RESTE
mort et où il laissait trois de ses frères. Pendant son absence, au moment de l’arrivée des Doukhobors au Canada, Nastasia Veriguine, sa mère, était reconnue comme chef de la communauté. On a pour elle la même vénération que pour une sainte.
Il, — Veriguine n’aime pas trop à vanter son peuple, mais il raconte tout de même en quelques mots les progrès étonnants acccmplis par ses compatriotes depuis leur établissement dans la Prairie.
« Il y a actuellement, dit-il, neuf mille Doukhobors dans l'Ouest canadien. Notre colonie se compose de quarante-huit villages entre Yorktown et la rivière Swan. Si vous voyiez ces villages vous constateriez qu'ils se modernisent aussi vite que possible. Le partage des terres cultivables est fait avec la plus grande impartialité. Chez nous, chacun est propriétaire du sol qu’il habite, mais les produits de la terre sont mis en commun dans chaque village et on les distribue à tous quand l’intérèt s'en fait sentir.
« Dans chaque village il y a de vastes greniers et c'est là qu'on met en entrepôt le produit de toutes les récoltes individuelles, On garde là ces récoltes jusqu’à ce que vienne l’époque de les vendre.
« Dans chaque village, on a commencé, cet automne même, les travaux préliminaires pour la construction des écoles. Nous croyons arriver à en terminer une dizaine avant les premières neiges. Au printemps, nous ferons le reste. Toutes ces maisons d'école, construites en blocs de ciment, sont très modernes et très confortables. Comme nous désirons que nos enfants parlent la langue anglaise, nous y subventionnerons des professeurs parlant cette langue.
Cependant nous enseignerons à nos enfants la langue russe, cela va de soi.
« Tout sera terminé cet hiver pour l'installation complète de notre service de téléphone. Nous avons à planter des poteaux sur une étendue de trente-cinq milles, mais nous aurons fini ce travail avant les pre. iers froids. Aussi, vers Noël, nous espérons pzuvoir communiquer par fil d’un village à l’autre, par toute la colonie. Nous en sommes même à étudier un projet d'éclairage de chaque village à la lumière électrique.
« La saison de 1906, continue le chef doukhobor, a été pour nous la plus prospère depuis que nous sommes au Canada, et la récolte a été exceptionnellement abondante.
« Chaque village possèdeentre quinze mille et vingt cinq mille minots de grain, de sorte qu’en établissant une moyenne de vingt mille minots par village, nous arrivons à une récolte totale de un million de minots pour notre colonie seulement. Nous construisons actuellement un grand nombre de moulins, et à Veriguine mème, un édifice de trente mille dollars est presque terminé.
« Notre ingénieur, M. Paul Stralaef, vient de terminer le tracé du Grand Tronc Pacifique pour notre colonie. Nous avons eu jusqu'à sept cent cinquante hommes et cent cinquante équipes travaillant à ce tracé, et ce travail aurait pu être terminé. trois semaines plus tôt s’il ne nous avait pas fallu retirer quatre cents hommes pour les appliquer aux récoltes qui pressaient davantage.
« Nous étions sans doute relativement prospères
en Russie, mais nous préférons vivre au Canada, sous les lois canadiennes. Demain, je prendrai le train pour Montréal, d'où je m’embarquerai pour l’Europe, où je visiterai plusieurs pays. Ce n’est pas mon iutenticen de faire un long séjour parmi mes compatriotes de Russie, à cause des troubles actuels. Bien que je n’aie pas de plan définitif d'amener de nouveaux compatriotes au Canada, je crois tout de même que bon nombre d’entre eux m’accompagneront à mon retour. »
Pierre Veriguine est un bel homme de six pieds et de forte encolure.
Il a l'air décidé et très entreprenant. C'est un meneur d'hommes.
IT. — C’est à Tolstoï qu'ils doivent leur établissement au Canada € ; 1899.
Leur doctrine consiste, diser :ls, à appliquer à la lettre la morale de Jésus-Christ, Venus des nrovinces intérieures de la Russie, ce sont de véritables Russes, par la langue et les mœurs.
La loi religieuse de cette secte leur interdit de tuer, ils doivent s’entr'aider les uns les autres ; celui qui possède doit donner à celui qui n’a rien. Ils pratiquent, en somme, un communisme absolu, ne doivent rien posséder en propre. La propriété doit être la chose de la communauté.
Le refus de se soumettre au service militaire en Russie provient d’une conséquence de leurs idées. Ils ne voulaient pas tuer en cas de guerre. Le gouvernement russe les réunit alors aux environs de la forteresse de Kars; le voisinage des tribus belliqueuses du Kurdistan et de l’Asie-Mineure oblige-
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rait, pensait-on, les Doukhobors à se défendre contre leurs incursions. Il n’en fut rien; on dut bientôt envoyer des soldats pour empêcher les razzias faites par les Kurdes, les pauvres fanatiques se laissant tondre comme de vrais moutons par les batailleuses tribus d'Asie.
Ce fut alors que les quakers américains et la Society of Friends de Londres, à l’instigation de Tolstoi, payèrent aux Doukhobors leur passage au Canada où ils vinrent au nombre de neuf mille environ au nord de la Saskatchewan et établirent des villages autour de York-town. Un embranchement de chemin de fer passe maintenant au milieu de leur territoire et il existe une station à laquelle a été donné le nom de Veriguine, de celui de leur chef. Un autre centre est le village d'Ostradnoé, aux environs de Saskatoun.
IV. — En arrivant au Canada, quatre mille d’entre eux environ se trouvaient dans les conditions requises pour avoir les concessions gratuites données par le gouvernement, c’est-à-dire les soixante-quatre hectares de concessions que l’on donne à tout individu ayant dix-huit ans, à la condition d’y vivre pendant six mois de l’année et d'y faire des améliorations (1).
(4) RÉSUMÉ DES RÈGLEMENTS CONCERNANT LES HOMESTEADS (CON- CESSIONS) DU NORD-OUEST CANADIEN
Toute section de nombre pair des terrains de la Puissance dans le Manitoba ou les Provinces Maritimes, excepté les lots 8 et 26, non réservés, pourra ètre prise comme homestead par toute personne se trouvant le seul chef d'une famille, ou par tout individu mâle de plus de dix-huit ans, sur un espace d'un quart de section de cent soixante acres plus où moins.
Depuis qu'ils se sont installés dans ces régions, les Doukhobors. bien que prétendant obéir aux lois canadiennes, ont refusé systématiquement de faire les démarches pour prendre possession de ces terres.
Selon la loi, on devait procéder à la délimitation de celles-ci ; il fallait les améliorer et en défricher un nombre déterminé d’hectares.
La concession, en un mot, était destinée à devenir la résidence du propriétaire et à être améliorée par lui, pour constituer un centre de colonisation,
Les concessions sont disséminées, le gouvernement se réservant, entre les lots qu’il donne, des terrains pour la vente future lorsque les travaux des concessionnaires auront considérablement augmenté
L'entrée pourra être faite personnellement au bureau local des terrains, dans le district où se trouve le terrain à prendre.
Un colon auquel on a accordé une entrée pour un homestead, devra remplir les conditions s'y rapportant de l'une des manières suiventes :
4. Au moins un séjour @+ :ix mois sur le terrain et la mise en culture d'icelui chaque année au cours du terme de trois ans.
2. Si le père, ou la mère, si le père est décédé, de toute personne qui est éligible pour faire l'entrée d'un homestead d'après lateneur de cet acte, demeure sur une ferme dans le voisinage du terrain entré par la dite personne comme homestead, les conditions de cet acte, quant au lieu de résidence avant d'obtenir la patente, pourront être remplies par le fait que cette personne habitera avec le père ou la mère.
3. Si le colon a feu cet lieu sur la ferme qu'il possède dans les environs de son homestead, les conditions de cet acte quant à la résidence pourront être remplies par le fait de résider sur le dit terrain.
La demande de lettres patentes devra être faite à l'expiration de trois années, devant l'agent local, le sous-agent ou l'inspecteur des homesteads.
Avant de demander des lettres patentes, le colon devra donner un avis de six mois, en écrivant au Commissaire des Terres du Dominion à Ottawa, de son intention de ce faire.