TP UT
VII. — Les études faites sur les oiseaux de basse-cour sont aussi fort intéressantes. Il faut, en effet, tenir compte du climat si rude de ce pays pendant l'hiver.
Nombreux sont les Canadiens qui cherchent à élever des animaux de basse-cour, mais beaucoup de colons ont vu leurs efforts rester stériles. En effet, il est difficile de réussir dans l'élevage des poules et des poulets; st une véritable science dont on ne peut pas obtenir 1a connaissance en un jour,
A la ferme expérimentale d'Oitawa, j'entendais le régisseur adjoint de la section avicole dire à deux Canadiens : « Non, il est inutile de chauffer votre pouluiller, construisez-le économiquement en vous rapprochant du modèle de celui-ci et cet hiver il sera inutile d'employer du bois pour maintenir une douce température, vos poules ne souffriront pas du froid. C'est qu'il en faut des œufs pour vous payer le bois employé à chauffer le poële! C’est le plus clair de vos bénéfices qui s’en va en fumée inuiile. »
Peudant les "198 mois d'hiver, les poules ont besoin de mouvement et elles ne peuvent sortir à l'extérieur. Comment faire? Leur santé dépend cependant de l’exercice qu’elles peuvent prendre. On to ne la diffisulté, conséquence du rude climat canadien, en répandant la nourriture dans la litière, sur le sol, dans une pièce suffisamment grande et spacieuse. Cette pièce qui a, comme surface, environ les deux tiers du poulailler tout entier, doit être bien aéréc, bien éclairée ; elle est moins chaude que la chambre où sont les perchoirs pour la nuit, et assez grande pour que les volatiles, en picorant leur nour-
A ep Emarmnren
riture de ci et de là, fassent la gymnastique nécessaire à l'entretien de la vie en bonne santé.
VIIL. — Pour aider au développement de l'agriculture dans la partie française de la province de Québec, il faudrait organiser l'enseignement agricole sur des bases sérieuses, il y a là une question vitale à envisager pour les Canadiens. Nous l'avons longuement discutée avec M. Gervais, député de Montréal, un des hommes les mieux doués du Canada. Il s’est fait l’apôtre de la création de cet enseignement dont il romprend la nécessité.
Il existe en France un rouage des plus utiles, sous le titre de Professeurs départementaux d’Agriculture. Ce sont des hommes de science et de pratique, ils sortent des écoles d'agriculture et ils vont faire des conférences, visiter les centres agricoles, parler à chaque cultivateur et entrainer les convictions, en donnant à chacun les arguaents qui peuvent le frapper. Si l’agriculture française se réveille et brille d’un si vif éclat depuis plusieurs années, si les industries agricoles se créent de plus en plus, c'est en graude partie grâce à eux, car très souvent, après avoir donné des couseils en général, ils s’attachent à une œuvre dont ils prennent bientôt la direction, laissant à d'autres le soin de donner des leçons et des conseils. Aussi des exploitations agricoles sont créées, desindustries laitières, fromagères, des sucreries, des distilleries, etc., sont dirigées par des hommes de science pour le plus grand bien du pays.
D'où viennent ces hommes? d'où sortent-ils ? des écoles d'agriculture. Existe-t-il, au Canada, une école, où un semblable personnel puisse se former ?
Oui; à Guelph, il existe une école d'agriculture, et à Sainte-Anne de Bellevue, l'Université Mac Gill va fonder une autre école d'agriculture. Ces étublissements sont anglais.
Les Anglais ont donc deux écoles où des ingénieurs agronomes vont étudier, et lorsqu'il faudra créer des professeurs d'agriculture on devra les prendre parmi eux, car les Cr nadiens-français n’ont pas une seule école supérieure d'agriculture.
Au congrès d'agriculture de la Trappe d’Oka, en 1906, la question a été agitée. Doit-on créer une école française supérieure d'agriculture ? Et la réponse a été : Non, contentons-nous d’une école primaire d'agriculture où nous recevrons les enfants. Dans la suite nous verrons à créer une école supérieure; en ce moment, cette école n'aurait pas d’élèves.
Mais il faut les faire naître ces élèves : il faut le créer ce courant qui doit amener les Canadiens, sortant des établissements où ils ont recu l'éducation préparatoire aux professions libérales, à s'occuper d'agriculture ! 11 y a vingt ans, en France, on souffrait du même mal dont souffre le Canada. Tous les jeunes gens sortant de l’enseignement secondaire voulaient être ingénieurs, officiers, médecins, avocats. On ne pensait pas, à cette époque, à entrer dans une école d'agriculture. Aujourd’hui on discute en famille, lorsque le jeune homme doit choisir sa voie, les avantages de la carrière agricole et des carrières libérales, et de nombreux jeunes gens, qui sans cela s’adonneraient aux professions libérales, retournent à la terre en entrant dans les écoles d'agriculture,
SPMAX FM
à A eee
et ils apportent l'esprit scientifique dans tte grande branche de l'activité humaine.
Au Canada, ne serait-il pas temps de créer un courant dans ce sens, en montrant aux élèves des séminaires et universités qu'ils peuvent se rendre ritiles au pays en entrant dans une école française d'agriculture dans laquelle l’enseignement sera élevé et mis à leur portée?
I ne s’agit pas de l’enseignement primaire agricole, il s’agit de prendre les élèves sortant de l’enseignement des séminaires et universités, et de leur donner une instruction élevée dans la science de l’agriculture. A l'heure actuelle, ils sont nombreux ceux qui scrtent des collèges et des écoles de la province de Québec et qui ne voient qu’un débouché : l8 professions libérales, le droit, la médecine.
Il en était de même en France, ily a trente ans; mais aujourd’hui, l’Institut agronomique, les écoles nationales d'agriculture de Grignon, de Rennes, de Montpellier, sont devenues à la mode et les élèves qui veulent y entrer sont presque tous bacheliers. Pour les attirer dans ces écoles on a créé des débouchés : les uns profitent des situations qui ont été instituées par le gouvernement, comme celles de professeur d'agriculture, de directeur de stations agronomiques, etc.; mais un grand nombre entrent dans les industries agricoles pour les diriger.
Le gouvernement français a compris l'intérêt qu'il y avait à attirer les jeunes gens dans les écoles d'agriculture, et il a été jusqu’à opérer une révolution qui n'a pas été sans soulever de grosses récriminations.
La grande École polytechnique de Paris qui, non seulement donne à l’armée les officiers du génie et de l'artillerie, mais encore les fonctionnaires d’un grand nombre de corps civils, ingénieurs des mines, des ponts et chaussées, des manufactures des tabacs, eic., fournissait aussi les inspecteurs, les directeurs du service des eaux et forêts. Ils sont maintenant pris parmi les élèves sortant de l’Institut agronomique, et comme ces fonctions sont très recherchées, beaucoup d'élèves viennent s'asseoir sur les bancs de cette école supérieure d'agriculture avec cet objectif en vue : protéger les forêts et les cours d’eau.
Il est, à l'heure actuelle, à la mode d’entrer dans les écoles d'agriculture et les professeurs de l’ensei- &nement secondaire poussent leurs élèves dans cette voie.
IX. — Si les Canadiens.français veulent lutter contre les Anglais qui sortiront bientôt des écoles de Guelph et de Sainte-Anne de Bellevue, ils doivent agir de mème et suivre des cours d'agriculture en sortant des écoles d'enseignement secondaire. Ils seront alors à la hauteur de leurs compétiteurs anglais et pourront leur disputer les places. Sinon, dans peu d'années, toutes les têtes, tous les chefs de service seront anglais.
Bien entendu, ils peuvent aussi aller dans l'école anglaise de Sainte-Anne de Bellevue, mais le voudront-ils?
En France, la profession médicale est tellement encombrée que depuis plusieurs années les sociétés médicales ont pris l'initiative d’arrèter le mouvement qui porte les jeunes gens à entrer dans les facultés
nee en mb aaET Re APP RES : Fo RS ln RS Te Es
de médecine. Des circulaires sont envoyées dans les collèges et on démontre ainsi aux futurs étudiants les inconvénients de la profession, les longueurs des débuts, les déboires de la vie. On est arrivé, de cette façon, à entraver un peu le courant et depuis quelques années les élèves en médecine sont moins nombreux. I ne s'agit pas, en effet, de faire beaucoup de médecins qui gagnent péniblement leur vie, il faut avoir de bons médecins. A l'heure actuelle, la mode ne poussant plus vers les écoles de médecine, entrent à la faculté ceux seulement qui ont l'énergie voulue pour se consacrer au sacerdoce médical.
Que deviennent les autres, ceux qui, il y a quelques années encore, seraient devenus médecins ? Beaucoup entrent dans les écoles d'agriculture. Ils cultivent une science des plus intéressantes et apportent un espri‘ scientifique dans les études agricoles. Ils ne porteront pas le titre de docteur, qui, pour beaucoup de jeunes gens, était un stimulant les entrainant à faire les études médicales, mais on a créé pour eux le titre d'ingénieur agronome (1) qui sonne très bien aux oreilles françaises et qui, maintenant, est un véritable titre scientifique, tellement ceux qui le portent ont atteint un niveau intellectuel élevé.
Au Canada, la profession médicale est aussi très encombrée (2) etil serait temps que les médecins fassent comprendre les dangers de l'état de choses actuel aux jeunes générations qui soni portées vers
1 Le Canadien-francais lui aussi aime le panache tout comme son cousin de France.
2 Beaucoup de m‘”ecins font de la politique et sont députés.
m4 dl {| ÿ
les études médica' Comme en France, pourquoi ne
À q pas diriger vers | griculture les jeunes intelligences qui ne sont pas poussées par une vocation irrésistible vers la médecine ? Il y a là un service à rendre au pays d’abord, en augmentant la quantité de ceux qui s'occupent de l'étude des moyens de développer la grande source de richesse nationale, et à la profession médicale ensuite, en diminuant le nombre de ses membres, en développant le bien-être des médecins.