‹ Canada [microforme]Chapitre 2 sur 3 · AA DS · texte numérisé non relu

AA DS

Paris, deux années de régence et trois ans de théologie au collège de Clermont, puis une autre année de régence à Amiens, et son troisième an de prubation en Belgique. Enfin, après avoir enseigné un an la troisième et deux ans les humanités au collège d’Eu, il partit pour le Canada en 1635, et arriva à Québec, le 17 août de la même année. Employé d’abord comme professeur au petit collège qu’on venait d'ouvrir pour les jeunes Français de la colonie, il reçut, bientôt après, la permission d’aller se consacrer, dans la résidence de Sillery, à l’évangélisation des sauvages. Il pouvait à peine balbutier quelques mots de leur langue, que déjà on le voyait courir auprès des malades pour les préparer, par ses paroles et par ses gestes, à faire une mort chrétienne. Voici en quels termes il écrivait alors à son supérieur, à l'occasion d’un sauvage converti; «Joseph, tant et si souvent » recommandé, a quitté cette vie, le jour de notre Bienheureux Père » et Fondateur saint Ignace. Je l’ai visité tous les jours trois fois ; » j'ai fait mon Apprentissage à l’enseigner et à lui faire faire des » actes de foi et de douleur, sans emprunter la langue d'autrui. Il » me faisait parfois réitérer ce que je lui faisais dire, pour marquer » qu’il y prenait goût ».

En 1636, le Père de Quen remplace le P. Charles Lallemant à la résidence de N.-D. de Recouvrance et se trouve ainsi chargé de la paroisse de Québec, faisant tous les dimanches et les jours de fêtes le prône à la grand’messe et expliquant le catéchisme, après les vêpres, aux Français qui remplissaient la petite église.

En 1640, le Père de Quen retournait à Sillery, spécialement pour ÿ prendre soin de l’hépitai. Un jour, il apprend, comme par hasard, qu’un chef sauvage, encore païen, était tombé gravement malade, assez loin de là. Il prend, à la hâte, sa couverture et un morceau de sain et se jette dans un canot, pour se rendre à l'endroit indiqné. Il y arrive pendant la nuit et parle avec tant d'efficacité au malade, que celui-ci se repent &e ses péchés et demande le baptême. Toutefois le Père, ne le croyant pas encore en danger de mort et voulant encore mieux l'instruire, se retire dans la cabane voisine pour prier et prendre ensuite un peu de repos. Mais le sommeil fuit ses paupières : il a sans cesse le malade devant les yeux et le voit entouré d'une légion de démons, Il lui semble enfin entendre une voix du ciel qui lui dit de sauver catte âme. Il se lève aussitôt, court auprès du sauvage. Il était temps : ce pauvre malheureux n'avait plus

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qu'un souffle de vie. Le missionnaire lui administre le baptême et, un instant après, le sauvage tout heureux rend le dernier soupir.

Les grands travaux, auxquels se livrait le saint missionnaire, altérèrent gravement sa santé, et l’on craignit même pour sa vie. Mais Dieu le réservait à des œuvres plus grandes encore. Il se rétablit promptement et, l’année suivante 1641, il se trouvait à Trois- Rivières, à la résidence de l’Immaculée-Conception, où il opérait un grand nombre de conversions parmi les païens, et ramenait à la pratique de notre sainte religion les sauvages, déjà baptisés, qui s’en étaient éloignés. Puis il retourna à Sillery pour y reprendre ses travaux.

Cependant les sauvages de Tadoussac ayant demandé une Robe noire pour leur enseigner la vraie prière, le Père de Quen, qui connaissait la langue montagnaise, leur fut envoyé. Ils le reçurent, comme un envoyé du ciel, et bientôt leur bourgade était devenue chrétienne. « Les prières », écrivait alors le Père, « se font le soir et » le matin dans les cabanes, avec une telle consolation de ces bonnes » gens, que quelques sauvages du Saguenay, se voulant embarquer » pour retourner dans leur pays, vinrent quérir le Père, dès le point » du jour, pour les faire prier Dieu avant leur départ. Ii n’y a pas » longtemps que les sauvages avaient encore de la honte de prier Dieu » publiquement. Maintenant on ne rougit plus pour se mettre à » genoux, pour joindreles mains, pour prier hautement. C’est un bläme » de n’aimer point La prière. Ce changement donne bien de la conso- » lation à ceux qui ont vu l'horreur qu'avaient ces barbares de notre » sainte foi, et les risées qu'ils faisaient de ceux qui la prêchent. » De 1643 à 1652, le Père de Quen fut fidèle à visiter presque chaque été la mission de Sainte-Croix, à Tadoussac. Il y résidait un certain temps ; mais à l'automne, il remontait à Sillery ou à Québec, pour y continuer l'instruction des Algonquins dont il était devenu l’apôtre. Pendant l'été de 1651, il se rendit, à quatre-vingt lieues de là, chez les Bersiamites, iribu aux mœurs simples et douces, et y établit la mission de l’Ange Gardien.

C'est au Père de Quen que revient l'honneur d’avoir découvert, au nord, le beau lac Saint-Jean, situé dans une vallée immense et fertile, que l’on considère aujourd’hui comme le futur grenier de la province de Québec. Le récit que lui-même nous a laissé de cette découverte est plein de détails intéressants; mais il est trop long

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pour que nous puissions l’insérer ici. Contentons-nous de dire que, dans ce premier voyage fait en 1647, et dans un second accompli en 1652, le saint missionnaire fit un très grand nombre de chrétiens parmi les sauvages campés sur les bords du lac.

Le Père de Quen, nommé supérieur des missions de la Nouvelle- France, en 1655, occupa ce poste si important et si difficile, avec un zèle et une sagesse admirables, jusqu’à sa sainte mort qui arriva à Québec, le 8 octobre 1659.

Nous ne saurions mieux terminer cet article sur nos trois anciens missionnaires et la solennité de leurs dernières funérailles, qu’en citant ces belles réflexions du Courrier du Canada.

“ Quel merveilleux spectacle offrait hier notre vieux Québec! ,

“ Ceux qui ont assisté à cette démonstration magnifique ne l’oublieront pas de sitôt. Que de souvenirs évoqués par ces deux cercueils qui renfermaient les restes de trois humbles missionnaires, portés par les descendants des Hurons et des Montagnais fidèles, conquis à la foi chrétienne par les apôtres de la Nouvelle- France! ,

“ Et ce cortège triomphal, cctte pompe religieuse et nationale, ces fanfares, ces drapeaux, cette foule immense accourue de tous côtés pour saluer les cendres de trois serviteurs de Dieu, oubliés pendant longtemps, illustres aujourd’hui; comme toute cette scène était de nature à saisir les imaginations et à remuer les cœurs! ,

“ La fête d'hier est une des plus belles que nous ayons eues à Québec. Elle comptera parmi les grandes journées d’allégresse publique, auxquelles notre population se porte avec tant d'enthousiasme. Elle témoignera aussi que les Canadiens ont la mémoire du cœur; car la démonstration d’hier était une démonstration de reconnaissance. Notre peuple manifestait, d'une manière éclatante, sa gratitude pour les apôtres de la Compagnie de Jésus, qui ont été sur nos rivages les pionniers de la civilisation et de l'Évangile ,.

“ Les organisateurs de cette belle fête voudront bien accepter nos plus cordiales félicitations ,.

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