‹ Canada et canadiens [microforme]Chapitre 19 sur 78 · L | EH · texte numérisé non relu

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[. — Nous avons ditdans le second chapitre que, au moment de la cession du Canada à l'Angleterre, en 1763, la majorité de la classe dirigeante était revenue en France. On raconte que quatre médecins frac jais seulement refusèrent de quitter cette terre devenue désormais étrangère.

A la mort de ces médecins, personne ne vint les remplacer : les relations si suivies entre la France et le Canada jusqu’en 1763 se ralentirent beaucoup les années suivantes. Aussi,en 1793, les médecins étaient rares au Cauada et les bons presque introu-

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vables, Les familles habitant les campagnes devaient avoir recours immédiat à des rebouteux ou plutôt à ces garçons chirurgiens qu’on appelait autrefois fraters, nom qui resta dans la langue canadienne comme un synonyme ironique de mauvais chirurgien. Il existait des fraters, croyait-on, qui avaient été autrefois infirmiers dans les armées françaises. Ils étaient tous fran, 1is, passaient pour guérir assez souvent les malades et les habitants les préconisaient bien plus que les véritables médecins, à cause de la facilité avec laquelle ils administraient à leurs malades d'énormes pilules qu’on devait couper en quatre pour pouvoir les avaler, tant elles étaient grosses, et dont l’effet purgatif était remarquable. L'elfet des remèdes qu'ils donnaient avait quelquefois un résultat contraire à celui qu'on espérait. Ce fut ce qui arriva vers 1793 à une femme de chambre canadienne de lady Dorchester, épouse du gouverneur. La jeune fille fut très malade à la suite de la visite d'un frater qui lui avait donné des soins. Le gouverneu- manda son médecin, lequel dit ne pouvoir rien administrer à la malade avant de savoir ce qu’on lui avait fait prendre. Comme l'Esculape d'occasion ne sut ou ne voulut jamais avouer quel était ce soi-disant remède, on eut toutes les peines du monde à sauver la pauvre fille. IT. — Un médecin de Québec, le docteur Oliva, traitait à ce moment-là la fivvre typhoïde par ce que l'on à appelé depuis la méthode de Brandt et il avait la réputation de sauver ses malades. Il est assez curieux de voir, dans les anciennes chroniques, qu'en 1793, il faisait déjà mettre des typhiques, en plein

hiver canadien, dans de l'eau que l'on allait prendre à la rivière, Ce mode de traitement exaspérait le vulgaire et mainte commère l’accusait d’assassiner ses malades, qu'il soignait à la glace au lieu de les réchauffer. Elles disaient, en parlant d'un enfant de sept ans à qui le docteur avait sauvé Ja vie : «Il fallait que le petit maringouin (1) eût l'âme chevillée au corps et sept vies l’une au bout de l’autre, car le docteur a bien fait tout ce qu'il a pu pour le tuer, »

Ce ne fut qu'après la convalescence du malade qu'elles l’avoutrent vivant. Le docteur Oliva redoutait l'opinion publique et c'est avec crainte qu'il usait de ce traitement, Son fils tÎné, qui était à toute extrémité, fut le premier Pour qui il en fit usage et l’enfant guérit. En présence d’autres malades, ses amis lui conseillèrent de ne pas hésiter à l'appliquer et de mépriser les cancans des commères de village,

Ine faut pas s’étonner outre niesure de voir les Canadiens accueillir avec défiance cette méthode des bains froids. Elle nous a été apportée en France en 1871 par Glénard, de Lyon. Lorsque la méthode Glénard est bien appliquée, les résultats obtenus sont merveilleux ; mais il faut pour cela mettre toutes les trois heures dans un bain froid à dix-huit degrés le malade qui a quarante degrés de fièvre, C'est cela qui effraye beaucoup de gens et cependant il suffit d'avoir vu un typhique soigné Par cette méthode Pour en comprendre toute la valeur, Quarante-huit heures après le début du traitement, le malade luimême réclame le bain bienfaisant, et il demande sa

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(1) Moustique en canadien.

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baignoire, d'où il sort tout ragaillardi. On lui évite ainsi les complications cérébrales, les congestions pulmonaires. Cette méthode est vraiment extraordinaire par ses résultats lorsqu'elle est appliquée par un médecin qui a de l'autorité sur la famille de son malade,

Mais, malheureusement, il n’en est pas toujours ainsi, et beaucoup de médecius, pour ne pas effrayer leur clientèle, pour qu'on ne les accuse pas d’avoir tué le patient lorsqu'il arrive un accident, n’appliquent pas à la lettre cette méthode bienfaisante qui agit non seulement pour diminuer la température, mais Pour augmenter la résistance des individus en activant la circulation et les moyens de défense de l'organisme qu’elle a pour but de stimuler. C'est probablement pour des raisons semblables que ce mode de traitement qui avait donné de bons résultats entre les mains du docteur Oliva de Québec disparut après lui de la pratique médicale canadienne. Mais lorsque j’en ai lu le détail dans les vieilles chroniques, je n'ai pas pu m'empêcher d’avoir de l'admiration pour notre cousin qui, à la fin du dix-huitioôme siècle, appliquait cette méthode malgré ce que pouvait dire sa clientèle, Cela prouve qu’il avait, en mème temps qu'une réelle valeur scientifique, l'ascendant indispensable à tout bon médecin sur ses malades et leur entourage.

J'ai suivi de très près une autre campagne contre les bains froids dans le traitement de la fièvre typhoide, C'était en 1884 à l’Académie de médecine. Les amis de Pasteur, Bouley en tête, défendaient l'usage des bains et d’autres médecins ne voulaient

pas en ent” 1dre parler. Cette discussion fut l’origine de la lutte :charnée dont Pasteur fut l'objet à cette époque.

Celui qui, dans les Académies et du haut de sa chaire à la Faculté de médecine, menait la campagne contre Pasteur, r'était surtout le professeur Michel Peter, qui défena. it, disait-il, la médecine traditionnelle. Glénard avait fait une communication retentissante sur l’usage des bains froids dans le traite. ment de la fièvre typhoïde. Peter avait combattu ses conclusions en parlant des dangers des hains froids. Bouley avait indiqué, au nom de la science biologique moderne, que Pasteur venait de démontrer la possibilité de donner le charbon à des poules refroidies, tandis que, maintenues à leur température ordinaire, ces oiseaux ne pouvaient prendre le charbon qui leur était inoculé. Par analogie, disait-il, le refroidissement provoqué par les bains pourrait donner aux malades la vitalité nécessaire pour lutter contre le microbe de la fièvre typhoïde. C'étaient des idées toutes nouvelles introduites dans la pathologie.

Comme le dit le professeur Chantemesse : « L’expérience de la poule, réfractaire à l'inoculation du charbon, mais qui contracte le charbon inoculé sion l’expose au refroidissement, vint donner à l’étiologie, invoquée par la médecine traditionnelle, une démonstration qui mettait à tout j"mais de côté l’antique Spontanéité morbide des malac ‘es infectieuses, mais fournissait une preuve décisive a. l'importance, dans leur éclosion, des causes secondes appelées refroidissement, misère physiologique, ete

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