‹ Canada et canadiens [microforme]Chapitre 56 sur 78 · PP EDR INR DURE RS OUR MEET RREOE EU OT · texte numérisé non relu

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lieu de venir prendre l4 place d'un Canadien? » Trois jours après, le pauvre garçon était remercié sans en savoir le motif. C’est là un fait qui se répète souvent et que nos compatriotes doivent connaître.

Cette espèce de phobie pour le Français actuel se traduit souvent par des jugements aussi injustes qu'inattendus et une iterprétation faussée, quelquefois froissante pour le Français, peut être le résultat d’un acte ou d’une simple parole de ce dernier.

On serait tenté de croire que le Canadien joue sur les mots tellement il dénature le sens d’une expression qui, souvent, est employée quotidiennement en France sans attirer le moins du monde l'attention d'une manière fâcheuse. J'ai dit avoir, dans une de mes conférences, été critiqué pour m'être servi très innocemment du mot sein. Un fait analogue est survenu, attaquant cette fois une jeune fille française du meilleur monde, très intelligente, d'une parfaite éducation et qui, certes, était loin de songer que l'on donnerait à un mot prononcé par elle au cours d’une conversation, une signification à laquelle nul, dans son milieu, n’eût certainement songé en France. Cette méprise se révèle clairement dans l’article suscité à un journaliste de Montréal au sujet de l'expression employée par cette jeune personne.

La jeune fille difficile.

« J'ai fait, ces jours-ci, la connaissance d’une jeune Française, récemment arrivée.

« En un seul après-midi, elle a trouvé moyen de reprendre vertement trois de nos jeunes Canadiennes, qui s’efforçaient de lui plaire.

« A l’une d'elles, qui racontait qu’en une circonstance terrifiante, on avait poussé des « cris de mort », elle dit qu’i! était ridicule de parler ainsi, parce que les morts ne criaient pas. Ne comprenant pas l’expression, qu’on trouve pourtant dans Rabelais, et qui ne signifie pas que les morts ‘rient, mais que l’on crie par peur de la mort.

« À cette autre, elle fit remarquer qu’un homme n'était jamais « gros comme un cheval », et qu'il était également ridicule d'employer cette expression.

« Ridicule encore cette autre qui disait : « coilfée comme un singe », parce que les singes ne se coiffent pas.

« Quand je retournerai en France, dit la charmante enfant, je ferai bien rire mes amies, en leur racontant vos expressions. »

« Bref, en très peu de temps, elle sut indisposer autant de personnes qu'elle en connut.

« Les Canadiens non plus ne furent pas épargnés : « En France, les jeunes gens de vingt ans peuvent nous causer de toutes les questions. Ici, les jeunes gens sont légers, ils n’ont rien de mâle. »

« Depuis mon arrivée, je cherche un homme, et n'en ai pas trouvé. Peut-être en trouverai-je, en connaissant mieux les Canadiens. »

« Oui, mademoiselle, oui, vous en trouverez, prenez-en ma parole. La chose vous sera même facile, pour peu que vous cherchiez, et vous n’aurez pas besoin de la lanterne de Diogène pour trouver des mâles parmi les Canadiens-français, Les nombreuses familles canadiennes sont là pour en témoigner. Mais en attendant, mademoiselle, et tout en

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respectant votre impatience de trouver un homme et votre déception de n'avoir pas encore trouvé de mâle depuis votre arrivée, je vous conseillerais de garder ces ennuis pour vous. En en parlant trop, vous vous feriez mal juger.

« Et, si vous êtes intelligente, vous rentrerez aussi vos petites critiques. En les répétant trop souvent, vous blesserez au vif les Canadiennes, très sensibles sous ce rapport, et vous vous attirerez beaucoup d’ennuis, dans une société que vous devrez fréquenter pendant quelques mois, ou quelques années. »

La jeune Parisienne, comme nous tous, n’avait entendu employer l'expression « cri de mort », par exemple, que dans le sens de cris séditieux poussés par la foule contre un criminel, acception que l'on donne à cette locution à l’époque présente, car celles employées il y a plusieurs siècles sont pour la plupart tombées en desuétude. Depuis le xvi° siècle la langue et la littérature françaises ont fait du chemin et on peut excuser les jeunes filles françaises d'ignorer une expression de vieux français qu’on retrouve dans Rabelais, puisque, disons-le à leur honneur, les ouvrages philosophiques de l’illustre écrivain ne sont jamais entre leurs mains.

Les Canadiens n’ont pris dans le mot mâle que le sens de générateur, mais ils n'ont pas songé qu'il peut l’être aussi dans le sens de l’ensemble des vertus propres au sexe fort. La première acception échappera certainement à l’appréciation d’une jeune fille française. Je puis assurer que ma jeune compatriote n’a pas pensé que ce mot pouvait, autour d'elle, éveiller l’idée de qualités prolifiques.

On ne se rend compte de l’état de défiance constante des Canadiens vis-à-vis de leurs cousins que lorsqu’on a vécu un peu dans la province de Québec. Je crois donc honnète de prévenir ceux de nos Français qui rêvent du Canada (1).

(1) Hébert, le grand statuaire Canadien-francais, est venu en France faire son éducation artistique.

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