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J'allais à cette époque, tous les huit jours, diner chez Peter; il m'écrivit une lettre destinée certainement à être montrée à Pasteur, mon oncle, qui m'avait alors auprès de lui comme préparateur de son laboratoire. Dans cette épitre, Peter me demandait de venir à l’Académie de médecine entendre sa réponse à Bouley. 11 voulait, disait-il, parler des expériences de Pasteur et de l’admiration que l’on doit au grand savant, mais il tenait en même temps, au nom de la médecine traditionnelle, à démontrer les dangers qu’il y avait à étendre à la pratique des théories de laboratoire. Il considérait les bains froids donnés dans la fièvre typhoïde comme un danger. Peter fit cette communication ; Pasteur répondit en disant que la biologie donnait au contraire à la médecine l'explication de nombreux faits ; la discussion s’envenima. Pasteur n’admettait pas la contradiction lorsqu'il était arrivé à la vérité : il fallait que tout le monde s’inclinât, Il était trop convaincu pour ne pas être un apôtre. Lorsqu'il avançait une chose il en était cent fois certain et sa main s’abattait alors terrible sur les contradictions et les contradicteurs.
Le seul tort de Peter était de ne pas vouloir se mettre au courant des choses de la médecine expérimentale ; il était un ües derniers défenseurs de la médecine purement clinique, et aujourd'hui que nous lisons son œuvre avec le recul du temps, nous ne pouvons qu'’admirer le clinicien et regretter que cet esprit d'élite n'ait pas eu le bonheur d'avoir à sa disposition l’aide de la médecine expérimentale,
Il attaqua non seulement la méthode de traitement
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de la fièvre typhoïde par les bains froids, mais
encore les inoculations antirabiques.
Letraitement antirabique, si décrié à cette époque, est aujourd'hui pratiqué dans le monde entier. La méthode de Pasteur est partout mise en œuvre sans changement, et cependant, depuis plus de vingt ans, combien la science des microbes a marché |
En 1885, Pasteur, sur la demande d'un cousin du Tzar, le prince Alexandre d’Oldenbourg, m'envoya à Saint-Pétersbourg avec Perdrix pour installer le premier laboratoire antirabique fondé à l'étranger. Vingt ans après, en 1905, j'eus la satisfaction de retourner à Saint-Pétersbourg et toujours on appiiquait la même méthode dans ce laboratoire, qui avait été le berceau de l’Institut impérial de médecine expérimentale.
De 1893 à 1902 je l'ai appliquée, cette méthode, en Tunisie et en 1902-1903 en Rhodésie, où je fus envoyé par l'Institut Pasteur de Paris, pour lutter contre une épidémie de rage qui venait d'apparaître au sud du Zambèse et Y établir un laboratoire que Lord Grey, gouverneur général actuel du Canada, est venu visiter en janvier 1903.
Ces deux exemples montrent combien la méthode des bains froids excita, à son début, peu d’enthousiasme, chaque fois qu’elle fut proposée et il est compréhensible qu'il en soit ainsi, car elle à l'air d’un traitement des plus barbares. Il faut donc avoir de l’admiration pour ceux qui, les premiers, ont eu le courage de la proposer et de la défendre.
IT, — La variole, sous le nom de picote, faisait autrefois d’affreux lavages au Canada. Elle fut
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importée de France, croit-on. Un la signale, en elfet, à bord d'un bateau allant de La Rochelle à Québec. En 1755, année de la grande picote, il y avait deux mille six cents malades de cette picote dans les hôpitaux de la ville de Québec. Il y eut quinze et vingt morts de picote par jour. Cependant, les hôpitaux de Québec ne reçurent pas tous les malades atteints dans la colonie. Les varioleux étaient tenus à la plus grande chaleur et on leur donnait force boissons. Là encore, le docteur Oliva renouvela le traitement ordinaire. De plus, la vaccine n’était pas découverte. Pour prévenir la funeste maladie, Oliva inoculait, autant que possible, la petite vérole, en automne et au printemps. Il invitait les patients à sortir tous les jours, à rechercher le plus possible le contact de l'air. Il disait, lorsque la variole faisait de grands ravages dans les campagnes, que quatre-vingt-dix pour cent de ceux qui tombaient malades dans les forêts ou sous un abri de sapin avaient la chance de recouvrer la santé.
Ce médecin mourut vers l’année 1797, Il succomba à une attaque d’apoplexie foudroyante et fut fort regretté dans la ville de Québec où sa valeur et son savoir étaient très appréciés.
La découverte de Jenner fut très tard introduite au Canada, puisque, en 1860, on se servait encore du procédé de la variolisation, Mais les habitants, en mémoire de leur origine, considéraient encore, bien après cette époque, tout ce qui était français comme supérieur à ce qui pouvait leur venir des autres nations. Un médecin voulait un jour vacciner l'enfant d’un riche cultivateur. Celui-ci repondit :
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« Non, non, monsieur le docteur ; point d’inventions anglaises. Donnez-lui la bonne picote, là, la bonne picote française ».
C'est grâce aux efforts du docteur Persillier Lachapelle, aujourd’hui doyen de la Faculté de médecine de l’Université Laval de Montréal, que l'on doit la disparition de ces épidémies de variole dans la province de Québec. C’est grâce à lui, en sa qualité de président du conseil d'hygiène de la province, que la vaccination a été répandue,
Les affections hystériques n'étaient guère connues des anciens Canadiens. On raconte l’histoire d’une grande dame anglaise, sœur de lady Dorchester, qui, inquiète et nerveuse de l'absence de son mari, parti pour la chasse le matin et en retard de quatre à cinq heures, se mit à Pousser tout à coup de grands éclats de rire, et lady Dorchester prévint alors les autres dames qui se trouvaient avec elle au salon,
que sa sœur se préparait à avoir une attaque hystérique.
Les dames canadiennes présentes ignoraient l'existence d’une telle maladie et demandèrent des détails. La femme du Souverneur répondit que c'étaitune maladie dangereuse et que la crise serait moins pénible pour le malade si celle-ci pouvait pleurer, ce qu'elle fit après avoir poussé des hurlements qui impressionnèrent toutes les personnes présentes. Le mari arrivant fit cesser cette douleur conjugale,
« Vous ne connaissiez pas cette maladie? » demanda lady Dorchester à un des témoins de cette scène. «€ Non, milady, répondit ce dernier, mais si les jeunes filles canadiennes se donnaient des airs
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