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Quant à Jacques Cartier, ayant perdu sa fortune et ses forces, il mourut presque aussitôt après son arrivée en France. A la mort de François I, Roberval s’embarqua de nouveau pour le Canada, en 1549, avec son frère Achille, et une suite nombreuse de jeunes-gens pleins de zèle et de courage ; mais depuis on n’a plus entendu parler de l'expédition, et on suppose qu’elle a toute péri en mer.
En 1576, Martin Forbisher fut envoyé par la reine Elisabeth avec trois bâtimens, et découvrit le cap Elisabeth, et le détroit qui a conservé le nom de ce navigateur. Celui-ci, ayant pris du mica ou talc pour du minerai d'or, en apporta une grande quantité en Angleterre, et fut renvoyé, l’année suivante, avec trois vaisseaux, par des négocians, qui le chargèrent d'aller à la recherche de l'or, et d’explorer la côte du Labrador et du Groenland, dans le but de découvrir un passage nord-ouest aux Indes. Il revint en Angleterre, ne rapportant avec lui que deux cents tonnes de l’or prétendu, ainsi qu’un homme, une femme et un enfant, tous les trois Indiens.
En 1578, Martin Forbisher mit de nouveau à la voile, n'emmenant avec lui pas moins de quinze bâtimens, pour aller à la recherche de l’or : aussi beaucoup de spéculateurs s’y ruinèrent, ne recueillant que du mica au lieu d’or. Ce fait montre, au reste, quelle était déjà à cette époque l’avidité du commerce.
Durant cinquante ans, la France s'occupa peu du Canada, et le petit nombre des colons ou de leurs héritiers qu’avaient installés Cartier et Roberval restèrent presque oubliés et sans protection. Mais, en 1598, le goût des expéditions coloniales reprit un peu, et Henri IV nomma le marquis de la Roche son lieutenantgénéral au Canada, avec des pouvoirs pour diviser les terres découvertes en fiefs et en seigneuries, qui seraient chargés de redevances pour couvrir les dépenses qu'exigerait la défense du pays. La Roche n’arma qu’un bâtiment, et malheureusement renforça son équipage de quarante malfaiteurs tirés des prisons. Il suffit de dire ici que Sable island, banc de sable aride qui fait partie de l’Acadie, qu’on nomme maintenant Nouvelle Ecosse, fut d’abord colonisé et ensuite abandonné; et que c’est plutôt à une entreprise particulière qu’à une ordonnance royale que la France fut redevable d’une permanente et avantageuse colonisation du Canada. M. Pontgrave, négociant de S.-Malo, qui avait fait plusieurs excursions à Tadoussac, à l’embouchure de la rivière de Saguenay, dans le but de se procurer des pelleteries, s’associa avec M. Chauvin, officier de marine, qui obtint de Henri IV, en 1600, une commission qui lui accordait d'importans priviléges commerciaux en Canada. Chauvin associa d’autres personnes à son entreprise, et fit deux voyages avantageux à Tadoussac, où les Indiens lui donnèrent des fourrures de prix en échange de bagatelles. Chauvin mourut en 1603: mais le commandant De Chatte, ou De Chaste, gouverneur de Dieppe, forma à Rouen une société de négocians, qui donna une grande extension au commerce des fourrures, Un armement eut lieu, et fut com-
mandée par Pontgrave et par un officier de marine distingué nommé Samuel Champlain, qui, en 1603, remonta le S.-Laurent jusqu’à Sault S.-Louis. A la mort de Chauvin, Pierre Dugast, seigneur de Monts, Calviniste et gentilhomme de la chambre à la cour de Henri IV, obtint des lettres patentes qui lui conféraient le privilége du commerce exclusif et le gouvernement de toutes les terres situées entre le 40° et le 54° degré de latitude ; et Dugast, quoiqu'il fût de la religion réformée, eut ordre de convertir les Indiens à la foi catholique romaine. Ilne changea rien à l'association qui avait été fondée par ses prédécesseurs, et, en 1604, fréta une expédition de quatre bâtimens, dont deux furent destinés pour l’Acadie, vers laquelle se dirigeait alors l’attention publique. Des comptoirs de commerce furent alors établis dans plusieurs endroits: le trafic des pelleteries commença à prospérer ; mais la colonie acadienne fut négligée, et Quebec, fondée par Samuel Champlain, le 3 juillet 1608, devint la capitale de la Nouvelle France future. Les diverses tribus indiennes contigües au nouvel établissement, principalement les Algonquins, les Hurons et d’autres, qui étaient en guerre avec les Iroquois ou Cinq-Nations, sollicitèrent et obtinrent l'appui des Français. Champlain leur enseigna l’usage des armes à feu, que les Iroquois connurent aussi par les Anglais, leurs alliés, qui s'étaient établis sur le territoire voisin. De là résultèrent les guerres sanglantes qui ont presque détruit la race indienne dans l’Amérique septentrionale, partout où elle s’est trouvée en contact avec les Européens. La colonie fondée sur les bords du S.-Laurent ne fit d’abord que des progrès très lents ; et, en 1622, quatorze ans après ga fondation, Quebec ne comptait pas encore plus de cinquante individus.* Le dangereux principe qu’on avait adopté de faire concourir la religion, principalement le jésuitisme, avec la politique coloniale, avait long-temps mis les colons français dans l'embarras : aussi, pour remédier à l’état de détresse où se trouvait la colonie, le commerce du Canada, concentré jusque-là dans les mains d’un ou deux individus, fut transféré en 1627 à une puissante association appelée la Compagnie des Cent Associés, composée d’ecclésiastiques et de laïques, et dirigée spécialement par le célèbre cardinal de Richelieu. Le but principal de la compagnie était de convertir les Indiens à la foi catholique ; et, pour cela, les jésuites devaient déployer tout leur zèle, Le but secondaire était l'extension du trafic des fourrures et du commerce en général, ainsi que la découverte d’une route à l’océan pacifique et à la Chine, par les grandes rivières et les lacs de la Nouvelle France.
Cette compagnie administrait le Canada, et jouissait des priviléges étendus d’une seigneurie féodale, qui relevait du souverain, auquel elle devait fidélité et hommage, et à qui elle était tenue d'offrir une couronne d'or à chaque avénement au trône. Indépendamment du droit de propriété du sol, la compagnie obtint le monopole du
* Le premier enfant né à Quebec de persos français était fils de Abraham Martin et de Margueritte Langlois: il fut nommé Eustache à son baptème, le 24 octobre 1621.
commerce, le roi se réservant pour le bénéfice de tous ses sujets le droit de pêche de la baleine et de la morue dans le golfe et sur la côte du S.-Laurent. Quant aux colons qui n'étaient pas au service de la compagnie, on les autorisa à faire avec les Indiens le trafie des pelleteries, sous la condition qu’ils viendraient apporter chaque peau de castor au facteur de la compagnie, sous peine de confiscation: celui-ci la leur payait quarante sols. Par suite de ce nouveau système d’administration, les protestans et autres hérétiques, aussi bien que les juifs, furent entièrement exclus de la colonie, dans laquelle une société de jésuites fut établie aux frais de la compagnie. Ainsi se perpétuèrent le monopole et le bigotisme, qui ne pouvaient avoir que de fâcheux résultats.
Les premiers vaisseaux que fit partir pour Quebec la nouvelle compagnie religieuse et commerciale furent pris par les Anglais. En 1628, une escadre anglaise, sous le commandement de sir P:vid Kertk, réfugié français, descendit à Tadoussac, et détruisit des maisons et enleva du bétail dans les environs du cap Tourmente. Kertk avec sa petite troupe s’avança ensuite jusqu’à la baie de Gaspé, où il rencontra M. de Roquemont, un des cent associés, commandant une flotte qui portait des familles d’émigrans et toutes sortes de provisions. Roquemont fut forcé de se battre, et perdit tous ses bâtimens et ce qu'ils contenaient. Enfin la dernière espérance de la colonie à Quebec s'évanouit par le naufrage, sur la côte d’Ecosse, de deux missionnaires que portait un vaisseau chargé de vivres pour les malheureux colons, qui furent dès ce moment réduits à cinq onces de pain par jour. Kertk, qui avait augmenté ses forces de quelques bâtimens anglais, commandés par ses deux frères, leur fit remonter le S.-Laurent, et ils s’emparèrent facilement de Quebec, le 20 juillet 1629. Le 20 octobre, Champlain arriva à Plymouth, pour revenir en France: mais beaucoup de ses compatriotes ne quittèrent pas le Canada. Au moment de la prise de Quebec, la paix se traitait entre l’Angleterre et la France ; et, en 1632, par suite des négociations, Quebec, l’Acadie ou Nouvelle Ecosse, et l’Ile Royale ou Cap Breton furent cédés à la France, et Champlain reprit le gouvernement du Canada. Les jésuites, avec leur zèle accoutumé, se livrèrent à leurs premiers travaux; et, depuis ce moment jusqu’à la dernière conquête du Canada par l'Angleterre, en 1760, une rivalité hostile, partie religieuse, partie commerciale, eut lieu entre les colons français et anglais dans l’Amérique du nord, et dégénéra quelquefois en luttes violentes, tandis qu’une paix profonde régnait en Europe entre les deux gouvernemens.
Un détail minutieux des événemens qui se passèrent serait déplacé dans un ouvrage du genre de celui-ci: il me suffit de dire qu’à compter de 1674, époque à laquelle la population, en y comprenant les Indiens convertis, n'excédait pas huit mille individus, la colonie française du Canada fit de rapides progrès, et, ayant fini par commettre des hostilités sur les frontières de la Nouvelle Angleterre, les colons
anglais prirent aussi les armes, et les deux partis, appuyés alternativement par les Indiens, se livrèrent de sanglans combats. On doit observer ici combien les progrès des colons des deux nations dans tout le nord de l’Amérique furent influencés par la puissance et le caractère respectif de leurs souverains. Le règne licencieux de Louis XV, la vigoureuse administration de Guillaume II, contribuèrent efficacement à retarder ou à avancer la prospérité des deux colonies; car, dans une monarchie, le caractère et même le bonheur d’un peuple sont presque toujours le résultat des mœurs et des principes de celui qui gouverne.
Pendant plusieurs années, la France repoussa les agressions de voisins moins adroits, mais plus opiniâtres, par suite de la coopération active et de l’appui que les Canadiens reçurent des Indiens, avec lesquels les Anglais s’alliaient moins facilement. Ceux-ci néanmoins, sentant la nécessité d’être aidés par les naturels, finirent par se les rendre favorables, et reprirent l'avantage sur leurs rivaux. Les hostilités commises par les Indiens étaient redoutables. Attachant peu de prix à la vie, et combattant en désespérés, ils ne faisaient point de quartier. La connaissance qu'ils avaient des lieux leur permettait de choisir le théâtre de l’action; quandils avaient renfermé leur ennemi dans un défilé, ou dans une forêt qui n’offrait aucun moyen de fuir, on entendait à la fois les cris de détresse des vaincus et les chants de triomphe des vainqueurs; et, tandis que les corps des morts servaient de nourriture à l’Indien, la chevelure scalpée de l’homine blanc était pour son possesseur un trophée de gloire, et un trésor d’une valeur importante. Les Canadiens eux-mêmes firent plusieurs fois l'expérience des mœurs féroces de leurs alliés. Le 26 juillet 1688, le Rat, cher d’une tribu huronne, piqué d’une démarche qu’avaient faite les commandans français pour traiter de la paix avec les Iroquois, ou Cinq-Nations, sans avoir consulté les Hurons, leurs alliés, engagea ses compatriotes, et même les Iroquois, à l’aider à attaquer Montréal. Les colons furent pris à l’improviste; un millier d’entre eux furent tués, et les maisons, les bestiaux et les récoltes furent détruits dans l’île. (Charlevoix, dans son histoire de la Nouvelle France, dit des Indiens : “ Ils ouvrirent le sein des femmes enceintes pour en arracher le fruit qu’elles portaient ; ils mirent des enfans tout vivans à la broche, et contraignirent les mères de les tourner pour les faire rôtir.” Les Français, qui avaient reçu d'Europe de nombreux renforts, envoyèrent à Schenectaday, au mois de février 1690, un corps qui massacra la plus grande partie des habitans de cette tribu. Suivant Colden (page 78), les Indiens que les Français firent prisonniers dans la bataille furent coupés en morceaux, et leurs chairs servirent à faire de la soupe pour les Indiens qui accompagnaient la troupe française. Tels furent les déplorables résultats de la colonisation européenne dans l'Amérique du nord. On peut les comparer, quant aux massucres qui les suivirent, aux atrocités commises par les Espagnols sur les paisibles et faibles hubitans des îles des Indes occidentales,
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Le massacre que les Français firent des Indiens à Schenectaday eut pour effet d’engager les Iroquois et les autres nations à se lier plus intimement avec les Anglais ; de sorte que les Francais furent forcés de se tenir sur la défensive, et de se borner à garder leur propre territoire. Nos compatriotes à Albany furent d’abord tellement alarmés des dispositions hostiles des Francais, qu’ils se disposaient à abandonner le pays; mais alors les colons dans la Nouvelle Angleterre finirent par s’accorder et par former une cualition, dans le but d’une défense mutuelle. Des commissaires furent envoyés à New York, et on fit partir pour l'Angleterre des députés chargés d'expliquer les intentions des colons, et de presser l'envoi de l'expédition navale et militaire qui, en 1690, se préparait contre les établissemens francais du Canada.
Quel changement singulier a eu lieu dans la manière de voir et dans la situation respective des parties, quand on remarque que, peu d’années après, ces mêmes colons qui avaient cherché à détruire la domination française dans le Canada, furent envoyés en France pour solliciter son appui dans la guerre de l’Indépendance contre la Grande Bretagne !
L'attaque du Canada par les colons de la Nouvelle Angleterre, qui leur coûta 3,750,000 fr., somme très forte pour eux à cette époque, eut lieu deux fois: la première par terre ou par les rivières sur les frontières méridionales ; la seconde par terre avec une flotte commandée par sir W. Phipps, et qui, partie de Boston, se dirigea sur Quebec. L'armée anglaise était composée de colons peu exercés à la guerre, et qui ne cherchaient qu’à venger la mort de leurs compatriotes tombés sous les coups des Français et des Indiens leurs alliés. Quebec fut sommée de se rendre, et bravement défendue par M. de Frontenac, qui força Phipps de retourner à Boston avec une perte considérable, Si celui-ci avait mis plus de vigueur et d'activité dans ses opérations, il aurait affamé les assiégés, et les aurait forcés à se rendre. L'attaque par terre, qui avait eu lieu la première, avait également échoué.
Les Français profitèrent de ces avantages pour étendre leurs frontières, en sorte que les colons anglais jugèrent bientôt que les deux nations rivales vivraient difficilement sur le même continent; les Français voulant dominer par la guerre, les Anglais par le commerce et les arts libéraux, Ceux-ci firent tout ce qui était en leur pouvoir pour chasser du Canada leurs rivaux, qui ne voulaient pas rester en paix tandis que les deux mères-patrie se battaient. Le but de Frontenac était d'enlever aux Anglais le commerce des fourrures, et de les forcer à se retirer dans les montagnes Alleghany et de la Nouvelle Ecosse. Il affaiblit d’abord les Iroquois, et mit fin à leurs incursions dans le Canada. En 1697, il se préparait à marcher contre New York de concert avec des troupes qui arrivaient de France, lorsqu’à son grand regret il apprit que la paix venait d'être signée le 11 septembre à Ryswick, entre la France et l'Angleterre.
Lorsque la guerre se ralluma entre ces deux puissances en 1702, les hostilités
DECOUVERTE ET COLONISATION DU CANADA. 47 recommencèrent également en Amérique; et les cruelles persécutions exercées contre les protestans en France furent la cause d’une animosité religieuse qui augmentait encore la haîne qui régnait entre les colons anglais et leurs voisins: le nombre de ces derniers se montait déjà à 15,000. En 1708, le marquis de Vaudreuil dirigea ses opérations vers la frontière anglaise, après avoir obtenu la neutralité des Iroquois, flattés de traiter comme état indépendant : mais la destruction du village d’Haverhill, et le massacre de plusieurs de ses habitans, forcèrent les Canadiens à se mettre sur la défensive. Les Anglais firent des préparatifs pour attaquer Montréal par terre; mais, les forces anglaises qui devaient soutenir cette attaque par le fleuve S.-Laurent ayant été nécessaires dans le Portugal, le marquis de Vaudreuil eut le temps de faire ses dispositions. En 1709, les Anglais soumirent l’Acadie, maintenant Nouvelle Ecosse ; et, lorsque l’attaque réunie par terre et par mer eut lieu, en 1711, elle fut si mal conduite, et la flotte anglaise fut si maltraitée par la tempête, et par suite du peu de connaissance qu’on avait de la côte, que, dans un seul jour, le 22 août, elle perdit huit bâtimens de transport, et avec eux 884 officiers, soldats et marins. L'expédition revint à Boston, et la paix fut de nouveau signée À Utrecht, en 1713, entre la France et l’Angleterre. Le marquis de Vaudreuil profita de la paix pour augmenter les fortifications de Quebec et de Montréal : les levées militaires, montant à 5000 soldats sur une population de 265,000 individus, furent organisées avec soin; des casernes furent construites, et enfin on leva des impôts pour faire face à ces dépenses extraordinaires. Pendant ces dix années de paix, le commerce et la prospérité du Canada firent de rapides progrès: en 1793, dix-neuf bâtimens sortirent de Quebec, chargés de pelleteries, de meubles, de pierres, de goudron, de tabac, de grains, de pois, de porcs, etc.; et on construisit dans la colonie six vaisseaux marchands et deux bâtimens de guerre.
Les Canadiens eurent à déplorer en 1725 la mort du marquis de Vaudreuil, qui fut remplacé en 1726, par le marquis de Beauharnais, fils naturel de Louis XIV. Son administration, et les intrigues des jésuites parmi les Indiens, donnèrent une nouvelle force à la rivalité qui existait entre les colons français et anglais pour rester seuls maîtres du continent américain. La guerre, qui avait recommencé en 1745, entre la France et l’Angleterre, amena la réduction du Cap Breton, dont s’empara une flotte anglaise, secondée par les troupes de la colonie, Le succès de la bataille de Fontenoi ranima l'esprit martial des Canadiens, et les engagea à essayer de reprendre la Nouvelle Ecosse en 1746 et en 1747. Mais ils échouèrent, et le traité d’Aix-la-Chapelle, en 1748, mit de nouveau fin aux hostilités. Des commissaires furent nommés pour établir une ligne de démarcation entre les deux colonies. Les Français désiraient que leurs rivaux se retirassent derrière les monts Alleghany, et ne pussent approcher des lacs, du S.-Laurent, du Mississipi, ainsi que des rivières que recevaient ces grands fleuves. Le gouverneur du Canada, sans aucune autori-
sation de la mère-patrie, et accompagné d’une nombreuse force militaire destinée à imprimer dans l'esprit des Indiens une haute idée des droits et de la puissance de la colonie française, se rendit sur la frontière que, dans sa libéralité, il lui avait plu d’assigner à l’Angleterre. Des plaques en plomb, portant les armes royales, furent placées de distance en distance. Tout cela fut fait avec une grande solennité. Cette démarche imprudente alarma, comme de raison, les Anglais et les Indiens, et les décida à réunir leurs efforts pour expulser les Français de l'Amérique du nord.
Conformément aux vues qu'avaient les Canadiens et le gouvernement de la mèrepatrie, les jésuites furent chargés de persuader aux Acadiens, o1 premiers habitans français, de quitter la Nouvelle Ecosse, et de former en-dedans des frontières du Canada une nouvelle colonie, à laquelle le roi faisait un don de 800,000 livres. Instruit des projets des Français, Cornwallis, gouverneur de la Nouvelle Ecosse, fit élever un fort en face de la frontière française, près de la baie de Fundy, sur les bords de la rivière Beauhassin, et le plaça sous le commandement du major Laurent. Bientôt après un bâtiment chargé de vivres pour les Français fut pris à l'embouchure de la rivière S.-Jean.
Les intrigues des jésuites pour détacher les Iroquois de l'alliance anglaise eurent un tel succès, que les Indiens permirent aux Francais d'élever sur leurs frontières le fort La Présentation : mais l’union des Anglais et des Indiens n’en continua pas moins de subsister ; et la chute de la colonie francaise eut enfin lieu par suite d’une corruption sur laquelle les premières autorités non-seulement fermaient les yeux, mais même dont elles profitaient. L’arrivée du marquis Duquesne de Menneville, en 1752, comme gouverneur du Canada, de la Louisianne, du Cap Breton et de S.-Jean, indiqua que les hostilités reprendraient bientôt en Europe. Duquesne déploya la plus grande activité pour organiser la milice; des détachemens de troupes régulières, de milice et d’Indiens furent envoyés sur l'Ohio; on éleva le fort Duquesne, faisant partie maintenant du territoire de la Virginie, ainsi que d’autres fortifications ; enfin, de Ticonderoga, de Crown Point et du fort Niagara, on dirigea des attaques violentes contre les paisibles colons anglais, en violation du traité de 1748. Les Anglais ne restèrent pas cependant inactifs, et, près du fort Duquesne, en construisirent un qu’ils nommèrent le fort Nécessité. Une garnison y fut envoyée de la Virginie, sous le commandement de Georges Washington, devenu depuis si illustre, et mui était alors lieutenant-colonel, Celui-ci, dans sa marche pour se rendre au fort, fut rencontré par un parti de Francais, dont le chef® le somma de ne pas aller plus avant. On répondit à cette sommation par une décharge de mousquetterie, qui tua Jumonville et plusieurs des siens. M. Contrecœur, qui
* M. de Jumonville.
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commandait le fort Duquesne, investit le fort Nécessité et força Washingian à capituler. L’Angleterre faisait alors les préparatifs d’une guerre ouverte contre la France : l'ambition de Frédéric de Prusse et l’état de l’Europe en firent bientôt une guerre générale. Une flotte nombreuse, chargée de troupes et de munitions, partit de France pour renforcer Quebec ; deux frégates tombèrent dans les mains des Anglais, près de Terre-neuve,
En 1765, Duquesne, ayant résigné ses fonctions, fut remplacé en juillet par le dernier gouverneur du Canada, le marquis de Vaudreuil de Cavagnal, qui signala les débuts de son administration par la défaite du brave mais téméraire général Braddock, le 29 juillet 1755, dans un des défilés des monts Alleghany. Braddock, habitué aux guerres européennes, et qui n’entendait rien à la manière de combattre des Indiens, ayant négligé de se faire éclairer, se trouva pris dans une gorge, et perdit une partie de son monde. Il fut tué, et ce fut Washington, commandant en second, qui sauva le reste de l’armée, à laquelle vinrent se réunir six mille hommes de troupes provinciales, commandés par le général Johnston et le gouverneur Shirley. Johnston, dans l'intention d'investir Crown Point, fit sa jonction avec le général Lyman près du lac Georges, où ils furent attaqués par 3000 Français commandés par le baron Dieskau. Après un combat de quatre heures, les Français firent leur retraite sur Crown Point, après avoir perdu 1000 hommes, et leur chef, qui fut blessé et fait prisonnier. Ces succès rendirent un peu de courage à l’armée anglaise, et contribuèrent à entraîner les troupes provinciales dans la lutte qu’elles soutinrent depuis contre ces mêmes hommes avec qui elles étaient alors unies pour combattre les Français, devenus plus tard leurs alliés. Washington était bien éloigné de s'attendre alors aux brillantes destinées qui l’attendaient.
La campagne de 1755 se termina en octobre par la retraite des Anglais sur Albany, après qu’ils eurent renforcé la garnison d’Oswego, et renoncé à attaquer Crown Point. La France, qui commençait à sentir l'importance du Canada, envoya, l’année suivante, un corps considérable sous les ordres du marquis de Montcalm, qui assiégea et prit le fort Oswego. La campagne de 1757 fut encore heureuse pour les Français : le fort Georges fut pris, et les prisonniers anglais, au nombre de 2000, furent égorgés duns leur marche vers le fort Edouard, par les Indiens alliés des Français. Ceux-ci prétendirent qu’il leur avait été impossible d'empêcher cet horrible massacre. On peut juger de l’horreur qu'il inspira en Angleterre et dans la colonie anglaise : le vieux Pitt, depuis comte de Chatham, alors à la tête des affaires, saisit cette occasion d'exciter l’animosité naturelle de la nation contre la France, et déploya une énergie et des ressources, dont les effets ne tardèrent pas à se faire sentir en Amérique.
La France renforça les garnisons du Canada ; et l'Angleterre ouvrit la campagne
de 1759 avec un plan pareil à celui qui avait été adopté en 1690. L’invasion du o
50 LE CANADA PITTORBSQUE.
Canada devait avoir lieu sur trois points différens et avec trois généraux d’un grand talent. Le général Wolfe, qui devait marcher sur Quebec, commandait en chef. Sa division se montait à 8000 hommes. Dirigée sur Quebec par une flotte sous les ordres de l'amiral Saunders, elle mit pied à terre à l’île d'Orléans le 27 juin 1769. Le marquis de Montcalm fit ses préparatifs pour défendre Quebec. Ses forces consistaient dans environ 13,000 hommes, dont six bataillons de troupes régulières, de la milice canadienne mal exercée, quelque cavalerie et des Indiens. Son armée était rangée depuis le S.-Laurent jusqu'aux cascades de Montmorenci, pour s'opposer au débarquement de l’ennemi, et elle était appuyée par quelques vaisseaux de guerre et des chaloupes canonnières. L'attaque des Anglais échoua, et Wolfe écrivit en Angleterre qu'il regardait comme impossible de réduire Quebec dans cette campagne.
Wolfe convoqua un conseil de guerre, où il fit remarquer que le feu de ses vaisseaux, en passant devant la ville, l’avait presque détruite, tandis que la citadelle n’avait presque éprouvé aucun dommage, ajoutant qu'une nouvelle attaque sur les retranchemens de Montmorenci était inutile. Il proposa en conséquence, comme seul moyen de réussir, de gagner des hauteurs qui commandaient la citadelle. Le conseil adopta cet avis, et le général, quoique malade, dirigea l’expédition dans la matinée du 13 septembre 1759. Ses soldats ne purent gravir la hauteur qu'avec des efforts incroyables, et en s’aidant des racines et des branches d'arbres qui se trouvaient sur leur route. De Montcalm ne montra pas, ce jour-là, sa prudence ordinaire: s’apercevant que l’ennemi avait pris sur lui cet avantage, il se décida à livrer bataille aux Anglais. Il sortit d’une forte citadelle sans artillerie de campagne, sans attendre le retour d'un corps de 2000 hommes qu'il avait détaché sous les ordres de Bougainville pour observer la flotte anglaise, et enfin avec une chaleur et une précipitation qui contrastaient avec le sang-froid de ses adversaires. Wolfe, avec ses yeux d’aigle et son expérience militaire, s’aperçut bientôt que la retraite lui était impossible. Aussi, dirigeant principalement son attention sur sa division de droite, qui s’avançait avec rapidité, il veilla soigneusement à ce que ses flancs restassent à couvert, et il eut soin d’entretenir ses communications avec la côte. Les deux armées étaient à peu près sans artillerie : les Français n'avaient que deux canons ; les Anglais n’en avaient qu’un que les matelots, au moyen de cordes qu'ils y avaient attachées, tirèrent sur la hauteur après beaucoup d'efforts: ainsi c'était le sabre et la bayonnette qui devaient décider du succès de la journée. Les agiles montagnards écossais remplaçaient la cavalerie, et les fusiliers anglais l’artillerie.
Les Français se battirent avec vigueur, et avec une espèce de fanatisme produit en eux par les discours violens de leurs prêtres, qui ne manquaient aucune occasion de les exciter contre les Anglais, auxquels ils ne donnaient pas d’autre nom que celui
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