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la valeur de leurs terres et, par suite, celle des terrains avoisinants.
Ë Mais ces conditions gouvernementales sont restées : lettre morte pour la communauté russe. Ils abandonnaient la terre concédée tout en la considérant comme leur pour se grouper au nombre de deux ou trois cents en un espace restreint où ils fondaient un village, refusant de se répandre dans les nombreux Ë hectares qu'ils avaient reçus du Canada. Là, ils vi- | vaient en communauté, selon leur loi religieuse, qui leur permettait de se soutenir et de s’entr'aider.
Avec l'argent prêté par les quakers ils ont organisé des écoles où leurs enfants apprennent l'anglais et à le russe ; on les voit, dans les vastes salles bien aménagées, écrivant sur leur ardoise.
Il y a aussi des écoles pour les adultes.
Autour de leur villageils font les quelques cultures à nécessaires à la vie de la communauté, Quant aux k terrains qui leur restent, ils les laissent en friche pour les utiliser dans l'avenir, lorsque, à cause du uombre accru des Doukhobors, ils seront forcés d'occuper une plus vaste étendue de domaine.
Le premier mai 1907 expirait le terme fixé par le gouvernement pour déposer au bureau de la colonisation le nom de chaquepropriétaire, individuellement.
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Avant cette date ils devaient aussi prêter le serment 3 rte d’allégeance, c’est-à-dire de fidélité, au roi d’An- 3 $ 4
gleterre, Ils n'ont rien fait de tout cela, ne pouvant, d’après leur doctrine, ni posséder individuellement, : ni prêter serment, car Jésus-Christ a dit : « Ne dites que oui lorsque c’est oui, non lorsque c’est non, et ne mentez jamais ». À partir de cette époque ‘i°" mai
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1907), le gouvernement à commencé à inscrire le nom des colons récemment arrivés, comme concessionnaires des terrains donnés autrefois aux Doukhobors et ces colons vont prendre possession de leur terre, faits contre lesquels les Doukhobors, qui se trouvent chassés, protestent en disant simplement : « Nous sommes persécutés», et toutefois en refusant de prendre les mesures nécessaires pour que leur terre leur soit acquise.
Mais si ces Russes prennent les événements avec leur mansuétude évangélique ordinaire, il n’en est pas de même du côté de leurs protecteurs, les quakers, qui ont été l'instrument de la venue des Doukhobors au Canada.
A ceux-ci se joint le parti de l'opposition qui profite de cette occasion pour récriminer contre le gouvernement qu'il accuse de ne pas avoir prévu les difficultés qu'il rencontrerait en acceptant de faire venir ces colons de Russie.
Sur les neuf mille, six cents seulement se sont soumis et sontnaturalisés canadiens. Les autres continuent à vivre comme par le passé dans leurs villages autour desquels les terres sont labourées, mais très superficiellement, Ce sont les femmes et les hommes qui s'attellent aux charrues, car il leur est interdit d'imposer aucun travail à une créature de Dieu, füt-ce une bète, si elle n’en a pas besoin pour vivre. Par conséquent, ils ne se servent ni de cheval ni d'âne, ni d'aucun animal pour les faire travailler.
Ils coopèrent tous à la besogne commune : pendant que les uns sont aux champs, les autres taillent les
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habits dans des pièces d’étolfe que la communauté fait venir des États-Unis.
V. — Soixante-dix d'entre eux, poussant le fanatisme aux dernières limites, prétendent que Veriguine ne fait pas observer la loi religieuse avec assez de vigueur.
« L'homme, disent-ils, doit vivre comme un mendiant et ne jamais travailler pour les sociétés qui exploitent les pauvres gens. » Leur orthodoxie va si loin que tous les ansils se réunissent après la moisson, allument un grand feu, et se dépouillent de tous leurs vêtements qu'ils font brûler. Puis ils se promènent dans la campagne, hommes, femmes, enfants, dans le plus simple appareil, jusqu’à ce que la police les arrête.
L'an dernier, soixante-dix de ces individus ont été arrêtés et mis en prison. Ils refusèrent de manger; on les soutint avec des lavements alimentaires. Cinq moururent, tués, dirent les autres sectaires, à l'instigation du chef Veriguine, qui, les trouvant trop compromettants, avait poussé le gouvernement à les faire arrêter.
Lorsque je suis passé dans la Saskatchewan, l’an dernier, on m'a montré une photographie prise au moment où ces soixante-dix énergumènes de tout sexe et de tout âge se promenaient tout nus en chantant des hymnes.
Les plus fanatiques refusent de donner leur nom ; ils ne veulent enregistrer ni naissance, ni mariage, ni mort. Ne pouvant tuer aucun être vivant ils ne mangent pas de viande et se contentent de légumes et de fruits.
Le climat du Canada les éprouve car ils étaient auparavant autour de la forteresse de Kars en Transcaucasie, pays chaud où il est plus facile de vivre des fruits de la terre en se livrant à une culture fort sommaire. Quand ils acceptent de travailler pour des particuliers comme garcons de ferme, domestiques, par exemple, ce n’est point chez ceux qu'ils qualifient d’occapareurs de richesses. Ils nomment ainsi les syndicats anonymes.
VI. — Pendant l'été dernier, une centaine de Doukhobors étaient partis de la Saskatchewan pour venir exposer leurs doléances au gouvernement, à Ottawa. Ils s’y rendaient à pied par petites journées sans distinction d'âge nide sexe, en suivant la voie ferrée. Avant la froide saison ils étaient arrivés à Port-Arthur (au nord du Lac Supérieur, dans la province d’Ontario) et c’est là qu'ils ont été obligés d’hiverner.
La population de Port-Arthur ne tarda pas à se plaindre d’avoir à faire vivre ces mendiants d’un nouveau genre. Le gouvernement fut obligé de louer une maison et de leur donner la nourriture, c’est-àdire environ trente-cinq dollars par semaine.
Douze de ces malheureux entreprirent, le 2 décembre dernier, une marche à travers la ville de Port-Arthur. Ils étaient dépourvus de tout vêtement, bien que le thermomètre marquât vingt-quatre degrés au-dessous de zéro. La bande comprenait sept hommes et cinq femmes; ils avaient fait près d'un kilomètre en chantant des hymnes au centre de la ville, sans s'inquiéter de l’ahurissement des habitants.
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La police les arrèta et les conduisit au poste où ils continuèrent leurs chants en circulant autour des tables. Ils furent finalement mis en voiture et reconduits dans leur maison. Aucun d’eux ne semblait avoir souffert des rigueurs de la température.
Ils comptaient reprendre leur course cet été et arriver probablement avant l'automne à Ottawa. Le gouvernement a arrèté leurs projets et ils ont été réexpédiés vers la SaskatcheWan. Mais le gouvernement de la province, le gouvernement fédéral et la municipalité déclinent toute responsabilité dans l'affaire, sans lui donner de solution.
L'opposition pourra donc continuer à se servir de cette arme au cours de la période électorale prochaine.
Bien qu’il n’y ait pas, dans leur religion, de cérémonie nuptiale, la monogamie est pratiquée.
Depuis le commencement de ce qu'ils appellent leur ère de persécution, les Doukhobors ont voulu empêcher les naissances. Jusqu’àce que l'oppression touche à sa fin, une abstinence complète de rapports sexuels a donc été imposée et est parfaitement observée par eux.