‹ Canada pittoresque [microforme]Chapitre 10 sur 21 · ER 6 M EE A SR · texte numérisé non relu

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civilisation, que le nouveau monde consacra par son admiration le droit de conquérant nouvellement acquis par l’Angleterre, moins par ambition ou par le désir d’assurer la tranquillité de ses autres colonies, que dans l'espérance d’améliorer la position de ses nouveaux sujets, et de les faire jouir des avantages de la liberté.”

Après les intéressantes et scientifiques découvertes des navigateurs et aventuriers européens, il ne sera pas sans intérêt de rapporter ici la simple histoire d’un chef indien, qui traversa le continent sans carte ni compas, et sans autres ressources que son courage et son intelligence; et qui, dans ce long et pénible voyage, fit des découvertes qui auraient fait battre le cœur du voyageur le plus hardi. Cette histoire a été racontée par le chef lui-même, et par le moyen d’un interprète, à une personne qui l’a rapportée, dans les termes suivans, à la Société Historique de Quebec.

‘ J'avais perdu ma femme, et les enfans que j'avais eus d’elle, lorsqu'un jour, au lever du soleil, j’entrepris mon voyage. Je quittai mon village, malgré les conseils de ma famille, et je me rendis chez les Chicasaws, nos amis et nos voisins. Je restai quelques jours parmi eux, pour tâcher d’apprendre d’où nous venions tous, eux qui étaient les plus anciens du pays, et dont nous avions reçu notre langage. Ils ne purent pas m'en informer, et je continuai mon voyage. J’atteignis le pays des Chasuanous, et je remontai ensuite le Wabash, ou Ohio, presque jusqu’à sa source, qui est dans le pays des Iroquois ou Cinq-nations. Je les quittai, en me dirigeant vers le nord ; et, comme l’hiver est long et rude dans ce pays, je restai dans le village des Abenaquis, où je me liai avec un homme un peu plus âgé que moi, et qui me promit de me conduire, le printemps suivant, à la grande eau. En conséquence, quand les neiges furent fondues, et que le temps fut devenu meilleur, nous marchâmes vers l'est ; et, après plusieurs jours de marche, j’aperçus enfin la grande eau, ce qui me causa tant de joie et d’admiration que je ne pouvais pas parler, A la nuit nous nous arrêtâmes sur une hauteur au bord de l’eau, mais le vent y soufflait avec une telle force que le froid violent que j'éprouvais dans tous les membres, et le bruit qu’il occasionait autour de nous, me fatiguèrent beaucoup ; et, de toute la nuit, malgré toutes les précautions que nous primes, mon compagnon et moi, il nous fut impossible de dormir. Le jour suivant, le flux et le reflux me causèrent de grandes craintes ; et, voyant l'eau monter sensiblement, et s'élever à une grande hauteur, je croyais qu'elle allait dépasser les bords, et que tout le pays allait être submergé, tant était grande mon ignorance de ce phénomène : mais mon compagnon me rassura en me disant que le flot, en avançant et en se retirant, ne dépassait pas certaines limites. Après avoir satisfait notre curiosité pur la vue de la grande eau, nous revinmes au village des Abenaquis, où je passai l'hiver suivant. Quand le temps corimença à s'adoucir, que les neiges furent fondues, et qu'il me fut possible de me

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