‹ Canada et canadiens [microforme]Chapitre 35 sur 78 · EY PEDITI: CIENTIFIQUE DANS LE SUD L'ALBERTA · texte numérisé non relu

EY PEDITI: CIENTIFIQUE DANS LE SUD L'ALBERTA

coeval; on accuse la France d'avoir

— I Lethbridge, —1IIT. A la frontière

.v. Immigrants aux Etats-Unis. —

pas d'arbres pour se poser. — VI, La

vie il: : VI! Examen de six cents juments. — VII: trucs: Marssille dans la police montée,

[. — Nous arrivons, dans le sud de l'Alberta. C'est dans cette région qu'est apparue, il ya trois ans, sur les chevaux, une maladie nouvelleau Canada, la dourine, importée des Etats-Unis. Le but de ma mission est l’étude de cette maladie microbienne.

Eiant Lonné les conditions de l'élevage, qui n’est thsolument pas surveillé, elle s’est répandue rapidement et ne cessera que lorsqu'on prendra contre elle les mesues qui l'ont faite iparaître de notre pays. Une surveillance sévère ee ‘e rigueur pour les chevaux aptes à la procréa:ion, ceux-ci étant les seuls capables de transmettre cette affection que l’on peut qualitier du nom d'avarie équine,

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Les chevaux, les juments n'ayant pas l'âge de procréer et les chevaux hongres demeurent indemnes puisque la maladiene se propage que par les rapports sexuels. Elle est surtout connue des Américains sous le nom de « maladie du coit » pris dans notre langue, sans changement, mème par les individus de langue anglaise,

La dourine est due à un être microscopique, un trypanosome de la même famille que le trypanosome si connu depuis quelques années comme étant la cause de la maladie du sommeil dans l'Afrique centrale. La syphilis du cheval, d’après une légende américaine, aurait été introduite aux Etats-Unis par l'étalon Moore, importé en 1883, après avoir été réformé par le service de la remonte en France, comme atteint de la dourine. Dans le « Report on « maladie du coit », équine syphilis, by D' W. L. Williams state veterinarian, Illinois, » on trouve les lignes suivantes :

« La maladie aurait été importée directement de France par le cheval « Moore », étalon percheron venu à Monticello, (Illinois) à l’âge detroisans. Il fut vendu par Benson et Kuapp au printemps 1883. »

Puis le rapport continue en formulant une imputation qu'il doit être possible de réfuter.

«Du côté droit, sur la crête du cou, on voit une marque très nette, ce sont les lettres D. N. Je suis informé, d’une façon certaine, par le Professeur Law et le docteur P. Paquin, que ceci indique que cet étalon a été condamné par les autorités vétérinaires françaises comme atteint de maladie du coit. »

Il doit être possible d'établir que les lettres D. N.

n’indiquent pas que le cheval ait été condamné par les vétérinaires de France (1).

C'est là une impossibilité qu’il serait utile de réfuter officiellement au point de vue de notre élevage et de la réputation de nos chevaux. Nous n'avons pour ainsi dire pas de dourine en France, je le rép'te. Lorsque nosservices vétérinairesen découvrent un cas sur la frontière espagnole (car c’est d'Espagne que les bourriquots peuvent nous l’amener), lecheval est abattu après avoir été conduit dans une école vétérinaire pour servir à l'étude des élèves, tellement les cas sont rares. Ce cas de dourine qui nous est reproché autorise les Américains et les Canadiens à entraver l'entrée des produits de notre élevage dans ces pays par des quarantaines injustitiées. Tandis que les chevaux venant de Belgique n’ont pas les mêmes entraves, on exige que nos chevaux, même ceux qui partent du Havre où la dourine n’a jamais existé, soient accompagnés d’un certificat constatant que la dourine et la morve n'existent pas dans le port d'embarquement. J'ai eu, en 1906, à la demande du Consul de France à Montréal, à m'occuper d'un cas semblable. Trois étalons ne pouvaient pas entrer au Canada, car, sur le certificat on ne parlait pas de dourine. Le vétérinaire du port de départ nepouvait pas se fig 3r que le mot dourine était absolument nécessaire à mettre dans son certificat.

La dourine, comme nous l'avons dit plus haut, est

(1 La marque du service sanitaire francais est S. S. De plus, dans tous les cas où il est ordonné par la loi de marquer les aniinaux, la chose doit être faite du côté gauche de l'encolure, Les

lettres D.N. sont donc une marque de propriétaire puisqu'elles sont à droite.

une maladie vénérienne ; c’est la syphilis du cheval et le seul moyen de la faire disparaître d’un pays est de veiller minutieusement aux conditions de reproduction des chevaux. Comme cette maladie est grave, qu’elle entrave l'élevage des chevaux et amène la ruine des éleveurs, il est nécessaire de prendre les mesures voulues pour isoler les reproducteurs dès l'apparition des premiers symptômes,

La lutte est difficile à mener à bien au Canada à cause des particularités de l'élevage duns ces grandes régions de l'Ouest canadien.

Dans la grande prairie, dans i’Alberta, en particulier, un peu avant les froids, le vent souffle avec vigueur, il dessèche l'herbe. Vers le 15 septembre, en dix jours, tout est sec. Mais cette herbe a conservé ses qualités nutritives, elle peut être comparée à du foin pressé, La neige arrive, recouvre cette herbe sous laquelle pendant tout l'hiver les animaux peuvent la trouver. Dans ces régions immenses, les bœufs et les moutons trouvent pendant tout l'hiver de quoi manger, mais en très petite quantité, ils utilisent l’herbe qui dépasse ou les petits arbustes. Les chevaux eux, écartent un peu, avec leur pied, la neige qui n’atteint Jamais une grande épaisseur, Les buffalos faisaient ainsi, avant leur disparition. Ils habitaient depuis longtemps ces régions, mais les autres bovidés ne savent pas écarter la neige avec leur pied, aussi cette région est surtout propice pour l'élevage du cheval. Si mème les bovidés peuvent vivre à l'état de liberté, c'est que, de temps en temps, un vent chaud vient du Pacifique. Les Peaux-rouges le désignent sous le nom de chinook. Il fait fondre

la neige et facilite la tâche des animaux, En soufflant, il dessèche le sol et empêche les dégâts que pourraient faire les gelées suivantes. Lorsqu'il tarde trop on voit les bovidés tromper leur faim en avalant les déjections des chevaux.

Ces derniers vivent dans cette prairie à l'état de liberté le plus complet. Deux ou trois fois durant l’année onles amène dans le corral pour les inspecter. Les troupeaux sont composés de plusieurs centaines de bêtes et jusqu'à présent on laissait un certain nombre d'étalons libres au milieu des juments. L'’étalon le plus robuste choisit les juments qu'il préfère. Ces femelles restent en troupe autour de lui sans jamais entrer dans un autre groupe. Chaque étalon a environ vingt-cinq à trente juments, c’est le nombre qu'il peut servir.

Chaque étalon choisit ainsi, en commencant par le plus robuste, les femelles qu’il préfère, les suivants prennent ce qui reste; les jeunes juments sont choisies les premieres et comme les jeunes étalons sont les plus faibles, ils doivent se contenter des juments plus âgées.

Jamais une jument ne va d'une troupe dans l’autre, mais il existe des juments que personne ne semble vouloir. Elles restent toujours isolées à quatre à cinq cents metres des différents groupes. Cependant, au moment des époques, elles viennent près des troupeaux. Souvent, un étalon se laisse convaincre, puis, la jument s'éloigne sans entrer dans la troupe du mâle qui vient de la servir et elleira auprès d'un autre étalon. On comprend combien ces isolées peuvent être dangereuses si elles sont contaminées.

Il existe aussi des étalons solitaires qui contribuent à répandre la maladie.

C’est pour remédier à cet état des choses que le règlement suivant vient d’être édicté :

« Il sera défendu de laisser courir en liberté dans la prairie ou sur des terrains non clôturés dans la Province de l'Alberta ou dans la partie de la Province de la Saskatechewan située à l’ouest du troisième méridien principal, aucun cheval entier ou à demichâtré Agé de plus d’un an.

« Tout cheval entier ou à demi-châtré de plus d’un an qui sera trouvé en liberté dans le territoire cidessus délimité pourra être saisi et détenu sur l’ordre de tout inspecteur vétérinaire du Ministre de l’Agriculture dûment autorisé, lequel devra immédiatement, dans le plus court délai possible, informer le propriétaire du dit animal du fait de la saisie, et si, dans un délai de trente jours à dater de la saïsie, le dit cheval n'est pas réclamé, il pourra être châtré et le propriétaire n’aura droit à aucune indemnité pour les dommages qui pourraient résulter de la dite castration, de la saisie ou de la détention de l’animal.

« Les animaux atteints de la maladie du coit pourront être immédiatement abattus, sur l'ordre signé par un inspecteur vétérinaire dûment autorisé, et agissant en vertu des instructions spéciales du directeur général du Service vétérinaire, et on disposera de la carcasse ainsi qu'il en aura été décidé dans l’ordre et il pourra être alloué aux propriétaires des dits animaux une indemnité dans les cas où la loi le prévoit. »

Le jour où les étalons seront séparés, soumis au contrôle et maintenus dans des écuries où les juments

seront amenées périodiquement à l’étalon, on pourra facilement diminuer les risques de contagion. J'ai vu les choses se passer ainsi dans la République Argentine. La question de l'élevage du cheval est capitale pour l'Alberta ; en effet, c'es l'animal qui convient le mieux à cette région. En appliquant ces mesures on pourra lutter avec efficacité contre une maladie qui se transmet seulement par les rapports sexuels.

Cette maladie, nous en avions des cas # la station de la quarantaine de Lethbridge, où l’on amense les chevaux malades ; mais c'est surtout pendant un voyage aux environs de Gleichen, sur les bords de la rivière Elbow, que j’ai eu l'occasion de voir la maladie dans un range où elle sévissait sur un grand nombre de chevaux. Ce voyage, fécond en incidents, m'a fourni l’occasion de plusieurs excursions en pleine prairie où, pendant l’espace de plusieurs semaines, nous avons, mon compagnon et moi, vécu à la façon des pionniers du Far West américain.

II. — La première ville où nous nous sommes arrêtés au sud de l'Alberta est Lethbridge, petite cité de trois ou quatre mille habitants, centre d’une région d'élevage. Il y a là des cas de dourine et j'y suis resté pendant trois semaines pour étudier la maladie.

A peu de distance de la ville existe une quarantaine avec un petit laboratoire où on nous amenait des sujets d'étude. De nombreux vétérinaires de la région étaient venus nous recevoir et nous faire visiter les ranges (1) infectés.

‘1: Propriétés où l'on élève les chevaux en liberté. C'est probablement une corruption du mot hispano-américain « rancho » qui a la mème signification.

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Quelques jours après mon arrivée, je fis un court voyage pour aller avec le vétérinaire en chef de la police à la frontière des États-Unis voir un cheval malade. Nous partimes avec un inspecteur du bureau de l'industrie animale de Washington que le gouvernement des États-Unis avait envoyé au-devant de nous.

III. — Nous quittâmes Lethbridge à sept heures du matin pour le Sud, pour aller voir ce cheval malade à quatre-vingts milles environ, tout à l'extrême Sud de la province. Notre train devait continuer sa route vers les États-Unis.

Après une heure de voyage, l'inspecteur du bétail qui m'accompagnait me montra une petite ville au loin. C'était Magrath, la ville des Mormons, où je devais aller le lendemain examiner des chevaux. On apercevait là une fabrique de sucre de betterave, industrie quitient une place considérable dans le pays.

Peu après nous arrivions à Raymond, autre cité des Mormons, sur une petite rivière; il y a, aux alentours de nombreuses meules de foin.

Quatre ou cinq dames prennent le mème train que nous. Un coup d'œil jeté sur les malles des voyageuses m'apprend qu'elles vont à Salt Lake City (1). Ce sont des Mormones. Hommes et femmes appartenant à cette secte ne diffèrent pas en apparence des autres yankees. Mais ma curiosité est piquée au vif, je ne quitterai pas ces parages sans les voir de près.

4 Ville-du-Grand-Lac-Salé, capitale de l'État des Mormons

(États-Unis), fondée par eux. Voir chap. XIV: « Les Mormns au Caneda. »

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Plus loin, le long de la voie, nous rencontrons une caravane composée de plusieurs voitures couvertes de toile blanche ; des chevaux suivent. Il ÿ a au moins dix à quinze hommes et femmes, ce sont des émigrants . venant des États-Unis pour s'établir au Canada, Ils s viennent ainsi, plus de cent mille par an, les uns en 4 caravane, les autres par trains spéciaux. Trente ou quarante familles frètent un train qui les transporte ainsi que leur bétail.

4 Le long de la voie se succèdent des champs de

betteraves, des meules de foin et des champs de blé

à perte de vue. La prairie s'étend au loin, on y voit À des chevaux et des bœufs dans le même enclos. Au

fond se profilent les pics des Montagnes-Rocheuses

avec de la neige sur leur sommet. Elles s'étendent à

l'horizon à droite et à gauche. A cinq cents mètres dans la prairie, à droite, un loup est arrêté et nous regarde passer. Il y a un assez grand nombre de i loups, ils mangent en général les animaux morts :

gophers (1), rats, souris... Ils tuent quelquefois des

moutons, s’attaquent parfois à un veau et le tuent,

mais seulement s'il est loin de sa mère; si celle-ci

est là, ils n'osent pas entrer en lutte avec elle. Lors-

que ces fauves sont affamés, ils se jettent sur les

chevaux, les bovidés qu'ils rencontrent. Quand un

troupeau de vaches est attaqué, le taureau les dé-

fend. Mais ces carnassiers deviennent cependant plus

rares dans le pays qu’il y a quelques années.

: IV. — Dans le train nous avons deux émigrants

- italiens. Ils sont venus au Canada il y a six mois et

) Rongeur ressemblant à l'écureuil. Voir plus loin dans ce chapitre.

vont au Colorado (États-Unis) rejoindre des camarades, L'agent d'immigration arrive leur poser les questions d'usage. Ils ne savent pas un mot d'anglais et on va les renvoyer à Calgary, car il n'y a pas d'interprète dans ce train ni même à la douane de Sweet-Grass. Avec un peu d'italien et de français je parviens à les aider. Ils viennent de Venise, les deux sont mariés, l’un a six enfants et l'autre trois en Italie. Ils me disent qu'ils comptent bientôt faire venir leurs familles. Ils savent lire et écrire l'italien, ont travaillé depuis six mois dans une fabrique de ciment et ont chacun quatre-vingt-cinq dollars. En arrivant à la frontière, dans une demi-heure, ils paieront douze francs cinquante pour l'examen mé. dical et pourront entrer aux États-Unis. — Uninstant après, l'agent d'immigration, mis en goût, vient me demander si je peux traduire de l’allemand, personne ne pouvant le faire dans le train et où se trouve émigrant de cette langue. — Mes Italiens, avec lesquels je cause quelques instants, me disent qu'ils vont retrouver un de leurs cousins qui travaille dans le Colorado; ils me donnent son nom et son adresse, Je questionne l'agent d'immigration : il a chaque jour trois ou quatre émigrants qui vont du Canada aux États-Unis. S'ils sont en bon état sanitaire, ils peuvent passer la frontière même s'ils n’ont pas d'argent. Mais il me montre un Canadien-anglais avec une jambe de bois. Celui-ci a en sa possession quelques dollars, mais il peut devenir une charge publique, aussi il est obligé de le renvoyer. Il ne peut entrer aux États-Unis.

Le léger incident causé par la présence des Ita.

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liens me procure une petite popularité dans le train. C'est à qui m'offrira quelque chose : une cigarette, un verre de lait et même du tabac à chiquer. Un voyageur vieni dans un coin me demander une consul'ation payante (vingt-cinq francs), car j'ai été obligé de décliner ma qualité de médecin, Le mot général »st celui-ci : « C'est bien, vous vous êtes rendu utile, chacun a constaté que vous êtes bon à quelque chose. » Je suis donc digne, selon eux, d’entrer aux Etats-Unis. Voilà la caractéristique du peuple américain. On tend les bras à celui qui par ses actes prouve ses capacités.

Nous quittons bientôt ce train qui emmènr ses autres voyegeurs vers les États-Unis, tandis que nous restons, nous, dans le territoire canadien, mais à la limite extrème de celui-ci. En effet, Coots, la ville où nous descendons, est la station du coté canadien et Sweet-Grass la station du côté américain. Elles ne forment qu'une seule et même ville divisée en deux parties. La délimitation du Canada et des États se trouve au milieu du quai de la gare. Une simple ligne rouge sur le sol divise les États- Unis du Canada. Dans le village une barrière en fil de fer sépare les deux parties. Au haut de la partie canadienne domine une église catholique.

Sur la gare flotte d'un côté le drapeau anglais, de l’autre le drapeau américain. Cette gare est commune aux deux nations. La douane canadienne est sous le drapeau anglais, la douane américaine sous celui des États-Unis.

Le chef de la douane canadienne est un ancien soldat anglais ; il a fait la guerre de Crimée et est tout

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heureux de me dire qu’il s'est battu à côté des Français.

On me prie de venir devant l'officier de l'immigration américaine, pour mes deux Italiens qui ne savent pas s'expliquer et qu'on ne veut pas laisser passer. J’entre, et, comme traducteur, on me fait asseoir. Puis nous jurons tous, sur la Bible, de dire la vérité. Après avoir répondu aux questions et payé la taxe de douze francs cinquante, les deux Italiens sont admis à passer la frontière. Il n'en est pas de même d'un Irlandais bancal et d'un Polonais qui ne peut prouver qu'il est capable de travailler aux États et n'a pas d'argent. L'un et l’autre sont obligés de rester du côté canadien. Ce soir, le train les ramènera à Lethbridge, pour rien. Le service de l'immigration refuse fort souvent l'entrée des États- Unis, il est difficile de passer.

Après le déjeuner nous partons pour aller à trente kilomètres de Coots, dans la voiture de la gendarmerie, voir un cheval atteint de la syphilis équine. Après qu’on lui eut lancé le lazzo que les dompteurs de chevaux sont ici adroits à manier, nous le couchons par terre. Rien de gracieux comme les mouvements d’un cheval pris au lazzo. Nous pourrons après cela l'examiner, prendre de son sang et de ses humeur:, pour les regarder au microscope.

En revenant le soir à Coots pour reprendre le train pour Lethbridge, nous rencontrons un skung qui, pour nous mettre en fuite, lance le contenu de sa poche à odeur, ce qui empeste l'atmosphère pendant trois cents mètres durant, J'ai déja vu des skungs en Amérique du sud.

Plus loin, à cinquante mètres de nous, est le cadavre d’une vache, dont un loup fait sa pâture. Sans mème se déranger, ce dernier lève la tète, nous regarde et continue à manger pendant que nous passons.

La prairie est parsemée de trous, ouvertures des terriers des gophers qui vont bientôt hiverner. Rien d'amusant à chasser comme ces petits animaux dont l'aspect tient à la fois de l’écureuil et de la gerboise. Pour les capturer, on place un nœud coulant à l’entrée du terrier et on se tient à une distance de deux à trois mètres. Quand le rongeur sort la tète de son trou pour inspecter le paysage, on serre le minuscule lazzo et le gopher est pris.

Je me souviens m'être emparé d’un gopher par ce procédé. Je l'avais emmené dans la maison où nous avions fait halte. Le cuisinier de l'endroit (un Chinois, comme presque toujours dans l'Ouest, insista pour avoir ma capture. [Il me disait : « (sive to John ! » (1) c'est-à-dire : Donnez à John ! en mettant l'index sur sa poitrine.

Je fus ensuite furieux de lui avoir livré la jolie petite bête, qu'il ne convoitait... que pour la faire cuire, car je sus plus tard que les Chinois sont très friands de la chair des gophers.

V.— Dans cette vaste prairie, il n’y a pas un arbre, aussi, au coucher du soleil, nous voyons les oiseaux s'installer sur l'herbe pour dormir. Notre voiture en fait fuir des légions. Près d’une mare on voit plusieurs

(1) John est le non donné là-bas à tous les Chinois. Quand ils viennent en Amérique, on les désigne sous le sobriquet de John le Chinaman (le Chinois).

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centaines de canards sauvages. Quel joli coup de fusil pour un chasseur!

L'homme de la police montée, qui nous sert de cocher, a engagé notre voiture sur une mauvaise piste et au bout de plusieurs kilomètres, nous nous apercevons que nous sommes perdus dans la prairie. Il faut traverser des fossés, monter, descendre. Le buggy américain, avec ses quatre roues de même dimension, se trouve dans des positions fantastiques, mais le centre de gravité est placé de telle façon, que jamais la voiture ne verse. Dé,à, en Australie, j’ai eu l'expérience de ces véhicules. En Afrique du Sud, les routes étaient aussi très mauvaises, mais la voiture des Boërs, qui n’avait que deux roues, ne semblait pas moins stable, et, malgré les positions penchées qu'elle prenait parfois, ne versait jamais.

L'élevage est donc la grande source de richesse dans cette région de l'Alberta. On y élève des moutons, des bovidés, des chevaux surtout. Les bovidés sont importés en grand nombre des États-Unis. Au moment où ils arrivent à la frontière, on les examine et comme souvent ils ont des maladies contagieuses de la peau, telles que la mange, en particulier, on les fait passer dans des bains antiseptiques. Pour ne pas les rendre malades par un bain donné trop froid, et faire agir plus complètement les substances destinées à détruire les parasites, on chauffe, au moyen de chaudières à vapeur, des bains où plusieurs bovidés peuvent passer à la fois.

Ces bains sont identiques à ceux installés dans certaines villes de l'Afrique du Sud, en Rhodésie, pour détruire les tiques qui transportent la fièvre du Texas

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ou malaria bovine. À Coots, il ÿ à un de ces bains et un sergent de la police montée est chargé d’y faire entrer les animaux qui passent la frontière des États-Unis, pour entrer au Canada.

Les chevaux sont en grand nombre dans les ranges. Pcur peupler ces ranges, on fait venir des animaux des États-Unis. Afin d'améliorer la race, on importe aussi de nombreux pur sang provenant de tous Îles pays où l'élevage est réputé. J'ai dit plus haut dans quelles conditions seulement pouvaient être importés les chevaux de France, exigence absurde car, je le répète, il n'y a pas de dourine dans notre pays.

Au bout de trois semaines nous quittons définitivement Lethbridge et ses environs, pour continuer nos études un peu plus au nord, autour de Calgary.

Nous avons passé une nuit à Gleichen, à soixante kilomètres de Calgary, dans un petit hôtel de cette ville, cité bien jeune encore, puisque, à l'heure actuelle, elle ne possède qu’une dizaine de maisons. Mais on y vient en nombre pour voir les terres que la compagnie du Canadian Pacific Railway vient de mettre en vente, après avoir construit un immense canal permettant l'irrigation de ces terrains. Nous sommes partis de Gleichen pour aller, à trente-cinq kilomètres, voir des chevaux récemment atteints de dourine. La région où nous nous trouvons est à mille mètres d'altitude, etla matinée est fraiche, si fraiche mème, qu'après un moment, le vent soufilant assez fort, j'ai fait arrêter la voiture pour prendre ma pelisse de fourrure dans ma valise qui était dans le caisson de la voiture.

Bien m'en a pris.

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