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CHAPITRE XIX

1. Les étudiants juifs à l'Université française de Montréal. — I. Les Juifs bien accueillis par les Anglais et les Français. — NH. Les élections dans le quartier juif. — IV, L'inspection des viandes selon la loi de Moïse,

Montréal est la grande métropole de la province de Québec. La ville de Québec n’a pas 100.000 habitants, tandis que Montréal compte environ 400.000 âmes. La partie Ouest de la ville est habitée par les Anglais, la partie Est, par les Français. Il y a près de 200.000 habitants dans chacun de ces quartiers, ayant l’un et l’autre leur vie propre et particulière. Rien n'est étrange comme d’entendre les conducteurs des tramways faire l’appel des arrêts dans les deux langues.

Entre ces deux villes, le long de la rue Saint-Laurent qui les sépare perpendiculairement, sont venus s'établir, depuis dix à quinze ans, près de 25.000 Juifs

d'Orient. Jusque-là le Juif était presque inconnu à Montréal. Ils débordent même maintenant dans les parties anglaise et française de la cité et prennent tous les jours un peu plus d'importance.

I. — L'hiver dernier, je causais un jour avec un jeune médecin, dans la partie anglaise de la ville de Montréal. Je m'aperçois bientôt que des termes scientifiques français reviennent au milieu de ses phrases anglaises, et à ma question il me répond que je n'ai pas à être étonné car il a fait ses études à l’Université Laval, « Vous êtes Français? — Non, je suis Juif. Mes parents sont arrivés d'Orient il y a une quinzaine d’années, et comme les études sont un peu moins coûteuses à l’Université française, c’est là que j'ai suivi les cours. — Votre clientèle est-elle française ? — Non. J'en fais très peu; je soigne surtout mes coreligionnaires et quelques Anglais. »

En général, les élèves de l'Université Laval sont réservés, ils viennent rarement causer avec le professeur ; il est vrai que j'étais un étranger. Mais il m'a fallu beaucoup de persévérance pour les amener à lier conversation avec moi. Cette réserve est, du reste, très française. L'un d'eux, seul, venait toujours, après mes cours, me poser des questions, me sugoérer des projets d’études. Un jour que je lui demandais de quelle partie du Canada il était, il me répondit qu'il était Juif, venu de Syrie depuis peu d'années avec sa fanille.

Les Juifs de Montréal réussissent bien dans tous les genres de commerce et quelques-uns commencent à édifier des fortunes. Naturellement les institutions telles que l'Alliance israélite universelle fonctionnent

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comme partout ailleurs et on lit sur un vaste bâtiment : Fondation Hirsch, En plus de leur langue maternelle, polonais, allemand, hiédish, ete, ils parlent très rapidement l'anglais et le français et pénètrent dans les civilisations des deux peuples. IL. — C'est à se demander s'ils ne serviront pas un jour à la fusion des éléments anglais et français, Les premiers les accueillent naturellement avec aménité* n’a-t-on pas écrit un livre tendant à démontrer que le peuple anglais descendait d'une tribu d'Israël? 1l est assez curieux de constater que les Canadiens-français n’ont aucune défiance vis-à-vis des Juifs; il n'y a même pas, parmi eux, le mouvement instinctif de méfiance que les peuples d'Europe ont en général contre les Juifs. Lorsqu'on arrive au Canada et que l’on prend un indicateur d'adresses quelconque, on est tout étonné de voir des noms français à côté de prénoms juifs : Moïse, Siméon, etc., et, après enquête, on apprend que ce sont des Français qui ont été chercher leur prénom dans l'histoire sainte qui, naturellement, leur est apprise par le clergé catholique. On dirait qu'ils voient dans les Juifs actuels des parents de ceux de l'Ancien Testament. Ils ne vont pas, je pense, jusqu'à avoir vis-àvis des Juifs de la reconnaissance pour les avoir amenés au Canada. En effet le8 mai 1756, Montcalm dit que le plus important des armateurs quienvoyèrent leurs navires au Canada était un Juif de Bordeaux du nom de Gradish. Quoi qu’il en soit, les Juifs ont, à Montréal, une influence politique qui va grandissant tous {es jours. En février dernier, aux élections pour Îe conseil municipal, ils ont encore nommé un

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Canadien-français comme leur représentant et cependant ils avaient la majorité dans leur quartier et pouvaient faire passer, à leur gré, le député qu'ils voulaient.

111, — J'ai eu la curiosité de suivre plusieurs de leurs réunions électorales dans le quartier juif. Il y avait là des jeunes gens parlant indifféremment, outre leur langue maternelle, l'anglais et le français et sachant soulever un auditoire avec une véritable éloquence. L'un d'eux était très fier de pouvoir me dire : « Nous avons, il y a deux ans, obtenu du parlement canadien une faveur qui montre l'importance que nous prenons dans le corps électoral. Lorsque le jour des élections, fixé par la loi à un certain nombre de semaines après la fin de la législature précédente, tombe uu dimanche, on reporte les élections au lundi, Nous avons obtenu que, si le jour des élections tombe un samedi, ne voteront, ce jour-là, que ceux appartenant aux autres confessions religieuses, mais le scrutin ne sera fermé pour nous que le lundi soir afin de nous permettre de voter sans violer le jour du sabbat, »

Une mesure qui va encore favoriser l'introduction, dans la province de Québec, d’éléments juifs intelligents vient d’être prise par le collège des médecins. Jusqu'à ce jour, pour passer l'examen professionnel imposé à tout praticien, il fallait répondre en anglais ou en français. On pourra maintenant répondre en une autre langue si le candidat se présente avec un interprète dans lequel le collège des médecins peut avoir confiance.

Les Juifs de Montréal, bien entendu, suivent les

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rites de leur religion et c'est avec une curiosité bien naturelle que j’ai cherché à me rendre compte comment ils observent ces prescriptions, au point de vue de l'inspection des viandes. En effet, j'ai vu au Ca. nada destueries clandestines, en dehors des abattoirs, et c’est là que l’on va tuer les animaux suspects de tuberculose, par exemple, Si les Juifs suivent bien les prescriptions de la loi de Moïse, ils auront une cause de contagion de moins que les chrétiens canadiens. C'était done là un problème intéressant à élucider.

IV. — Depuis de nombreuses années je m'occupe, en effet, de cette question. Pendant mon séjour à Tunis, ville dans laquelle on compte 40.00) Juifs sur 160.000 habitants, et où j'ai dirigé l’Institut Pasteur pendant neuf ans, j'ai eu l’occasion de suivre de près la façon dont les Israélites procèdent à cette opération. J'avais publié, avec le vétérinaire directeur de l'abattoir de cette ville, un certain nombre de faits Concernant la tuberculose de 'a chèvre. Un jour, me rendant à l'abattoir Pour y examiner des organes provenant de chèvres saisies, j'eus l'occasion de voir le sacrificatour juif faire l'inspection de la viande « cachir » (1).

J'ai eu la curiosité de vouloir me rendre compte si, dans lo manière d'examiner les animaux, on procédait à Montréal selon la méthode des sacrificateurs

ifs orientaux. A Tunis, j'avais obtenu qu'un rabbin vint à mon laboratoire, faire l’autopsie d’une génisse. J'ai vu que le directeur des abattoirs était

1) Propre à la Consommation, aliment pur,

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