‹ Canada et canadiens [microforme]Chapitre 58 sur 78 · RS ARE D TR M RAR PO DC I JOUE · texte numérisé non relu

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dans le vrai, quand il m'avait fait remarquer que ces pratiques paraissaient être dirigées pour la recherche de la tuberculose.

Ce vieux sacrificateur à la longue barbe blanche appartenait à cette classe de rabbins, dont la longévité est remarquable, peut-être parce qu'ils observent à la lettre les interdictions alimentaires du judaïsme. 4 Ce sont ces vie'llards qui, parvenus à l’âge caduc, ï s’en vont, en un nouvel exode, se retirer en Palestine, afin de mourir dans la Terre Promise, traversant à pied, courbés sur leur {bâton de pèlerin, les déserts de Tripolitaine et d'Égypte.

La loi mosaïque est scrupuleusement suivie par ces sacrificateurs. Celui qui voulut bien venir chez moi et faire l'inspection sous mes yeux, m'indiqua trois pratiques qui m’étonnèrent. En premier lieu, il passa la main derrière le poumon, le long de la colonne vertébrale, et déclara la bête « cachir », la main ayant été introduite sans rencontrer aucune adhérence, ce qui aurait rendu l'animal « trifa » (1). 3 Or, deux maladies peuvent donner ces adhérences : 4 la péripneumonie coutagieuse des bêtes à cornes et la tuberculose. Continuant sa démonstration, il suspendit le poumon par la trachée, et introduisit de l’eau dans ce viscère. Il m'expliqua que si l’eau s’en écoulait, la viande serait déclarée « trifa ».

Puis, prenant le poumon par la trachée, il l’éleva à la hauteur de son épaule et le lança violemment à terre, Si un liquide, s’échappant du viscère, eût souillé le sol, il aurait déclaré la bête immangeable.

(1) Impropre à la consommation, aliment impur, défendu sous Ë peine de péché.

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Je me demandai, à cette époque, s’il ne poursuivait pas son inspection de façon à se rendre compte si l'animal n'avait pas la pommelière, c'est-à-dire la tuberculose du poumon. Depuis, j’ai recherché dans le « rituel du judaïsme » si, parmi les règlements, on ne trouvait pas des données permettant de croire que la tuberculose était poursuivie. Partout il me semble en trouverla preuve. Je lis, à l’article 10 du chapitre xxxvt intitulé : « Des diverses lésions du poumon », le paragraphe suivant : « Si le poumon est tellement dense qu’il provoque, à la palpation, la sensation qu'on éprouve en touchant le bois, l’animal est immangeable ; de même, si le poumonest léger comme du bois, l’animal est immangeable. »

Souvent la prescription hygiénique n'est pas aussi nette dès le début. Voici, par exemple, ce qu'on trouve à l’article 14 : « Lorsque le poumon est entièrement ratatiné, l’animal est immanseable, si ce rétrécissement est dû à la frayeur que l’animal a éprouvée par suite d’un acte humain, parce qu’on a saigné un autre animal en sa présence. Mais, si la frayeur de l’animal a été causée par quelque phénomène céleste, tel que le bruit du tonnerre, l'animal est mangeable. » Cet article ne peut pas être interprété au point de vue de l'hygiène, mais l’article 15 lui donne un tout autre sens, en l’expliquant de la façon suivante : « Article 15. Comment examiner ce cas (lorsqu'il y a incertitude sur la cause de la frayeur) ? On laisse tremper le poumon dans l’eau durant vingtquatre heures. Si le poumon revient à son état normal, on en déduit que la frayeur qui a déterminé le

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leste. Aussi, l'animal est-il mangeable. Sinon, on en conclut que la frayeur est due à un acte humain, aussi l'animal est-il immangeable, »

L'animal est donc trifa lorsque la lésion est permanente, c'est-à-dire due à une lésion pathologique. Je ne multiplierai pas à l'infini ces citations, et je me bornerai à dire que, par l'aspect du poumon, on reconnait si la bête est saine, et que, dans bien des cas, on a l'air de poursuivre la viande tuberculeuse. Les Phéniciens, les Égyptiens, chez lesquels Moïse et les anciens Juifs sont allés chercher les règles qu’ils ont codifiées au point de vue religieux, connaissaientils donc les dangers que peut faire courir à l'homme l'ingestion de viande tuberculeuse? Ce que, par l'expérience, nous avons trouvé nous-mêmes ces dernières années seulement, le jour où, en 1865, Villemin nous a démontré que la tuberculose de la vache pouvait se donnvr à l'homme, les Anciens, qui avaient sur nous l'avantage d’être des observateurs, n'ontils pas pu s’en rendre compte ? L'hygiène, telle que nous la comprenons aujourd’hui, n’existait pas autrefois, mais l’homme a toujours paru se préoccuper du soin de se maintenir à l'état sain. Il a pu voir que le porc était une viande indigeste, et en défendre l'usage. Je sais que, pour ma part, il m’est absolument impossible de manger de la viande-de porc le soir, sans payer la chose, qui est pour moi un écart de régime, d'une insomnie fort désagréable, causée par des troubles stomacaux. Il y plusieurs années, vivant avec des camarades, et choisi par eux comme chef de popote, je commandai certain soir un rôti de porc. Le plat fut reçu avec une désapprobation générale et

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