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l'exemple que donnent de nouveaux et respectables émigrés, ne peuvent manquer d'opérer graduellement une heureuse réforme.
Il n’y a pas une population au monde qui vive mieux que celle du Haut Canada. L'abondance et le bas prix des denrées en mettent l'usage à la portée de toutes les classes. Chaque jour on fait trois repas copieux, composés chacun de douze à quatorze plats, qui varient peu. Ils consistent ordinairement en thé vert, en porc frit, miel, saumon salé, gâteaux, concombres farcis, poulets bouillis, tartes aux pommes, sucre d'érable, puddings aux pois, pain de gingembre, et choux-croute.
En général les habitans se font peu de visites ; et, à la vérité, le mauvais état
des routes y met un grand obstacle. Cependant, de grandes parties ont lieu dans |
la belle saison, et on voit jusqu’à cinq ou six familles aller mutuellement se visiter à une distance de dix à douze milles, sans même s’être prévenues d’avance. Dans un ménage en Angleterre, de pareilles visites à l’improviste seraient quelquefois génantes ; mais, dans ce pays d’abondance, la huche, la tinette au lard et le poulailler offrent de prompts et nombreux moyens de suffire à tous les besoins, et de faire à ses convives une bonne réception. Dans ce pays on est fou de la danse; et une auberge ne mérite pas ce nom, si on n’y trouve une spacieuse salle de bal, dont on puisse disposer au besoin. Les occupations intellectuelles ne sont pas aussi communes qu'elles mériteraient de l'être: dans une résidence de cinq années, M. Talbot n’a vu que deux fois des personnes faisant la lecture, et encore une d'elles tenait un livre de médecine pour y trouver quelques renseignemens utiles à sa santé. Au reste, des changemens favorables ont eu déjà lieu sous ce rapport, et, d'ici à peu de temps sans doute, les Canadiens ne seront plus l’objet de pareils reproches.
Il me reste à parler d’une partie de la population, peu nombreuse, mais bien digne d'intérêt, des tribus indiennes. On a peine à s'expliquer comment des tribus, autrefois si puissantes, ont à peu près disparu, sans qu'il y eût de guerres entre elles. L’envahissement de leurs terres par les colons européens, l’introduction parmi elles de maladies destructives, particulièrement de la petite vérole, et enfin l'usage immodéré des liqueurs spiritueuses, ont sans doute beaucoup contribué à cette dépopulation. Cependant je suis porté à croire qu’elle n'est pas aussi considérable qu'on pourrait le supposer, c’est à dire qu'on a beaucoup exagéré leur nombre primitif, Je remarquerai d’abord que les Iroquois, le peuple le plus puissant de l'Amérique du nord, et qui occupaient un territoire d’une étendue de plusieurs centaines de milles dans toutes les directions, ne passaient pas, dans l'opinion des Français, pour renfermer plus de trois mille combattans. Ceperidant ils habitaient un climat plus favorable, et ils étaient meilleurs agriculteurs que les tribus au nord du S.-Laurent.
Les Indiens sous la dépendance et la protection de l’Angleterre sont dispersés dans de petits villages ou habitations du Haut et du Bas Canada, L'imputation DD
faite par M. M‘Gregor qu'ils n’ont pas été bien traités par les Américains paraît assez fondée, car non-seulement ils vivent en paix sous l'autorité anglaise, mais encore ils ont pris à plusieurs reprises les armes pour sa cause contre les Américains. En considération de leurs services, et pour les dédommager des envahissemens faits sur leur sol, chaque individu, en se rendant à un endroit désigné, reçoit, chaque année, quelques objets en cadeau, ce qui met l’administration à même de connaître le nombre des Indiens. En 1828, dans le Bas Canada, ils se montaient à 2922, indépendamment de 450 Micmacs, ou peuplades errantes, de la Nouvelle Ecosse et du Nouveau Brunswick. Dans le Haut Canada, à la même époque, on fit des cadeaux à 12,919 individus, ce qui donne pour les deux provinces un total de 15,841. Les estimations obtenues alors ne furent cependant pas aussi exactes qu’on aurait pu le désirer. Il vint plusieurs milliers d’Indiens d’au delà de la frontière occidentale, d’une distance quelquefois de quatre à cinq cents milles, et même du territoire des Etats-Unis : mais, à cause des services signalés qu'ils ont rendus dans la dernière guerre, on a pris avec eux des engagemens que la Grande-Bretagne doit maintenant remplir. D’un autre côté, les immenses forêts que n'a point encore touchées la main de la culture, renferment probablement un nombre considérable d’Indiens qui conservent leur indépendance, et qui n'ont aucune espèce de relations avec les Européens. Je citerai particulièrement le vaste territoire à l’est et au nord de Québec, à l'égard duquel il n’est fait aucune mention des distributions dont je viens de parler.
Les Indiens du Bas Canada ont été convertis à la religion catholique, et se trouvent sous l’autorité spirituelle de cinq missionnaires, dont le traitement se monte de quarante à soixante-dix livres st. par an. Ils paraissent fort attachés à leurs pasteurs, et avoir un sentiment profond de leurs devoirs religieux. Cependant ils n'ont rien changé à leurs anciennes habitudes, et n'ont fait aucuns progrès dans l’industrie, Chez eux l'agriculture est très bornée, dans l'enfance, et ce sont les femmes et les vieillards qui en sont chargés. ‘“ Les tribus indiennes,” dit lord Dalhousie, ‘“ continuent à se montrer guerrières dans leurs idées et dans leurs souvenirs, Plusieurs des peuplades du Bas Canada sont maintenant insignifiantes, et habituées à la vie sociale; mais il n’y a pas un individu parmi elles qui ne rappelle avec orgueil les hauts faits de leurs chefs et de leurs guerriers. En ce moment-ci même, tout jeune homme prend le nom de guerrier. Il s’efforce de le mériter, et il attache une grande importance à obtenir l'approbation de son chef, ou la considération des Blancs, comme chasseur infatigable ou comme guerrier: il tient à cela plus qu’à toute autre chose.” Quoique les missionnaires remplissent leurs fonctions spirituelles avec zèle et activité, cependant ils ne cherchent pas à faire apprendre à lire et à écrire aux Indiens, et même ils s'opposent à ce que pourraient tenter à cet égard des maîtres protestans. Je soupçonne même qu'ils tâchent plutôt d'encou-
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rager que de refroidir le zèle guerrier de leurs ouailles : car, à l’époque de la grande fête-Dieu, les Indiens se rendent militairement à l’église, précédés par leurs chefs et armes en main, au son des fifres et des tambours.
A quelques milles au nord de Québec, est la petite colonie huronne de Loretto, consistant en soixante-sept hommes, soixante-cinq femmes, et quarante-sept enfans. Ce triste reste d’une tribu autrefois si puissante, qui n’occupe aujourd’hui que quarante acres de terre, trouve des ressources assez précaires dans la chasse, la pêche, et dans la vente de quelques bagatelles, travaillées par les femmes. Ils ont élevé récemment une réclamation relativement au fief de Sillery, beau terrain qui occupe une lieue d’étendue le long du S.-Laurent, près de Québec ; et ils ont appuyé leurs droits sur un don fait à leurs ancêtres en 1651. La justice ayant été saisie de la difficulté, les avocats de la couronne ont fait observer que ce don avait été fait aux Jésuites en termes généraux, pour leur donner le moyen de réunir les tribus errantes de la Nouvelle France, et de les instruire dans la religion chrétienne ; qu’en 1699, ces missionnaires firent connaître que les Indiens avaient abandonné ce territoire qu’ils disaient épuisé, et demandèrent qu’il leur fût concédé ; cela leur fut accordé, et ils en restèrent en possession jusqu’à la suppression de leur ordre, en 1800, et alors ces biens furent dévolus au gouvernement. Par ces motifs, la réclamation des Hurons ne fut pas accueillie, Dans cette discussion, certains faits, ce me semble, ne furent pas bien connus des deux partis. Il paraît que ce don territorial suivit immédiatement la destruction des Hurons par les Iroquois, lorsque les Jésuites se retirèrent à Québec, comme le seul moyen de sauver le reste de la tribu. L'époque de cet arrangement, le nom même du principal établissement, indiquent que, quelque généraux qu’aient été les termes de la concession, elle fut faite à ces malheureux fugitifs, sous le nom des Jésuites leurs protecteurs. Cela étant, comment peut-on admettre qu’en quittant plus tard ce lieu pour un autre, ils aient renoncé à leur droit de proprié.é ? Lorsque ces Indiens perdirent leur procès, ils envoyèrent à Londres deux député:, qui sollicitèrent vivement une entrevue avec leur Grand Père. Sir Georges Murray les accueillit bien, mais il éluda leur demande ; et, ne pouvant revenir sur une décision légale, il leur offrit, sur d’autres points, des terres de la couronne, Mais ils répondirent qu’un arrangement qui les sépareruit, et opérerait un changement complet dans leur genre de vie, ne serait pas pour eux un avantage.
Dans le voisinage des Trois-Rivières sont 82 Algonquins, et, sur le côté opposé, près de S.-François et de Beçancourt, 359 Abenaquis. (Ces tribus habitent de misérables hameaux, composés de huttes en écorces, plus commodes néanmoins que les wigwams ordinaires. Elles possédaient autrefois une étendue considérable de terres, qui leur ont été enlevées en partie sous différens prétextes par des individus de mauvaise foi. Mais, pour prévenir de pareilles fraudes, il a été
décidé que toute donation de ce genre, qui ne serait pas sanctionnée par le gouvernement, serait nulle. Plus loin, il y a trois établissemens d’Iroquois: un à Sault S.-Louis et à Caughnawaga, qui renferme 967 individus ; un de 348 à S.-Regis; et un troisième de 282, sur le lac des Deux-Montagnes. Ces tribus, autrefois puissantes, et même assez intelligentes, sont maintenant paresseuses, dans l'abjection, et méprisées par leurs propres compatriotes. Celle qui habite Sault S.-Louis possède quelques terres, mais qui ne produisent presque rien, faute de culture. Pour en obtenir d’autres, elle a fait valoir des droits fondés sur une question de frontières ; maïs cette demande ne fut point accueillie, quoique la tribu eût, pour l’appuyer, envoyé deux députés à Londres. Au lac des Deux-Montagnes se trouvent aussi 365 Algonquins et 250 Nipissings. Ils n’ont point de terres à cultiver ; mais l’activité qu’ils déploient à la chasse, et qui les met à même de fournir de fourrures les Européens, rend leur condition plus douce que celle des autres Indiens du Bas Canada. Ils se plaignent cependant de l'extension que prend la colonie d'Ottawa, qui tend à resserrer beaucoup leur terrain de chasse.
Dans le Haut Canada, le long du S.-Laurent et du lac Ontario, les Mississaguas forment la principale tribu. A Kingston et à Gananoqui, il y a 82 Indiens qu’on dit méchans et corrompus; mais ceux qui demeurent sur la baie de Quinté et à Rice Lake, et qui sont au nombre de 460, ont été convertis au christianisme, et valent beaucoup mieux. Sur la baie se trouvent également 319 Mohawks, dont beaucoup se sont adonnés à l’agriculture, et même ont adopté en partie l’habillement européen, qu’ils mêlent d’une manière grotesque avec leur costume primitif. Sur la rivière Crédit, qui se jette dans la partie occidentale du lac Ontario, on voit 180 Indiens de la même tribu, que leur conversion a beaucoup améliorés. Autour du lac Simcoé et dans ses environs, il y a environ 550 Chippeways qui obéissent à un chef nommé Yellow-Head. Ils ont montré aussi un vif désir de s’instruire et de devenir chrétiens; mais ils ne sont pas encore arrivés au degré de civilisation des Indiens dont je viens de parler. Les bords de la Grande-Rivière, qui tombe dans le lac Erié, ont été, sur une étendue de six milles de chaque côté, réservés par une proclamation du général Haldimand, aux Mohawks et aux Six- Nations, qui forment environ 2000 individus. Une partie de ces terres ont été vendues avec le consentement du gouvernement, et le produit, placé dans les fonds anglais, se monte annuellement à près de 38,000 francs, qu’on leur distribue en marchandises et objets d'utilité. Ces Indiens possèdent encore 260,000 acres de terres excellentes, qu'ils ont divisées et réunies à plusieurs petits villages, et que beaucoup d’entre eux cultivent comme fermiers, Plus loin à l’ouest, sur la Tamise, sont les Munseys, au nombre de 446, et 309 Hurons réunis à la colonie française de Détroit, et qui sont devenus catholiques.
A l'exception de ces derniers, toutes les tribus du Haut Canada ont resté jusqu’à
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ces temps-ci dans leur état primitif de rudesse et d’ignorance. Depuis qu’ils sont convertis à la foi catholique, on leur apprend à lire et à écrire: ils ont beaucoup gagné sous le rapport de la moralité, et se font peu à peu aux habitudes de la civilisation. Ces heureux résultats sont dus presqu’entièrement à des Américains, membres de la Société des Missions au Canada, ainsi qu’à celle des Méthodistes de New York. Les Indiens ont toujours témoigné le désir d'apprendre. En 1827, les tribus, en recevant les présens ordinaires à la station éloignée de Drummond Island, firent connaître à l'agent anglais qu'il y avait à Michillimakinac une école dans laquelle on leur apprenait à vivre comme les Blancs, “à marquer leurs pensées sur le papier, et à en chercher de nouvelles dans des livres,”—écrire et lire.
Le grand ouvrage de la conversion et de la civilisation fit toujours des progrès, grâces aux efforts des missionnaires de New York. Ils réussirent d’abord sur la rivière Crédit, et furent secondés par M. Peter Jones, surnommé Kakkewaquonaby, fils d’un Anglais du pays de Galles, et d’une Indienne, et qui avait l'habitude du langage et des coutumes des Indiens. Ceux-ci se fixèrent dans un village où sir Peregrine Maitland fit bâtir pour eux vingt maisons: ils en construisirent euxmêmes quinze autres avec un moulin : et enfin la Société des Méthodistes les aida à ériger une chapelle, une maison d'école, et un atelier. Ils ont renoncé aux eaux de feu, uom qu’ils donnent aux liqueurs spiritueuses, dont les effets ont été si pernicieux ; et, habitués à la chasse, ils s'en occupent conjointement avec la culture et l'éducation des troupeaux. Suivant le rapport du rév. M. Magrath, ils avaient, en mars 1828, mis en culture trente-cinq acres de terre, et possédaient neuf paires de bœufs, douze vaches et six chevaux. On enseignait aux adultes à apprendre par cœur les préceptes les plus essentiels de la religion; et des écoles, établies pour les enfans des deux sexes, comptaient trente-cinq garçons et trente-six filles. Les Mississaguas, près de Belleville, suivirent bientôt l’exemple de leurs compatriotes, et, avec l'appui de la Société, ils formèrent un village à Grape Island, dans lu baie de Quinté. Se trouvant un peu à l’étroit, ils demandèrent un supplément de terrain, et on leur permit de prendre ce qu’il leur fallait dans les lots vacans du district de Midland. Ces amélioretions s’étendirent bientôt aux Mississaguas des bords de Rice lake et de Mud lake, au nord de Cobourg. Sur le premier lac, leurs droits leur permettaient d’occuper les îles; et, sur une pétition qu'ils firent présenter, on leur accorda 1200 acres de terres incultes. On améliora également le sort des Chippeways, près du lac Simcoé. On leur donna trois îles; mais sir John Colborn pensa qu'il serait plus avantageux pour eux qu’on les plaçât sur la côte nord-ouest, et sur la route du lac Huron. On dépensa pour cet objet 75,000 francs environ, qui, à la vérité, furent prélevés en partie sur les cadeaux qu'on faisait aux Indiens. Un autre établissement fut formé à Munseytown, sur lu RE
Tamise; et il paraît qu’on a fait aussi beaucoup pour les Six-Nations, particulièrement pour les Mohawks, sur la Grande Rivière, En un mot, il est probable qu'avant peu de temps tout ce qui reste de la race indienne participera aux bienfaits du christianisme et de la civilisation.
Le corps religieux qui effectua en partie ces changemens fut accusé d’avoir cherché à propager les dogmes établis dans sa patrie, et de nourrir des sentimens hostiles contre les croyances du pays. Cependant on ne voit pas que les mesures que prirent ces missionnaires aient eu de fâcheux résultats. Sir John Colborne dit expressément que l’église établie n’a effectué aucune conversion parmi les Indiens : et le vertueux évêque de Québec avoue que, quel que soit l’instrument, l'effet est satisfaisant, et que la main de Dieu s’y fait sentir. La Société alloue de 1000 à 1200 francs par an à ses missionnaires, et entretient dix écoles, qui comptent 251 élèves.
Entre 1813 et 1816, la dépense des présens faits aux Indiens s’élevait à plus de 3,500,000 par an: maintenant elle est à peu près de 500,000 fr. Le bureau colonial à Londres, pour savoir si cette somme ne pouvait pas encore être réduite, a désiré qu’elle soit payée en argent, ce qui en rendrait le compte plus clair. Quant à la réduction, les gouverneurs ont répondu que ces donations étaient établies sur la foi des traités, et pour d’importans services rendus ; que leur suppression exciterait l'indignation des Indiens, et pourrait amener de fâcheux résultats. De même que les peuples sauvages, ceux-ci, au lieu de se sentir humiliés en recevant ces cadeaux, les considèrent comme un témoignage de déférence à leur égard, et même comme une espèce de tribut. Quant au paiement en argent, il fut refusé par presque tous les chefs et par les protecteurs des Indiens, sous le prétexte que cet argent servirait à acheter des liqueurs spiritueuses, et, loin de leur être avantageux, aurait des résultats déplorables. Ces cadeaux consistent en étoffes, peignes, couteaux, aiguilles, tabac, fusils, munitions, &c.
Depuis que les Indiens sont devenus plus civilisés, ils ont montré l'intention et même le désir de changer ces présens contre des maisons, des instrumens d’agriculture, et d’autres objets utiles. Plusieurs même ont demandé à avoir de l’argent, dont ils ne sont plus disposés à abuser comme autrefois, mais qui leur serait plus commode pour se procurer les objets dont ils peuvent avoir besoin. Un de leurs chefs disait un jour à York que, lorsqu'il avait faim, il aimait à mettre la main dans sa poche, et à y entendre résonner quelque chose qui lui servait à acheter de quoi manger. Les Indiens du Haut Canada ont droit à recevoir un paiement annuel de 112,000 fr. environ, pour une cession de terrain qu’ils ont faite au gouvernement, qui en paie la valeur en marchandises. Comme cette cession se monte à près de cinq millions d’acres de bonnes terres, il est probable que le ministère anglais ne cherchera pas à priver cette race infortunée d’une indemnité si
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légère et si légitime. Ils reçoivent aussi un peu plus de trente mille francs, pour prix de terrains vendus à des particuliers. Une partie de cette dernière somme est placée dans les fonds publics; l’autre est remise aux chefs en argent.
Les Indiens, comme je l’ai déjà dit, conservent en général leur ancienne manière de s'habiller ; mais leurs vêtemens, au lieu d’être faits de peaux d’animaux sauvages, le sont maintenant d’étoffes anglaises, qu'ils trouvent plus commodes. Le vêtement supérieur ou grand surtout est une couverture. La chemise est de calicot ou de coton imprimé ; les autres parties de l'habillement sont en étoffes communes. Des ceintures en couleurs éclatantes servent de parures. Il n’y a que les mocassins, espèces de souliers-guêtres, qui conviennent parfaitement à la manière de vivre de ces tribus, et qui ne peuvent être mieux faits qu'avec des peaux de bêtes fauves. Lorsque cependant quelque partie d’ajustement vient à leur plaire, ils ne négligent rien pour se la procurer, et la combinent d’une manière fantasque avec leur costume primitif. Le voisinage des Européens, quand il ne leur donne pas la mortelle habitude de s’enivrer, leur fournit plusieurs moyens d’améliorer leur condition. Ils trouvent à vendre facilement leur gibier et leur poisson aux colons, qui n’ont guère le loisir de pêcher et de chasser. Les peaux et les fourrures des animaux qu'ils tuent sont aussitôt achetées par des marchands. Les femmes font des paniers, des baquets, et d’autres petits meubles en écorces de bouleau ou de frêne, qui ne manquent pas d'élégance, quand ils sont peints de brillantes couleurs, et ornés de dards de porc-épic. Leurs mocassins sont quelquefois achetés par les Européens, pour s’en servir durant l’hiver. Cependant les Indiens ne veulent pas s’assujettir à faire et à fournir un objet qu’on leur demande: ils le portent au marché lorsque cela leur convient. On dit que les Indiens convertis ont une dévotion pure, ardente et sincère ; ils mettent une grande importance à sanctifier le dimanche; et, quand ils chantent des hymnes à la fin de ce jour-là, l’effet de leurs voix douces et étendues, en plein air, est assez agréable. Ces principes de dévotion qui les ont amenés peu à peu à renoncer à l'ivresse, ont opéré sur leur état moral un heureux changement. Mais, depuis que les maux et les inconvéniens de la vie sauvage ont ainsi disparu peu à peu, peut-être les admirateurs du pittoresque dans la vie humaine se montreraient moins impatiens de voir s’accroître ces communications avec les Européens. Peut-être serait-il à désirer qu’il restât encore long-temps des traces du costume particulier, de la physionomie et des occupations de cette race indigêne si remarquable.
Les moyens d'instruction religieuse dans le Bas Canada sont établis depuis longtemps sur une grande échelle. Cela paraîtra tout simple, quand on observe que les Français furent les premiers colons du Canada, que des missionnaires ne tardèrent pas à y arriver pour convertir les Indiens à la foi. Et d’ailleurs, comme je l'ai
déjà dit, une des premières administrations du Canada se composait de religieux en partie, et principalement de Jésuites, qui faisaient marcher de front les intérêts | temporels et spirituels. Le cardinal de Richelieu avait donné des ordres pour qu’on posât déjà les bases de l'instruction religieuse, et on s’en occupa avec zèle et activité. (l On ne doit pas perdre de vue aussi que, par sa position, le Bas Canada était appelé à jouir le premier des bienfaits de la civilisation. La grande majorité des habitans se compose de Français catholiques romains, qui soutiennent leur clergé au moyen || d’une contribution de la vingt-sixième part du produit des terres ; ce qui ne constitue pas d’ailleurs un traitement obligatoire, comme l'observation en a été faite, puisque ceux qui deviennent protestans peuvent se refuser à ce paiement. Cette contribution permet d’allouer à environ deux cents curés et vicaires un traitement bien suffisant au Canada. Ils sont respectables, considérés, très attentifs pour leurs paroissiens, qui leur sont fort attachés. On les a d’abord accusés de ne pas faire tout ce qu’ils pouvaient pour répandre l'instruction ; cependant on ne dit pas qu’ils se soient opposés en aucune manière à l'extension qui a été donnée depuis peu aux écoles élémentaires. L’évêque qui a sous lui deux coadjuteurs et quatre vicaires généraux, reçoit 25,000 fr. par an du gouvernement. Il y a aussi dans la province des établissemens monastiques, qui contiennent au-delà de trois cents moines et religieuses. L'église anglicane est soutenue par le septième du produit des terres qui ne sont pas occupées par les habitans, et qui composent le territoire d’une ville. Cette proportion parait forte, et on s'en est même plaint: cependant elle n’a pas produit jusqu'ici un grand revenu. Il y a environ quarante ministres, à la tête desquels est l’évêque de Québec, qui touche 25,000 fr. par an. On compte aussi quatorze ministres presbytériens, qui dépendent de l’église écossaise, et qui sont payés en partie par le gouvernement, ainsi que douze Méthodistes de la secte Wesleyenne.
Le Haut Canada a été long-temps dépourvu de tout moyen d'instruction religieuse. En 1800, suivant M. Talbot, il n’y avait que trois ecclésiastiques dans la province : en 1819, on en comptait dix ; et, en 1824, il n’y en avait encore que seize. Depuis cette époque, on a pris les mesures nécessaires pour qu'il y en eût un nombre suffisant, et maintenant il y en a quarante-trois, qui appartiennent à l’église anglicanne. Deux archidiacres, résidant à Toronto et à Kingston, et qui dépendent de l'évêché de Québec, ont chacun 7600 fr. par an. Les autres membres du clergé recevaient en 1839 environ 170,000 fr., dont près de 138,000 étaient supportés par le fond des réserves ecclésiastiques, qui consiste dans le septième des revenus de certains terrains, comme on l’a vu plus haut : le reste était payé sur les revenus de la couronne. Les catholiques ont vingt-quatre prêtres : leur évêque, qui porte le titre de Regiopolis, touche 12,000 fr.; et les autres prêtres se partagent une somme de 25,000 fr., prise sur les revenus publics. On a également payé, en 1836, sur
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le trésor de l’état, une somme de 40,000 fr. environ aux ministres de l’église écossaise ; à ceux du synode presbytérien du Haut Canada 17,000 fr.; 4400 fr. pour bâtir des chapelles catholiques; 13,200 fr. pour des églises du culte écossais, et pareille somme pour les Méthodistes Wesléyans : près de 60,000 fr. furent alloués aux missionnaires de l’église anglicanne. Vingt-huit chapelles des méthodistes, et quarante à cinquante anabaptistes furent aussi défrayées sur les fonds des réserves ecclésiastiques.
Les moyens d'éducation, même élémentaire, furent pendant long-temps extrêmement négligés dans le Haut Canada ; et il en fut de même dans l’autre province où le clergé catholique, quoique zélé pour ce qui regardait les exercices religieux, se montrait ou opposé à l'instruction première, ou au moins fort indifférent pour la répandre. Il chercha surtout à éloigner la population des écoles organisées en 1817, sous le prétexte qu’elles étaient principalement dirigées par des ministres anglicans. En 1829, la législature vota pour cet objet 161,000 fr., et graduellement elle augmenta cette allocation jusqu’à 500,000 fr. Dans cette même année le nombre des élèves se montait à 14,753, dont le tiers environ payait une pension. En 1835, on comptait 72,498 élèves, dont 25,160 qui étaient à leurs frais: augmentation vraiment extraordinaire sous ces deux rapports. Cependant, en 1836, le conseil législatif refusa de sanctionner le vote patriotique de l'assemblée représentative, mesure qui justifiait les graves accusations portées contre le conseil par les chefs du parti populaire. Celui-ci donnait pour motif de son refus qu’il fallait amener peu à peu les familles à faire elles-mêmes les frais de l'éducation de leurs enfans. Son but était louable sans doute ; mais rien ne pouvait le justifier de faire cesser si subitement les moyens d'instruction, sans accorder aucun délai, ou indiquer même d’autres ressources pour suppléer à celles qu’on enlevait à la population.
Dans le Haut Canada, le gouvernement ne néglige rien pour combattre l’ignorance dans laquelle la nation a été plongée si long-temps. A Torento, il a fondé un collége sur un pied respectable. Il a également établi dans chaque district des écoles de grammaire, dont les professeurs touchent 2500 fr. par an, accordés par la législature. On y compte environ 350 élèves. En 1836, l’assemblée vota 184,500 fr. pour le soutien de plusieurs centaines de petites écoles, dans lesquelles on reçoit 20,000 enfans environ. Cette même année, elle alloua 6750 fr. pour des écoles de métiers à Toronto et à Kingston.