CHAPITRE III
APrës avoir fait connaître les deux phases de l'histore du Canada, sa dernière époque sous le gouvernement des sauvages, et sa première sous celui des hommes civilisés, je m'occuperai maintenant de son état sous l’administration anglaise,
La guerre commencée en 1812 par les Etats-Unis contre l'Angleterre produisit une forte crise dans l’histoire du Canada, principalement dans la province supérieure.* Je ne me propose point de discuter ici les motifs de la résolution hostile du Congrès.
} est probable cependant que celui-ci, voyant toutes les forces anglaises occupées contre les Français, crut le moment favorable pour s’emparer du Canada, et ensuite de toutes les colonies anglaises en Amérique. Le docteur Eustis, secrétaire de la guerre, dit au Congrès: ‘“ Nous pouvons prendre le Canada sans soldats; nous n'avons qu’à envoyer des officiers dans les provinces, et la nation, qui n’a aucune sympathie pour son gouvernement, se ralliera bientôt sous nos drapeaux.” M. Clay ajouta : ‘“ Ilest absurde de supposer que nous ne réussirions pas dans notre entreprise contre les possessions ennemies. Les Canadas sont aussi bien sous nos ordres que l'océan est sous ceux de la Grande-Bretagne, et nous devons leur enlever le continent. Je ne veux pas de paix jusqu’à ce que nous ayons réussi.” Cette-opinion existait également dans la Colonie, qui n’était alors defendue que par 4500 hommes, dont 1450 seulement étaient placés dans le Haut Canada, quoiqu'il fût plus exposé que l’autre province et que “es frontières fussent plus étendues. Il y avait beaucoup d'habitans qui, au premier bruit de guerre, étaient près à emporter leurs effets et à quitter le pays; mais sir George Prevost, secondé par la majorité des habitans, prit un parti ferme. La troupe quitta Quebec, qui fut placée sous la protection des citoyens, et la frontière fut mise en état de défense.
Les deux nations, quoique en état d’hostilités, n'étaient pas cependant prêtes pour commencer la guerre. Depuis trente ans qu'avait eu lieu celle de l’Indépendence, il restait peu d'officiers de ce temps-là. Le général Hull, un d’eux, fut
* J’extrais les principaux détails abregés de l’histoire du Canada de l’excellent ouvrage écrit pour le Cabinet Littéraire d’Edimbourg, par Mr. Hugh Murray. C’est ce que j'ai trouvé de meilleur sur ce sujet, quoique l’ouvrage soit écrit, ainsi qu’on pourra en juger, avec un peu de prévention nationale, me reservant toutefois mon opinion sur la manière de voir de l’auteur: au reste, je le suivrai de très près, certain qu’on ne trouverait nulle part des observations aussi justes et aussi profondes sur l'histoire du Canada,
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envoyé avec 2500 hommes pour ouvrir la campagne sur la frontière ouest du Haut Canada. Le 5 juillet 1812 il arriva à Détroit; et le 12, il traversa la rivière et il prit possession de Sandwich, où il fit une proclamation dans laquelle il invitait les habitans à se réunir à lui, ou au moins à rester neutres. Il annonça qu'il ne ferait pas de quartier à tout homme blanc qui se battrait à coté d’un Indien; mais cette mesure ne fut pas exécutée. Le général, n'ayant pas d'artillerie, ne jugea pas à propos d’attaquerle Fort Malden, qui couvrait Amherstburg, où le lieutenant-colonel sir George était placé avec une petite troupe. Le général chassa devant lui ce détachement et remporta quelques avantages, ce qui engagea des habitans à se joindre à lui: mais ces projets ne réussirent point. Le capitaine Robert avec un petit corps eut bientôt réduit le fort de Michillimakinac, qui dominait la résidence des Indiens. Presque toutes les tribus, indignées de l’usurpation du territoire canadien par les Américains avaient pris partis contre ceux-ci, et venaient de tous côtés au secour des habitans. Pendant ce temps-là, le général Brock avait embarqué toutes les troupes disponibles à la frontière du Niagara, et, le 12 août, arriva à Ambherstburg, où il rassembla 320 hommes de troupes régulières, 400 miliciens et 600 Indiens. Hull, dont les forces étaient diminuées par l’effet des maladies et par l'envoi de deux détachemens, et qui n’avait plus avec lui que 800 hommes en état, fit sa retraite de l’autre côté de la rivière, en emmenant l'artillerie qui avait été préparée pour le siége d’Amherstburg ; et il se renferma dans Détroit. Le général Brock traversa aussitôt, s’avança sur le fort, et se disposait à donner immédiatement l'assaut ; mais un drapeau blanc parut alors sur les murailles, et une capitulation fut signée, par laquelle toutes les troupes américaines, en y comprenant les détachemens, se rendaient prisonnières de guerre. Les habitans du Canada, qui se flattaient déjà d’une prompte conquête, ne furent pas peu surpris de voir en moins de trois mois emmenée captive l’armée destinée à cette expédition. Les Américains se piaignirent beaucoup de la conduite du général Hull, qui fut jugé et condamné à mort, mais à qui on laissa la vie en considération de son âge et de ses anciens services.
Les Américains firent de grands efforts pour obtenir un meilleur résultat sur la frontière du Niagara. Les Etats-Unis, quoiqu’ils désapprouvassent la guerre, levèrent, dès le mois de septembre, plus de 6000 miliciens, qui se portèrent sur les bords du fleuve, dans l'intention de le traverser et de pénétrer dans le Canada. Ce qui les enhardit, ce fut la prise de deux chaloupes canonières anglaises par deux des leurs. Les premières, qui se rendaient au fort Erié, avaient d'importantes cargaisons. Ces troupes étaient remplies d'enthousiasme et de confiance, pressant et forçant presque le général Van Rensselner, leur commandant, de commencer les opérations. Eu conséquence, après une première tentative qui évchoua, il réussit, dans la matinée du 13 octobre, à envoyer sur Queenston un détachement qui prit possession
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des hauteurs. Le général Brock arriva, et voulut s'opposer aux progrès des Américains; mais, s'étant avancé avec une force trop peu considérable, il fut répoussé et tué, terminant sa brillante carrière par une mort glorieuse. Sur ses entrefaites, le général Sheaffe, s'étant mis à la tête d’un corps nombreux tiré du fort Georges, et soutenu par un corps d’Indiens et par un détachement venu de Chippe- : way, attaqua l'ennemi, et, après un vif engagement d’une demi-heure, il força ses adversaires, au nombre de 900, de se rendre à discrétion.
Les Américains firent une nouvelle tentative pour réparer l'échec de leur malheureuse campagne. Le général Smyth, qui remplaça Rensselaer, réunit, le 29 novembre, 4500 hommes dans le voisinage de Black Rock. Le lendemain de très bonne heure, et après un combat où on se voyait à peine, deux détachements reussirent à chasser devant eux les avant-postes anglais. Mais, au jour, le lieutenant-colonel Bishop ayant rassemblé 600 hommes de troupes régulières et de milice, les Américains se retirèrent rapidement de l’autre côté de la rivière, laissant trente hommes des leurs entre les mains des Anglais. Une autre division des premiers se disposait à traverser la rivière ; mais quelques décharges d'artillerie et de mousquetterie les forcèrent de revenir sur leurs pas. Dans la journée, on somma inutilement le fort Erié de se rendre ; les troupes commencèrent même à s’embarquer. Enfin, après avoir tenu plusieurs conseils, dans lesquels on ne put d’abord s'entendre, il fut décidé que l’entreprise serait abandonnée pour cette saison.
La rigueur de l’hiver amena la suspension des hostilités, qui ne fut interrompue que par une attaque sur Ogdensburg par le capitaine M‘Donnell, qui, traversant le S.-Laurent sur la glace, mit en fuite la garnison, et s’empara de onze pièces de canon et de beaucoup de vivres et de munitions. Les Américains firent des efforts extraordinaires pour ouvrir une nouvelle campagne sous de meilleurs auspices. Au port de Sackett, sur le bord méridional de l'Ontario, ils équippèrent une petite flotte qui leur assura, pendant quelque temps, la possession de ce beau lac.
Après beaucoup de peine, des forces considérables furent réunies sous le commandement du général Dearborn. Le plan de cette campagne avait pour seul but la conquête du Haut Canada, et on pensait que 2100 hommes étaient plus que suffisans pour assurer le succès de l'expédition. Le 25 avril 1813, le général commodore Chauncey s’embarqua avec environ 2000 hommes pour York nouvelle capitale du Toronto. Rien n’était préparé pour la résistance dans cette province, Les fortifications y étaient nulles; et, pour les défendre, le général Sheaffe avait à peine 600 hommes. Dans la matinée du 27, les Américains arrivèrent devant la place et débarquèrent immédiatement ; alors, après une vigoureuse défense qui se prolongea jusqu’à deux heures, les Anglais furent forcés d'abandonner la ville, Les assaillans perdirent, principalement par l'explosion d'une mine, à peu-près 260
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hommes tant tués que blessés; et parmi les premiers se trouva le général Pike, jeune officier d’un mérite distingué qui avait donné le plan de l'attaque et s'était chargé de la diriger. Après avoir incendié tous les édifices publics, ils emmenèrent l'artillerie et les munitions, et, le 1® mai, ils évacuèrent la place.
L'expédition suivante fut encore plus importante, et fut dirigée contre le fort Georges, près de Newark, à l’entrée du détroit du Niagara, regardé alors comme la plus importante position militaire du pays. Presque toutes les forces disponibles furent employées, à l’exception d’une petite partie qui fut chargée de la défense du port de Sackett. D'autre part le brigadier-général anglais Vincent ne pouvait disposer que de 1000 hommes de troupes régulières et de 300 miliciens ; et Newark était exposé à un feu trop vif du fort américain opposé pour qu’une longue défense fût possible. En conséquence les Anglais ne pouvaient résister qu’en s’opposant au débarquement, ou en battant leur ennemi en pleine campagne. Alors, le 27 mai, le commodore Chauncey fit débarquer 4000 hommes sous les ordres de Dearbon et de Lewis, qui agirent de concert; mais, après une lutte longue et acharnée, ils furent obligés de céder à des forces supérieures. Vincent, après avoir rappelé les garnisons de Chippeway et du fort Erié, fut contraint de se retirer d’abord vers la chaussée des Castors, et ensuite sur les hauteurs de Burlington, vers l'extrémité du lac Ontario. Les vainqueurs ne purent pas s'opposer à cette retraite, mais pour la première fois ils réussirent à former un établissement régulier dans le Carada.
À cette même époque, une force navale imposante ayant été réunie à Kingston par les soins de sir James Yeo et du gouverneur Georges Prévost, fut destinée à l'attaque du port de Sackett, qui n’était défendu que par un petit détachement, le corps d’armée des Américains étant alors dirigé contre le fort Georges. 750 hommes environ débarquèrent le 27 mai ; mais, en approchant du port et après une longue hésitation, des ordres furent donnés pour revenir à Kingston ; néanmoins, encouragés par quelques succès des Indiens, qui s'étaient emparés de douze bateaux et de soixante-dix dragons, les Anglais réussirent à opérer un débarquement dans la matinée du 29, Malgré les difficultés du terrain ils chassèrent devant eux l’ennemi, qui se réfugia dans une caserne et dans un fort palissadé. De là il fit un feu si nourri, que le général Prévost, considérant l’impossibilité de forcer la position et saisi d’une terreur panique, causée, dit-on, par la fausse nouvelle de l’arrivée du général Brown sur son arrière-garde, donna l’ordre de la retraite. Les ofliciers n’étaient cependant pas tous du même avis, et l’on rapporte que le major Drummond dit au général que dans peu de minutes il se chargeait de le rendre maître de la place. On eut ordre d’obéir: maïs le mécontentement et le manque de confiance dans le commandant en chef eurent la plus fâcheuse influence sur les opérations,
La fortune, si favorable aux Américains à l’ouverture de la campagne, leur devint contraire. De grands préparatifs eurent lieu dans les états de l’ouest, principalement dans le Kentucky. Deux corps furent levés et mis sous les ordres des généraux Winchester et Harrison, qui devaient se diriger par troupes séparées sur le Michigan, ensuite se réunir et agir de concert pour se remettre en possession de Détroit et envahir les districts voisins. Winchester, qui probablement désirait remporter quelques avantages sans la coopération du chef qui lui était adjoint, s’avança avec un millier d'hommes vers French Town, à-peu-près à vingt-six milles de Détroit. Le colonel anglais Proctor, jugeant de l’importance d’attaquer l’ennemi avant la jonction des deux corps, réunit promptement toutes les forces qui se trouvaient dans les environs, et qui consistaient en 500 Blancs et 450 Indiens. Le 22 janvier 1815, il attaqua les Américains, qui opposèrent une résistance opiniâtre, et qui, retranchés dans des maisons, firent éprouver au colonel une perte considérable, Ils finirent cependant par être défaits et forcés presque tous de se rendre prisonniers. De ce nombre fut le général lui-même, qui tomba entre les mains de l’Indien Wyandot, qui s’empara de son uniforme, s’en revêtit aussitot et ne consentit à le rendre qu'avec beaucoup de peine.
Le général Harrison, en apprenant la nouvelle de ce désastre, prit position près des Rapides du Miami, attendant des renforts. Le colonel Proctor sentit l'avantage d'attaquer Harrison avant l’arrivée de ces renforts: il réunit 1000 hommes de troupes régulières et de milices et 1200 Indiens, les embarqua à Amherstburg le 23 avril, et traversa le lac Erié et le Miami. L'expédition eprouva néanmoins quelques retards qui mirent les Américains à même de rassembler assez de forces pour que l'attaque n’eût qu’uu faible résultat. Ces derniers se décidèrent alors à reprendre l'offensive, et, avec une force considérable, ils commencèrent l’action de deux côtés à la fois, et s’emparèrent d’abord des batteries anglaises. Mais ils furent attaqués sur différens points, et avec un tel succès, que plus d’un millier d’hommes furent pris ou tués, et que le reste ne put se retirer qu'avec beaucoup de difficultés dans l’encéinte des retranchemens. Le colonel Proctor pouvait livrer l'assaut, mais il avait tellement affaibli son ennemi qu'il ne craignait plus le danger d’une invasion immédiate,
Je reviens maintenant au théâtre principal des operations sur la frontière du Niagara, où les Anglais avaient chassé l'ennemi devant eux jusqu'aux hauteurs de Burlington. Dearbon envoya aussitôt en avant les généraux Chandler et Winder avec 4000 hommes pour achever de disperser, et, s’il était possible, de détruire les fuyards; expédition dont le succès pouvait conduire à la conquête de toutes les provinces de l’ouest, Le 6 juin, les deux généraux se postèrent à Stony Creek à l'effet de préparer leurs opérations pour le jour suivant. En effet, le lieutenantcolonel Harvey, après avoir reconnu avec soin la position des ennemis, se prépara
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pour une attaque de nuit avec l’assentiment du général Vincent. Ce plan, exécuté par 700 hommes de choix et favorisé par l’obscurité de la nuit, eut un tel succès que les Américains prirent la fuite dans toutes les directions, et que leurs deux commandans furent faits prisonniers avec sept officiers et 116 soldats. Au point du jour les Anglais se retirèrent avec leur petit corps. La perte des Américains n'avait pas été très considérable, mais la terreur panique causée par les événemens de la nuit. fut telle que, avant onze heures du matir:, ils abandonnèrent leur camp et firent leur retraite sur Forty-mile Creek à onze milles de distance. Là ils reçurent des renforts; mais, menacés par sir James Yeo, qui arrivait avec un escadron et un petit corps d'infanterie pour renforcer le général Vincent, ils se déterminèrent à se retirer sur Niagara. Leur échec ne se borna pas là. Ayant appris que les Anglais avaient un petit poste avancé à la chaussée du Castor, ils envoyèrent le lieutenant-colonel Boerstler avec 700 hommes pour l’attaquer. Cependant cet officier ayant été assailli à l’improviste par un corps d’ Indiens et bientôt après par un petit détachement de troupes régulières, jugea toute résistance impossible, et, sommé de mettre bas les armes par le lieutenant Fitzgibbon, il se rendit prisonnier de guerre avec tous ses hommes. Les Américains ne conservèrent rien sur ka rive droite de la rivière au delà du fort Georges. Les Anglais firent même sur le bord opposé des excursions, dans l’une desquelles le colonel Bisshop s'empara de Black-Rock, où ils détruisit ou emporta une assez grande quantité d'armes et de munitions ; mais ayant été malheureusement, au moment où il se rembarquait, attaqué par des forces supérieures, il éprouva une perte considérable et reçut trois blessures mortelles.
Pendant ce temps les Anglais remportaient de grands avantages sur le lac Champlain, où ils prirent plusieurs bâtimens et détruisirent les magasins de Plattsburg et de Swanton. Ils étaient près cependant d’éprouver de grands revers sur le théâtre même de leurs plus brillans exploits.
Les Américains firent de grands efforts pour rétablir leurs affaires sur la frontière de l'ouest ; des volontaires furent levés dans le Kentucky, province dont les habitans étaient braves et disposés aux combats; et, au mois de septembre, l’armée du général Harrison s'élevait déjà à plus de 5000 hommes. Ils établirent sur la rivière de Sandusky un poste fortifié que le major-général Proctor attaqua sans succès, Ils armèrent sur le lac Erié une escadre de neuf vaisseaux qui portaient cinquante-six canons, et ce ne fut qu'avec peine que les Anglais, sous le commandement du capitaine Barclay, purent en équiper une en état de lutter avec celle des Américains. Un engagement très vif eut lieu, et le bâtiment monté par le commodore américain avait déjà même amené son pavillon; mais la fortune changea, et l’action finit par la défaite de l’escadre anglaise, qui fut en entier obligée de se rendre, Cet événement mit dans un extrême embarras le général Proctor, qui
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se trouvait ainsi dans une impossibilité complète de se rapprocher de ses renforts et de ses magasins, et dont les provisions ne pouvaient plus suffire aux besoins de sa propre troupe, ainsi qu’à ceux des Indiens qui combattaient sous ses drapeaux. En conséquence lorsque, à la fin de septembre, le général Harrison arriva à Détroit, le premier ne chercha pas à conserver sa position à Amherstburg, mais il se retira au delà de la rivière la Tamise. Harrison se mit aussitôt à sa poursuite avec 3600 hommes, tandis que Proctor, abandonné de presque tous ses Indiens, n’avait plus avec lui qu'environ 500 de ces derniers, et 800 Blancs. Le 4 octobre, il prit une forte position à la ville de Moravian; et, protégé par la rivière d’un côté, et par un bois de l’autre, il espéra ainsi neutraliser les forces supérieures de l’ennemi. Mais Harrison avait avec lui un corps de combattans, peu connu jusque-là dans les combats, les carabiniers à cheval du Kentucky, habitués à parcourir les bois, et faisant usage de leur arme avec une adresse presque surnaturelle, Il comptait avec raison que cette nouvelle tact que produirait un grand effet. D’après leurs instructions, ces hommes essuyèrent d’abord le feu de leurs adversaires; puis ils s’avancèrent au grand galop, et, rompant les rangs des Anglais, y jetèrent le désordre et la confusion. La lutte la plus vive eut lieu avec les Indiens, qui perdirent leur chef, Tecumshe, un des hommes les plus braves entre les braves, doué par la nature des qualités d’un héros, et qui se distinguait également par son éloquence et par ses talens en politique. Son but principal avait été de former une ligue puissante pour arrêter les courses et les empiétemens des Américains. Devenu leur ardent ennemi, il s'était chaudement attaché au parti des Anglais, et les avait aidés à remporter plusieurs victoires. IL fut frappé d’un coup de feu à la tête par le colonel Johnson, membre du Congrès. Le général Proctor se retira sur Ancaster, : où il put à peine rallier 200 hommes, avec lesquels il rejoignit l’armée de Niagara. Harrison, ayant ainsi recouvré le Michigan, et conquis les districts de l’ouest, alla réunir ses forces à celles de ses compatriotes.
Alors les Américains formèrent sur une grande échelle un plan d'opérations dirigé contre Montréal, et dont le succès devait les rendre maîtres du Haut Canada. Deux armées furent chargées de coopérer à cette entreprise ; l'une, composée de 6000 hommes environ et commandée par le major-général Hampton, devait partir du lac Champlain ; l’autre, montant à 8800 hommes, sous le major-général Wilkinson, devait partir de Grenadier Island, près du port de Sackett, sur le lac Ontario. Comme Montréal n’était défendue que par un petit corps de troupes régulières qui était en partie occupé dans le Haut Canada, Hampton espérait, en poussant vigoureusement l'ennemi devant lui, s'emparer de la place sans aucune difficulté. Mais, ayant passé la frontière à la fin d’octobre, il trouva sur les bords de la rivière Chateauguay une avant-garde de 800 Anglais et de 172 Indiens sous les ordres des lieutenans-colonels de Salaberry et M'‘Donnell. Ces officiers placèrent avec tant
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d'intelligence leur troupe au milieu des bois, et déguisèrent avec tant d’adresse leur petit nombre d’hommes, que les Américains, malgré quelques vigoureuses attaques, furent toujours repoussés ; et Hampton, croyant avoir à faire à des forces considérables, se détermina à se retirer.
Dans le même moment l’armée la plus forte, sous les ordres du général Wilkin. son, traversa le lac Ontario et s’embarqua sur le St.-Laurent. A Williamsburg il mit à terre deux forts détachemens, avec ordre de rendre libres les abords de la rivière, et en même temps de charger et décharger des bateaux lorsqu'ils descendent les Rapides. Le 11 novembre, l’un de ces détachemens, sous le major-général Boyd, rencontra le lieutenant-colonel anglais Morrison, qui avait avec lui des forces inférieures. Il s’ensuivit un engagement sérieux, dans lequel les deux partis s’attribuèrent la victoire. L'avantage réel paraissait être resté aux Anglais; mais il n’était pas tellement décisif qu'ils pussent empêcher les Américains de continuer à descendre la rivière vers Montréal. Près de Cornwall, le commandant reçut des dépêches du général Hampton, qui lui annonçait qu’il renonçait au plan de coopération, et qu’il allait revenir sur le lac Champlain. Alors Wilkinson jugea qu'il fallait pour cette saison renoncer à toute tentative sur Montréal, s’apercevant surtout que la population était hostile aux Américains et portait un grand attachement au gouvernement anglais En conséquence il plaça son armée en quartiers d'hiver, près de French-mills, sur la rivière du Saumon: là il forma un plan d’attaque contre Prescottet Kingston ; mais, se trouvant à court de provisions, il préféra de se jeter sur Plattsburg.
Sur ces entrefaites, et après le mauvais succès de l'expédition, ces opérations de la principale armée des Américains permirent aux Anglais de reprendre l'offensive sur la frontière de Niagara. A la première nouvelle des revers éprouvés dans l’ouest, le gouvernement ordonna au général Vincent de se retirer sur Kingston; mais celui-ci jugea que les circonstances le justifiaient suffisamment de conserver sa position. La force des ennemis était non-seulement diminuée dans cette position, mais on dit même qu’ils étaient commandés par un officier de peu de mérite et de résolution. A l’approche d’un fort détachement sous le colonel Murray, cet officier se retira aussitôt sur le fort Georges ; puis il abandonna ce poste, après avoir réduit en cendres la ville voisine de Newark. Murray ne se contenta pas de chasser les Américains devant lui; il s’avança, surprit, et emporta d’assaut le fort Niagara, où il fit plus de 400 prisonniers, et où il trouva une grande quantité d’arrnes et de munitions. Plus tard les Anglais surprirent et pillèrent les villages de Lewiston, Black-Rock et Buffalo, où ils vengèrent faiblement les malheurs causés au fort Georges par l'officier américain,
On reprit les opérations au commencement du printemps de 1814. Le lieutenantcolonel Williams, avec 1500 Anglais, se posta à La-Colle, sur la rivière Richelieu.
Wilkinson, qui avait à Plattsburg au delà de 4000 Américains, se décida à attaquer les Anglais. Le 30 mars, il cerna un gros moulin dans lequel Williams s'était retranché, mais tous ses efforts pour l'emporter furent inutiles Le major Handcock fit même sans succès deux attaques successives contre l'artillerie placée dans un bois Le général américain finit par renoncer à l’entreprise et se replia sur Plattsburg. Dans les premiers jours de mai, les Anglais remportèrent encore un autre avantage, et s’emparèrent, non sans quelque perte, du fort Oswego, où ils trouvèrent une grande quantité de vivres et de munitions.
Les principaux efforts des Américains dans cette campagne eurent lieu sur la frontière de Niagara: ils se montaient environ à 5000 hommes, commandés par le major-général Brown, officier qui s’était distingué dans plusieurs occasions. Il traversa le St.-Laurent et so.ama le fort Erié, dont la garnison, forte de 170 hommes, se rendit immédiatement. Ensuite il se dirigea vers Chippeway, et battit à Street’s Creek l’avant-garde du major-général anglais Riall, qui cherchait à s’opposer à sa marche. Ce dernier fut alors obligé de se replier sur le fort Georges, et ae là sur les hauteurs de Burlington. Brown mit le siége devant ce fort; mais, le trouvant plus difficile à emporter qu'il ne l'avait pensé, et n’ayant pas d’ailleurs les renforts qu’il attendait du port Sackett, il fit sa retraite sur Chippeway. Son adversaire, qui de son coté avait reçu de nouvelles troupes, se porta en avant. Les deux armées se trouvèrent en présence, et, le 25, les républicains commencèrent l'attaque. La bataille de Lundy’s-Lane fut longuement et vivement contestée avec différens revers de fortune: elle se livra en partie au milieu d’une obscurité profonde qui donna lieu à de singulières méprises. Le général américain et son commandant en second furent blessés, et le général anglais Riall fut fait prisonnier. Par un étrange hasard, pendant la bataille, le lieutenant-général Drummond arriva d’York avec des troupes fraîches et rétablit les affaires des Anglais. Les deux partis s’attribuèrent également la victoire. Mais la retraite des Américains sur le fort Erié indique quel fut le résultat réel de la bataille. Dans la nuit du L4 août, Drummond attaqua la place à deux reprises, et, chaque fois, fut repoussé avec une perte considérable.
A ce même moment, une autre partie du Canada étuit le théâtre d'opérations importantes, Après le succès des armées alliées en Europe, la prise de Paris et l'abdication de Napoléon, la Grande-Bretagne put alors diriger toutes ses forces contre les Etats-Unis, sur lesquels on se félicitait d'avance d’un triomphe complet. Un corps assez considérable arriva du midi de la France dans le Canada, ce qui permit à sir Georges Prévost de se mettre à la tête de 11,000 hommes, avec lesquels il entreprit de porter la guerre sur le territoire ennemi, Il s’avança pour attaquer, sur le lac Champlain, Plattsburg, défendu seulement par 1500 hommes de
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