits pour avoir de l’eau, à quelque quarante milles à l’ouest de la ville, un colon vit sortir de terre un courant de gaz au lieu de l’eau qu’il cherchait.

Au contact d’une allumette ce gaz prit feu et il fut impossible de l’éteindre pendant plusieurs années. Plus tard on se servit de ce gaz pour se chauffer et s'éclairer dans une maison voisine. En 1891, un ingénieur eut l’idée de rechercher s’il n’y avait pas de charbon sous l’emplacement de la ville actuelle de Medicine-Hat ; il fît un sondage et, à six cent soixante pieds, trouva du gaz qui sortit en jet. On se servit de ce gaz dans les fours à chaux. Ce n’est qu’en 1899 qu’un nouveau sondage fut fait et que le gaz fut trouvé à peu près à la même profondeur que la première fois. On s’en servit pour chauffer et éclairer les maisons de la ville dans lesquelles des conduites furent installées. Ce gaz était vendu très bon marché et donnait un revenu très important à celui qui avait creusé les puits. Une compagnie se forma pour obtenir le monopole du gaz. Un meeting de tous les citoyens fut convoqué et la municipalisation de cette source de richesse fut décidée. La municipalité a, depuis lors, établi plusieurs puits ; quatre en tout. On se sert de la force donnée par le gaz pour amener l’eau. Chaque maison est fournie de gaz pour son éclairage et son chauffage. L’un des puits fut creusé jusqu’à une profondeur de mille pieds. Le gaz fut alors trouvé dans le roc tandis qu’à des profondeurs moindres on ne l’avait découvert que dans la vase. Ce puits donne plus d’un million de pieds cubes dans les vingt-quatre heures, et depuis que tous ces puits sont creusés, la pression du gaz arrivant à la surface est toujours de quarantetrois atmosphères depuis le début, sans variation. Ce gaz naturel est du méthane ayant une légère odeur

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de plantes marines; sa formule est CFP pour 99.49 pour 100; le reste est formé d'hydrogène, d’oxygène, d'acide carbonique. Ce gaz ne contient pas d’oxyde de carbone, aussi il n’est pour ainsi dire pas toxique et n'a pas l’odeur de notre gaz ordinaire, odeur donnée par les impuretés qu’il contient.

Le gaz passe dans un régulateur et est distribué dans les conduites à une basse pression. La municipalité vend ce gaz aux habitants à dix-huit sous les trois cents mètres cubes ; pour l’industrie elle le vend même à cinq sous les trois cents mètres cubes. On ne se sert que de ce gaz pour tous les usages dans cette ville extraordinaire, où l’on n’emploie ni charbon, ni bois. Le chemin de fer du Ganadian Pacific vient d’y installer un atelier de réparation. Combien d’industries pourront venir se servir de ce gaz naturel! C’est une source de richesse incalculable, aussi Medicine-Hat aspire à être la capitale industrielle du Nord-Ouest canadien. Il est vrai que de longues années s'écouleront, encore avant que les usines et les hauts fourneaux aient le temps de se développer dans un pays où la main-d’œuvre est rare et- dont l’unique souci devrait être, en ce moment de donner un essor illimité à sa prospérité agricole.

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