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MARCHE, DURÉE, TERMINAISON

On a VU l'adhérence cutanée ne paraître qu'après 7 et 8 ans.

L'ulcération de la peau peut exister dès le 3° mois, mais ne survient ordinairement que vers le 20" mois. Winiwarter fixe la moyenne à 17,7 mois; Oldekop à 26,4 mois; Sprengel à 20,3 mois; Heincke à 19,3 mois; Gross à 15,8

L'engorgement ganglionnaire ;apparaît parfois dès les premières semaines; on l'a vu ne se montrer qu'après 7 ans.

Winiwarter c i nol'^ l'apparition moyenne à \ mois.

L'immobilité de la liimeur sur les tissus sousjacents surviendrait :

Quant à la généralisation, on l'observerait vers le 25° mois d'après Sprengel, Winiwarter et

mois.

Oldekop

Heincke

Sprengel

Fischer

Gross

Pour Winiwirter à

— Uldekop a. . .

— Heiiirke ù. . .

— Gross à. .... .

ce qui donne une moyenne de 21,9 mois.

FinK, vers le 30» pour Henry cl au bout de 38 mois seulement suivant Oldelîop.

Le peu de concordance de (ous ces chiffres est la meilleure preuve de leur parfaite inutilité. Gomme le fait remarquer Delbet, tous ces renseignements tirés de la clinique sont sans valeur. Les ganglions et l'aponévrose pectorale sont envahis microscopiquement sans qu'on puisse s'en rendre compte à l'œil nu, à plus forte raison au htdumalade. Gussenbauer dès 1881 prouvait que des ganglions d'apparence sains étaient déjà carcinomateux, elses assertions ont été maintes fois contrôlées. Meidenhain montrait plus récemment tout l'intérêt qu'il y a à enlever l'aponévrose pectorale, si souvent envahie par des traînées épithéliales (V. page 36), alors que rien ne le fait soupçonner. Il est donc de fort peu d'importance de savoir exactement à quelle époque précise de l'afleclion on peut constater cliniquement soit l'adénite axillaire, soit l'adhérence profonde.

La durée totale de l'affection est variable et devient fort longue dans quelques cas. Pagel estime que le carcinome évolue en un peu plus de quatre ans, et Bryant est du même avis. Suivant Sibley, la durée atteint 32,25 mois sans

MARCUE, DURÉE, TEKHINAISON

opération et d'après Gross seulement 28,6 mois dans les mêmes conditions. Oldekop assigne au carcinome une durée de 29,6 mois et Sprengel de 27 mois. La statistique de Middlesex hospifal en six ans donne à Roger Williams une moyenne de 44,8 mois sans intervention, dont 4 cas se sont prolongés au delà de 102 mois ; 1 cas avait atteint 297 mois.

La mort survient par cachexie cancéreuse, par hémorragies répétées, par complications viscérales, dont la plus fréquente est la broncho-pneumonie, ou par infection de l'ulcération (érysipèle, phlegmon, etc.).

La guérison spontanée est-elle possible? Quelques faits ont été cités à l'appui de celte opinion. Duplay rapporte le fait observé par Richerand, Dupuylren et Paillard, dans lequel le sphacèle tolal d'une mamelle cancéreuse fut suivi d'une guérison complète. Boyer cite aussi l'observation d'une malade qui, après une guérison spontanée obtenue par ce procédé, succombe huit mois après, des suites d'une récidive. Dernièrement encore, en janvier 1893, Bilirolh présentait à la Société des médecins de Vienne une malade qui, porteuse d'un carcinome du sein du volume d'une pomme, l'avait vu disparaître graduellement depuis deux ans ; il ne restait plus qu'une cica-

Irice, à la périphérie de laquelle persistait cependant un bourrelet assez dur. Ce même chirurgien avait déjà observé un cas analogue dans lequel la tumeur mammaire disparut complètement, mais il survint dans la colonne vertébrale une métastase qui amena une paralysie des membres intérieurs. Quelque intéressantes que soient ces observations, elles ne doivent modifier en rien les règles de l'intervention.

DIAGNOSTIC

il est ordinairement facile de reconnaître un carcinome du sein ; le peu de volume de la tumeur, ses limites indécises, son adhérence à la peau, la rétraction du mamoJon, l'engorgement ganglionnaire de l'aisselle correspondante, sont tout autant de signes que l'on rencontre dans les cas types qui sont les plus nombreux. Mais aucun de ces symptômes n'est palliogaomonlque ni constant ; on les observe au grand complet dans d'autres affections que le carcinome, et ils peuvent manquer ou présenter des caractères indécis dans ce dernier. Ainsi surgissent des dilficultés de diagnostic parfois extrêmes, variables suivant la forme carcinomateuse et la période d'évolution de la tumeur.

De toutes les variétés de carcinome de la

mamelle, il en est deux parfaitement distinctes qu'il est nécessaire de bien connaître et d'isoler de toutes les autres parce qu'elles comportent un pronostic et des indications thérapeutiques spéciales. C'est la maslite carcinomateuse et le squirrhe atrophique.

C'est de préférence chez des femmes encore jeunes, fraîches et souvent grasses, ayant toutes les apparences de la santé la plus parfaite, que survient la mastite carc'momateuse , dénommée encore cancer aigu ou cancer en masse. Fré- ■quemment,le début survient pendant la lactation ou pendant la grossesse. Les seins sont gros, proéminents et ne paraissent pas malades au premier abord. L'un d'eux cependant est manifestement plus volumineux, il est dur ; on y perçoit une masse principale formant tumeur, mais le tissu glandulaire voisin n'a plus la souplesse normale; en l'explorant avec soin, on y découvre des indurations à hmites peu précises, disséminées dans toute l'étendue du sein. Profondément dans l'aisselle, à travers une couche épaisse de tissu graisseux, on perçoit des ganglions tuméfiés.

La rapidité de l'évolution, le début fréquent pendant la lactation, l'allure inflammatoire des phénomènes observés, tendent à faire prendre

DIAGNOSTIC

ces cas de inaslile carcinomateuse pour des mammites aiguës simples. L'erreur est d'autant plus facile à commettre que la peau rougit parfois tout comme dans les abcès. Un examen attentif permettra cependant de constater l'absence d'œdèrae et de fluctuation; la tumeur est remarquablement dure ou tout au moins élastique, sensation que l'on n'éprouve pas en palpant une mamelle atteinte de mammite qui est toujours plus ou moins empâtée. La douleur, presque constante dans les abcès mamuiaires, manque le plus souvent au début du cancer aigu. Enfin, la température est normale, tandis qu'elle atteint fréquemment 38° et 39" lors de la formation d'une collection purulente.

La seconde variété de carcinome que nous tenons ,î mettre en relief est le sqidrrhe atrophique. A l'inverse de la précédente, on ne la rencontre guère qu'après la ménopause : c'est le squirrbe des vieilles femmes. Le sein se ratatine et revient sur lui-même, ne présentant qu'un noyau à contours diffus, rappelant ceux des mammites chroniques. Le diagnostic repose sur la dureté spéciale de la peau, sur l'existence fréquente d'une ulcération étroite et profonde, non saignante et suppurant peu, sur l'existence de ganglions petits, très durs et roulant sous le

CANPER DU SEIN

doigt dans la cavité axillaire. Les ganglions qui accompagnent certaines mammiles sont moins nombreux, plus gros et moins indurés. Néanmoins, ces caractères sont assez peu précis pour que l'erreur puisse être commise dans certains cas; on essaiera de l'éviter en pratiquant des examens minutieux et répétés.

Les autres (ormes de carcinome du sein peuvent être confondues avec la plupart des tumeurs de la mamelle.

Sans insister, rappelons que certaines malades névropathes, souiTrant de névralgies intercostale ou mammaire, viennent parfois réclamer l'intervention du chirurgien pour une tumeur parfaitement imaginaire. En prenant leur sein à pleine main, elles sentent et font constater à leur médecin une induration profonde et mal limitée. Il suffit d'examiner la glande à plat en l'appliquant directement sur le thorax pour voir s'évanouir la tumeur de tout à l'heure, formée qu'elle était par les lobules glandulaires eux-mêmes, peut-être un peu hypertrophiés.

La présence d'une tumeur étant nettement constatée, on reconnaîtra le carcinome aux quatre grands signes que nous avons déjà signalés : petit

DIAGNOSTIC

volume et contours diffus de la tumeur, rétraction du mamelon, adhérence à la peau, engorgement ganglionnaire.

Bien différents sont les caractères des tumeurs bénignes : mobilité parfaite, délimitation toujours possible, iutégrité de la peau, absence d'adénite et d'adhérence cutanée, apparence bosselée de la tumeur.

Notons aussi que la tumeur bénigne remonte à une date souvent ancienne, qu'elle présente une marche oscillante remarquable, augmentant parfois pendant les règles, lors d'une grossesse ou d'un accouchement, pour diminuer ensuite, enfin qu'elle siège de préférence à la région externe de la mamelle. Le carcinome est, au contraire, d'apparition récente, affecte une marche progressive et continue, se développe surtout au pourtour du mamelon. Ajoutons encore que la multiphcité des tumeurs bénignes est fréquente, tandis qu'il est de règle presque absolue de voir un carcinome unique. L'âge de la malade donne aussi de précieuses indications : chez les jeunes femmes, on doit s'attendre à rencontrer des tumeurs bénignes ; après quarante ans, le cancer survient de préférence. Ce fait clinique vrai contribue à faire porter un diagnostic faux dans un cas anormal : un squirrhe au début chez une

jeAine femme el une lumeur b^'iiigue chez une femme âgée sont facilement méconnus à un premier examen ; les caractères physiques du néoplasme permettent de reclifier l'erreur.

Le carcinome est plus facilement confondu avec de simples noyaux de mammite chronique ou des abcès à marche lente. Les caraclères cliniques de la maslile chronique sont des plus variables : tantôt, le noyau de la mammite forme une tumeur assez régulière, arrondie (Heclus, Phocas), présentant quelques légères bosselures à sa surface el se dilîérencie alors netlement du carcinome; tanlôl, il rappelle le squirrhe mammaire par l'irrégularité de ses contours et son absence de délimitation.

Les caractères presque patliognomoniques du carcinome, l'adhérence à la peau, la rétraction du mamelon, l'engorgement ganglionnaire, se relrouvent parfois dans la mammite et obscurcissent d'autant le diagnostic. Phocas fait bien remarquer que l'adhérence cutanée dans la mammite se fait en surface et se dislingue du capitonnage de la peau, observé dans le carcinome; mais, avouonsle, ce sont des finesses qu'il est permis de ne point connaître. Quant aux ganglions, ils se prennent, dit-on, plus vile dans la mastite chro-

DIAGNOSTIC

nique que dans le carcinome, sont plus gros, plus nombreux, plus douloureux, affeclenl une marche oscillante, avec des alternalives d'augmenl et de diminution. Ces signes, intéressants à constater, sont d'une appréciation difficile et, par suite, d'un faible secours dans les cas épineux (1).

Les commémoratifs apprennent le plus souvent que le noyau de mammile est apparu à la suite d'une grossesse, pendant la lactation, au moment du sevrage. Mais le carcinome peut se développer dans les mêmes conditions et piésenter alors une évolution rapide. Ainsi, Bœckel voit survenir chez une jeune femme, après une grossesse, une tumeur qu'il croit être un abcès : c'était un carcinome.

La ménopause est l'âge de prédilection du carcinome, mais la mammile peut aussi apparaître à ce moment de la vie. Sous le nom de mammile de la ménopause, Phocas décrit une variété d'inflammation chronique de la mamelle dans laquelle la fornuUion de la tumeur est indépendante des phénomènes de lactation. Par

(l) Waren propose, dans les cas difficiles, de ponctionner la tumeur avec une caiiulo à extrémité tranchante (ii»^ 6 à 12 do la filière Cliarrière comme dimensions). On peut ainsi retirer un cylindre de la tumeur dont on lait l'examen microscopique. Dans un cas, Waren posa de celte façon le diagnostic de mastitc chronique.

CANCER pu SEIN

son volume ordiiaairement considérable, sa forme souvent hémisphéi-ique, sa consistance dure el uniforme, sa surface bosselée ol sinueuse, elle se rapproche du pire des cancers, du cancer en masse, avec lequel elle peut êlre confondue.

Les sym[»lômes fonctionnels n'ont pas plus de valeur pour le diagnostic; cependant, la douleur à h pression en nii point fixe est en laveur de la mammite.

Sur quoi donc établir le diagnostic? En vérité, les signes physiques peuvent être insuffisants. C'est aifaire d'impression, de flair chirurgicul et d'expérience. Tillaux insiste beaucoup sur la consistance de la tumeur; mais « rien, dit-il, n'est dillicile comme de traduire parla | arole une sensation purement personnelle; ce signe ([ui me rend les plus grands services ne peut êlre utile qu'à ceux qui sont familiarisés avec les tumeurs. Les noyaux du cancer sont plus durs que ceux delà mammite chronique ».

Un signe meilleur, au reste négatif, est l'absence d'adhérences profondes dans la mammite; mais le cancer n'en présente lui-même qu'à une période avancée.

L'erreur est donc possible et la lecture des observations où elle a été commise montre qu'elle était presque fatale : caractères physi-

DIAGNOSTIC

ques, âge de la malade, état général, tout donnait le change. Il serait sage, dans le doute, d'attendre ou de ponctionner ; le temps et le trocart sont les meilleurs juges en pareille matière. Mais l'abstention et l'expectative ne sont pas toujours facilement admises et ont d'ailleurs leurs dangers; ainsi s'expliquent les faits de Benj. Brodie, de Dupuytren, de Houx, de Velpeau, etc., qui ont amputé des mamelles atteintes de simples abcès chroniques, consolation pour tous ceux qui auront la malchance de se tromper à leur tour.

Le carcinome de la mamelle, surtout dans la forme encéphaloïde, peut être confondu avec le sarcome de celte glande, et Velpeau décrit sous le nom d'encéplialoïdes des tumeurs qui semblent bien être de vrais sarcomes. On peut donc se trouver en présence de certains néoplasmes dont il est difficile d'affirmer la nature carcinomateuse ou sarcomateuse avant l'intervention. Mais ces cas sont rares et le diagnostic ordinairement peut et doit se faire. Il repose sur les principaux signes suivants :

Le carcinome vulgaire forme de préférence une tumeur petite, irrégulière, dure, à limites diffuses; le sarcome, de dimensions presque lou-

ours considérables, oTre une sorface bosselée el molle, une péripliérie assez facile à délimiter.

Le carcinome envaliil rapidement la peau cl lui donne l'aspect pointillé de la peau d'orange; le sarcome n'adhère pas à la peau ; il la refoule, l'amincit jusqu'à la perforer.

Le carcinome donne lieu de bonne heure à un engorgement ganglionnaire; le sarcome ne s'accompagne qu'exceptionnellement d'adénite axillaire.

A la période d'ulcération, le diagnostic est encore possible par l'aspect seul de l'ulcère. Dans le carcinome, l'ulcération offre un fond déprimé, sanieux et dur, limité par des bords taillés à pic, indurés et formés par la peau ellemême envahie. Dans le sarcome, elle est plus profonde et présente des bords minces et décollés ; du fond partent des bourgeons mollasses plus ou moins volumineux, saignant au moindre contact; la peau, fortement amincie, rouge ou livide, cercle l'ulcère sans adhérer à la tumeur.

La recherche méthodique de ces différents caractères permettra de faire le diagnostic de sarcome ou carcinome dans l'immense majorité des cas,

L'épilhéliome du sein, ainsi que nous le ver-

DIAGNOSTIC

rons plus loin, se caraclérise par la présence cle lumeiirs ordinairement mulliples, datant de longtemps, n'engorgeant qu'exceptionnellement les ganglions, donnant assez souvent naissance à un écoulement roussâtre ou sanguin par le mamelon. A une période avancée, l'adhérence à la peau et l'adénite axillaire peuvent survenir ; le diagnostic devient alors d'autant plus difficile que la multiplicité des tumeurs peut échapper à l'invesligation; tantôt, ( n effet, les noyaux primitifs se sont confondus, tantôt l'attention se porte tout enlière sur la grosseur principale qui présente une dureté ligneuse et semble faire corps avec les tissus. L'élude des antécédents, la marche lente de la tumeur, l'écoulement sanguin par le mamelon, permettront seuls de porter le diagnostic d'épithéliome.

Le carcinome du sein a été longtemps confondu avec une variété de mammite chronique bien décrite en France par Reclus, sous le nom de maladie kystique des mamelles (1).

C'est sur une dame de 35 ans que Reclus reconnut, en 1878, l'affection à laquelle on a

(l)SoLis Cfi nom, on a décrit : Iodes épilhélionaes se rattachant à la variété papillaire ou dendritique; 2° des cas de mammite chronique, dont nous nous occupons ici.

CANCER IjU sein

donné son nom ; cette dame venait le consulter pour une tumeur que l'on trouvait au sein gauche, vers la partie inférieure et interne; du volume d'un œuf de pigeon, cette grosseur était très dure et difficilement isolable du tissu glandulaire environnant. Au pourtour de cette tumeur principale, un examen attentif permettait de sentir de petites nodosités qui rappelaient les lobules mammaires injectés de matière solide. Ces nodules se rencon Irai eut un peu partout dans la glande, mais en plus grande abondance vers le centre, qui semblait criblé de grains de plomb. La pression ne révélait pas de douleur; à peine survenait-il de temps en temps un élancement rapide. 11 n'y avait pas d'écoulement séreux ou sanguin parle mamelon. La peau était normale et souple, et la mamelle glissait facilement dans sa mince enveloppe de graisse. Les ganglions de l'aisselle étaient sains. Le professeur Broca, sans hésitation, porta le diagnostic de tumeur maligne (Reclus).

Dans tous les cas de maladie kystique d'origine inflammatoire, on retrouve l'histoire de celte première malade de Reclus. La multiplicité des tumeurs, la sensation de grains de plomb, de grappe de raisin, de glande injectée au suif que donne la mamelle, l'absence d'engor-

DIAGNOSTIC

gemeiil ganglionnaire, rinlégrilé de la peau, plaident déjà' fortement en faveur de la mammite. La bilatéral! té des lésions permet presque d'aftirmer la maladie kystique, le çarcinorae double des mamelles ne se rencontrant que dans la p];Pportion du J pour 100 en moyenne.

La tuberculose et la syphilis tertiaire du sein sont des affections rares avec lesquelles il est permis de ne pas trop compter. 11 esl bon, toutefois,de connaîtreles caractères qui les rapprochent du carcinome pour s'offrir, à l'occasion, le plaisir d'un diagnostic délicat.

La tuberculose mammaire est presque une curiosité; Delbet, réunissant tous les faits connus non contestés, n'arrive qu'à un total de 37 observations; encore un certain nombre se rapportentelles à des malades cachectiques, à des tuberculeuses avancées chez lesquelles l'affection du sein a été une découverte d'autopsie ou une constatation clinique facile et sans intérêt chirurgical. Ouand les tubercules mammaires sont multiples et suppurés, le diagnostic ne sera pas à faire avec le carcinome ; il n'en est plus de même si l'on se trouve en présence d'un noyau tuberculeux à contours diffus, s'accompagnaot de rétraclion du mamelon, d'adbérence de la peau et

CANCER DU SlilN

d'engorgement ganglionnaire : l'erreur est presque fatale. En faveur d'une tuberculose mammaire, on donne les signes suivants : r adénopathie axillaire primitive ou tout au moins précoce et rapide; 2° volume exagéré des ganglions par rapport à la tumeur; 3" présence d'un éordon induré entre le néoplasme mammaire et les ganglions ; 4° suppuration fréquente de la tumeur mammaire.

Si l'ulcération s'est produite, le diagnostic sera plus facile : les bords mous et fongueux de la fistule tuberculeuse, le pus grumeleux qui s'en écoule, ne rappellent en rien les bords indurés de l'ulcère squirrlieux, ni la sanie fétide qui s'en exhale.

Il est plus difficile encore de distinguer les noyaux abcédés de la tuberculose du carcinome dégénéré ou suppuré. Presque toujours, dans les cas de ce genro, ce n'est qu'après l'intervention que la question se pose. Au sein d'une tumeur estimée cancéreuse, on trouve des noyaux d'aspect caséeux, sur la nature desquels on hésite; le microscope seul peut résoudre le problème. On conçoit que cliuiquement un cancer suppuré pourra donner naissance à des signes physiques se rapprochant de ceux de la tuberculose mammaire; témoin le cas d'Habermaas : le diagnostic

DIAGNOSTIC

avait été tuberculose mammaire et l'examen macroscopique de la pièce semblait le démontrer; le microscope prouva qu'il s'agissait d'un carcinome suppuré. Nous avons eu l'occasion d'observer un fait semblable oti la même erreur fut commise.

La syphilis tertiaire du seiu est tout aussi rare que la tuberculose. Boissier de Sauvages, en lui donnant le nom de cancer vérolique, donnait bien à entendre la similitude d'aspect qui peut exister entre le carcinome et la gomme syphilitique.

Le début est insidieux : une ou plusieurs tumeurs, petites, dures, parfois très dures, mobiles, aphlegmasiques, se développent de préférence au centre de la mamelle. Les deux seins peuvent être pris simultanément ou successivement. Les douleurs sont très léii;ères, le retentissement ganglionnaire nul ou à peine marqué. L'évolution est toujours rapide et l'ulcération survient au bout de deux à trois mois.

Le diagnostic est difficile lorsque la tumeur gommeuse est unique, adhérente à la peau et accompagnée d'engorgement ganglionnaire. La rapidité d'évolution doit mettre en éveil et faire songer à la syphiHs; mais, en fait, les antécédents

CANGKR DU SEIN

OU la coexislence d'autres manifeslalions spécifiques permellenl seuls d'être affirmalif, si lanl est qu'on puisse l'être dans ces cas douteux, A la période d'ulcération, il est plus facile de reconnaître la gomme ; la. peau devenue adhéjsente s'est amincie et se laisse perforer; il s'écoule un pus rare, sale, visqueux, grisâtre; les bords de l'ulcération se renversent un peu en dedans et se tuméfient, le fond sanieux produit un suiatement purulent peu abondant et ne donne jamais naissance à des fongosités molles et saignantes. Iinfin, signe encore bien caractéristique, la plaie guérit d'elle-même, lentement si le traitement? spécifique n'est pas institué, rapidement s'il a été prescrit; des bourgeons charnus tapissent le fond de la plaie, se multiplient, et la cicatrisation s'effectue.

Il existe enfin une affection spéciale de la manîelle, très controversée, décrite pour la première fois par Paget, dont elle porte le nom. La iii-aladie de Paget se caractérise par une éruption du mamelon et de l'aréole simulant l'eczéma chronique ou le psoriasis et s'accompagnant de squirrhe mammaire une année ou deux après le début de l'affection superficielle. Pour Darier et Wickham, la caractéristique de l'affection serait

DIAGNOSTIC

la présence, au sein des tissus lésés, de coccidies ; si elles n'exislent pas, il s'agit d'eczéma simple, compliqué de squirrlie, mais non de la maladie de Paget. Sans entrer dans la discussion des faits si complètement exposés par Delijet, dans le Traité de chirurgie^ sachons seulement que l'eczéma rebelle du mamelon ou une affection le simulant peut s'accompagner de squirrhe de la glande sous-jacente. En présence de cas de ce genre, il faut donc rechercher le carcinome, pour ne point le laisser passer inaperçu.

PRONOSTIC

Le carcinome mammaire entraîne un pronostic exlrêmement grave. Livré à lui-même, il amène toujours la mort au bout d'un temps plus ou moins long. Opéré, il récidive dans la grande

majorité des cas.

Quelques formes offrent une gravité extrême, expliquée par l'impossibilité d'une ablation complète : tels le squirrhe en cuirasse, le squirrhe pustuleux ou disséminé et la mastite carcinomaleuse aiguë. La marche en est rapide et la terminaison fatale peut survenir en l'espace de quelques mois.

Trèsbénins,au contraire, sout le squirrheatrophique et le carcinome colloïde; celui-ci affecte toujours une évolution lente, récidive peu, après son ablation, et n'a pas grande tendance à la

PRONOSTIC

généralisalioli. Le sqiiirrhoatrophique n'offre pas non plus une grande malignité; loin d'augmenter de volume, le sein se ratatine et paraît revenir sur lui-même; l'ulcération, lorsqu'elle se produit, forme une anfractuosité profonde et étroite, non saignanle et suppurant peu ; enfin, le mal peut être porté pendant des années sans qu'il paraisse retentir aucunement sur l'état général. Vel peau rapporte avoir vu des malades vivre dix, quinze et même vingt ans avec des productions de ce genre, qui ne les incommodaient pas autrement.

Les autres formes de carcinome comportent un pronostic variant beaucoup suivant l'âge de la malade et selon qu'une intervention a été pratiquée ou non. Des statistiques nombreuses ont été dressées en vue de comparer la durée de la vie chez les opérées et les non-opérées ; bien que ne pouvant s'appliquer h un cas particulier, les résultats obtenus sont très intéressants à constater. Oldekop, s'appuyant sur ses propres recherches et sur celles de Winiwarler, conclut que la vie des malades abandonnées à ellesmêmes est de 29, 6 mois. Sprengel (rouve une moyenne de 27 mois; Gross,de 28, 6; Sibley,de 32, 25. Chez les opérées, la durée totale de la maladie a été en moyenne de 38 mois, ainsi qu'il

résulte des statistiques concordantes d'OIdekop (82 cas), Henry (51 cas), Winiwarter (91 cas) et Sprengel (85 cas). La statistique de Uoger Williams, basée sur tous les cas observés à Middlesex Ilospilal pendant une période de six ans, donne une moyenne supérieure aux précédentes, mais également en faveur de l'opération; la survie est, chez les non-opérées, de 44, 8 mois (4 malades ont vécu plus 102 mois), tandis qu'elle atteint 60,8 mois chez les opérées.

La survie est donc augmentée d'une façon générale par l'intervention. La guérison définitive peut-elle être obtenue et la récidive n'estelle pas fatale? Les statistiques démontrent encore que les guérisons durables sont plus fréquentes qu'on pourrait même le croire de prime abord. Oldekop, sur 250 cas opérés à la clinique d'Esmarch, de 1850 à 1876, a pu suivre seulement 43 malades pendant une période de trois ans ; 23 d'entre elles étaient sans récidives ; quelques-unes ont survécu quatre, cinq et six ans. C'est une proportion de 11,7 pour 100 de guérison définitive sur l'ensemble des faits recueillis par l'auteur. Sprengel (clinique de Volkmann, 131 cas de 1874 à 1878) arrive à peu près au même chiffre. Il fait remarquer, de plus, que les guérisons définitives peuvent s'observer

PRONOSTIC

dans les cas les plus graves comme dans les plus légers, dans ceux où la peau est déjà ulcérée, les ganglions volumineux, la tumeur adhérente, comme dans d'aulres où la glande est seule malade. La proportion est cependant bien meilleure pour ceux-ci que pour ceux-là. En effet, sur 29 cas dans lesquels les ganglions n'étaient pas pris, il y eut 6 guérisons définitives, tandis que, sur 102 malades opérées après envahissement de l'aisselle, 9 seulement demeurèrent sans récidive.

Les résultats obtenus par Kùster, grand partisan des amputations totales avec toilette minutieuse du creux axillaire, paraissent supérieurs encore aux précédents. Sur 60 malades opérées et revues, il note 13 guérisons, soit, dit-il, 21 , 66 pour 100 de guérisons définitives.

Plus intéressante encore est la statistique de Rose, publiée par Meyer; elle porte sur 256 malades opérées de 1867 à 1878; en 1881 existaient encore 98 survivantes; en 1888, on retrouve ce que sont devenues 64 d'entre elles: 22 n'ont pas de récidive et leur opération remonte de 10 à 21 ans, 19 sont mortes sans récidive de 2 à 16 ans après l'opération, 23 ont succombé à la suite de récidive ou de métastases viscérales de 6 mois à 11 ans et demi après l'opération.

En 1888, S.-W. Gross dresse une statistique de 1,527 cas de carcinome du sein: 137 n'ont pas été opérés et ont donné une survie variant de 5 mois à 6 ans, avec une moyenne de 28,6 mois;

I, 390 ont été opérés et ont fourni une mortalité opératoire immédiate de 198. Sur 1,192 cas restants, on constate une récidive après 3 mois dans 40 pour 100, après 1 an dans 15, 5 pour 100, après 3 ans dans 2, 32 pour 100 des cas ; enfin,

II, 83 pour 100 auraient été guéris définitivement. Quand l'opération a été incomplète (1), la récidive s'est faite dans les ganglions dans 52 pour 100 des cas, et, quand elle a été complète, dans 25 pour 100 seulement.

Henry, sur 149 cas opérés à la clinique de Fischer, à Breslau, donne 91, 3 pour lOOderéci-. dives (toutes les tumeurs enlevées ont été examinées par des histologistes compétents).

J. Bœckel, au congrès français de chirurgie de 1888, publie sa statistique personnelle portant sur 65 amputations du sein avec curage de l'aisselle, dont plusieurs ont nécessité la ligature de la veine axillaire. L'examen histologique a été pratiqué dans tous les cas. Bœckel a obtenu 57 guérisons opératoires et 8 morts. 30 malades ont

(1) C'est-à-dire sans curage de l'aisselle.

rnoNOSTic

élé perdues de vue, 2 opérées sont restées guéries 6 ans.

10 ont présenté des récidives:

Après 5 mois

— 6 mois

— 12 mois

— 18 mois

— 21 mois

— 3 ans .

17 sont restées localement guéries; 3 d'entre elles sont mortes de maladie? intercurrentes ou de carcinome interne.

Les survies ont atteint :

2 ans dans 3 cas; une malade est morte,

2 ans et demi après l'opération, de carcinome intestinal.

3 ans dans 1 cas.

L'une de ces dernières présenta une récidive

3 ans après, fut réopérée et est restée guérie. Entin, une opérée vit sans offrir de nouvelles manifestations carcinomateuses depuis H ans.

La statistique la plus brillante appartient à la

clinique de Koenig, de Gôllingcn, dressée par Hildebrand ; elle relaie 152 cas, avec une morlalilé opératoire de 7,2 pour 100; 135 malades ont pu être suivies et ont donné 65 récidives : 31 en moins de 6 mois, 21 en moins de 1 an, 4 après 2 ou 3 ans, 2 après 3 ans. Parmi les non-récidives, 23 ont été suivies plus de 3 ans, 30 plus de 2 ans, 1 plus de 1 an. En comptant comme guérie toute malade qui ne porte pas de récidive après 3 ans, Hildebrand arrive à 23 pour 100 de guérisons définitives. 11 fait, en outre, remarquer que l'évidement préventif de l'aisselle élève la proportion des guérisons définitives de 23 à 46 pour 100.

Enfin, nous donnons à la fin de cette étude (V. page 180) le relevé d'un certain nombre d'opérations faites par l'un de nous chez des malades dont le sort ultérieur a pu être connu. On constatera, eu parcourant ce tableau, ce fait intéressant que, sur 29 cas, 9 fois la persistance de la guérison a pu être constatée :

1 fois au bout de plus de 11 ans.

d — — 1 an.

PRONOSTIC

Ou remarquera, de plus, que, chez trois malades qui ont succombé deux à cinq ans après l'opéralion, à la suite d'affections intercurrentes, on n'avait observé, avant la mort, aucune récidive locale. En outre, deux autres ont survécu sept et huit ans, sans récidive locale, jusqu'à l'apparition des accidents de généralisation qui les ont emportées.

Le pronostic du carcinome du sein, tout en restant grave, n'est donc pas fatal. Faite à temps, une intervention sauvera souvent la malade. En cas de récidive, elle lui procurera une survie d'une année à une année et demie en moyenne.

TRAITEMENT

11 n'est point de remède ni de moyeu destrucleur qui n'ait été préconisé contre le carcinome du sein. Les médications les plus vantées à base d'arsenic, de ciguë, d'iode, etc.. ne possèdent pas le moindre eiïet cm\iteur et ne peuvent être citées que pour mémoire. La destruction du néoplasme par la compression simple, l'écrasement,les injections interstitielles, soit encore par les caustiques ou l'électricité, sont des moyens, les uns complètement insuffisants, les autres infidèles, tous justement abandonnés. Seule l'intervention opératoire, hâtive et large, peut parfois procurer une guérison radicale et définitive, souvent prolonger la vie des malades.

Néanmoins, l'opération a trouvé des adversaires et Korleweg, dans les Archives de Lan-

TRAITEMENT

genbeck, en 1880, a brièvement et très calégoriqucment exposé les arguments qne l'on peut faire valoir contre l'ulilité de l'intervention chirurgicale, c'est-cà-dire la mortalité opératoire, la fréquence exlrême des récidives, la rapidité plus grande de révolution du cancer après l'opération.

La mortalité opératoire a été fortement abaissée depuis l'antisepsie et, avec les moyens dont nous disposons actuellement, l'amputation de la mamelle, suivie de l'extirpation des ganglions de l aisselle, ne doit pas donner une mortalité supérieure à 5 pour 100. Les statistiques de Czerny, de Kiister, de Koenig, de Gussenbauer, de Bergmann, etc., donnent des chiffres variant entre 2, 63 pour 100 et 5, 20 pour 100 de mortalité. L'opération n'est pas, par conséquent, de celles dont la gravité soit lelle qu'il faille, de ce chef seul, renoncer à l'entreprendre.

La question des récidives mérite plus d'attention. Nul n'en conteste la fréquence. Mais toutes les statistiques démontrent (V. p. 100) qu'elles ne sont pas absolument fatales et qu'il est possible de voir le mal, à la suite d'opérations larges et suffisamment précoces, ne pas se reproduire.

Le dernier argument des abstentionnistes consiste à soutenir que les malades non opérées ont

une survie plus longue que celles qui ont subi l'arapulalion de la mamelle. Les slalisliques que nous avons mentionnées (p. 99) nous ont encore permis de conclure que la survie des opérées dépasse celle des non-opérées d'une année en moyenne et, pour quelques chirurgiens, d'une année et demie.

Pour excellente que soit l'intervention chirurgicale, elle n'en a pas moins ses contre-indications. L'expérience apprend qu'il existe quatre formes de carcinome qu'il faut respecter : le cancer en cuirasse, le squirrhe pustuleux ou disséminé, le squirrhe atrophique et la mastile carcinomateuse. Le premier est trop étendu pour qu'on songe même à en pratiquer l'ablation. L'intervention est plus tentante dans le squirrhe pustuleux, surtout si les nodosités cutanées sont -peu abondantes; le souvenir de deux opérées de Velpeau, qui, dans des cas de ce genre, présentèrent après l'amputation de la mamelle une récidive foudroyante, rendra plus timide et plus sage. Pour nous, le moindre noyau cutané indépendant de la tumeur constitue une contre-indication absolue.

Le squirrhe atrophique commande aussi l'abstention. L'évolution est des plus lentes, mais l'intervention accélère la marche de la maladie

TRAITEMENT

el hâte la terminaison falale : il faut donc, ici encore, savoir ne pas agir, bien que la tumeur soit petite, limitée et semble inviter à l'opération. Knfin, on s'abstiendra encore eu présence de la mastite carcinomateuse ou cancer aigu, dont la marche rapide et fatale n'a jamais été enrayée par nue opération ; comme le disait Nélaton avec tant d'insistance dans ses leçons, celle forme de carcinome est un noli me tangere. Si l'on tente l'ablation du mal, la récidive se fait avec une rapidité extrême, le plus souvent dans la plaie, avant qu'elle ne soit cicatrisée.

Dans toutes les autres formes du carcinome, l'opération s'impose, mais à une condition sine qua non : que le mal puisse être extirpé dans toute son étendue. La généralisation implique donc l'abstention ; toute intervention n'aurait d'autre résultat que de donner un coup de fouet à la maladie. L'engorgement ganglionnaire n'est une contre-indication qu'autant que la zone des ganglions axillaires est franchie ; Tapparition d'une adénite cervicale ou sus-claviculaire est le signal de l'envahissement de l'organisme. Une adhérence moyenne aux parties profondes n'arrêtera pas le chirurgien ; mais, si on soupçonne la propagation du néoplasme à la cage thoracique elle-même, il ne faut pas intervenir, les délabre-

CANCF.R DU SEIN

menls devant êlrc ou trop considérables ou insuffisanls. En résumé, devra être opéré lout carcinome qui n'aura pas franchi la zone des ganglions axillaires et dont les adhérences aux parties profondes ne s'étendent pas jusqu'à la cage thoracique. L'envahissement de la peau n'est point une contre-indication dès lors qu'il ne s'agit ni du cancer en cuirasse ni du squirrhe pustuleux.

Suivant les préceptes de nos maîtres français, les Roux, les Trélat, les Verneuil, etc., l'opération doit être aussi large que possible. La mamelle entière doit être sacrifiée, le volume du squirrhe ne dépassât-il pas une noisette ; la peau doit être largement enlevée, l'aponévrose pectorale disséquée ou réséquée. Enfin, daiis tous les cas, le creux axillaire sera ouvert, exploré au doigt et à la vue, et débarrassé de lout ce qui paraît suspect, ganglions ou tissu cellulo-adipeux. Le mieux est d'extraire tout le paquet graisseux qui remplit l'aisselle. Ces règles générales de l'amputation de la mamelle ne doivent jamais être violées, sous aucun prétexte.

Le sacrifice de la mamelle est accepté par tous les chirurgiens, tant l'expérience amontré que quelques lobules laissés par mégarde pouvaient devenir le point de départ des récidives. L'abrasion de

TRAITEMENT 111

la peau n'est pas loujoiirs largement faite : l'opérateur tient à une réunion per primam et à tort se montre parcimonieux ; il faut enlever une grande étendue de peau, dussent la réunion, la malade et le chirurgien en souffrir quelque peu. La dissection méthodique de l'aponévrose pectorale ne doit jamais être négligée, ainsi que l'ont amplement démontré et l'expérience de tous les chirurgiens et les recherches récentes d'Heidenliain (V. p. 36). Le muscle est-il tant soit peu suspect, on doit le réséquer et, au besoin, l'enlever. Enfin, nous conseillonsla toilette du creuxaxillaire.

Sur ce dernier point, si important, il y a désaccord entre les chirurgiens. Quelques-uns no veulent fendre l'aisselle et extirper les ganglions que si ces derniers sont manifestement altérés. Les autres préconisent le curage systématique.

Nous pensons que, dans la très grande majorité des cas, il faut éviter de se montrer trop parcimonieux, de crainte de laisser échapper quelques petits ganglions déjà malades, quoique non perceptibles sous la peau.

Le curage méthodique de l'aisselle procure, au contraire, des guérisons définitives dans la proportion de 10 pour 100, et parfois davantage. Cet heureux résultat lient, en effet, à la fréquence de la récidive dans les ganglions.

Kœiiig en a donné une preuve irréfutable : sur 26 cas analogues où cliniquemenl l'adénopalhie axillaire paraissait nulle, il fait 13 fois le curage de l'aisselle et 13 fois il le néglige. La première série d'opérées donne 46 pour 100 de guérisons durables, la seconde seulement 23 pour 100. Il fautdonc poser en règle l'évidement de l'aisselle.

Toutefois, nous admettrons quelques exceptions; après ouverture de l'aisselle et exploration directe, s'il s'agit de carcinome tout au début, et si l'on ne trouve sous le doigt ni la moindre induration des tissus, ni le plus petit ganglion, on peut ne pas pousser plus loin la dissection. La guérison définitive n'en sjurvient pas moins (V. p. 180).

Ces règles générales de l'intervention chirurgicale étant posées, nous n'insisterons que sur quelques points du manuel opératoire.

C'est toujours au bistouri qu'on pratique l'amputation de la mamelle; le thermo-cautère et le galvano-caulère ne doivent plus être employés.

La mamelle sera largement circonscrite par deux incisions courbes qui, se réunissant, iront se prolonger jusque dans l'aisselle. On aura soin de dépasser les limites de la glande ; en dedans, il faut se rapprocher du sternum, de crainte de laisser quelques lobules qui pourraient devenir le

TRAITEMENT

siège d'une récidive (1). Nous insisterons une fois encore sur la disseclion de l'aponévrose pectorale, recommandant d'entamer le muscle sans crainte, s'il existe le moindre point douteux (2).

Cette dissection doit se faire de haut en bas, de dedans en dehors, de façon que la mamelle reste rattachée à l'aisselle par une sorte de pédicide cellulo-graisseux, contenant tous les lymphatiques. Si le sein est volumineux, il est plus

(1) « Sur 20 mamelles, nous avons rencontré 5 fois un véritable prolongement sternal, sorte de languette effilée qui s'arrêtait à 2 ou 4 travers de doigt de la ligne médiane et qui, dans un cas, venait même se mettre en rapport avec la face antérieure du sternum, à la hauteur du quatrième espace intercostal. »(Rieffel).

(2) Stilis, assistant de Chiene, d'Edimbourg, recommande, pour s'assurer de l'ablation totale des points malades, le procédé suivant : la pièce est lavée abondamment avec de l'eau ordinaire, afin d'enlever toute trace de sang. On la plonge alors dans une solution aqueuse d'acide azotique à 5 pour 100; elle y reste dix minutes; on la soumet ensuite, pendant cinq autres minutes, à un fort courant d'eau; enfm, on l'immerge pendant deux ou trois minutes dans de l'alcool méthylique non dilué. Tout point cancéreux devient opaque, le tissu fibreux prenant l'aspect d'une masse homogène, gélatineuse, translucide. L'examen dure à peine un quart d'Leuro, peut être pratiqué au cours de l'opération et permet de déceler le moindre petit noyau sur la surface de section. Chiene a pu ainsi découvrir dans deux cas un foye néoplasique gros comme une tête d'épingle sur la surface de section d'un sein amputé. — Ce procédé est aussi recommandé par Dennis, de New-York.

commode de s'en débarrasser de suile en sectionnant le pédicule, que l'on reprend ensuite. Si la mamelle ne gêne pas par son poids, il est préférable de la laisser appendue au pédicule, qu'une dissection attentive poursuit dans le creux axillaire aussi haut que possible, jusqu'au paquet vasculo-nerveux (1). La toilette de l'aisselle est ainsi complète. Le bord saillant du grand pectoral est souvent une gêne; il faut le contourner avec soin pour extirper tout le tissu cellulaire qui tapisse la face profonde du muscle à ce niveau ; au besoin, on n'hésitera pas à le sectionner, pour se donner du jour, quitte à le suturer ensuite. Cette section temporaire permet la dissection soigneuse du paquet vasculo-nerveux jusque sous la clavicule, et il n'est pas rare de trouver des ganglions à ce niveau. Si une des

(1) Kusler recommande, pour éviter les paralysies musculaires, de ne pas sectionner les nerfs au cours de la dissection. En ouvrant l'aisselle, on aura soin de disséquer la peau en avant jusqu'à ce que les bords des deux pectoraux soient visibles.

En arrière, on découvre avec précaution le bord du grand dorsal ; le couteau ne doit pas l'entamer, de crainte de couper le nerf. On cherche dans la profondeur les vaisseaux scapulaires et en dedans d'eux les nerfs, que l'on isole; le nerf du grand dorsal est facilement trouvé. Le curage de l'aisselle peut alors s'elTectuer sans danger et sans crainte de sectionner une fibre nerveuse importante.

TRAITEMENT

grosses veines de la région, voire la veine axillaire, est flanquée de ganglions difficiles à isoler, on en pratiquera la résection.

Doit-on, si l'étendue des lésions l'exige, avoir recours à de plus grands délabrements? La désarticulation de l'épaule, pratiquée une fois avec succès par Esmarch, ne mérite pas d'être recommandée. Nous en dirons autant de la résection de l'artère axillaire, bien que Julliard, Watson Cheyne et Weil y aient eu recours sans grand inconvénient.

Du côté de la paroi thoracique, nous ne pouvons admettre l'ablation du grand pectoral que dans des cas exceptionnels. Quant à la résection de la paroi thoracique elle-même, elle n'est jamais à conseiller; tout cancer qui semble la nécessiter doit dès lors être considéré comme inopérable. Pourtant, des chirurgiens, pour des tumeurs analogues au carcinome du sein, n'ont pas craint d'aller plus loin encore et d'aborder le poumon. Kronlein (1884) extirpe un morceau de poumon dégénéré consécutivement à un sarcome récidivé de la paroi thoracique. Il n'y eut aucun accident opératoire et la malade, jeune fille de 18 ans, guérit complètement. Weinlechner (1882) fut moins heureux :

opérant un myxochondrome volumineux du thorax, il trouve le lobe moyen du poumon droit envahi sur une étendue de 7 à8 centimètres. Il en pratique l'ablation complète et enlève même quelques noyaux dans le lobe supérieur. La malade succombait 24 heures plus tard.

Faut-il réunir? Cette question est aujourd'hui résolue par l'af (irmalive ; jamais il n'a été prouvé que la suppuration d'une amputation du sein donnât autre chose que des érysipèles, des broncho-pneumonies infectieuses ou une septicémie aiguë. On recherchera la réunion primitive et, pour l'obtenir, il ne faut pas craindre de tirer sur la peau, qui prête plus qu'on ne croirait. Les plus larges brèches sont souvent comblées entièrement, pour peu que la malade ait de l'embonpoint. Le drainage est de rigueur dans tous les cas, si, comme nous le recommandons, on opère largement en ouvrant et en curant l'aisselle.

Le pansement sera aseptique : la peau du sein est très sensible à l'iodoforme et au salol, qui doivent être négligés autant que possible. A défaut de gaze aseptique, on pourra employer de la gaze salolée, moins irritante que l'iodoformée. Une solide compression, et l'immobili-

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salion du bras assureront la réunion primitive.

La guérison opératoire obtenue, il est d'usage de prescrire un traitement général, dit antidiathésique. M. le professeur Verneuil, tout récemmentencore, insistait, à la Société de Chirurgie, sur les bons résultats qu'il en a obtenus; il accorde la préférence à l'arsenic sous forme de liqueur de Fowler et aux alcalins. D'autres chirurgiens ont préconisé d'autres médicaments en général peu acceptés ; c'est ainsi que Labbé proposait dernièrement, et d'ailleurs sous les plus grandes réserves, la teinture de condurango que lui avait recommandée un vieux chirurgien de l'Amérique du Sud (1).

Traitement des carcinomes inopérables. — En présence d'un carcinome inopérable, le chirurgien cherchera à soulager la patiente en calmant la douleur et en désinfectant la plaie constamment souillée par l'ichor cancéreux. Contre la douleur, les injections sous-cutauées de morphine agissent presque seules, encore ne triomphent-elles pas toujours de l'acuité des souffrances.

(1) Nous ne parlerons pas Je la castralion, proposée par Schinzinger comme moyen destiné à supprimer les récidives en arrêtant toute nouvelle évolution de la glande mammaire.

CANGER DU SEIN

La désinfection de la plaie a un double bul : éviler la complicalion infectieuse (érysipèle, abcès, etc.) et supprimer l'écoulement ichorcux ou tout au moins en annihiler les principaux effets : fétidité et irritation. Les poudres absorbantes et antiseptiques seront employées de préférence; lapoudre de L. Cliampionnière donne les meilleurs résultats.

En voici la formule :

Poudre d'iodoforme

— de quinquina

— de benjoin J aa 100 gr.

— de carbonate de magnésie Essence d'eucalyptus ' 12 gr. 50

Parmi les autres médicaments préconisés, nous recommandons l'aristol et le camphre. Le premier produit comme une sorte de dessiccation de la plaie, qui paraît se cicatriser; dans deux cas, nous avons obtenu un résultat local presque merveilleux. Le camphre convient aussi dans les ulcérations anfractueuses et profondes, dont le nettoyage est d'autant plus difficile que les hémorragies surviennent au moindre attouchement; grâce à sou odeur pénétrante, la fétidité de la plaie disparaît en partie.

Comme nous venons de le dire, au cours d'un

TRAITEMENT

pansement ou même d'emblée surviennent fréquemment des hémorragies.

Quand leur existence est liée à la présence de fongosités, on peut faire une sorte de cureltage de l'ulcération, opération analogue cà celle préconisée pour les cancers inopérables et saignants de l'utérus. Si l'hémorragie est due à la rupture d'un vaisseau en plein tissu lardacé, il faut avoir recours à la compression directe, seul procédé efficace ; dans ces cas,il peut être utile de détruire, soit au thermocautère, soit avec les caustiques, les surfaces ulcérées causes d'hémorragie, voire même d'enlever un segment de la tumeur par ces mêmes procédés.

Un cancer inopérable est justiciable de toute tentative, de tout essai. Sans doute, nous ne recommanderons pas l'infection de l'ulcération par le streptocoque ; l'inoculation de microcoques de Fehleisen, expérimentée par quelques chirurgiens allemands, n'a pas d'action puissante sur les éléments cancéreux, mais, en revanche^ contribue manifestement à abréger la vie des malades. Le remède, si remède il y a, est donc pire que le mal.

Plus recommandable est l'emploi de la pyoctanine, qui paraît avoir donné des succès entre

les mains de Moselig-Moorof el de quelques autres chirurgiens. A Paris, les résultats espérés n'ont pas été obtenus. On peut, en tout cas, l'essayer en désespoir de cause ; on l'injecte en solution à 1/100 au sein des tissus cancéreux, à la dose de 2 à 5 grammes, et les injections sont répétées plusieurs fois : les symptômes fonctionnels s'amenderaient rapidement et la tumeur reviendrait sur elle-même.

L'électricilé a été aussi préconisée, soit comme palliatif, soit même à titre curatif. Inglis Parsons, entre autres, prétend arrêter le développement du cancer par les courants voltaïques interrompus. Voici, d'ailleurs, comment il procède : la malade est endormie, et l'on fait passer le courant à travers la tumeur et dans les tissus voisins, au moyen de fines aiguilles. L'auteur emploie une batterie de 60 éléments, avec une force électromotrice de 105 volts. Le courant a, au début, une intensité de 10 milliampères et doit êire augmenté graduellement jusqu'à 600 milliampères; il doit passer à travers la tumeur de 50 à 100 fois, suivant les circonstances.

D'aulres électriciens emploient des procédés différents; les décrire serait leur attacher une importance que nous ne leur reconnaissons pas.

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