ANGLAIS. FRANÇAIS
Mohawks. . . . +. . . Aguiers.
Oneidas. , . . . . . Onneycuths.
Onondagoes. * + + + + Onontagues.
Cayngas. . . . bre . Anniegué.
Senekas. . . « Tsonnouthouans.
J’ajouterai à ces remarques générales sur les coutumes et les mœurs des naturels de l’Amérique du Nord, quelques anecdotes recueillies par un officier qui a servi avec distinction dans le Canada, et que je copie littéralement de son manuscrit. La première est une légende des cascades de Shawenagam, rivière S.-Maurice.
Peu après que les Hurons se furent établis dans une partie de la contrée inférieure au nurd-est de la rivière S.-Maurice, cette rapide rivière fut fixée comme frontière entre cette nation et les Algonquins. Dans une de ces rencontres sanglantes qui eurent lieu entre ces deux tribus belliqueuses, il arriva une circonstance qui peint trop bien le caractère indien pour être passée sous silence. Plusieurs Hurons chassaient sur les bords de la rivière S.-Maurice, et revenaient chez eux en descendant le courant sur des canots, quand, en approchant des cascades, ils entendirent tout-àcoup un signal, et ils aperçurent une troupe nombreuse d’Algonquins cachés dans l'épais feuillage au haut des arbres. Les Hurons s'étaient trop avancés pour reculer. Revenir contre le courant était tout-à-fait impossible ; et mettre pied à terre avant d’arriver aux cascades était se jeter dans les mains d’un ennemi qui se préparait déjà à les scalper, et à reporter en triomphe chez eux ces sanglans trophées. La pensée de l’Indien est, comme son œil, vive et résolue. Le chef qui dirigeait le premier canot jeta rapidement un coup d’œil sur ses ennemis, et, semblant les narguer, conduisit sa frêle barque jusqu’au bord du précipice écumant. Tous les siens suivirent son courageux exemple, et tous furent précipités et trouvèrent la mort dans l’effrayant abyme. A peine quelques restes de ces braves gens furent jetés sur les bords pour satisfaire Ja vengeance incomplète des Algonquins.
Téte-de-Bules. Les Indiens qui fréquentent le Poste des Fourrures de Wemontashingur, près de la rivière S.-Maurice, à une latitude nord de 47° 55’ 58”, ne sont pas nombreux, et en général sont inoffensifs, quoique quelques actes de cruauté commis par des individus de cette nation soient venus à ma connaissance. Ils sont ignorans et superstitieux ; leurs songes décident de toutes leurs actions, et ils croient qu'ils leur sont envoyés par le Grand Esprit pour leur bien: sous ce prétexte ils se sont quelquefois livrés à toutes sortes d’atrocités. Ils sont adonnés aux liqueurs spiritueuses,
Le cannibalisme est quelquefois pratique par les naturels de ces vastes contrées : quelques détails qui m'ont été donnés à cet égard me le font supposer; mais, comme les récits de ce genre sont presque toujours exagérés, je suis habitué À m'en défier. Voici quelques anecdotes qui m'ont été racontées, et qui montrent bien dans quel état d’abrutissement et de dégradation se trouvent ces peuples. Un Indien montagnier, qui se nomme Mocontagan, ou couteau courbé, avoua dans une orgie que, dans le cours de sa vie, il avait tué et mangé plusieurs Indiens et Métis. Rendu à la raison, il voulut nier le fait; mais on le pressa de questions, et il finit par l'avouer. Il dit que le besoin l’avait décidé la première fois, et qu’il n’avait continué que parce qu’il avait trouvé la chair humaine meilleure que toute autre : il finit par dire que, s’il rencontrait un Métis seul, il le tuerait et le mangerait. Les autres Indiens le craignaient beaucoup, et ils étaient disposés à le regarder comme un malin esprit. Ils le dépeignent comme un homme fort, de six pieds de hauteur, bien bâti, mais de mauvaise mine, Un jour, il y a environ six ans, à Wemontashingur, les Algonquins voulurent lui faire un mauvais parti. Il alla se réfugier chez M. Hyslop, secrétaire résident du Poste, qui, ainsi que M. Le Blanc, maintenant à Rat River, lui conseilla de s'éloigner, parce qu’on ne pouvait plus répondre de sa vie. Cet homme vit encore, redouté des Indiens qui habitent les environs de la rivière S.-Maurice,
M. Vassal, attaché à la compagnie de King's Port , m’a raconté le fait suivant. Un jour pendant l’hiver, travaillant au milieu des montagnes, il vit un Indien étendu sur la neige. Vassal s’approcha de lui, et lui demanda ce qu’il avait. L’Indien lu répondit qu’il était malade, présumant que Vassal, dans la crainte de gagner la fièvre; s’éloignerait, et ne voudrait pas entrer dans la cabine de l’Indien située près de là. Mais l'agent, qui était à la recherche de fourrures, se dirigea vers la porte de la hutte, Repoussé d’abord par l’Indien, il réussit à y pénétrer, et fut saisi d'horreur en apercevant, sur un grand feu, un chaudron qui contenait les membres d’un petit enfant. Le sauvage avoua que c'était son petit.fils, que la faim l’avait obligé à manger; ce qui, me dit Vassal, n’était pas possible, puisque j’aperçus par terre les restes d’un rat musqué,
Quant aux mauvais songes, il y a maintenant à Wemontashingur un [udien qui est possédé de cette manie, et qui s’imagine que rien ne lui réussira jusqu'à ce qu’il ait tué quelqu'un. Une fois il a tiré sur son frère, et heureusement il l’a manqué. 11 * est redouté par sa tribu, qui le croit en proie à un malin esprit qui ne le quittera que lorsqu'il aura fait couler le sang,
Les Indiens qui naviguent sur la rivière S.-Maurice disent que, dans une grande caverne qui se trouve derrière la montagne de Upper Caribonif, il y a une espèce de démons des bois, et que lorsqu'on avance près de cet endroit, on entend distinctement les cris des enfans ; mais ils ne peuvent dire d'où viennent les enfans dans ce
canton désert et sauvage. Le lieu est, à la vérité, fort triste: mais nous y arrivâmes à l'heure du campement, et nous y passâmes une bonne nuit en dépit des démons des bois. Nous reconnûmes d'ailleurs que ces gémissemens d'enfans étaient les cris des hiboux et autres oiseaux de nuit fort communs dans les environs.
Près d’une des baies profondes du lac Kempt, je vis trois tombeaux d’Indiens, longs et étroits comme ils le sont ordinairement, et défendus des bêtes sauvages par une espèce de toit en bois lié par des branchages. Sous ce mausolée extérieur était la tombe en écorce de bouleau, dans laquelle était placé le corps, et qui était recouverte du sable blanc et fin qui se trouve sur les bords du lac. En face d'une de ces tombes il y avait une croix. J’ai su, par les informations que j'ai prises, qu’un de ces tombeaux est celui de la mère de Menesino, le second celui de sa femme, et le troisième celui de son enfant.
J'appris aussi que la mère avait été tuée par sa fille, dans une querelle qui eut lieu entre elles, il y a quelques années, près d’une des baies sablonneuses du lac Malawin. La femme de Menesino reçut la mort de sa main dans un accès de jalousie. 11 la frappa d’un coup de hache entre les épaules. Je n'ai pas su de quelle manière l'enfant avait fini (Ce même Menesino tua aussi sa seconde ferume, ainsi qu’un Canadien qui voulait s'emparer de lui. Pour ces trois meurtres, ainsi que pour d’autres dont il fut accusé, Menesino fut arrêté, On lui lin les mains, et on le conduisait du côté des Trois-Rivières, lorsque ses gardiens, accablés de fatigue, s'endormirent. Menesino profita de l’occasion, se jeta dans la rivière, et, malgré ses liens, et Dieu sait comment, il parvint à la traverser ainsi que de grands lacs voisins. Il gagna ensuite de vastes forêts, et réussit à revenir dans son pays, où il est tranquille. A la vérité, il est vigoureux et dans la force de l’âge, et personne n’oserait essayer de l’arrêter, quoiqu’on en ait eu quelquefois le projet. La frayeur qu’il inspire lui donne une grande influence près des hommes de sa tribu. Quant aux femmes, on peut facilement supposer qu’elles ont une grande répugnance à vivre avec lui.
M. Le Blanc, se trouvant à Wemontashingur, fut obligé de protéger, toute une nuit, une femme indienne que Menesino voulait emmener avec lui dans les bois, C’est, dit-on, un homme de bonne mine, et, ce qu est rare parmi les Indiens, qui n’est point adonné aux liqueurs spiritueuses. D’après ce qu’on m'a dit, il paraît qu'il est toujours sur ses gardes, dans la crainte de quelqu'embuche. 11 vit entièrement seul.
En arrivant à la pointe des tombeaux près du lac Nemaeshingur, je descendis à terre pour les examiner. Il y en avait trois, pareils à ceux que j'avais vus près du lac Kempt, à l'exception qu'ils etaient un peu plus chargés d’ornemens dans le style religieux des Indiens. Près du tombeau principal il y avait un bûcher, une rame, des espèces de patins, et une pelle pour l’usage du mort pendant ses chasses
et son voyage jusqu'à l’univers voisin. Indépendamment de cela, il y avait sur une des tombes une épée, emblême du commandement, et au pied une croix grossière en bois. J'ai eu occasion de connaître l’histoire de ceux qui étaient enterrés là : la voici en peu de mots.
Près des tombes on voit les ruines d’une hutte en bois, qui avait été élevée provisoirement pour y déposer les fourrures jusqu’à ce qu’on en eût recueilli une quantité suffisante pour être transportée au poste à Wemontashingur. Cette hutte était gardée par un individu nommé Tefu, indien Bois-Brulé, qui avait épousé une femme appartenante à la tribu qui habitait le lac des Deux-Montagnes. En 1816, en l'absence de Tefu, un frère de Menesino, nommé Kenecabannishcum, accompagné de sa femme et de sa mère, se présenta à la hutte, et demanda à la femme de Tefu quelques provisions que celle-ci refusa. Il insista; une dispute s’ensuivit, et le malheureux tua la pauvre femme. Ces trois individus partirent ensuite, emmenant avec eux un jeune garçon qui vivait avec Tefu.
La mère fit observer que, si ce garçon rencontrait un des Métis qui avaient l’habitude de rôder pour se procurer des fourrures, il ne manquerait pas de leur dire en français ce qui venait de se passer. Kenecabannisheum répondit qu’il y mettrait bientôt ordre, et il dirigea son canot vers la pointe escarpée d’une île qui se trouvait en face. Arnvé là, le cruel saisit l'enfant par les jambes, et lui brisa le crâne contre les rochers. La mère de l’assassin retourna à la hutte, et enterra le malheureux enfant. C’est la femme qui depuis fut tuée, près du lac Malawin, par sa belle-tille, et a été ensevelie près du lac Kempt. Quelque temps après que ces crimes eurent été commis, une querelle s'éleva entre Kenecabannishcum et sa femme et sa mère, après laquelle les deux femmes vinrent à la cabine du père de la femme, un chef qui s’appelait Meshenawash, et l’instruisirent des crimes qui avaient été commis. Quand ce fait fut arrivé à la connaissance de l’assassin, il jura de tirer vengeance du vieux chef, de sorte que celui-ci fut forcé de se cacher jusqu’au jour de sa mort, qui arriva peu après; car il n'était pas de force à résister à un homme aussi fort que son gendre. Le tombeau sur lequel on voit une épée est celui de ce chef.
En 1824, le criminel périt de la manière suivante. Un Algonquin, nommé Michel, avait épousé une très jolie femme, que Kenecabannishcum avait cherché plus d’une fois à avoir par force. Dans les combats qui, par suite, avaient eu lieu entre les deux hommes, Michel, qui n'avait pas autant de force que son adversaire, se trouvait fort heureux de pouvoir s'échapper de ses mains; et, dans une occasion, il fut forcé de traverser à la nage un torrent rapide, et même de plonger plusieurs fois pour ne pas être tué. Dans la dernière rencontre, qui eut lieu à l’époque indiquée ci-dessus, chaque combattant était armé d’une hache, et une lutte à mort s’engagea entre eux. Michel, par un coup adroit, fut assez heureux pour couper le nez de son adversaire, et par un second coup il lui trancha l'oreille. Ces blessures troublèrent
tellement Kenecabannishcum qu'il perdit son sang-froid, et, avant qu’il ne pût se remettre, Michel porta un coup de hache si profond sur la tête de son ennemi que, pour la retirer, il fut obligé de mettre le pied sur le cou du vaincu. Ainsi périt ce fier sauvage. Son corps fut enterré par son frère Menesino, près de le. hutte, et dans le même lieu que son beau-père, et l'enfant que, huit années auparavant, il avait massacré de sang-froid. Le corps de la femme de Tefu n’a jamais été retrouvé. Michel a été obligé de quitter le canton, pour échapper à la vengeance de Menesino, et il réside maintenant au poste du lac des Sables.