‹ Canada pittoresque [microforme]Chapitre 12 sur 21 · RE · texte numérisé non relu

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Nous descendimes cette rivière tout un jour, et nous arrivâmes au village. Un parti de la tribu des Otters allait porter le calumet de paix à une nation plus éloignée, et nous nous embarquâmes sur un canot avec lequel nous descendîmes la rivière pendant dix-huit jours, allant à terre de temps en temps pour renouveler nos provisions. Quand nous arrivâmes à cette nation, qui était en paix avec les Otters, je restai avec elle jusqu’à ce que le froid fût passé, ce qui me permit d'apprendre la langue du pays, qui était commune à presque toutes les tribus des environs.

“ Le froid à peine fini, je m’embarquai sur la Belle Rivière, et je rencontrai sur ma route plusieurs nations, avec lesquelles je ne restai guère qu’une nuit, jusqu’à ce que j’arrivasse à une autre qui n’est qu’à un jour de route de la grande eau à l’ouest. Cette nation vit dans les bois, à une lieue environ de la rivière, par suite de la frayeur que lui inspirent les hommes barbus, qui descendent sur ces côtes dans des villages flottans, et enlèvent les enfans pour en faire des esclaves. Ils disent que ces hommes sont blancs, et portent de longues barbes noires qui descendent sur leur poitrine. Ils sont petits et minces, et ont de grosses têtes toujours couvertes. Ils sont toujours vêtus, même dans les plus grandes chaleurs. Leurs habits tombent jusqu’au milieu des jambes, qui, de même que les pieds, sont couvertes d’une étoffe rouge ou jaune. Leurs armes font un grand feu et beaucoup de bruit; et, quand ils se voient moins nombreux que les hommes Rouges, ils se retirent à bord de leurs grands canots. Quelquefois ils sont au nombre de trente, mais jamais plus.

“ Ces étrangers viennent de la contrée où le soleil se couche, à la recherche d’un bois puant qui a la qualité de teindre en belle couleur jaune: aussi cette nation a détruit tous les arbres de cette espèce, pour que les hommes barbus ne soient plus tentés de venir la visiter. Cependant deux autres nations des environs, n’ayant pas d'autre bois et ne pouvant pas détruire les arbres, étaient encore visitées par les étrangers, et, s’en trouvant fort incommodées, avaient engagé des alliés à les aider à attaquer les Blancs la première fois qu’ils reviendraient. L'été suivant, je les accompagnai dans cette expédition; et, après cinq longs jours de marche, nous arrivâmes à l’endroit où les hommes barbus débarquaient ordinairement, et 1à nous attendîmes dix-sept jours leur arrivée. Les hommes Rouges, d’après mon avis, se vlacèrent en embuscade pour surprendre les étrangers ; et en conséquence, quand ils mirent pied à terre pour couper le bois, nous fûmes assez heureux pour en tuer onze. Les autres, se sauvant à bord de deux grands canots, se dirigèrent vers l’ouest sur la grande eau.

“ En examinant les hommes que nous avions tués, nous les trouvâmes beaucoup plus petits que nous, et très blancs. 1ls avaient une grosse tête, et, dans le haut, leurs cheveux étaient fort longs. Leur tête était enveloppe dans de longs plis d’étotfe, et leurs vêtemens ne paraissaient être ni de laine ni de soie. Ils étaient

très doux et de différentes couleurs. Deux hommes seulement, dés onze que nous avions tués, avaient fait usage de leurs armes à poudre et à balle. Je les essayai, et je trouvai qu’elles étaient beaucoup plus lourdes que les nôtres, et ne tuaient pas à une aussi grande distance. Après cette expédition, je songeai à continuer mon voyage, et en conséquence, quittant les hommes Rouges qui retournaient chez eux, je me joignis à ceux qui habitaient plus à l’ouest vers la côte, et je voyageai avec eux tout le long du bord de la grande eau, qui se dirige entre le nord et l’occident. Quand je fus arrivé aux villages de mes compagnons de voyage, où je trouvai les jours très longs et les nuits très courtes, les vieillards me dirent de ne pas songer à continuer. Ils m’assurèrent que le pays s’étendait encore au loin, dans une direction entre le nord et l’occident, qu’ensuite il tournait directement à l’ouest, et enfin était terminé par la grande eau du nord au sud. Un d’eux ajouta que, dans sa jeunesse, il avait connu un homme fort âgé qui avait visité ce pays éloigné avant qu’il fût envahi par la grande eau, et que, quand elle était basse, on apercevait encore beaucoup de rochers dans les environs. Jugeant dès lors que je ne pouvais pas avancer plus loin à cause de la rigueur du climat, et du manque de gibier, je revins par la même route que j'avais suivie en venant ; et, en réduisant mon grand voyage vers l’ouest en journées de chemin, je supposai que j’y avais employé trente-six lunes: mais, à cause de mes fréquens repos, il s’écoula cinq années avant que je me retrouvasse au milieu de ma famille parmi les Yazous.”?

La différence remarquable qui existe entre les Natchez, en comprenant sous ce nom les nations qu’ils traitent en frères, et les autres peuples de la Louisiane, me faisait désirer de connaître d’où ils sortaient tous originairement. Je n’avais pas encore tous les détails que j'ai tirés depuis des voyages de découvertes de M. de Lisle dans la partie orientale de l'empire russe. J’employai en conséquence un jour entier à me mettre bien avec un de leurs prêtres ; et, y ayant réussi sans beaucoup de difficulté, je lui dis que, d'après le peu de ressemblance qui existe entre les Natchez et les nations des environs, j'étais incliné à croire qu’ils ne tiraient pas leur origine du pay: qu'ils habitaient maintenant; et que, si d’anciennes traditions lui avaient appris quelque chose à ce sujet, il me ferait un grand plaisir de me le faire connaître. A ces mots, il mit ses deux mains sur ses yeux, et, ayant resté environ un quart-d’heure dans cette position comme pour se recueillir, il me fit la réponse suivante.

Avant de venir dans ce pays-ci, nous vivions là-bas, sous le soleil (me montrant du doigt le point sud-ouest, ce que je compris être la direction de Mexico). Nous habitions un beau pays, où nos chefs avaient leurs possessions, dans lesquelles ils réussirent long-temps à se maintenir malgré les anciens propriétaires du pays qui, à : la vérité, prirent quelques-uns de nos villages dans la plaine, mais ne purent nous ” chasser des montagnes. Notre nation s'étendait le long de la grande eau, où se

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