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CHAPITRE II

ApPres avoir dépeint, d’après les meilleures autorités, les mœurs et la condition des indigènes américains, je vais raconter succinctement les événemens principaux qui ont accompagné la découverte et la civilisation de ce pays. Ceux qui ont lu les détails curieux que nous avons cherché à réunir dans les pages précédentes, sur une nation qui, je puis le dire, ne fait que d’être connue, et qui vont maintenant trouver ici la relation des faits remarquables qui ont signalé les premiers progrès de la civilisation sur le sol qu'ils possèdent aujourd'hui, auront entre ce qui précède et ce qui va suivre des sujets de comparaison qui offrent un contraste et un intérût assez rares.

Des aventuriers italiens, Jean Cabot, et ses fils Sébastien, Louis et Sanchez, qui, le 5 mars 1495, avaient été commissionnés par Henri VII, roi d'Angleterre, pour aller à la découverte de ce que Colomb cherchait aussi, un passage nord-ouest pour se rendre aux Indes Orientales, ou à la Chine, qu'on nommait alors Cathay, réclament l’honneur d’avoir découvert le Canada les premiers. Ces hardis voyageurs

mirent à la voile en 1497 avec six bâtimens, et, au commencement de juin de la même année, ils découvrirent Terre-Neuve. Continuant à courir à l’ouest, ils atteignirent le continent de l'Amérique du nord, qu’ils cotoyèrent, après avoir exploré le golfe S.-Laurent jusqu’au 67° 50’ de latitude septentrionale. Ils retournèrent en Angleterre au mois d'août 1497: mais, quoique Sébastien fit ensuite trois autres voyages au Nouveau-monde, aucun établissement ne fut formé sur ces côtes.

En 1500, Gaspar Cortereal, Portugais, visita ces côtes er continua les découvertes faites par sir John Cabot (le roi d’Angleterre l'avait créé chevslier); mais Cortereal et ses frères ne firent rien de plus que d’enlever des Indiens qu’ils employèrent et vendirent comme esclaves. En 1502, Hugh Elliot et Thomas Ashurt, marchands de B:istol, avec deux autres personnes, obtinrent de Henri VIII une patente pour établir des colonies sur les terres nouvellement découvertes par Cabot. On ignore quels en furent les résultats. En 1527, une expédition fut envoyée par Henri VIII, d’après l’avis de Robert Thorne, marchand de Bristol, pour aller à la découverte d’un passage nord-ouest aux Indes Orientales, Un des bâtimens de l'expédition fut perdu,

François I, Roi de France, jaloux des découvertes faites par l’Espagne et le Portugal, et dont l'ambition fut excitée par les prétentions exclusives que ces deux puissances élevaient à la possession du Nouveau-monde, autorisa l’armement d’une expédition. Le commandement en fut: confié à Verrazzano, Florentin, qui, à un second voyage, découvrit la Floride, et de là, suivant la côte d'Amérique jusqu'au 50 de latitude, en prit officiellement possession, au nom de son royal maître, et l'apprla, La Nouvelle France. Au retour de Verrazzano en Europe, en 1525, sans or ni argent, ou sans objets de quelque valeur, il fut d’abord froidement reçu : mais on dit que depuis il fut renvoyé avec des instructions spéciales et des pouvoirs pour entrer en communication avec les naturels. Dans sa mission, il perdit la vie au “nilieu d’une querelle avec les Indiens. Ce fait n’est cependant pas regardé comme certain, et on assure que les résultats de la bataille de Pavie, en 1625, dans laquelle François I fut fait prisonnier, interrompirent le voyage de découvertes de Verrazzano, et qu'il revint dans sa patrie, où il mourut dans l'obscurité.

Le gouvernement n'ayant pas donné suite à la prise de possession du Canada par Verrazzano, des armateurs de S.-Malo se livrèrent à la pêche sur le banc de Terreneuve, et, dès l'année 1517, on y voyait cinquante bâtimens anglais, espagnols français et portugais, réunis pour le même objet Jacques Cartier, ûn de ces armateurs, entreprit d'explorer à ses risques et périls les côtes septentrionales du nouvel hémisphère,

Ce navigateur hardi et expérimenté reçut enfin une commission de François I, son souverain, et quitta S.-Malo, le 20 Avril 1534, avec deux bâtimens de soixante

tonneaux chacun. Il arriva à Terre-neuve le 10 mai, y resta dix jours, et de là se dirigea vers le nord, passant par le détroit de Bellile, 11 changea ensuite de direction, marcha un peu-au midi, traversa le grand golfe S.-Laurent, déjà connu des Européens, et, dans le mois de juillet, arriva dans la Baie des Chaleurs, qu’on nomma ainsi à cause des chaleurs qu’on y éprouva. Le 24 juillet, Cartier aborda à Gaspé, où il éleva une croix, surmontée d’une fleur de lys, et le lendemain il fit voile pour la France, emmenant avec lui deux Indiens.

Le caractère entreprenant de François I l’engagea à renvoyer Cartier, l’année suivante, avec trois forts vaisseaux, et un grand nombre de volontaires de distinction, L'expédition se donna rendez-vous à Terre-neuve, et, au mois d’août, remonta le S.-Laurent, ainsi nommé parce qu’on le découvrit le dix du mois, jour de la fête de ce saint.

Cartier jeta l'ancre à Quebec, qu’on nommait alors Stadaconna, et la résidence d'un chef indien, nommé Donnaconna. Après avoir mis ses bâtimens en sûreté, Cartier poursuivit sa route dans la pinasse et dans deux canots; et, le 3 octobre, il atteignit une île, et une montagne élevée qu’il nomma Mont Royal, maintenant Montréal. Après avoir perdu beaucoup de ses hommes par le scorbut pendant son hivernage à Stadaconna, qu’il nomma Ste-Croix, Cartier retourna en France en 1536, emmenant de force avec lui Donnaconna, deux autres chefs et huit Indiens. La cour de France, voyant qu’il n’y avait ni or ni argent à attendre de ce pays, ne s’occupa plus de la Nouvelle France ou Canada qu’en 1540. Alors Cartier, après beaucoup de démarches, réussit à faire disposer une seconde expédition, commandée par François de la Roque, seigneur de Roberval, qui fut commissionné par François Ï comme lieutenant-général et vice-roi du Canada.

Roberval envoya Cartier pour fonder dans le pays un établissement, qui eut lieu en effet à Ste-Croix le 23 août 1541, mais qui fut presqu’aussitôt abandonné dans les commencemens de l’année suivante. Le vice-roi lui-même arriva, au mois de juillet 1542, au Canada, où il bâtit un fort, et passa l'hiver à quatre lieues environ au-dessus de l’île d'Orléans, d’abord appelée l’île de Bacchus. Mais l'expédition n'eut presqu’aucuns résultats par l'absence de tout plan arrêté, par suite du scorbut, et surtout à cause des attaques et des continuelles hostilités des Indiens, furieux de ce que Cartier avait enlevé Donnaconna et plusieurs de leurs compatriotes, qui avaient tous péri en France.*

Bientôt après, Roberval fut rappelé du Canada, ses services étant utiles à son souverain dans la lutte que celui-ci soutint si long-temps avec Charles-Quint.

* Les historiens ne n’accordent pas toujours entr’eux sur ces différens faits: on peut se fier néanmoins aux détails que je viens de donner. Ils sont tirés de l’ouvrage de Hakluyt, qui passe généralement pour mériter le plus de croyance,

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