‹ Canada pittoresque [microforme]Chapitre 13 sur 21 · ARLES RS TP CR EC SU M DE DEP · texte numérisé non relu

ARLES RS TP CR EC SU M DE DEP

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perd notre grande rivière. Mais, comme nos ennemis devenaient nombreux, et étaient très méchans, nos chefs envoyèrent plusieurs de leurs sujets qui vivaient près de cette rivière, pour savoir si on pourrait trouver un asyle dans le pays qu’elle traverse. Le pays situé sur le côté est de la rivière ayant paru extrêmement agréable, notre grand chef, au retour de ceux qui l’avaient visité, ordonna à tous ceux de ses sujets qui vivaient dans la plaine, et qui continuaient à se défendre contre les anciens propriétaires de la contrée, de se rendre dans ce pays, d’y construire un temple, et d’y entretenir le feu sacré.

“Une grande partie de notre nation vint en conséquence s'établir ici, où ils vécurent dans la paix et l’abondance pendant plusieurs générations. Le grand chef et ceux qui étaient restés avec lui ne songèrent point à venir nous joindre, voulant vivre dans un pays agréable et chaud, et redoutant moins des ennemis affaiblis par des dissentions civiles par suite de l’ambition d’un de leurs chefs qui désirait sortir de son état d'égalité avec les autres chefs des villages, et voulait traiter sa nation en esclave. Pendant ces discordes, quelques-uns de nos ennemis firent une ailiance avec notre grand chef, qui ne voulait pas quitter le pays pour pouvoir être encore utile à ceux de nos frères qui vivaient sur le bord de la grande eau, à l'ouest de la large rivière, et qui habitaient si loin le long de la côte et dans les îles, que le grand chef était quelquefois cinq ou six années sans entendre parler d’eux.

‘“ Ce ne fut qu’après plusieurs générations que les grauds chefs vinrent se joindre à nous dans ce pays, alors que, par suite du beau climat et de la paix dont nous avions joui, nous eûmes multiplié comme les feuilles des arbres.

“ Les guerriers aux armes à feu, qui font trembler la terre, étaient arrivés dans notre ancien pays, où, s'étant alliés avec nos frères, ils subjuguèrent nos premiers ennemis ; mais, voulant ensuite réduire les nôtres en esclavage, ceux-ci, plutôt que de se soumettre, vinrent ici avec leurs propres esclaves.”

Ayant demandé à mon Indien d’où étaient ces guerriers de feu, il me répondit que c'était des hommes barbus, blancs, mais un peu bruns ; qu’ils avaient avec eux des armes qui faisaient un grand bruit, et tuaient à une grande distance; qu’ils avaient encore d’autres armes qui tuaient beaucoup d'hommes à la fois, et comme le tonnère faisaient trembler la terre; qu’enfin ils venaient de l’orient dans de grands villages flottans.

“ Les anciens propriétaires du pays,” ajouta-t-il, ‘ étaient très nombreux, et habitaient depuis la côte ouest de la grande eau jusqu'aux contrées nord de ce côté du soleil ; et, bien loin sur la même côte au delà du soleil, ils possédaient un grand nombre de villages grands et petits, tous bâtis en pierres, et dans lesquels il y avait des maisons assez grandes pour loger tous les habitans d’un village. Leurs temples étaient d’un beau travail et construits avec beaucoup d'art, et ils avaient des ouvrages magnifiques en toute espèce de matériaux.”

“ Mais vous-mêmes,”” lui dis-je, “ d’où êtes-vous venus ?” “ La tradition ancienne” me répondit-il, ne dit pas de quel pays nous sommes venus. Tout ce que nous savons, c'est que nos pères, pour venir ici, suivirent le soleil, et vinrent avec lui de l'endroit où ilse lève; qu’ils restèrent fort long-temps dans leur voyage ; qu’ils furent tous sur le point de périr; et qu’ils arrivèrent dans cette contree sans l'avoir cherchée.”

Moncacht-apé (c'était le nom de mon Indien), après m'avoir fait ce récit de son voyage, resta quatre ou cinq jours en visite chez les Natchez, et ensuite vint prendre congé de moi. Je lui fis un cadeau de plusieurs objets de peu de valeur, entre autres d’un miroir concave d’environ deux pouces et demi de diamètre qui me coûtait à peu près trois sous. Comme ce miroir faisait paraître la figure quatre à cinq fois plus grande que nature, il parut très surpris et enchanté de l'avoir; et il ne l'aurait pas changé contre une des plus belles glaces de France. Après m'avoir temoigné son regret de me quitter, il s’en retourna fort satisfait dans son pays.

Le rapport de Moncacht-apé sur la jonction de l’Amérique avec la côte est d'Asie, paraît confirmé par le fait remarquable suivant: Il y a quelques années, les squelettes de deux grands et de deux petits éléphants ont été trouvés dans un marais près de l’Ohio; comme ils n'étaient que peu consumés, on a supposé que ces animaux n'étaient pas venus d’Asie depuis un temps très éloigné. Si nous considérons aussi la forme du gouvernement et les usages des nations du nord de l'Amérique, nous trouverons une grande ressemblance entre elles et les Tartares du nord-est de l’Asie,

Les Indiens qui n’ont jamais vu le flux et le reflux ont été très frappés de ce phénomène. Beaucoup d’habitans de Quebec peuvent encore se rappeler la grande députation de l’intérieur et du Mississippi, qui vint à Quebec pendant l’administration de sir Georges Prevost, et dans laquelle se trouvait la sœur de Cecamseh. On les voyait souvent assis sur le quai dans la basse ville de Quebec, considérant en silence et avec étonnement le flux et le reflux du S.-Laurent,

Les hommes blancs dont on vient de parler semblent être les Chinois, qui, à ce qu’il paraît, avaient des relations commerciales avec le midi de l’Afrique long-tenps avant que Vasco de Gama découvrit et doublât le Cap de Bonne-Espérance, Les Chinois sont, en général, plus petits que nous, et ils ont cette complexion pâle des indigènes de l’Asie. Leurs mousquets sont plus lourds que les nôtres ; leur poudre est inférieure en qualité,

Le bois puant dont parlait le chef indien est probablement le Fustoc, qui donne

une belle couleur jaune, qui est celle des habillemens des classes supérieures en Chine,

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