CANADA ET CA ADIENS
morts vont vite, comme dit la ballade; en un rien de temps, et ni plus ni moins que s'il eût allégrement glissé sur un tobbogan, le cadavre atteignait le lieu voulu. Sur la glace qui, sur une épaisseur de plus d'un mètre, recouvrait la surface de l'eau, on taillais une cachette, et, à l'abri de cette glacière naturelle, le sujet, préservé do la décomposition dans cette chambre frigorifique, attendait patiemment le moment où on pût, sans encombre, le transporter au sanctuaire de la science pour ètre livré au scalpel canadien.
La police était au courant de ces vols, et devait se donner l'air de vouloir les empêcher de se repro=duire. Les enquètes se poursuivaient jusque dans les salles mêmes de la faculté de médecine, Heureusement les autorités policières Comprenaient l'utilité des études anatomiques, et avertissaient les étudiants des descentes qu'elles étaient obligées de faire exécuter. C’est ainsi, qu’un jour de Panique, un cadavre fut placé sous l’estrade sur laquelle se trouvait le poële qui chauffait l'amphithéâtre, et lorsque le Commissaire de police fit son entrée, il ne trouva qu'une assemblée de jeunes Canadiens fumant leur
Pipe, et ayant l’air de s'amuser au lieu d'être en train de se livrer d'une façon prohibée à l'étude de l'anatomie.
Comme on ne leur donnait pas les étudiants européens obtiennent facilement dans les amphithéâtre des hôpitaux, les Canadiens furent obligés encore longtemps de voler les corps qu'ils Pouvaient se Procurer; d'où des haines et des ‘e-
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se dire : C’est p ut-être ma dépouille que demain on prendra pour les études anatomiques. Voilà où conduisait, a cette époque, cette aberration qui refusait de donner les cadavres nécessaires aux études médicales (1).
De tout temps ax sévi cet obscurantisme sentimental. Il s'attaque aujourd'hui, en France, à la vivisection, jadis, c'était à la simple dissection des cadavres. Et sans l'anatomie, y aurait-il une chirurgie? Le respect des morts est un sentiment aussi naturel que la pitié pour la souffrance, mais comme il a feit obstacle à la médecine! Galien ne disséqua guère que des singes. L’anatomie de l'école arabe fut misérable parce que le Coran défendait comme une impureté le maniement des cadavres. Au moyen-âge il fallut souvent se cacher pour disséquer. Ce n’est que vers la fin d'1 quinzième siècle qu’on fit à l'École de médecine de Paris des dissections en public.
Voyons maintenant l’état actuel de la médecine au Canada. Les médecins canadicns-français de la province de Québec vivent à côté de leurs confrères anglais, mais sans se rièler à eux. A Montréal, par exemple (où il y a deux cent mille Anglais et deux cent mille Français), il existe une société médicale française, et une société médicale anglaise ; les membres de ces deux sociétés ne se connaissent même pas, en général.
1) Dans nos provinces de France ces vols de cadavres se faisaient aussi autrefois. En 1802 les éludiants de Clermont-Ferrand, comme le raconte le docteur Buy, étaient poursuivis pour des vols dans les cimetières. Il en était de même à Montpellier vingt äns avant. Les Canadiens liuiteut leurs cousins, mais à & ans de distance!
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Les médecins canadiens-français ont décidé, en 1902, de se réunir tous les deux ans en un congrès, auquel ils convoqueraient tous les médecins de langue française de l'Amérique du Nord.
À la grand'messe qui précéda l'ouverture du congrès de Trois-Rivières, ce n’est pas sans une grande émotion, que mes confrères les docteurs Triboulet, Proust et moi, de Paris, nous entendimes le chef des zouaves pontificaux commander : « Portez armes! Présentez ermes! Genou terre! » Et nous songions que, cent cinquante ans auparavant, les soldats de Monteaim obéissaient aux mêmes commandements sur cette terre américaine de la Nouvelle-France d'alors!
Dans ce milieu français, il semblerait que le médecin de France puisse se créer une clientèle, car, dans la province de Québec, les malades canadiens sont naturellement dans la même situation que les hommes de l'art, et, comme eux, ne parlent que le français. Plusieurs de nos confrères de France ont essayé, depuis quelques années, d'aller faire de la médecine dans la province de Quebec. Tous s’en sont allés rapidement. Pourtant, il y avait, parini eux, d'anciens internes des hôpitaux de Paris, ayant une réelle valeur scientifique.
Le peuple canadien qui, après sa cession à l’'Angleterre, avait su demeurer une nation française dans un pays anglais et conserver sa langue, a voulu empêcher les médecins, les avocats, les notaires anglais de venir exercer au milieu d'eux. Des facultés de droit, de médecine ont été rréées par les Canadiens-français. Mais, comme je l’ai dit plus haut, nos tendances