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dissoudre le jus d’une racine qui peu à peu donne à la peau une couleur rouge. Il ajoute qu’un Blanc qui vit plusieurs années avec les naturels, et se frotte de la même manière, prend aussi la même teinte. Charlevoix paraît partager la même opinion. Weld, qui semble plutôt disposé à la contredire, admet cependant que c'était celle des missionnaires et autres qui ont long-temps résidé dans le pays. Il est certain que les habitans sont fiers de cette couleur, et regardent les Européens comme des êtres ebauchés et qui méritent à peine le nom d’hommes. Il faut remarquer encore que cette teinte n’est pas aussi générale qu’on le suppose. Humboldt déclare que l'idée que la couleur rouge est la plus commune n'aurait jamais pu être adoptée dans l'Amérique équinoxiale, ou été suggérée en voyant les naturels de ces régions, qui contiennent cependant la plus grande partie de la population indigène. Les habitans du détroit de Nootka et des autres cantons de la côte nord-ouest sont presqu’aussi blancs que les Européens, ce qui peut être attribué, je pense, à leurs larges vêtemens et à leurs spacieuses habitations. En conséquence la population rouge est bornée aux tribus orientales du nord de l'Amérique, qui ont généralement l'habitude de se teindre la peau avec leur couleur favorite. Je ne suis pas à même de me prononcer formellement sur un point, qui exige encore plus de recherches que je n’en ai fait.
La chevelure est encore une partie qui diffère d’une manière remarquable suivant les diverses races d'hommes. En général, dans les classes grossières, ce gracieux urnement pèche par l’abondance ou la qualité; et celle des Américains et des Mongols, qui ont les mêmes rapports, est rude, noire, épaisse, mais forte et d’une grande longueur. Comme les Mongols également, et par une curieuse coincidence, les Indiens la coupent sur toutes les parties de la tête, à l’exception d’une touffe dans le haut, à laquelle ils paraissent beaucoup tenir. Ce qui a excité, au reste, le plus généralement l’attention, c’est l'absence de barbe, du moins en apparence, chez toutes les nations du nouveau monde. Les premiers voyageurs pensèrent qu’elle manquait naturellement; d’où Robertson et quelques autres écrivains distingués en ont conclu que cela provenait d’une défectuosité dans l’organisation. Mais cette assertion, et tous les raisonnemnens auxquels elle avait donné lieu, ne sont point applicables aux tribus de l'Amérique du nord, et de nouvelles observations en ont demontré la fausseté. La barbe chez les Indiens est presque aussi épaisse que chez les Européens; mais, du moment où elle commence à pousser, ils ont soin de la faire disparaitre. Ce sont les vieilles femmes qui sont chargées de cet office; et pour cela elles se servaient autrefois d’une espèce de coquille: maintenant elles emploient des vinces de fil de laiton que leur vendent les étrangers ; et, en peu de minutes, le
. menton devient doux et uni. Cette opération, repétée quelquefois dans l’année, ‘ suffit vour empêcher la herbe de repousser, Ce n’est que parmi les vieillards,
ordinairement peu soigneua de leur extérieur, que la barbe commence à se montrer
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Un Anglais, qui est venu dernièrement visiter ce pays, recommande à ses compatriotes une pratique, qui ne s’accorde pas, à la vérité, avec les idées que nous nous faisons de la dignité de l’homme, mais qui nous épargnerait, au prix de quelques minutes de peine, un grand embarras journalier. Les Indiens ont probablement adopté cet usage, parce qu’il fait disparaître un obstacle à cette peinture fantastique du visage, dont ils font un si grand cas. C’est avec un grand débplaisir qu’ils virent pour la première fois une longue barbe chez les Français qui abordèrent sur leur territoire, et cette antipathie contribua beaucoup à augmenter le plaisir qu’ils eurent à faire périr ces étrangers.
La force comparative du sauvage et de l’homme civilisé a été le sujet de longues discussions. On a d’abord pensé que le premier, endurci par l'exercice et par des hubitudes simples, avait sur le second une supériorité décidée ; mais l’expérience a prouvé que cette conclusion n'était pas fondée. Sur le champ de bataille, et dans un combat d’homme à homme, le sauvage est ordinairement vaincu. Dans les exercices du corps, comme dans la lutte par exemple, il est renversé plus souvent que son adversaire, et il lui est inférieur lorsqu'ils s’exercent à sauter. Soit en marchant, soit en courant, pour une faible distance, il reste en arrière. Mais, sur ces derniers points, il possède un courage et une puissance de moyens physiques qu’il est difficile d’égaler. On a vu un de ces Indiens faire près de quatre-vingts milles dans un jour, et paraître à peine fatigué à son arrivée, Ils entreprennent souvent de ces longs voyages sans prendre de nourriture, et chargés de lourds fardeaux. Un vigoureux Européen tiendra tête à l’Indien pendant une douzaine de milles, à la vérité; mais alors il commence à se fatiguer, tandis que l’autre, continuant sans ralentir son pas, le dépasse de bien loin. Sous ce rapport même, les animaux les plus forts ne les égalent pas. Plusieurs de leurs adversaires civilisés, dans les guerres, fuyant devant eux sur de légers coursiers, ont été, après une longue poursuite, atteints et scalpés.
Après avoir décrit l’aspect extérieur de l’Indien américain, je vais parler maintenant de la manière dont il s’habille et se pare. On croirait peut-être que ce dernier objet n’est que secondaire chez des tribus dont les moyens de subsistance sont si faibles et si précaires; mais on se tromperait beaucoup, car il n’y en a pas auxquels elles consacrent plus de temps et de soins. Les Indiens ont profité de leurs communications avec les Européens pour se procurer, chacun, un petit miroir, dans lequel ils se mirent de temps en temps pour voir si rien n’est dérangé à leur parure.
Ces embellissemens, néanmoins, ne s'étendent pas jusqu'à leur vêtement habituel, qui est simple, et dans lequel ils cherchent principalement la commodité. Au lieu de souliers ils portent ce qu’ils nomment des mocassins, qui consistent en une bande de cuir doux qui s’entortille autour du pied, et qui s'attache devant et
MŒURS, &C., DES INDIENS. à
derrière. Les Européens, qui marchent sur un terrain dur, auraient bientôt mis en pièces de pareilles chaussures; mais elles paraissent douces et agréables à l’Indien, qui foule l’herbe et la neige. Au-dessus et au milieu de la cuisse, une pièce ou vêtement en cuir, serré fortement autour du membre, sert de pantalon, de bas, et de bottes. Il est quelquefois si fortement cousu qu’on ne l’ôte jamais. A une ceinture qui entoure les reins sont attachés deux tabliers, l’un par devant l’autre par derrière, chacun à peu près d’un pied carré, et qui sont réunis par une pièce d’habillement taillée de manière à servir de poche au besoin. Les Indiens ont toujours rejeté avec mépris l’usage des culottes, comme incommode et efféminé; mais ils les regardent comme plus convenables pour les femmes, et il leur paraît absurde que les membres d’un guerrier soient emprisonnés de cette manière. Ils furent surtout scandalisés de voir un officier suspendre les siennes aux épaules avec des bretelles, et ils ne le désignèrent depuis que sous le nom de ceinture serrée. Toutes les pièces dont je viens de parler forment leur vêtement habituel, Mais, dans les jours de cérémonie, ou lorsqu'il fait froid, ils mettent par dessus une chemise courte attachée au cou et aux poignets, et une longue et large robe fermée par devant. Pour cela ils préfèrent généralement une couverture anglaise. Autrefois ces objets étaient faits avec des peaux d’animaux sauvages, mais à présent, à l’exception des mucassins et de ce qui leur sert de bas, ils emploient les marchandises européennes: L'habillement des femmes diffère peu de celui des hommes, excepté que le tablier descend jusqu’au genou, et même on dit qu’elles ne l’ont alongé que depuis leur communication avec les nations civilisées. D’anciens auteurs français rapportent une anecdote assez amusante qui prouve combien peu l’habillement formait une distinction entre les hommes et les femmes. Des religieuses ursulines, qui avaient élevé une petite fille huronne, l’amenèrent, lors de son mariage avec un de ses compatriotes, avec un trousseau complet d’habillemens faits à la mode de Paris. Elles furent très étonnées, quelques jours après, de voir le mari, qui s’était emparé et couvert de la toilette de la mariée, venir se pavaner en face du couvent, paraissant enchanté de tout cet attirail, et faisant mille extravagances. Ce qui augmenta encore son ravissement, ce fut de voir les nonnes se mettre aux fenêtres, et éclater de rire en le voyant.
Ces vêtemens, comme je l’ai déjà dit, sont simples et commodes ; mais, pour satisfaire son amour passionné des ornemens, l’Indien cherche surtout à couvrir sa personne d'objets qui jettent de l’éclat. Avant l’arrivée des Européens, il employait les coquilles et les plumes; mais, depuis cette époque, il les a remplacées par des colliers, des bagues, des bracelets, et de semblables colifichets qu’il entasse avec
’ profusion sur les différentes parties de son appareil, et principalement sur le tablier de devant. Les chefs portent ordinairement une espèce de poitrail couvert de ces ornemens; et, dans toutes les classes, chacun se montre extrêmement jaloux d’en avoir
le plus possible suspendus aux oreilles. Celles-ci ne sont pas percées; mais elles sont tellement fendues que, par l’ouverture, on peut passer une espèce de bougie qu'on charge de toutes sortes de babioles; et si leur poids alonge tellement ce souple organe qu'il vienne reposer sur les épaules, et que les ornemens couvrent la poitrine, alors l’Indien croit avoir atteint le plus haut degré de l’élégance. Tout cet éclat cependant n’est que passager. L'oreille devient de plus en plus incapable de supporter le fardeau; et enfin quelque accident, une branche d'arbre, ou des jeux de main avec un camarade, font tomber à terre tous les ornemens qui y sont suspendus, et même la partie de l'oreille à laquelle ils étaient attachés. Weld avait vu très peu d’Indiens qui eussent conservé cet organe toute leur vie. L’arrangement de la chevelure est aussi l’objet d’un soin particulier. Comme je l’ai déjà remarqué, on en fait disparaître une grande partie, et on conserve seulement une toufle, qui varie pour la forme, et l'endroit de la tête, suivant le goût et la coutume du pays; mais ordinairement on la laisse sur le haut de la tête, et on la garnit de plumes, d’ailes d'oiseaux, de coquilles, et de toutes sortes d’ornemens de fantaisie. Les femmes portent leurs cheveux longs et flottans, et tâchent de se procurer une quantité considérable d’ornemens pour les y attacher, ainsi qu'à leurs oreilles et à leurs vêtemens.
Mais c’est sa peau principalement que le guerrier américain cherche à embellir. Son goût en cela est tout-à-fait différent du nôtre. “Tandis que l’Européen,” dit Creuxius, “s’étudie à avoir la peau nette, et sans aucune tache ou poussière, la passion de l’Indien consiste à ce que la sienne, enduite d’huile, de graisse et de couleur, ressemble à celle d’un cochon rôti. La suie qui couvre l'extérieur des chaudrons, le jus des herbes d’une couleur verte, jaune et surtout vermillon, combinés et liés ensemble par le moyen de l’huile et de la graisse, forment le cosmétique qui, dans son idée, embellit sa personne, et, dans la nôtre, la rend hideuse.” Le noir et le rouge, par bandes alternatives, sont les couleurs favorites de l’Indien. Quelques-uns se noircissent la figure, laissant dans le milieu un cercle rouge qui comprend la lèvre supérieure et le bout du nez. D’autres ont une tache rouge à chaque oreille, ou un œil noir et un autre rouge. En temps de guerre, on se seit du noir avec profusion, les autres couleurs n’étant employées que pour relever son effet, et donner à la contenance une effrayante expression. M. de Tracy, lorsqu'il était gouverneur du Canada, entendit des Indiens, ses alliés, assurer qu'avec une figure agréable ils ne pourraient inspirer aucune espèce de terreur à leurs ennemis; et 1ls le priaient de se laisser teindre, lui promettant qu’avant peu de temps ils lui donneraient un aspect formidable. Sur la poitrine, les bras et les jambes, ils appliquent un tatouage qui diffère peu de celui des insulaires de la mer du Sud. Les couleurs y sont incrustées et fixées par de légères incisions à l’aide d’aiguilles et d’os pointus. L’Indien dessine d’abord sur la peau son ange gardien, et l’animal
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qui forme le symbole de sa tribu. Ensuite chaque exploit mémorable, et surtout les ennemis qu’il a tués et scalpés sont rappelés dans ces bizarres peintures, en sorte que le corps d’un guerrier âgé retrace les principaux événemens de sa vie,
Les moyens d'existence doivent toujours former une branche importante de l’économie nationale. Des écrivains, qui n’avaient qu'une connaissance superficielle de la vie des sauvages, remarquant combien leurs ressources sont faibles en comparaison de leurs besoins, avaient supposé que la nécessité de se procurer de quoi vivre devait les absorber en entier, et chasser de leur esprit toute autre idée. Cet objet est pour eux, au contraire, d’une assez faible importance: un travail journalier, suffisant même pour fournir amplement à tous ses besoins, n’est pas dans les goûts d’un Indien, et lui paraît au-dessous de sa dignité; et tout ce qu’il entreprend dans ce but doit avoir, par les dangers ou les fatigues, un objet d’excitement pour lui, La chasse, que les riches, dans le reste du globe, regardent comme une simple récréation, est la seule occupation qui lui paraisse mériter son attention, parce qu’elle a quelque ressemblance avec la guerre, qu’elle se fait avec les mêmes armes, et presque de la même manière. Dans son état naturel, la flèche était son arme favorite et à peu près la seule dont il se servait pour atteindre les objets éloignés; maintenant le fusil l’a remplacée. Les chasses sont plus animées et même plus productives, quand elles se font par un grand nombre de chasseurs, et même par des tribus entières. Les hommes s’y préparent par des jeûnes et par quelques cérémonies superstitieuses, telles qu’on en pratiquait autrefois avant de commencer une guerre. Dans ces expéditions également, ils déploient tout ce qu’ils possèdent d’adresse, de courage et d'intelligence. Quelquefois les chasseurs forment un cercle, dans lequel les animaux, resserrés peu à peu, finissent par tomber sous les coups multipliés de leurs ennemis. Quelquefois aussi on les pousse jusqu’au bord d’une rivière ou d’un lac, sur lequel, s’ils veulent y entrer, des Indiens dans des canots sont placés pour les en empêcher. Dans une autre occasion, ils enclosent par des pieux un espace de terrain, ne laissant qu’un passage étroit par lequel entre le gibier qu'ils effraient par leurs cris. Dans l’automne et dans le printemps, quand la glace est nouvellement formée et encore mince, on y chasse les animaux, qui, en la faisant rompre, sont pris aisément. Dans l'hiver, lorsque la neige commence à tomber, on place des trappes disposées de manière à ce que l’animal est tué quand il veut prendre l’appât qu'on y met. Autrefois, la bête fauve était, comme nourriture et comme vêtement, l’objet principal de la chasse; mais depuis que, par le commerce avec les Européens, les fourrures ont pris une plus grande importance, le castor l’a remplacée en grande partie. Lorsqu'on attaque cet animal, on prend le plus grand soin pour l’empêcher d’entrer dans l’eau, qui entoure ordinairement son habitation; et, pour atteindre ce but, on emploie des filets et d’autres moyens. Quelquefois les Indiens se postent sur la digue qui enclot le village amphibie des
8 LE CANADA PITTORESQUE, castors. Ils y font une ouverture, et ces animaux, effrayés de voir l’eau envahir leur demeure, accourent vers l’ouverture, où ils rencontrent leurs ennemis armes de toutes sortes d’instrumens de destruction. En d’autres occasions, quand la glace couvre la surface d'un étang, on y pratique un trou, et, lorsque le castor y vient pour respirer, il est pris.
L’ours est un ennemi formidable, qui doit être attaqué par les forces réunies des chasseurs, placés sur deux rangs et armés d’arcs et de mousquets. Un d’eux s'avance et le blesse: poursuivi par l'animal en fureur, il se retire entre les deux lignes de chasseurs ; l’ours y entre également, et tombe bientôt sous leurs coups réunis. Lorsqu'ils ont tué un ours ou un castor, les Indiens semblent éprouver un sentiment de pitié pour leur victime. Ils exaltent dans des chants de triomphe ses bonnes qualités, ot se consolent en songeant à l’usage utile qu’ils feront de sa chair et de sa peau.
De tous les animaux apprivoisés et employés à des usages domestiques, les Américains n’ont que le chien, ce fidèle ami de l’homme. Quoiqu’ils en tirent des services utiles à la chasse, ils ne leur témoignent aucune affection, et les laissent rôder autour des huttes, s’occupant à peine de leur abri et de leur nourriture. Un missionnaire, qui a résidé dans un village de Hurons, eut beaucoup à souffrir du voisinage de ces animaux. À la nuit, ils se couchaient sur lui pour se réchauffer, et, dans quelqu’endroit qu’il plaçât sa chétive nourriture, ils ne manquaient jamais de la dépister et d'en prendre leur part. Les Indiens se nourrissent de la chair du chien, ct même elle est pour eux l’objet d’un préjugé religieux. Dans les fêtes solennelles, elle forme le mêts principal, et son usage, en de pareilles occasions, se lie à quelque idée mystérieuse et profonde.
Indépendamment du plaisir de la chasse, les Indiens doivent employer, pour assurer le bien-être et la subsistance de leurs familles, d’autres moyens, qui, presque tous, retombent sur le sexe le plus faible. Les femmes, suivant Creuxius, sont employées comme servantes, tailleurs, laboureurs, et bêtes de somme; et Long ajoute qu’elles ne semblent être nées que pour faire des enfans, et être chargées des plus rudes travaux. Elles cultivent les terres, portent le bois et l’eau, bâtissent des huttes, creusent des canots et pêchent, Dans cette dernière occupation, comme à ramasser les récoltes, leurs maris et maîtres daignent quelquefois les aider. Elles sont tellement habituées à de pareils travaux, que lorsqu'une d'elles voyait des soldats anglais ramasser du bois, elle s’écriait qu’il était honteux de voir les hommes faire l'ouvrage des femmes, et elle s’offrait pour porter un fagot.
Au milieu de cet asservissement d’une portion de la tribu, les Indiens peuvent jusqu’à un certain point combiner des idées de chasse et d'agriculture, sans la moindre notion de l’éducation des bestiaux, considérée ordinairement comme un intermédiaire entre les deux premières, La culture est limitée à quelques parties
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de peu d’étendue dans le voisinage immédiat des villages; et, comme ceux-ci sont à seize à dix-sept milles de distance les uns des autres, à peine les remarque-t-on au milieu de cette immense étendue de forêts.
Les femmes, au commencement de l’été et après avoir brûlé le chaume de la récolte précédente, retournent grossièrement le terrain avec un léng morceau de bois recourbé; ensuite elles sèment le grain; qui est ordinairement une espèce de mais commun, mais très productif, qui est particulier au continent. Les tribus du midi ont une variété considérable de fruits, tandis que celles du Canada ne cultivent guère que les tournesols, les melons d’eau et les potirons. Le tabac croît dans le pays en grande abondance: mais maintenant celui qui vient d'Europe est généralement préféré, et forme un objet régulier de commerce. Après la moisson, qu’on célèbre par une fête, on serre le grain dans des magasins souterrains garnis d’écorces, dans lesquels il se conserve très bien. Avant de l’y placer, quelquefois on le bat ; d’autres fois, on se contente d’y jeter les épis après les avoir séparés de la paille.
Lorsque les colons européens arrivèrent dans le pays pour la première fois, les genres de culture variaient selon les tribus. Les Algonquins, maîtres d’uné grande partie du territoire avant l’arrivée des Français, méprisaient l’agriculture, et se inmoquaient de leurs voisins, qui en faisaient usage. En général, les peuplades du nord, et celles qui habitaient près de l’embouchure du fleuve S:-Laurent, vivaient presqu’uniquement de la chasse et de la pêche; et, quand ces ressources manquaient, elles étaient réduites à l’état le plus déplorable, et forcées de se nourrir de cette espèce de lichen qu’on appelle tripe-roche.
Le blé de Turquie, lorsqu'il a été battu, est tantôt rôti sûr les charbons, tantôt réduit en farine dont on fait un gâteau mat et grossier. Mais sa préparation favorite consiste en ce qu’on appelle sagamity, espèce de bouillie qu’on arrange après qu’il a été rôti, pilé, et séparé de sa gousse. Ce mets est insipide par lui-même; mais, quand on le met dans une marmite avec le produit de la chasse, il forme une espèce de soupe agréable, et qui forme la partie la plus essentielle du repas. Les Indiens ne mangent jamais leurs vivres crus; ordinairement ils les font bouillir; et ils ne sont point encore habitués aux ragoûts français, au sel, au poivre, et autres assaisonnemens. Un chef, admis à la table d’un gouverneur, le voyant faire usage de moutarde, voulut aussi par curiosité en essayer, et il en mit dans sa bouche, Aussitôt qu’il ressentit son effet, il fit de violens efforts pour se contraindre, et tâcher d'échapper aux plaisanteries de la compagnie: mais ses éternuemens et les larmes qui coulaient de ses yeux le trahirent, et tout le monde se mit à rire, On lui montra alors de quelle manière il devait en faire usage; mais rien ne put l’engager à approcher de ses lèvres par la suite ce qu’il appelait du jaune bouillant.
Les Indiens peuvent supporter une abstinence de plusieurs jours sans se plaindre, D
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et même sans paraître en souffrir. Ils attachent même une espèce de vanité à de longs jeûnes, par lesquels ils se préparent à une grande entreprise. Et cependant quand une fois ils sont assis à un festin, leur gloutonnerie est incroyable, et on a peine à concevoir la capacité de leur estomac. Ils vont de repas en repas, faisant successivement honneur à tous. Le chef qui donne le dîner n’y prend aucune part ; mais, de sa propre main, il coupe et distribue les portions aux convives. Dans les occasions solennelles, il est de règle que tout soit mangé, et cette obligation ne paraît ni gênante ni désagréable. Dans leur état naturel, les Indiens ne connaissaient point les boissons enivrantes, et ce n’est que depuis leur communication avec les Européens, qu’ils ont pris le goût des liqueurs spiritueuses.
Les habitations des Indiens méritent beaucoup moins de fixer l’attention que la parure ou du moins l’embellissement de leur personne: mes compatriotes ne leur donnent pas d’autre nom que celui de cabine. Les écorces d'arbres sont principalement employées pour les cabines et les bateaux. Les Indiens dépouillent un arbre avec une grande dextérité, et quelquefois ils en enlèvent l'écorce d’une seule pièce. Elle est ensuite déployée avec beaucoup d’adresse sur de grandes perches auxquelles on l’attache avec des liens solides également en écorce, et une habitation se trouve ainsi construite. La forme, suivant l’idée du propriétaire, est celle d’un tube, d’un cône, ou d’un hangar, et cette diversité donne à l’ensemble du village l'apparence du chaos et de la confusion. La lumière et la chaleur viennent par une ouverture pratiquée dans le haut, et par laquelle aussi s'échappe la fumée, après avoir rempli toute la partie supérieure de la cabane. Les naturels n’en sont aucunement incommodés; car, dans leur intérieur, ils sont toujours assis ou couchés. Mais, pour les Européens, qui sont quelquefois debout ou marchant, cet inconvénient est intolérable; et il le devient encore davantage, quand la pluie ou la neige force de fermer l'ouverture. Il y a de ces cabines qui ont au delà de cent pieds de longueur. Quelquefois quatre d’entre elles forment un carré: le côté intérieur de chacune d'elles est ouvert, et il y a dans le centre un feu commun. Autrefois les Iroquois avaient des maisons plus commodes, et on y trouvait même quelques sculptures grossières; mais elles furent brûlées par les Français, et depuis elles n’ont pas été bâties dans le même genre. Sous ce rapport, les Canadiens sont inférieurs aux Choktaws, aux Chickasaws, et autres tribus du midi, et même aux Sauks, à l'ouest. Carver décrit les maisons de ces derniers comme formées de planches façonnées avec soin et bien jointes: chacune de ces habitations peut contenir plusieurs familles.
Lors de leurs expéditions, soit à la guerre soit à la chasse, qui les conduisent souvent dans d’iamenses forêts à une grande distance de chez eux, les Indiens ont l'art d'élever avec une grande promptitude des huttes temporaires, En arrivant le
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soir, une heure leur suffit pour planter des perches, qu’ils couvrent d’éco d'arbres; et, après avoir placé par terre, en guise de matelas, quelques mem.s branches de pin, ils s’y étendent et dorment comme sur un lit de duvet. De mme que les Esquimaux, ils savent se servir de la neige pour se faire un abri, que, dans le fort de l’hiver, ils trouvent plus chaud et plus comfortable que les huttes. Quelques branchages, entrelacés les uns dans les autres, forment le toit. Dans leurs campagnes contre les Indiens, les Européens ont usé avec avantage de cette espèce de bivouac.
Les ustensiles dans ces cabines sont extrémement simples. Ils se composent principalement de deux ou trois pots et de chaudrons pour faire bouillir les vivres, et de quelques assiettes et cuillères en bois. A défaut de métal que les naturels ne connaissaient pas, ces premiers objets étaient faits d’une terre grossière qui va au feu, et quelquefois d’une espèce de pierre molle, qu’ils creusaient. On a vu aussi de ces chaudrons qui étaient en bois, et dans lesquels, pour faire bouillir l’eau, on plaçait des pierres rougies au feu. Depuis les rapports des Indiens avec les Européens, ils ont reconnu l’avantage des vases en fer, et ils en ont généralement adopté l’usage. Le grand vase ou chaudron, dont on se sert dans les cérémonies religieuses qui précèdent les guerres et les chasses, continue d’être en grande vénération, et des chefs puissans ont pris son nom comme un titre d’honneur.
Les canots, autre objet que les Indiens construisent grossièrement, sont cependant adaptés avec beaucoup d’art à leur usage. Ils sont faits ordinairement de l’écorce d’un seul arbre, renforcée dans le milieu par quelques traverses en bois dur. Les extrémités sont en écorce seulement; mais, à raison de leur courbure, elles sont toujours au-dessus de l'eau, et restent parfaitement sèches. Nos matelots ont peine à croire que de pareilles coquilles de noix ne soient pas sans danger, même sur les eaux les plus tranquilles, et voient avec surprise les naturels diriger sans peine sur une mer orageuse ces faibles embarcations que leur légèreté empêche de couler, Elles ont un autre avantage bien important dans les longs voyages; elles ont si peu de poids qu’elles peuvent être facilement transportées sur les épaules, d’une rivière ou d’un lac à un autre. Un seul homme, dit-on, peut porter un canot sur lequel douze individus peuvent naviguer sans danger.
Après avoir donné ces détails circonstanciés sur la condition physique des Indiens, je m’occuperai maintenant de ce qui regarde leur condition sociale. Le principe fondamental de leur politique est la complète indépendance de chaque individu, le droit de faire tout ce qui lui plaît, soit en bien soit en mal, même quoique criminel ou destructif. Lorsqu’un d’eux témoigne des intentions qui peuvent être nuisibles à ses voisins, ils ne cherchent point à le faire renoncer à ses projets par des reproches ou par la violence, ce qui ne ferait que l’y faire persister davantage. Leur seul
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moyen est de tâcher de l’adoucir, comme un enfant gâté, surtout en lui faisant des cadeaux. Si, malgré cela, il persiste à vouloir blesser ou tuer un individu, ses compatriotes le laissent faire, abandonnant aux parens de la victime le soin et les moyens de se venger
Malgré cette impunité qui, dans des pays soumis à l'empire de la loi, aurait les plus fâcheuses conséquences, il est humiliant pour l’orgueil de la civilisation européenne d'apprendre qu’il règne parmi ces peuples un degré de calme et de sûreté que tous les efforts de notre police ne peuvent pas même nous procurer. Les Indiens sont divisés en une foule de petites nations ou tribus, ennemies les unes des autres, mais dont les membres sont liés entre eux par l’union la plus parfaite. L'honneur et la défense de la tribu remplacent chez eux les principes d'administration, et ils tiennent à ces deux sentimens avec une ardeur qui ne fut pas surpassée aux époques les plus brillantes du patriotisme chez les Grecs et les Romains.
Cet attachement national forme un lien social qui unit les membres les uns aux autres, et rend excessivement rares, non-seulement les meurtres, mais même les querelles personnelles. On n'entend pas parmi eux ce langage grossier et injurieux dont se sert si souvent le peuple dans les nations civilisées. Cette réserve, jointe au sentiment de dignité et de sang-froid qu’ils regardent comme convenable au caractère d’un guerrier, rend quelquefois leur commerce très agréable. Ils ne connaissent rien de ce que nous nommons mauvaise honte; et, lorsqu'ils sont assis à table avec des Européens du plus haut rang, ils sont tout-à-fait maîtres d'eux-mêmes; et, en même temps, en observant avec soin comment agissent les autres convives, ils ne montrent aucune gaucherie dans leurs manières.
La générosité des Indiens, qui les porte à secourir ceux de leurs compagnons qui sont dans le besoin, ne connaît pas de bornes, et va presque jusqu’à une communauté absolue de biens. Aucun membre de la tribu ne doit craindre de mourir de faim, tant que les autres membres auront de quoi le nourrir. Les enfans, restés orphelins par suite de ces accidens auxquels la vie sauvage est sujette, sont recueillis aussitôt par le plus proche parent de la famille, qui leur donne tout ce qui leur est nécessaire aussi abondamment que si c’était ses propres enfans. Rien ne donne à ces peuples une opinion plus défavorable de la France et de l’Angleterre que de savoir qu’une partie des habitans nagent dans l’abondance, tandis que les autres éprouvent les plus grandes privations ; et, lorsqu'on leur dit que, par suite de la privation de ce qui leur est nécessaire, ces derniers sont mis dans des prisons par leurs propres concitoyens, un tel excès de barbarie leur paraît presque incroyable. Lorsqu’une tribu est obligée, par les vicissitudes de la guerre, de se réfugier chez des voisins, elle est reçue avec la plus franche cordialité; on assigne à ces hôtes des habitations et des terres; et, sous tous les rapports, ils sont traités par leurs nouveaux amis
comme des membres de la tribu. On peut remarquer, au reste, que ce surcroit d'individus augmente la force militaire de la peuplade, et il y a peut-être un peu de politique dans cette amicale réception.
Par suite de cet esprit d’ordre et d’union intérieure, la liberté sans borne et sans frein inhérente à l’état social des Indiens conduit quelquefois à des actions criminelles et de nature à troubler la tranquillité publique. Le plus grand mal de cette liberté, et nous en verrons souvent des exemples, vient de ce que chaque individu, mû par un esprit de vengeance ou de témérité, se croit le droit de surprendre et de tuer un adversaire qui est l’objet de sa haîne. Voilà pourquoi les traités entre les tribus sont regardés comme précaires: et cependant, chacun se trouvant porté à ces actes de violence, la masse est disposée à se prêter à des explications mutuelles, de manière à empêcher qu'une querelle particulière ne conduise à une guerre générale. Cette circonstance me fournit l’occasion de remarquer que, quelqu’idée favorable qu'on se fasse de ces tribus, quand on connaît leur intérieur, on ne peut rien en conclure en faveur de la vie sauvage comparée à la civilisation. Au contraire, la forme la plus parfaite de gouvernement créé par l’homme, dans l’état de nature, n’a jamais opposé une barrière à ces haînes cruelles, à ces craintes continuelles qui troublent et agitent des nations voisines. Ces sentimens, comme on le verra dans la suite, ont été souvent la source des plus grands crimes; mais, pour le moment, je donnerai quelques détails sur les usages domestiques des Indiens.
Quelques écrivains ont prétendu qu’il n'existait chez les Indiens aucunes cérémonies relatives à la célébration du mariage. Ce serait une erreur fondée seulement sur ce qu’ils ont des usages tout différens des nôtres. 11 paraît que le futur, après avoir fait un arrangement avec les parens de sa future l’emmène chez lui, et qu'ils vivent alors comme mari et femme. Dans quelques tribus, il existe à cet égard un usage fort singulier. L’amoureux, accompagné souvent par plusieurs de ses camarades, vient à minuit dans la pièce où couche la fille qu’il recherche en mariage, et il la tire par le nez. Si elle est disposée à encourager ses poursuites, elle se lève; dans le cas contraire, elle s'éloigne aussitôt. On assure qu’une pareille visite, et à une telle heure, n’a aucun résultat inconvenant. Cependant les missionnaires la défendent parmi leurs néophytes.
Cet arrangement avec la fille n’est que préliminaire ; le poursuivant doit ensuite s'adresser au père, à qui il appartient de décider. Long nous a laissé un échantillon assez plaisant de la harangue qu’on prononce en cette occasion: “ Père, j’aime votre fille; voulez-vous me la donner, pour que les petites racines de son cœur puissent s’entrelacer avec les miennes, de manière que le vent le plus violent ne puisse jamais nous séparer?” Il offre en même temps un beau présent, et, si le père l’accepte, il est censé donner son consentement au mariage. Tous ces usages E
varient beaucoup suivant les différentes tribus; mais, en général, il règne dans çet acte de la réserve et une exacte convenance.
Les jeunes gens des Cinq-nations se font gloire de leur manière d'agir envers l’autre sexe. D'une grande quantité de femmes qui sont tombées dans leurs mains pendant une longue suite de guerres, et dunt plusieurs étaient fort belles, aucune n’a eu à se plaindre que son honneur fût exposé au moindre danger. La conduite des filles elles-mêmes n’est pas toujours si exemplaire; mais leurs faiblesses sont vues avec indulgence et ne forment pas un obstacle au mariage: une fois mariées, elles observent une stricte fidélité. En général, les maris ne sont pas jaloux, à moins qu’ils ne soiert ivres. Mais, lorsqu'ils ont de fortes raisons de soupçonner la conduite de leurs femmes, alors ils deviennent furieux, les battent leur déchirent le nez, et la renvoient avec ignominie.
Quelquefois des divorces ont lieu sans motifs apparens, mais ils sont fort rares, Comme la femme fait tous les travaux, et que c’est elle en grande partie qui fournit le ménage de la subsistance nécessaire, elle est ordinairement considérée comme trop utile pour que le mari puisse se priver d’elle. Dans quelques cas, ces esclaves domestiques deviennent un sujet de dispute et de rivalité. Un missionnaire rapporte qu’une femme, pendant l'absence de son mari, avait formé un nouveau lien, Le premnier revint, se montra fort indifférent sur ce qui s'était passé, et réclama ses droits. La difficulté fut soumise à un chef, qui ne crut pouvoir mieux arranger les choses qu’en plaçant la femme à une certaine distance des deux rivaux, et en décidant qu'elle appartiendrait à celui qui arriverait le premier près d'elle, ‘ Ainsi,” dit-il, “le mari sera celui des deux qui aura les meilleures jambes.”
Quant à la polygamie, ce principe de liberté dont j’ai parlé reçoit son application. Dans les tribus de l’ouest et du sud, elle est largement pratiquée par les chefs; mais, dans celles qui habitent près des lacs, elle est rare et limitée, Dans ce cas-là, l’homme épouse ordinairement la sœur de sa femme, et même, cela est probable, d’autres filles de la famille, pour que l’harmonie ne soit pas troublée dans le ménage. On dit que l’Indien ne témoigne aucune tendresse envers sa femme et ses enfans. Lorsqu'il revient d’une expédition lointaine, il entre et s’asseoit dans sa cabine sans faire attention à eux, et comme s’il n'avait été absent qu'un seul jour. Cependant les soins qu’il se donne pour veiller sur leur sûreté, et la vivacité qu'il montre lorsqu'il a une injure à venger, prouvent que cette apathie n'est qu’apparente, et vient d’un sentiment d’orgueil, et de l’idée qu'il se fait de sa dignité, Ce sentiment se montre également lorsqu'il s’agit de ses besoins personnels. Quoiqu'il ait été quelquefois sans vivres pendant deux ou trois jours, et qu’il ait pu entrer dans la maison d’un voisin, rien ne peut l’engager à s’humilier en demandant de quoi manger.
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Le soin (car on ne peut pas dire éducation) des enfans est réglé de manière à ce qu'ils donnent à leurs parens le moins d’embarras possible, en outre de celui qu’on prend pour les nourrir. Tout le temps du père est pris par la guerre, la chasse, ou par une complète oisiveté; tandis que la mère, tout entière à ses travaux journalièrs, n’a pas beaucoup de temps pour s'occuper de son enfant. Celui-ci, attaché avec des courroies sur une planche garnie de mousse, est placé par terre, ou suspendu à une branche d'arbre, de manière qu’il est balancé comme dans un berceau : il est très rare que ce procédé donne lieu à des accidens. Aussitôt que ces petites créatures peuvent se traîner sur leurs mains ou leurs pieds, on les laisse errer dans toutes les parties de la maison et dans le voisinage, comme des chats ou des chiens. Leur place favorite est le bord d'une rivière ou d’un lac, près duquel ordinairement sont placés les villages indiens; là, et pendant l’été, les enfans jouent pendant toute la journée comme des poissons. À mesure qu'ils avancent en âge, ils jouissent, dans toute l’acception du mot, de cette indépendance qui est le premier droit de tout membre de la tribu; et, quelques extravagances qu’ils fassent, jamais les parens ne font la moindre chose pour les retenir ou les corriger. La mère seulement fait quelquefois de légers reproches à sa fille, ou lui jette de l’eau à la figure, genre de punition qui produit, dit-on, un puissant effet. Quant aux jeunes gens, ils n'ont pas besoin des leçons de leurs parens, pour se pénétrer des sentimens qui animent ceux-ci. Chaque fait dont ils sont témoins ou qu’ils entendent raconter, leur inspire le désir ardent de devenir de hardis chasseurs et de vaillans guerriers. Leur première étude, leurs jeux favoris consistent à tendre un arc, à manier une hache, et enfin à se livrer à ces exercices qui doivent faire un jour leur gloire. Arrivés à l’âge viril, ils prennent d'eux-mêmes ce caractère sérieux, cette gravite étudiée dont l'exemple leur a été donné par leurs aînés.
Le caractère intellectuel de l’Américain dans l’état de nature donne lieu à quelques curieuses observations. Si on considère la position défavorable où il se trouve, an le croirait destiné à servir de lien intermédiaire entre l’homme et la brute; mais, dans le fait, sans études et sans instructions, les facultés de l’esprit les plus élevées se développent en lui d’une manière extraordinaire. Il montre une supériorité décidée sur le paysan de nos sociétés civilisées, dont l’énergie morale est sans action au milieu de ce cercle journalier d’occupations mécaniques. Le premier passe une partie de sa vie dans des entreprises dangereuses qui exigent de l'intelligence et de la réflexion, et dont il ne vient souvent à bout qu'avec beauocup d’adresse et de présence d'esprit. Ses sens, surtout ceux de l’ouie et de l’odorat, acquièrent par la pratique, une subtilité presque surnaturelle, Il peut suivre un animal ou un ennemi, à des traces qui, pour l’œil d’un Européen, sont presqu'imperceptibles : et, dans ses excursions, il prend une connaissance geographique minutieuse des contrées qu'il traverse, Il peut même les dessiner grossièrement, au moyen d’un mélange de
charbon et de graisse qu’il applique sur des peaux préparées ; et, lorsqu'il jette les yeux sur une carte régulière, il comprend bientôt sa construction, et reconnaît les lieux qui lui sont familiers. Sa facilité à trouver le chemin direct pour se rendre dans des endroits situés à des centaines de milles, et qu’il ne connaît peut-être que par les rapports de ses compatriotes, est vraiment étonnante. On l’a attribuée à un instinct mystérieux et surnaturel; mais il paraît qu’elle ne tient qu’à l’habitude d'observer l'aspect différent des arbres et des taillis, suivant qu’ils sont exposés au nord et au midi, ainsi que la position du soleil, lorsqu'il peut la remarquer, et lors même qu’il serait caché par les nuages. S'il rencontre plusieurs chemins tracés, et qui lui feraient faire des détours, il n’en continue pas moins à suivre la ligne la plus courte au travers des bois pour arriver à son but.
Les événemens qui composent la vie des Indiens contribuent également à développer en eux de précieuses facultés. Ils sont divisés en beaucoup de petites tribus, entre lesquelles s’établissent d’actives relations pour la guerre, les négociations, les traités et les alliances Que de grandes révolutions, observe un éloquent écrivain, se sont opérées dans ces royaumes de forêts, et dans ces cités d’écorces, non moins importantes que chez les plus puissantes nations civilisées! Accroître l'influence et étendre le territoire de sa propre tribu; humilier et détruire même, s’il le peut, les tribus ennemies, telle est l’unique ambition de chaque membre d'une de ces petites peuplades. Pour atteindre ce but, non-seulement il déploie un grand courage, mais encore il forme ses plans et en poursuit l'exécution avec autant de finesse que de persévérance. Aucune des subtilités de la diplomatie européenne ne lui est étrangère. Les Français ayant, dans une occasion, tenté d’écraser la confédération des Cinq-nations, en les attaquant les unes après les autres, se mirent en marche contre une d’entre elles. Mais, sur leur route, ils trouvèrent une députation d’une seconde tribu qui se proposait pour médiatrice, et déclarait que, si ses offres étaient rejetées, elle ferait aussitôt cause commune avec la tribu menacée. Cette confédération des Cinq-nations indiquait clairement qu’elles savaient très bien comment, pour augmenter leur force, elles pouvaient tirer parti de l’inimitié qui existait entre les Français et les Anglais. Des députés, porteurs du calumet de paix, se rendaient continuellement d’une tribu à une autre.
Ces mêmes circonstances politiques développent chez l’Indien, à un degré extraordinaire, le pouvoir de l’orateur; car aucune affaire importante ne se traite sans un discours. Dans ces occasions, les vieillards et les membres les plus expérimentés de la tribu se forment en conseil, et délibèrent longuement sur ce qu’exige l’intérèt général. Parmi les Cinq-nations, les fonctions de l’orateur sont devenues une profession distincte, non moins honorable que celle de guerrier; et chaque tribu désigne le plus éloquent de ses membres pour porter la parole pour elle dans l'assemblée genérale. Il y avait même, pour toute la confédération, un
orateur commun, qui pouvait dire au gouverneur français: “Ononthio, prête l'oreille: je suis la bouche de toute la contrée; et, en m’entendant, tu entendras la nation entière des Iroquois.” Decanesor, leur orateur dans les derniers temps, était en grande estime parmi les Anglais, et on trouvait que son buste avait quelque ressemblance avec celui de Ciceron. Dans leurs discours diplomatiques, chaque proposition est précédée du déploiement d’une espèce de ceinture garnie de coquilles, emblème et explication de ce qui va suivre, et qu’on conserve avec soin comme des archives de la conférence. L’orateur ne doit pas seulement exprimer par des mots ce qu’il veut dire; mais il doit donner à chacune de ses phrases l’action qui lui convient, S'il menace de la guerre, il agite fièrement son tomahawk : s’il sollicite une alliance, il entrelace étroitement ses bras avec ceux du chef auquel il s’adresse: si enfin il vient solliciter l’union et l’amitié d’une autre tribu, il fait les gestes de celui qui trace une route à la manière indienne, coupe les arbres, les éloigne, et fait un psssage en mettant soigneusement de côté les feuilles et les branches. Un écrivain français, qui a été témoin de ces conférences solennelles, les a comparees à des représentations théâtrales. La pantomime des orateurs était si expressive que des alliances ont été conclues entre de petites tribus qui avaient un langage différent, et ne pouvaient pas se comprendre.
Le discours d’un orateur indien est étudié et travaillé avec soin: celui de l’Troquois est susceptible même de s'élever jusqu’à la hauteur de l’élessance athénienne, et quelques-unes de ces compositions peuvent échapper à la critique. Le style en est figuré au plus haut degré, et chaque idée s'exprime par des images qui parlent aux sens. Ainsi lever la hache, ou faire apporter le grand chaudron indique le commencement de la guerre ; jeter la hache vers le ciel est le signe d’une guerre acharnée; faire enlever le chaudron ou enterrer la hache figure la paix; et enfin la plantation d’un arbre de paix sur la montagne la plus haute de l’univers est un signe de pacification générale. Jeter un prisonnier dans le chaudron est le dévouer aux tortures et à la mort; l’en retirer, c’est lui pardonner et le recevoir comme membre de la tribu. Des députés venant proposer un traite complet d'alliance disent: “ Nous divisons les nuages au dessus de nos têtes; nous dissipons l'obscurité qui règne dans les cieux, afin que le soleil de paix puisse briller de tout son éclat sur nous tous.” Dans une autre occasion, faisant allusion à leur violente conduite, ils dirent: “ Nous sommes contens qu’Assarigca entraîne dans les entrailles de la terre ce qui s’est passé. Que le sol qui le couvre soit foulé aux pieds, ou plutôt qu’un rapide courant vienne effacer jusqu'aux moindres traces du mal!” Ils ajoutent: là nous plantons un arbre dont la cime atteindra les cieux, dont les branches s’étendront au loin; nous en ferons notre abri, et nos vivrons en paix.” Îls ont encore un signe particulier pour entamer une négociation secrète; et quand ils veulent exprimer le désir qu’il n’existe ni intrigues ni dissimulation entre eux et
les Français, ils disent: “Qu'ils désirent fixer le soleil au haut des cieux, et immédiatement au dessus du pôle, de manière qu'il puisse parfaitement les éclairer, et ne rien laisser dans l'obscurité.” En s'engageant à maintenir un état de paix sincère et durable, ils déclarent qu’ils ne veulent pas seulement renverser le grand chaudron, signe de la guerre, et laisser couler l’eau qu’il contient, mais qu’ils ont aussi l’intention de le mettre en pièces. Cette habitude de rendre leurs idées sensibles par des gestes ou des objets qui parlent aux sens, s'étend jusqu'aux choses les plus importantes. Une tribu puissante prend la dénomination de Renards ; une autre se fait gloire de celle de Chats. Même lorsqu'une nation entière porte des noms différens, les peuplades diverses se distinguent par ceux de tribu de /’Ours, de la Tortue, du Loup, &c. Ils ne dédaignent pas de prendre le nom d’une chose inanimée, Je Chaudron-Noir était, à une époque, le guerrier en chef des Cinqnations; et Souliers-Rouges était un chef qu'avait connu Long le voyageur. Quand les principaux membres d’une nation signaient un traité avec les Européens, leurs signatures consistaient dans des dessins souvent assez bien exécutés, et qui représentaient les animaux ou les objets par les noms desquels ils désiraient d’étre désignés.
Le défaut, parmi ces tribus, d'écriture et même de signes représentatifs des événemens, était remplacé par les souvenirs qu’en conservaient les vieillards, et leur mémoire etait si bonne qu’un écrivain les a appelés des livres vivans. Leur seul moyen de se rappeler ainsi les faits consistait dans les chapelets de coquilles, dont chaque rang avait rapport à chaque division d’un discours ou d’un traité, et suffisait pour en retracer les diverses parties. À la fin d’une transaction, ces colliers étaient conservés comme documens publics; et lorsqu'on les consultait, dans les grandes occasions, les orateurs et même les vieilles femmes pouvaient répéter les passages du traité auxquels chaque rang faisait allusion. Les Européens eurent ainsi des moyens de recueillir des renseignemens sur les révolutions qu’avaient éprouvées les différentes tribus antérieurement à leur arrivée.
Les premiers individus qui visitèrent le nouveau monde, ne voyant parmi les Indiens ni prêtres, ni temples, ni idoles, ni sacrifices, les représentèrent comme un peuple qui manquait de tout principe religieux. Un plus long examen prouve cependant que la croyance, même imparfaite, dans une. vie spirituelle, exerce une influence puissante sur presque toutes ces nations. Cette croyance comprend même des idées d’un ordre élevé. Sous le titre de Grand Esprit, de Maître de la Vie, de Maître des Cieux et de la Terre, ils reconnaissent évidemment un suprême souverain de l'univers, et un arbitre de leurs destinées. Plusieurs d’entre eux, instruits par les missionnaires de l'existence d’un Etre Tout-puissant qui a créé le ciel et la terre, s'écrièrent d’une commune voix: ‘“ Atahocan! Atahocan !” qui était le nom de leur principale divinité. Suivant Long, les Indiens parmi lesquels il a résidé attribuent
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MŒURS, &C., DES INDIENS. 19 chaque événement, heureux ou malheureux, à la faveur ou à la colère du Maître de la Vie. Ils linvoquent pour leurs besoins journaliers ; ils croient que c’est à lui qu’ils doivent leur sang-froid dans le combat; et, au milieu des tortures, ils le remercient pour le courage qu’il leur inspire. Cependant quoique cette idée juste et élevée soit profondément gravée dans leur esprit, elle se mêle avec d’autres idées qui prouvent combien la raison seule est faible pour s'élever à la hauteur de l'Intelligence Suprême, On peut même remarquer que le mot que nous exprimons par “Grand Esprit” n’emporte pas réellement l'idée d’une nature immatérielle. Pour les Indiens, le Grand Esprit est un être revêtu d'un pouvoir étendu et mystérieux; et ils attribuent ce pouvoir aux hommes et même aux animaux. Ceux-ci, dont la création occupe une grande place dans toutes leurs idées, leur paraissent souvent jouir d’un pouvoir surnaturel et presqu’illimité, croyance absurde, mais qu'ont eue également les Indiens et les Egyptiens.
Quand les missionnaires arrivèrent dans le pays pour la première fois, et tentèrent de se former une idée de la mythologie indienne, elle leur parut extrêmement compliquée, surtout parce que ceux qui cherchaient à la leur expliquer n'avaient pas eux-mêmes d'opinions fixes à cet égard. Chaque homme pensait différemment que son voisin, et que lui-même aussi dans un autre temps; et on ne cherchait pas à concilier les opinions différentes, Les tribus du midi, qui avaient une croyance plus îixe, étaient tellement attachées à leurs idées religieuses que, suivant Adair, elles appelaient même les Européens leurs alliés “un peuple maudit.” Les Canadiens, au contraire, tenaient si peu à leurs croyances, qu'ils étaient toujours disposés à renoncer à leurs superstitions pour une pipe de tabac. Mais, aussitôt qu’elle était fumée, ils revenaient bien vite à leurs erreurs. L'idée qui senblait prévaloir parmi eux était celle d'un certain animal mystérieux nommé Meson, ou Messessoyen, qui, lorsque la terre fut couverte d’eau, l'en avait retirée. D'autres parlaient d’un différent qui eut lieu entre le lièvre, le renard, le castor, et le veau marin, pour la souveraineté de l’univers, Chez les nations principales du Canada, le lièvre paraît tenir le premier rang ; et de là les terines de Grand Esprit et de Grand Lièvre sont quelquefois employés comme synonimes. Il serait assez difficile d'expliquer ce qui a valu une pareille distinction à cet animal, à moins que ce ne soit son extraordinaire légèreté. Ce n'est que parmi les Ottowas que les corps célestes sont un objet de vénération : le soleil paraît être leur principale divinité,
Pénétrer dans l'avenir a toujours été un des buts favoris de la superstition. On a cherché à l’atteindre par divers moyens; mais l’Indien tâche surtout de prevoir l'avenir par ses rêves, qu'il regarde comme ayant un caractère religieux. Avant qu’on ne commence une entreprise importante, principalement une chasse ou une guerre, les songes que font les chefs sont étudiés avec soin; et ils règlent leur conduite d’après l'interprétation qu ils en font, On a vu toute une nation se mettre en
mouvement sur les songes d’un seul homme. Quelquefois un individu croit voir dans son sommeil qu’un autre lui a fait un important cadeau; et ce dernier se croit obligé à accomplir ce présage. Tandis que Sir William Johnson, pendant la guerre d'Amérique, traitait d’une alliance avec une tribu amie, le chef fit connaître confidentiellement que, dans son sommeil, il avait rêvé que Sir William jui faisait présent du riche habit brodé qui lui servait d’uniforme. L’acomplissement de cette vision avait beaucoup d’inconvéniens ; cependant, sur l’assurance donnée par le chef qu’elle avait eu lieu, le commandant anglais se décida à donner son uniforme. Peu après cependant il raconta à l’Indien un rêve qu'il avait eu aussi, et dans lequel celui-ci lui offrait une vaste étendue de terres fertiles et bien situées. Le chef reconnut que, puisque le rêve avait eu lieu, il devait recevoir son exécution, mais il supplia le commandant anglais de cesser cet échange de rêves, qui lui avait été si désavantageux.
Le manitou est l’objet d’une vénération particulière, et le choix de ce protecteur surnaturel est, pour un jeune homme, l'événement le plus important de sa vie, et constitue même son initiation dans la société. Il commence d’abord par se teindre la figure en noir, et il s'impose un jeûne sévère, prolongé pendant huit jours, s’il le peui. Îlse prépare ainsi à des songes, dans lesquels il doit voir l’être destiné dans la suite à être son protecteur et son appui. Dans cet état d’excitement et d’attentes il retient et étudie avec soin chacune de ses visions nocturnes; et, aussitôt que quelqu’objet à fait sur son esprit une impression profonde, il ne manque pas d’en faire son manitou. Le plus souvent cet objet est peu remarquable ou même fantastique: c’est la tête, le bec, ou la griffe d’un oiseau, la corne du pied d’une vache, ou même un morceau de bois. Lorsqu'on a provoqué chez le jeune Indien une forte transpiration, on le couche sur le dos, et, au moyen d’aiguilles faites avec des arrêtes de poisson enduites d’une couleur rouge, on lui grave son manitou sur la poitrine. Il se procure un échantillon exact de l’objet dont il a fait choix, le conserve avec soin, et s'adresse à lui dans chaque occasion importante, dans l'espérance qu’il lui inspirera des songes favorables, et veillera sur ses destinées. Cependant lorsque des malheurs lui arrivent, malgré tout ce qu’il a fait pour mériter la bienveillance de son manitou, celui-ci est regardé comme ayant mérité les plus vifs reproches. L’Indien commence d’abord par lui représenter tout ce qu'il a fait pour lui, la disgrâce qu’il a encourue en négligeant d’exaucer ses désirs, et enfin le danger qu'il court d'être remplacé pour un autre manitou, s’il se montrait encore aussi négligent. Cela n'est pas seulement une vaine menace; car, si on juge que le manitou est incorrigible, on le jette; et, après un nouveau jeûne, des rêves, des sueurs abondantes, et un autre tatouage, on choisit et on installe un nouveau manitou, dans l’espérance qu'il se conduira mieux que le premier.
Le défaut de temples, de prières, de sacrifices, et enfin de toutes ces pratiques
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que la superstition inspire aux hommes sans civilisation, est une circonstance remarquable, et qui, comme je l’ai déjà dit, fit présumer aux premiers voyageurs que les Indiens étaient étrangers à toute idée religieuse. Cependant les missionnaires pensèrent que quelques-uns de leurs grands festins, où tous les mêts servis doivent être mangés, portaient un caractère d’idolâtrie, et avaient pour objet d’honorer le Grand Lièvre. Les Ottawas, dont le système mythologique paraît avoir été le plus compliqué, avaient coutume de célébrer régulièrement par une grande fête la bienfaisance du soleil ; et ils lui disaient alors que la cérémonie était un témoignage de gratitude pour la bonne chasse qu'il avait procurée à la nation, et un encouragement pour l’engager à continuer à celle-ci sa bienveillance. On s’aperçut aussi qu’ils avaient élevé au milieu de leur village une idole à laquelle ils sacrifiaient ; mais de pareilles cérémonies n'étaient pas générales. Lorsque les Indiens virent pour la première fois des cérémonies chrétiennes, leur seule idée fut que les missionnaires demandaient au ciel quelque bien temporel qui était soit accordé, soit refusé. Les missionnaires parlent de deux Hurons qui arrivèrent des bois peu de temps après que la congrégation était rassemblée. Ils restèrent en dehors du temple, tâchant de deviner ce que demandaient les hommes blancs, et s'ils allaient l'obtenir. Comme le service continuait toujours, ils jugèrent que les hommes blancs n'avaient encore rien obtenu, et admirèrent la persévérance avec laquelle ils insistaient pour avoir ce qu’ils demandaient. Enfin, quand les vêpres commencèrent, un des sauvages dit à l’autre: ‘“ Les entends-tu se désespérer et crier de toutes leurs forces ?”
Toutes les tribus américaines croyaient au grand principe d’une vie future après la mort, et elles y étaient fortement attachées. Elles s'étaient même formé une idée distincte de la région dans laquelle on devait être transporté, et où on jouirait d’une heureuse et nouvelle existence, à l'abri des guerres, des tortures, des actes de cruauté, qui rendent leur lot si misérable sur la terre. Cependant leurs idées sur ce point n'étaient ni élevées ni religieuses. Les Indiens croyaient à une prolongation de leur vie actuelle, à des événemens plus favorables, et à la jouissance de ce qu'ils possédaient, seulement avec plus de choix et en plus grande abondance, Dans cette brillante région, le soleil n'est jamais caché par des nuages, les forêts abondent en bêtes fauves, les lacs et les rivières en poissons, avantages qui, dans leur imagination, se joignaient encore à celui d’avoir une femme fidèle et des enfans respectueux. Ils n’y arrivent cependant qu'après un voyage de plusieurs mois, et après avoir surmonté beaucoup d'obstacles, tels qu’un large fleuve, une chaîne de hautes montagnes, et l'attaque d’un chien furieux.
Cette bienheureuse contrée est située bien loin dans l’ouest, à une extrémité de l'univers terminée par un profond précipice, au-delà duquel se trouve l'océan. Quelquefois, lorsque les ombres sont occupées trop vivement à poursuivre le gibier, elles tomb-at dans l’eau, et sont transformées en poissons. La situation de ce a
paradis paraît se rattacher à quelques documens assez obscurs que les Indiens ont reçus des hordes errantes du Mississippi, des montagnes rocheuses, et des rivages éloignés de l'Océan Pacifique. Cette croyance a le grand défaut de ne pas faire dépendre la félicité dans une vie future, de la pratique de la vertu dans celle-ci. L'une est simplement une continuation de l’antre: et, dans cette persuasion, tout ce qui a contribué au bien-être d’un mort, ses armes, ses ornemens, sont enterrés avec lui. Cette idée d’une vie future, idée si conforme à leurs mœurs et à leur intelligence, était regardée par les missionnaires comme un grand obstacle à ce qu’ils pussent faire concevoir aux Indiens un système plus pur et plus élevé, mais qui ne s’accordait guère avec les premières impressions qu’ils avaient reçues. Lorsqu'on leur eut dit que, dans l'autre vie qu’on leur annonçait, ils ne pourraient pas chasser, manger, boire, ou se marier, plusieurs d’entre eux déclaraient que, loin de tâcher d'arriver au pays dont on leur parlait, ils regarderaient comme un très grand malheur d’y entrer. On cite une jeune fille huronne, qu’un missionnaire chrétien tâchait de convertir, et qui, pour première question, lui demanda ce qu’elle aurait À manger dans un autre monde. ‘“ Rien,” ayant été la réponse du missionnaire, elle demanda encore ce qu’elle y verrait. Celui-ci lui répondit qu’elle verrait le Maître des Cieux et de la Terre : et alors elle remarqua qu’elle ne saurait que lui dire. Beaucoup d’entre ces Indiens non-seulement ne veulent pas profiter pour eux de ces instructions, mais même se montrent fort mécontens des efforts qu’on fait pour introduire leurs enfans, après la mort, dans un pays si triste et si misérable. |
Une autre idée, qui s’unit à la croyance dont je viens de parler, et qui est fortement enracinée chez les Indiens, est celle d’un grand respect pour la mort. Châteaubriand a avancé, peut-être un peu légèrement, qu'ils en étaient plus fortement pénétrés que toute autre nation. Ils ne sont guère prodigues entre eux d'expressions de tendresse ; mais, à l'approche d’une séparation finale, ce sentiment se montre avec une grande force. Lorsqu’un d’eux devient sérieusement malade, sa famille épuise toutes les ressources de la médecine et de la magie pour lui rendre la santé: et, quand arrive le moment fatal, elle se livre aux plus bruyantes lamentations, jusqu’à ce que celui des membres qui exerce sur les autres quelqu’autorité, fasse cesser les pleurs et les gémissemens. Ils se renouvèlent néanmoins pendant plusieurs jours encore, au lever et au coucher du soleil. Au bout de trois jours ont lieu les funérailles ; et alors toutes les provisions que la famille a pu se procurer sont consumées dans un festin, auquel les voisins sont ordinairement invités; et, quoiqu'il soit de rigueur, dans toutes les occusions solennelles, qu’il ne reste rien du repas, il y a, dans la circonstance actuelle, une exception pour les parens. Ceux-ci coupent leurs cheveux, couvrent leur tête, se noircissent la figure, et, pendant un temps assez long, s’interdisent toute espèce d’amusement. Le mort est enterré avec ses armes et ses ornemens; on peint sa figure, et on lui met ses plus beaux habille.
1 D RATS LPC M on
Re : manner nes e D A GOLD EU à PAASSRRE FER 0