‹ Canada pittoresque [microforme]Chapitre 5 sur 21 · A EE PE CT · texte numérisé non relu

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mens. Un des premiers missionnaires au Canada pensait que le principal but des Hurons, en trafiquant avec les Français, était de se procurer des moyens d’honorer leurs morts; et, à l'appui de cette opinion, il disait qu’on voyait beaucoup d’entre eux à moitié nus, et gelant de froid, tandis qu’il y avait dans leurs huttes de beaux vêtemens qui devaient servir à les envelopper après leur mort. Le corps est placé tout droit dans une fosse, et soigneusement entouré de peaux, de manière que la terre ne puisse pas le toucher. Cela n’est pas cependant la dernière cérémonie : il en vient ensuite une autre plus solennelle et plus singulière. Chaque huitième, dixième, ou douzième jour, suivant l’usage des différentes nations, on célèbre la fête des morts. Jusque-là, les âmes sont censées errer encore autour de leur première enveloppe, et ne pas être parties pour leur dernière demeure dans l'ouest, Dans ces occasions, toute la population se rend en procession aux places d’enterrement: les fosses sont ouvertes, les corps sont découverts, et, pendant quelque temps, on les contemple douloureusement et en silence. Ensuite les femmes éclatent en profonds gémissemens: puis on réunit les os, après avoir laissé de côté ce qui reste des chairs ; on enveloppe les premiers dans de belles robes, et, au milieu des sanglots de la famille, on les transporte dans la hutte qu’habite celle-ci. On se livre pendant plusieurs jours à des festins, à des danses, à des luttes où des prix sont décernés et auxquelles des étrangers se rendent quelquefois de grandes distances. De pareilles solenhités paraissent, à la vérité, bien peu convenables en de pareilles occasions : mais un usage semblable existait chez les Grecs et les Romains; et, dans quelques parties de l’Ecosse, même jusqu’à ces derniers temps, cette cérémonie funéraire était accompagnée de bruyantes réjouissances. Les restes des morts sont ensuite portés dans la cabane où se réunit le conseil de la nation, et placés en vue contre les murs, avec les présens destinés à être enterrés avec eux. Quelquefois on les transporte de village en village. On finit par les déposer dans une fosse, :ouverts de précieuses fourrures. Les larmes et les lamentations se font entendre de nouveau ; et, pendant plusieurs jours, des vivres sont déposés sur les tombes. Les Indiens regardent les os de leurs pères comme le lien le plus fort qui les attache à leur sol natal; et, lorsque des malheurs les forcent à quitter leur patrie, ils emportent avec eux, quand ils le peuvent, ces précieux restes.

Au rang des cérémonies religieuses des Indiens, je puis compter la médecine, qui chez eux est presqu'entièrement du domaine de la superstition. Cette vive affection que les naturels, malgré leur apathie apparente, conservent les uns pour les autres, les porte, lorsque leurs amis sont dangereusement malades, à faire tout ce qui dépend d’eux pour les guérir; aussi il existe chez eux une classe d'individus, tout-à-fait distincte du reste de la population, qui réunit les différens caractères de prêtres, de médecins, de sorciers et de sages. Ils ne sont pas tout-à-fait étrangers à quelques branches de l’art de la médecine : dans les plaies ou les blessures dont

ils connaissent les causes, ils se servent de simples qui ont une grande efficacité. Châteaubriand cite le ginseng de la Chine, le sassafras, le hedisaron aux trois feuilles, et un arbrisseau assez élevé qu’on nomme bellis, et dont les décoctions, dans les blessures et les ulcères, produisent des cures merveilleuses. Ces médecins scarifient avec des os taillés en pointes les parties enflammées ou affligées de douleurs rhumatismales; et l'écorce des gourdes, remplie de matières inflammables, sert de ventouses. Ils ont appris des Français l’art de saigner; mais ils l’emploient quelquefois d’une manière mal-adroite et dangereuse, en ouvrant la veine du front. Ils pratiquent maintenant la saignée avec plus de prudence; mais, pour les maux internes, le bain de vapeur est leur spécifique favori. Pour s’en servir, ils tapissent d’écorces, de fourrures et de branches d’arbres une petite hutte ou cellule, en n’y laissant qu’une ouverture pour faire entrer le malade. Ils placent alors dans un vase plein d'eau des pierres rougies au feu, qui la font bouillir, et bientôt la hutte est remplie d’une vapeur brûlante qui entretient le malade dans une forte transpiration. Quand il a sue suffisamment, il sort de la hutte, et, fût-ce même au cœur de l’hiver, il va se jeter dans la rivière ou le lac le plus voisin; et cet exercice, qu’on croirait devoir causer la mort, est au contraire salutaire et efficace, ainsi que l'expérience le prouve chez les Indiens et chez les Russes. (Comme beaucoup de leurs maladies proviennent du froid et de trauspirations arrêtées, ce bain est très convenable. Au reste, ils y attachent une influence surnaturelle, l’appellent le bain du sorcier, et l’emploient non-seulement pour guérir leurs maux, mais encore lorsqu'ils veulent tenir un conseil sur une affaire grave, ou se préparer à une entreprise importante. Tous les cas de maladies intérieures, ou dont la cause leur est inconnue, sont attribués sans hésitation par eux à la secrète influence d’un snauvais génie. En conséquence, le médecin doit revêtir son caractère de sorcier, et diriger tous ses efforts contre des ennemis invisibles. Il emploie pour cela différens moyens qui paraissent tenir à la fois de l’ignorance et de l’imposture. Aussitôt qu'il arrive, il commence à chanter et à danser autour du malade, conjurant le malin esprit par de grands cris ; ensuite, cherchant à découvrir le siége de l’enchantement, il tâte le corps du patient de tous les côtés, jusqu’à ce que les plaintes de celui-ci paraissent indiquer dans quelle partie existe le mal. Alors il dirige contre cet endroit tous ses efforts, et, comme un fou ou un chien enragé, le déchire avec ses dents, et souvent montre un petit os ou un autre objet, qu’il prétend avoir retiré, et dans lequel s'était logé le malin esprit. Le jour suivant, ses aides viennent recommencer l’opération, à laquelle se réunit toute la famille assise près du malade, de manière à éloigner tout ce qui pourrait nuire à l’effet du remède. On emploie encore un autre moyen, qui consiste à entourer la cabane de mannequins en paille, dont la figure est couverte de masques en bois d’une forme effrayante, destinés à faire fuir le mauvais génie qui tourmente le malade. Quelquefois le sorcier trace une figure bizarre, qu’il perce d’une flèche,

et alors il annonce qu’il a triomphé de l'esprit malin. Dans d’autres occasions, il anno' ‘jue le malade éprouve un désir surnaturel pour certain objet qui lui est inconnu. ci alors, malgré l’éloignement et les difficultés, la pauvre famille fait tout ce qui dépend d'elle pour se le procurer. Quand la maladie paraît incurable, le médecin désigne un objet qu'il est tout-à-fait impossible d'obtenir, et dont la privation est alors annoncée comme la cause de la mort du prient. La ferme confiance qu’avaient les Indiens, mêne les plus raisonnables, dans ces ridicules moyens, rendait fort difficile la tâche des missionnaires. Quand une mère avait un de ses enfans dangereusement malade, ses voisins se réunissaient autour d’elle, et lui assuraient que, si elle voulait souffrir qu’on soufflât sur son enfant, et qu’on dansât autour de lui en poussant de grands cris, selon la véritable manière indienne, il n’est pas douteux qu'il ne fût bien vite rétabli. Ils lui conseillaient de le mener dans les bois, où les robes noires, ainsi qu’ils appellent les prêtres chrétiens, ne pourraient pas les trouver. Ces derniers ne parvenaient pas à détromper complétement leurs . disciples, parce que, à cette époque où on était peu éclairé, eux-mêmes étaient imbus de l’idée que les magiciens communiquaient avec le prince des ténèbres, et tiraient de lui leur pouvoir, Tout ce qu’ils pouvaient faire, c’était d'engager les Indiens à ne pas employer des moyens qui dérivaient d’une source si impure, Néanmoins ce devoir leur coûtait à remplir; et ils citèrent avec orgueil l'exemple d’une Huronne, qui, quoique fort attachée à son mari, et quoiqu'’elle parût persuadée que ces pratiques superstitieuses pourraient le guérir, préféra de le perdre. Sous d’autres rapports, les missionnaires eurent à souffrir des fausses croyances des naturels qui, même convertis, croyaient que ces prêtres étaient doués d’un pouvoir surnaturel, dont on soupçonnait qu’ils faisaient usage quelquefois pour causer les maladies épidémiques qui affligeaient le pays de temps en temps. Ils s’écriaient que ce n’était pas le démon qui était la source de pareils maux, que c'était les prières, les images et le baptême. Une maladie pestilentielle ayant suivi le meurtre d’un Français qui était tombé entre leurs mains, ils s’imaginèrent que les prêtres vengeaient la mort de leur compatriote.

Je vais maintenant m'occuper d’un objet qui, parmi les passions qui animent un Indien, domine toutes les autres: c’est un goût pour la guerre, qui détruit l’impression favorable qu’on s'était faite de lui, efface tout ce qu’il a de bien, et le place au dessous même de la brute. Tandis que l'union la plus cordiale règne entre les membres d’une même tribu, ils ont pour les tribus voisines une haîne profonde, et ne rêvent que leur destruction. Cette agitation morale que la guerre produit, et la gloire qui suit les succès, donnent sans doute la première impulsion; mais aussitôt que les hostilités sont commencées, la vengeance seule les anime. Tout Indien qui tombe au pouvoir d’un ennemi, et qui périt dans les tourmens qui attendent les vaincus, sait que son ombre ne peut être apaisée que par le supplice d’un des vainqueurs. Ainsi chaque lutte en amène une autre plus sanglante encore. Ils ne sont pas H

d’ailleurs étrangers à ces motifs politiques qui décident les nations civilisées à prendre les armes, tels que le désir de reculer leurs frontières, but vers lequel ils dirigent avec ardeur tous leurs efforts, et celui d’abaisser le pouvoir d’une tribu voisine, et d’incorporer parmi eux ceux de leurs ennemis qui ont échappé à la mort, Un mécontentement personnel et l'envie de se distinguer engagent quelquefois des individus à faire des excursions sur un territoire ennemi, même contre les intentions de leur tribu. Mais, quand toute la nation a commencé la guerre, elle ne s’y décide que par des motifs importans, qui tiennent à son intérêt ou à son agrandissement, : Dans les tribus même les plus sauvages une longue paix paraît insupportable, et toute la prudence des vieillards suffit à peine à retenir l’ardeur des jeunes gens, avides d'entreprises périlleuses.

Aussitôt qu’on a pris une détermination, le chef des guerriers, auquel la voix de la nation a décerné le commandement, commence ses préparatifs. Non-seulement il réunit les armes et les vivres nécessaires pour la campagne, mais il s'occupe aussi des ressources personnelles de chaque individu, et remplit lui-même quelques pratiques religieuses de nature à connaître la volonté du Grand Esprit, et à se le rendre favorable. Celui-ci, qu’on regarde comme présidant aux destinées des combats, est nommé Areskoui. Le chef commence par faire trois fois le tour de sa hutte, déployant un grand drapeau de guerre, teint en noir. Aussitôt que les jeunes guerriers voient ce signal de mort, ils se réunissent autour du chef, prêtant l'oreille au discours qu'il leur Adresse pour les engager à voler aux combats. ‘“ Camarades,” s’écrie-t-il, “le sang de nos frères n’est pas encore vengé. La terre ne recouvre pas encore leurs os ; leur voix se fait entendre. Jeunes gens, levez-vous ! graissez votre chevelure, teignez vos visages, faites retentir les forêts de vos cris guerriers; et que les morts se consolent en voyant qu'ils vont être vengés! Jeunes gens ; suivez-moi ! je vais marcher dans les sentiers de guerre pour suprendre nos ennemis, me nourrir de leur chair, boire leur sang, et les déchirer membre par membre, Nous reviendrons vainqueurs, ou si nous succombons, nous succomberons au moins avec honneur!” Alors on apporte le ceinturon orné de coquilles, ce grand symbole de la politique indienne. Chacun se montre jaloux de le porter; inais ce privilége est réservé à un guerrier d’une grande réputation, et qu'on juge digne de remplir le poste de commandant en second. Ensuite le chef procède à ses pratiques et cérémonies mystérieuses, Il se teint complètement en noir, et observe un jeûne sévère, ne mangeant et même ne s’asseyant qu'après le coucher du soleil. De temps en temps il boit une décoction d'herbes consacrées, dans l'intention de se procurer des songes remarquables, qu'il recueille précieusement, et qui sont soumis à la délibération des sages et des vieillards de la tribu. Quand l'ardeur des combats anime l'assemblée, on regarde comme un présage du succès soit les songes en eux-mêmes, soit l'interprétation qu’on leur donne. La puissante

influence d’un bain de vapeur est également employée. Après ces solennels préliminaires, une copieuse aspersion d’eau chaude fait disparaître la couleur noire qui teint les vêtemens du chef, et on les couvre de diverses et brillantes couleurs, parmi lesquelles le rouge domine. On allume un grand feu, sur lequel est placé le chaudron de guerre. Chacun de ceux qui sont présens y jette quelque chose ; et si des tribus alliées, à qui on a envoyé une ceinture de coquilles ou une hache de combats en les invitant à venir se nourrir de la chair et boire le sang de l’ennemi, ont répondu à cet appel, elles envoient aussi quelques ingrédiens pour être jetées dans le grand chaudron. Alors le chef, pour annoncer que l'expédition commence, entonne un chant de guerre, qu’on n’entend que dans ces occasions; et son exemple est suivi par tous les guerriers, qui accompagnent leurs chants de la danse des combats, racontant leurs premiers exploits, et déjà fiers des nouveaux succès qu'ils vont obtenir. Puis ils s’arment, suspendant à leurs épaules un arc et un carquois, et plus souvent encore un fusil: à la main ils ont une hache ou un tomahawk, et portent à leur ceinture un couteau à scalper. Les femmes leur remettent une provision de grain grillé, ou de sagamity, qu’elles portent souvent elles-mêmes à une distance considérable. Mais l’opération la plus importante consiste à réunir les manitous, ou divinités protectrices. On les renferme dans un coffre qui, ainsi que l'arche des Hébreux, est regardé comme revêtu d’un pouvoir tutélaire.

Pendant ces préparatifs, les femmes recommandent surtout qu’on leur ramène des prisonniers, sur lesquels elles puissent exercer leur vengeance, et appaiser les ombres de ceux de leurs parens qui ont succombé à la guerre, mais quelquefois aussi avec l'intention plus humaine de les incorporer à la famille et à la tribu. De tendres sentimens se montrent de toutes parts au moment du départ des guerriers, qui peut-être ne doivent plus revenir, et pourront périr victimes de ces tourmens qu’ils appellent sur leurs ennemis. Après avoir fait une courte harangue, le chef se met en marche, suivi de ses compagnons, tous faisant entendre le cri de guerre. Les femmes les accompagnent à quelque distance, et, quand il faut se séparer, elles échangent des expressions de tendresse avec leurs parens et leurs amis, et forment des vœux ardens pour un prompt et glorieux retour. Ils se donnent mutuellement des objets qu’ils ont long-temps portés, et qui servent à leur rappeler cette douloureuse séparation.

Tant que les guerriers se trouvent sur leur propre territoire, ils se divisent en petites troupes pour pouvoir plus facilement se livrer à la chasse ; mais ils ne cessent pas de communiquer entre eux, par des cris pareils à ceux des animaux et des oiseaux. Lorsqu'ils sont arrivés à la frontière, ils se réunissent, renouvellent des cérémonies religieuses, se livrent ensuite au sommeil, et ne manquent pas surtout d'étudier avec soin les rêves qu’ils ont faits. S'ils sont défavorables, ils servent de prétexte pour ne pas aller plus loin; et les guerriers dont le courage vient à faiblir

ont alors une bonne excuse pour abandonner l’entreprise; mais cela est rare. En entrant sur le territoire ennemi, on recommande un profond silence: la chasse est suspendue ; ils se traînent en rampant, soit tout le long des arbres abattus, soit dans les marécages. Quelquefois ils attachent à leurs pieds le sabot d’un buflle, ou les griffes d’un ours, et suivent une marche irrégulière comme ces animaux. Rien n’égale leur adresse pour découvrir au milieu des bois les habitations de l’ennemi ; les indications les plus légères, qui échapperaient tout-à-fait à un Européen, leur suffisent pour diriger leur course au travers des vastes profondeurs des forêts. Ils se vantent de pouvoir reconnaitre l’empreinte d’un pas, même sur un léger gazon, et de savoir, par son inspection, quelle est la nation ou la tribu à laquelle il appartient. Ils emploient, pour surprendre leurs adversaires, plusieurs moyens fort adroits. Dans les profondes retraites des forêts, ils imitent les cris des animaux que recherchent principalement les chasseurs de la tribu ennemie. Mais leur principal but est de tâcher de surprendre un village, et surtout le plus considérable de ceux qu’habite celle-ci: c’est là qu’ils tendent, en se glissant comme des ombres au milieu de ces forèts solitaires. Lorsqu'ils approchent de l’objet de leurs recherches, ils font une minutieuse inspection des lieux, du haut d’un arbre ou d’un tertre; mais ils n'ont jamais fait usage de sentinelles avancées, quelque fatal que leur ait été souvent l’oubli de cette précaution. Lors n.ême qu'ils connaissent le danger auquel ils s’exposent, ils se contentent de visiter les environs à deux à trois milles autour d’eux; et, s’ils ne découvrent rien, ils se livrent tranquillement au sommeil.

Cette négligence tient beaucoup à la trompeuse confiance qu’ils ont dans les manitous qu’ils portent avec eux. Si, pendant le jour, les assaillans ont réussi à se cacher dans les environs du village menacé, ils ont l’espérance de trouver, la nuit suivante, leurs ennemis plongés dans un profond sommeil. Ils se tiennent en embuscade jusqu’au moment qui précède le lever du soleil, heure à laquelle ordinairement règnent le silence et le calme le plus complet ; alors ils s’avancent sans bruit et en rampant vers le lieu de l’action. Lorsqu'ils y sont arrivés sans avoir été découverts, le chef, par un cri aigu, donne le signal, qui est suivi aussitôt d’une décharge de flèches et de mousquetterie ; puis ils s'élancent armés de la massue de guerre et du tomahawk ; l’air retentit des cris de mort et du bruit des armes. L'aspect sauvage des combattans, leur figure peinte de rouge et de noir, et quelquefois dégouttante de sang, leurs affreux hurlemens, leur donnent l’apparence d’esprits infernaux que la terre a vomis. Les victimes, surprises dans ieur sommeil, et sachant quel est le sort terrible qui les attend si elles tombent entre les mains de l'ennemi, font des efforts surhumains pour repousser les assaillans. La fureur et la vengeance d’un côté, le désespoir de l’autre, rendent la lutte terrible; mais elle est ordinairement de peu de durée; les malheureux, surpris et déconcertés, peuvent rarement se rallier et faire résistance: ils cherchent alors leur sûreté en fuyant au

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travers des forêts et des marais, où ils sont vivement poursuivis. Les vainqueurs cherchent principalement à prendre leur ennemi vivant, dans l’intention d’exercer sur lui l’horrible traitement dont il.sera question ci-après. S'ils ne peuvent y réussir, ils le massacrent sur le lieu d’un coup de hache ou de tomahawk ; puis ils se préparent à le scalper. Plaçant un pied sur le cou du vaincu, et saisissant sa chevelure d’une main, le guerrier s’arme d’un long couteau pointu spécialement destiné à cet usage ; puis il l’enfonce circulairement dans le haut de la tête du mort, détache avec beaucoup d'adresse les cheveux et la peau, et plaçant ces trophées dans un sac, rejoint triomphant ses compagnons.

Lorsque l’expédition est terminée, les combattans reviennent à leur village, et, avant même leur arrivée, ils annoncent leur victoire par différens signaux compris de leurs familles. Suivant l’usage le plus général, les mauvaises nouvelles sont annoncées de cetie manière. Un d’eux précède la troupe, et, pour chaque guerrier qui a succombé, il fait entendre le cri de mort, son prolongé qui se termine par une note aiguë. Après un intervalle, jugé nécessaire pour que la douleur causée par cette nouvelle puisse en partie se calmer, il entonne le vif et joyeux chant des combats, et, en le répétant successivement, il indique le nombre de prisonniers qu’on ramène, comme fruits de la victoire. La joie que cause cette heureuse nouvelle dissipe, au moins pour le moment, toutes les douleurs. Les femmes et les enfans forment deux rangs, entre lesquels est conduit le prisonnier, la figure peinte et couronné de fleurs, comme pour une fête. Alors commence la plus borris.e des scènes qui font honte à la vie sauvage. On déploie sur ce malheureux une suite de tortures, où, par un raffinement de cruauté, on tâche de prolonger son agonie sans détruire tout-à-fait en lui les sources dela vie, La première caresse, comme disait un Français, consiste à arracher les ongles, à enlever la chair jusqu'aux os, et puis à les brûler par divers moyens, On le frappe ensuite aussi long-temps qu’il semble pouvoir supporter les coups ; et quelquefois ils s'amusent à se jeter mutuellement la pauvre victime, Ces féroces sauvages ont aussi inventé des genres de tourmens qui leur sont particuliers. Par exemple, un missionnaire ayant été couché sur son dos, on couvrit son estomac de sagamity, et on amena près de lui des chiens affamés, qui, en se jetant avidement sur cette espèce de bouillie, déchiraient avec leurs dents leschairs du pauvre prêtre. Quelquefois on transporte le prisonnier de village en village, le laissant ainsi plusiet"ssemaines en proie aux plus vives douleurs, le nourrissant des plus grossiers alimens, et lui laissant à peine un coin de hutte pour la nuit, Enfin ontient un grand conseil pour décider de sonsort, c’està-dire pour savoir si on déploiera sur lui tout ce que la vengeance et la cruauté peuvent imaginer de plus affreux, et s’il périra dans les tourmens, ou bien si, traité comme un frère, on l’admettra au nombre des membres de la tribu. On fait valoir plusieurs considérations pour l’un ou l’autre partis Si le prisonnier est jeune, et ne fait la guerre que depuis peu de temps, il est probable qu’on se montrera plus indulgent

envers lui; mais si c’est un vieux guerrier qui a été la terreur de la nation, et dont la peau tatouée rappelle les exploits, il doit s'attendre à une cruelle sentence. Les femmes dans ces-occsions ont beaucoup d'influence, soit qu’elles demandent vengeance de la mort d’un frère ou d’un mari, soit qu’elles désirent remplacer la perte qu’elles ont faite. Les Iroquois, les plus cruels des Indiens, mais aussi les plus habiles politiques, se sont toujours montrés jaloux d'augmenter le nombre des guerriers de la tribu ; et, lors même qu’ils avaient long-temps prolongé les tortures du prisonnier, ils finissaient par l’adopter, Cette mesure avait été si souvent prise qu’on a dit qu’ils avaient fini par devenir moins une seule nativn qu’une réunion de plusieurs tribus voisines. Aussitôt que l’étranger est reçu dans une famille comme un mari, un frère, ou un fils, il est traité avec la plus vive tendresse: et la femme qui peu auparavant avait employé, pour le tourmenter, tout ce qu’elle avait pu inventer de plus cruel, pansait alors les blessures qu’elle avait faites, et les couvrait de caresses.

Il devient tout-à-fait membre de la tribu, va avec elle à la guerre, même contre ses compatriotes ; et son honneur est si peu intéressé en cela, que retourner au milieu d'eux sérait considéré comme un acte de bassesse. Il y a cependant des occasions dans lesquelles sont prises les plus cruelles résolutions, et qui offrent le tableau effrayant des passions les plus odieuses qui puissent agiter le cœur humain. Le prisonnier apprend le sort qui lui est réservé, en voyant qu’on entoure ses jambes de peaux d’ours noir, et qu'on place sur sa tête une torche allumée; mais, avant que la scène fatale commence, on lui laisse un moment pour faire entendre son chant de mort, ce qu’il fait d’un ton joyeux et triomphant. Il y témoigne sa satisfaction de se trouver bientôt au pays des âmes, au milieu de ses braves ancôûtres qui lui ont appris à combattre et à souñrir. Il raconte ses exploits guerriers, surtout ceux où il a vaincu les parens de ses bourreaux ; et,s'il en est qu’il a fait périr au milieu des tourmens, il ne manque pas de s’en vanter, Il décrit le plaisir qu’il a eu à dévorer leur chair, et à boire leur sang jusqu'à la dernière goutte. Cette scène est regardée par les Indiens, même rapprochée de celle qui a lieu sur les champs de bataille, comme le plus grand théâtre de leur gloire. Deux prisonniers étant sur le point d’être torturés par les Français à Quebec, quelqu'un qui en eut pitié leur procura une arine avec laquelle l’un d'eux se donna aussitôt la mort, L'autre se moqua de son compagnon, et se prépara courageusement À l'épreuve qu'il allait subir. Les femmes tiennent la première place dans ces horribles exécutions, et deviennent alors de véritables furies. Celle qui doit spécialement assouvir sa vengeance sur le prisonnier, invoque l'ombre de son mari, de son frère, ou de son fils, qui a succombé dans la bataille ou péri au milieu des tortures, le conjurant de venir et de s’appaiser, en voyant le spectacle préparé en son honneur, et dans lequel un guerrier va être À précipité dans le grand chaudron ; son sang va couler de icutes parts ; st + 08 seront dépouillés de leur chair : l'ombre sero vengée et ne pourra plus se plaincre. Alors

commence une espèce de défi entre le torturé et ses bourreaux ; ceux-ci pour épuiser sur lui les plus cruelles souffrances, l’autre pour s’y montrer insensible, Une lutte semble s'établir entre eux. Le patient n’est point enchaîné; il est simplement lié à un poteau, et on lui laisse assez de liberté et d’espace pour que, tandis que le fer, le feu et tout autre moyen de torture sont employés contre lui, il puisse repousser ses assaillans, et même attaquer à son tour. Il lutte avec courage dans ce combat inégal ; et,au moment même où l’agonie se peint dans tous ses traits, il défie ses bourreaux, et brave la mort elle-même. Quelquefois même il se rie de leurs faibles efforts, se vantant d’avoir mieux réussi en torturant des prisonniers de leur tribu. Mais il y a aussi des occasions où les bourreaux sont triomphans: c’est lorsqu'ils entendent le patient s'écrier que le feu est trop violent, et pousser des cris, auxquels ils répondent par des insultes et des rires bruyans. On a vu quelques-uns faire des efforts presque incroyables pour briser leurs lens, et prendre rapidement la fuite. Mais cela est très rare, et cette scène cruelle se termine par la mort du prisonnier. Alors on le scalpe, et son crâne, s’il est resté entier, est déposé parmi les trophées militaires.

On a demandé si l’Indien peut être regardé comme cannibale. Il est certain que tous les termes par lesuels il exprime ce mode inhumain de mettre un prisonnier à mort semblent le faire croire: le jeter dans le grand chaudron, le dévorer, boire du bouillon fait avec sa chair. On a supposé que le cannibalisme existait autrefois parmi eux, mais qu’il s'était adouci peu à peu, et était arrivé au système actuel de torture. Cependant comme ils emploient des expressions figurées pour exprimer chacun de leurs actes, il est possible qu’ils ne se soient servis de celles-ci que pour peindre avec énergie le sentiment de vengeance qui les anime. On ne peut, à cet égard, ni les absoudre, ni les condamner entièrement. Dans leur fureur, on les a vus boire du sang, couper des chairs, les rôtir et les manger. Dévorer le cœur d’un ennemi est un délice pour eux. Long parle d’une personne qui arriva au milieu des Indiens dans un moment où ils étaient occupés à faire cuire le cu: d'une de leurs victimes, et elle eut beaucoup de peine à 155 en »mpêcher. Dans les temps de disette, il paraît qu'ils avaient envie de ge nourrir Je la cha’r de leurs prisonniers, et on dit même que cela est arrivé à beariconp de slivts fraiçais tombés entre les mains des Cinq-nations, Le Coloïei Schnyler a :apporté à Colden, qu’un jour, étant entré dans la cabine d’un ch:f qui avait un g:and plat de soupe devant lui, celui-ci l’invita À la partager. Le Colonel, qu, avait faim et qui était fatigué, accepta avec plaisir. Mais la cuillère, mi: eus ie chaudron, en ayant retiré une main humaine, il perdit aussitôt l'appétit et se leva de table. Quoique la guerre soit considérée comme l'état ordinaire des ces tribus, elles finissent quelquefois cependant par s’en fatiguer, et par désirsr de jouir d’un intervalle de repos. Pour cela on observe des formes régulières. La nation qui veut la paix, envoie à

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une autre, comme ambassadeurs, des individus choisis parmi les plus élevés de la tribu, et auxquels on joint au moins un orateur. Ils portent devant eux le calumet de paix, qui rend leur caractère sacré, et les met à couvert de toute violence. Ils sont également porteurs d’un certain nombre de ceintures de coquilles, qui servent à exprimer les différentes conditions du traité proposé. L'orateur, ayant obtenu une audience des chefs de l’autre nation, leur fait sonnaître par l’examen de ces ceintures, par son chant, sa danse, et enfin par tous ses gestes, quel est l’objet de sa mission. Si ceux-ci sont favorablement disposés, ils accueillent ces pacifiques emblêmes, et, le jour suivant, ils en offrent de pareils. Ils fâment dans le calumet, et on conclut le traité en enterrant une hache, S’il y a des nations alliées, on enterre une hache pour chacune d'elles. Cette cérémonie est accompagnée d’assurances, peut-être sincères en ce mument, de maintenir toujours le soleil dans les cieux et de ne jamais déterrer la hache : mais la turbulence des individus et l'ennui que finit par causer la paix aux deux nations, font souvent que les hostilités ne tardent pas à recommencer.

Je passe maintenant à ce qui regarde les amusemens indiens, dont les premiers sont la pipe, le chant et la danse. Ils ne sont pas regurdés comme de simples passetemps, et sont mis au rang des occupations les plus sérieuses, et même regardés comme indispensables dans toute circonstance importante. Sans eux un conseil ne peut pas se tenir, une négociation ne s’entame pas, la paix et la guerre ne sont pas proclamées, enfin on ne conclut aucune affaire publique ou privée ; car aucune de ces transactions n’est reconnue valide si les parties n’ont pas fûmé, chanté et dansé. C’est sur le calumet que roule toute la politique des Indiens. Aucune décision sérieuse n’est prise si on n’a pas la pipe à la bouche ; et de là on se sert de l’expression ‘“ allumer le feu du conseil,” quand on convoque une réunion des chefs. La pipe est la compagne et la sauve-garde de chaque ambassade, et le ciment principal de chaque union nationale.

La musique et la danse, s’accompagnant l'une l’autre, sont également indispensables dans toute occasion solennelle. Cependant les instrumens et le spectacle sont simples et grossiers; car le chant, qui souvent se prolonge fort longtemps, consiste uniquement dans la répétition continuelle de quelques tons sauvages et mélancoliques. Les paroles sont ordinairement de la composition du chanteur ; elles rappellent ses exploits à la guerre ou à la chasse, et quelquefois contiennent l'éloge des animaux qu'il a tués. Il s'accompagne d’une espèce de tambour, et de la chichikone u flutte. Le premier est tout simplement un morceau de bois creusé et couvert d’une peau ; l’autre est formé d’un roseau épais, environ de deux pieds de longueur, avec huit ou neuf trous, et une embouchure qui ressemble à celle d’un siffet. Ceux qui savent boucher les trous, et tirer des sons de l'instrument, se regardent comme fort savans ; et cependant ils ne peuvent exécuter que ces chants si mono-

tones qu'ils font entendre avec la voix, et tirer de leur flageolet, pendant des heure: entières, que des sons barroques et irréguliers.

Les danses des Indiens, même celles de leurs fêtes ordinaires, sont sur une échelle étendue, et exigent la présence de quarante à cinquante individus, qui, se tenant les uns les autres, tournent en rond autour d’un grand feu allumé dans le centre. Leurs mouvemens, monotones mais vifs, consistent à frapper du pied la terre avec force, et souvent à faire avec leurs bras des mouvemens qu’un écrivain remarquable a comparés à ceux d’un boulanger qui convertit sa farine en pâte. Cette danse dure assez long-temps, et se termine par un grand cri général, que répètent tous les échos d’alentour. Les danses qui ont lieu pour célébrer des événemens particuliers ont un caractère plus varié, et forment souvent une pantomime très expressive, La danse guerrière est la plus fréquente, et celle que les Indiens préfèrent, Ces curieuses représentations offrent une image complète de la terrible réalité. Le cri de guerre s'annonce par de sauvages et effrayantes acclamations ; on brandit le tomahawk, on figure l'ennemi surpris, captif, scalpé, ou mis à la torture. La danse du calumet, destinée à célébrer la paix entre les nations, et celle du mariage, qui retrace le bonheur de la vie domestique, ne sont pas moins curieuses. On parle aussi d’une danse mystérieuse, exécutée par les sorciers ou médecins, accompagnée de pratiques superstitieuses, et dans laquelle un personnage surnaturel, qu'on suppose être le démon, joue le principal rôle ; mais il ne paraît pas qu'aucun Européen ait été témoin de cette danse, qu’on dit n’avoir plus lieu que très rarement,

Il y a aussi des jeux auxquels les Indiens sont fort attachés, et qui, quoique regardés comme de simples amusemens, conservent ce caractère sérieux qu'ils portent dans leurs autres transactions. Leurs grands jeux sont dirigés par un pouvoir surnaturel, qui s’exprime par la bouche de leurs sorciers ; et on les fait récéder, de même que les guerres et les chasses, par des jeünes, des rêves, et d’autres moyens de se rendre la fortune favorable. Leur jeu favori se compose de plusieurs os, taillés en dés, et peints de diverses couleurs. On les jette en l'air, et le coup se décide suivant la manière dont ils tombent, Deux personnes seulement peuvent jouer ce jeu. Mais une société nombreuse, ou quelquefois même tout le village, prend parti pour l’un ou l’autre des joueurs, et prend un vif intérêt au jeu. A chaque coup, surtout s’il est décisif, de grands cris se font entendre. Les joueurs et les spectateurs ressemblent à des fous, et l’air retentit d’invocations aux os et aux manitous. Leur ardeur amène souvent des querelles, et même des voies de fait, qui ne troublent la tranquillité intérieure dont jouissent les tribus que dans ces seules occasions. Leur fureur du jeu les conduit quelquefois à exposer tout ce qu'ils possèdent, et même leur liberté personnelle; mais cette dernière circonstance ne s'applique qu'aux nations plus méridionales, l’esclavo ze étant inconnu parmi les Indiens du Canada.

Un intervalle momentané d’une licence sans frein, et l’oubli de toute contrainte, sont une des plus grandes jouissances des nations dans l’état de nature. De même que les anciens avaient leurs bacchanales et leurs saturnales, de même les Américains ont leur fête des songes, qui, pendant une quinzaine de jours, remplit les momens perdus de la froide saison. Oubliant leur calme et leur gravité ordinaires, ils sortent de leurs huttes, déguisés d’une manière effrayante, et se livrent à une foule d’extravagances. Quand un d’eux en rencontre un autre, il lui demande une explication de ses songes, et, si elle n’est pas satisfaisante, il lui impose, à son caprice, quelque punition. Il jette sur lui de l’eau froide, des cendres chaudes, ou des ordures. Quelquefois il entre dans la cabine de celui-ci, et brise les meubles qu’elle contient. Quoique tout cela semble avoir lieu sans préméditation, il est présumable que quelquefois ce n’a été que l’effet d’un secret ressentiment. Quand les quinze jours sont écoulés, une fête a lieu, l’ordre est rétabli, et tous les dommages qui ont été causés sont soigneusement réparés.

À l’arrivée des Européens dans le Canada, ce territoire était principalement divisé entre trois grandes nations: les Algonquins, les Hurons, et les Iroquois ou Cinq- Nations. Les premiers occupaient une étendue considérable le long des rives septentrionnles du S.-Laurent, et environ à cent milles au-dessus des Trois-Rivières, Peu de temps auparavant, ils avaient été les plus puissans de toutes ces tribus, et même on les regardait en quelque façon comme les maîtres de cette partie de l’Amérique, Leur aspect était moins farouche, et leurs mœurs étaient plus douces et plus polies que celles des autres peuples. Ils vivaient entièrement de la chasse, et regardaient avec mépris ceux de leurs voisins qui se livraient même à la plus petite culture.

Les Hurons formaient un peuple nombreux, avec un vaste territoire qui s’étendait de la frontière des Algonquins jusqu'au bord du grand lac de ce nom. Ils étaient aussi plus industrieux, et tiraient d’abondantes ressources du sol fertilz du Haut Canada ; mais ils étaient aussi plus efféniinés et plus voluptueux, et possédaient moins que les autres peuples cette fière indépendance de la vie sauvage. Ils avaient même, dans la ligne des femmes, des chefs héréditaires, pour lesquels ils avaient une grande déférence.

Les [roquois, qui formaient la partie la plus considérable de ces tribus indiennes, occupaient un terrain étendu sur la rive septentrionale du S.-Laurent, depuis le lac Champlain jusqu’à l'extrémité occidentale du lac Ontario. Ils dépassaient même les limites de ce qu’on appelle maintenant Canada. Cependant, comme toutes leurs transactions se trouvaient liées avec les intérêts de cette contrée, je peux les regarder comme en faisant partie.

Ce peuple était divisé en cinq cantons, dont chacun était considéré comme une nation indépendante, Ils étaient néanmoins unis par une alliance étroite, ne se battaient jamais l’un contre l’autre, et ne manquaient pas de réunir leurs forces,

quand ils étaient attaqués par les tribus voisines. Voici les noms que leur ont donnés les écrivains anglais et français.

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